Solidarité internationale par AEFJN
Dans cet article, le Kenyan,
Peter Mbuchi Methu explique comment pour lui, EAFJN est important et pertinent
pour la solidarité internationale. Il est Directeur exécutif du Centre en
réseau pour la recherche ans l’apostolat social (SOMIRENEC) et professeur
associé au collège Tangaza de l’Université catholique de l’Afrique orientale
(CUEA). Il est membre de l’équipe internationale de la fraternité laïque de
Charles de Foucauld. Nous avons pris de larges extraits de l’article publié
dans Social Justice Newsletter, n°69, Décembre 2006 “Life to the poor”,
Conference of Religious in England and Wales.
“
L’autonomie et la capacité d’autoriser quelqu’un à entreprendre un
processus de changement exigent, en dehors des capacités techniques et
d’organisation, la confiance en soi, une certaine audace et le désir
d’apprendre.” (Citation du Forum alternatif de Porto Alegre 2002)
AEFJN
… La plupart des membres
d’AEFJN travaillent ou ont œuvré en Afrique et sont donc familiers avec les
richesses de ce continent, ses populations et ses espérances et aspirations au
cœur de nombreux défis socioéconomiques. AEFJN veut plaider pour une justice
structurelle entre l’Afrique et l’Europe. Grâce à ces dossiers, forums,
ateliers, la révision des Accords de Partenariat Economique, l’annulation de la
dette, les actions et campagnes des antennes nationales, le réseau s’engage à
plaider et se battre pour un monde plus équitable.
En Marc, 6, 30-44, Jésus et ses
disciples sont confrontés à la condition de la société de leur temps. Face à la
réalité évangélique. C’est ce que nous enseigne Jésus dans le chapitre 25 de St
Matthieu. Environ 80% de la population mondiale peuvent être comparés avec les
foules qui cherchent auprès de Jésus et ses disciples, un sens et une
échappatoire à leur inutilité. La plupart des missionnaires sont mêlés à une
réalité semblable. À celle à laquelle Jésus était confronté et désirent
provoquer une transformation, parla foi en Dieu et l’engagement dans la
libération de la personne humaine. Une information de choix mène à une action
décisive. La fondation d’AEFJN a été motivée par l’expérience qu’ont faite les
missionnaires des disparités économiques entre les deux continents voisins,
l’Afrique et l’Europe.
Les questions de l’accès aux
médicaments pour tous, la souveraineté alimentaire, des prix équitables pour
les produits agricoles sont quelques-uns des points au programme d’AEFJN pour
2006. Et cependant, le réseau est à peine connu par la base en Afrique. Même si
AEFJN réunit des congrégations et instituts missionnaires qui œuvrent en
Afrique, il n’aura aucun impact s’il ne cherche pas à collaborer avec les
ressources qu’offrent les Africains, surtout les professionnels qui travaillent
pour la justice, pour la paix et pour l’intégrité de la création à la base.
AEFJN doit élargir son réseau et intégrer
les laïcs dans la tâche de re-créer « un autre monde »…
AEFJN dans la mission sociale de l’Eglise
… Ce n’est qu’au travers de la
promotion et de la pratique de la justice et de la paix que l’Eglise en Afrique
peut vivre à la hauteur de son identité. Les projets de développement humain et
les services sociaux ne doivent être que des signes, pas la réalité de ce que
l’Eglise est et fait. D’après Populorum Progressio, pour autant qu’un
développement humain durable et pour tous est concerné, le rôle essentiel de
l’Eglise se trouve dans son plaidoyer prophétique pour la justice, la paix et
l’intégrité de la création, dans une trame internationale de solidarité
culturelle, économique et politique…
Les Africains doivent être en charge du programme
… Cet article ne prétend pas
représenter une quelconque position officielle. Au contraire, il présente la
perspective d’un homme à la fois Africain et chrétien. Pour moi, il me semble
qu’AEFJN a un potentiel important en
adressant, et espérons-le en redressant les questions de foi et de justice
internationale. Mais, personne, jusqu’à ce jour n’est connu pour s’être nourri
de potentialités ! Bien au contraire, toute chose qui pourrait devenir
utile doit d’abord être assimilée personnellement et partagée avec d’autres
avant qu’elle ne puisse être transformée, avec succès en biens ou en services.
AEFJN n’est pas en dehors de cette norme.
Un scandale pour la foi
… La croyance en un monde co-créé
grâce à la coopération entre les êtres humains et en collaboration avec Dieu
qui pourvoie est partie prenante de la vie. Et pourtant, au cours des siècles,
les différences socioéconomiques entre l’Afrique et l’Europe ont été tellement
criantes qu’elles sont un scandale pour la foi et son expression dans le
travail missionnaire… La
religion
moderne prend le risque de devenir
opium du peuple si elle ne s’implique pas dans les questions de justice, de
paix et d’intégrité de la création.
Des limites durables
… Des interventions humaines
délibérées sont nécessaires pour dénoncer l’inégalité matérielle et
sociale qui d’une manière ou d’une
autre a un impact sur la dignité des personnes. Le changement social est
nécessaire pour que croisse l’équité. Les ressources naturelles ne sont pas
inépuisables. La croissance peut prendre des proportions désastreuses si elle
n’est pas contrôlée et équilibrée en rapport des ressources matérielles
disponibles pour chaque communauté humaine. Il faut que les ressources
naturelles comme les fortes, les rivières et les marais soient protégées et
conservées pour assurer une amélioration du niveau de vie en Afrique en accord
avec ces ressources. On sait néanmoins que le monde a aujourd’hui assez de
ressources pour soutenir la population actuelle et assurer un niveau de vie
décent à tous les habitants. Des habitudes de surconsommation effrénée doivent
être condamnées car une large part des humains de notre planète de ne peuvent
avoir accès à des bien de première nécessité. Les biens et les services doivent
être équilibrés avec les besoins humains pour mettre une limite à des
aspirations humaines qui semblent en ignorer l’existence…
La plupart des pays africains,
même s’ils sont intégrés, depuis la colonisation, dans le monde moderne, sont
formés par une géographie, une économie, une culture sociale, politique et
religieuse d’une grande diversité. Derrière les apparences d’une unité
nationale se cachent des cultures traditionnelles auxquelles on reste fidèle
avec passion et qui sont loin de disparaître. Bien conscients de la diversité
ethnique et de l’orgueil culturel des sociétés traditionnelles, des politiciens
et chefs opportunistes ont utilisé à leurs fins politiques les foyers de
« haine tribale ». Au même moment, les économies africaines se sont
globalisées à travers leur intégration dans le marché planétaire… Les pays en
développement ont besoin d’investissements à long terme pour assurer
l’éducation et les soins de santé pour tous, sans aucune forme de
discrimination. C’est cela seul qui permettra à la paix et au développement de
devenir une réalité durable et pour tous.
Remarques en guise de conclusion
Le développement est sûrement le
nouveau mot mondial pour la paix. Un développement durable pour tous, de toute
et de chaque personne dans son intégrité, est la garantie indispensable pour
une paix qui pourra durer dans le temps. AEFJN peut collaborer à cet objectif
s’il peut profiter des ressources offertes par des personnes et des groupes
appartenant à d’autres réseaux, et cela surtout en Afrique, là où il y a un
besoin urgent d’auto-prise en charge, de redressement économique et de
reconstruction sociale.
Le chômage menace la paix et
la sécurité
Afrique Renouveau, Vol.20 No3, Octobre 2006, p.7
Dans un certain nombre de pays
africains, le chômage des jeunes s’inscrit dans un cercle vicieux.
Les jeunes chômeurs risquent davantage
de gonfler les rangs des mouvements rebelles, des armées et des milices
pro-gouvernementales qui s’affrontent lors des nombreuses guerres du
continent. La guerre ne fait ensuite qu’aggraver le chômage, du fait de son
impact sur l’économie, l’infrastructure et les ressources humaines.
Il s’agit donc de mettre fin à ce
cercle vicieux, déclare Joseph Legwaila, Secrétaire général adjoint de l’ONU et
conseiller spécial pour l’Afrique. Pour cela, il est indispensable que les
jeunes soient occupés de façon productive.
Dans les pays africains sortant
d’une guerre, les forces de maintien de la paix de l’ONU essaient d’instaurer
une paix durable au moyen de programmes de désarmement, de démobilisation et de
réinsertion. En
Sierra Leone, la
guerre a cessé en 2002 et l’ONU a apporté son soutien à la réinsertion de
48.000anciens combattants. Cependant, il est très difficile de créer des
emplois dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 50% des jeunes
Sierra-léonais n’ont toujours pas de travail digne de ce nom.
Le
Libéria connaît une situation aussi difficile et cherche à donner
du travail à ses 100.000 jeunes ex-combattants. Nombre d’entre eux participent
aux programmes de réinsertion qui leur permettent de suivre une formation et de
revenir dans leur communauté, indique la Présidente, Ellen Johnson-Sirleaf. Il
s’agit maintenant de les doter de projets à long terme ou de les scolariser,
pour qu’à la fin du programme en cours, « ils ne se retrouvent pas au
chômage, dans un état d’impuissance ».
Dans un rapport récent de l’ONU
sur le chômage des jeunes et l’insécurité en Afrique de l’Ouest, le
taux de chômage élevé des jeunes des
deux sexes dans cette région est qualifié de « bombe à retardement ».
D’après cette analyse réalisée par le Bureau de l’ONU pour l’Afrique de
l’Ouest, les progrès et la sécurité de toute la région sont menacés par
« le nombre croissant de jeunes qui n’ont pas la possibilité de pouvoir un
jour gagner leur vie correctement ».
Les préoccupations des jeunes et
leur condition potentielle au développement n’ont pas suffisamment retenu
l’attention des dirigeants africains. Pour remédier à cette pécune, le Bureau
du Conseiller spécial pour l’Afrique que dirige M. Legwaila, organisera en
novembre prochain une réunion régionale en Namibie. Des jeunes et des experts
de la région y débattront de la réinsertion des jeunes ex-combattants, ainsi
que de la création d’emplois et de l’accès à des services de base comme l’eau,
la santé et l’éducation.
Quelques pas vers un
accord pour le contrôle des armes
Le 7 décembre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies a
adopté la Résolution « Envers un
Traité
sur le commerce des armes » (TCA).
153
Etats ont voté en faveur, 24 se sont abstenus et 1 a voté contre. Tous les Pays de l’Union Européenne ont
soutenu la Résolution, tandis que le
seul vote contre fut celui des
Etats-Unis. Cette résolution constitue certainement un progrès important
dans le cheminement, bien que tous les travaux pour écrire le Traité n’en
soient qu’à leurs débuts. Les grandes
lignes de la procédure à suivre sont données dans la résolution même :
pendant cette année 2007, les Pays membres des Nations Unies devront soumettre
leurs propositions au Secrétaire général ; l’année prochaine 2008, un
groupe d’experts gouvernementaux sera composé afin de rédiger le texte du
traité, sur base des propositions soumises.
Tenant compte de tout cela, on pense que le document final du traité ne
sera pas prêt avant l’année 2010.
Les acteurs politiques assurent leur engagement. Raül Romeva i Rueda, un membre espagnol du
Parlement européen, se montre assez actif dans les questions portant sur le
contrôle des armes. Invité par la Présidence allemande au séminaire du COARM le
9 janvier 2007, il a affirmé en parlant du processus mentionné ci-dessus:
« ce temps de consultation, que je compte suivre de très près, nous donne la
chance précieuse de travailler sur le contenu du Traité et [...] de rejoindre
même ceux qui ne sont pas si convaincus. » Tout cela est bien ; mais nous devons garder l’œil ouvert
sur nos acteurs politiques pour que ces mots soient suivis de faits. De plus, nous sommes appelés à apporter
notre contribution dans la construction du traité. En effet, la participation dans le processus des ONG et de tout
citoyen est essentielle. Il dépend du
monde politique de faire des propositions sur les clauses du traité ; il
dépend de nous de nous faire entendre pour nous assurer que le traité protège
les faibles et les plus démunis. Et en
même temps, notre tâche nous engage à contribuer à ce que les consciences
soient de plus en plus formées à oser croire dans un monde où règnent la non-violence
et la paix.
Ce processus est de toute
évidence d’une importance capitale pour nous tous et pour les populations
d’Afrique en particulier. Le traité, envisagé dans la résolution approuvée,
porte sur toutes les armes conventionnelles et peut effectivement aider à
empêcher que ces armes aillent dans les mains de gens sans scrupules. Notre réseau devra être actif dans la
société civile de tout pays, en Europe et en Afrique, et plaider pour que, dans
la mise en application de ce processus, l’attention reste rigoureuse. Il faut empêcher maintenant que les
négociations traînent, pour éviter que le traité ne soit conclu que dans des
dizaines d’années ! Notre action,
animée par la conviction que ceux et celles qui agissent pour la paix donnent
un futur au monde, est décisive.
Notre attention est attirée
aussi vers un autre domaine: l’importance croissante du
Code de conduite européen sur l’exportation de l’équipement militaire. Adopté le 8 juin 1998, le Code est
d’application aujourd’hui dans 32 pays (les 27 pays de l’UE, la Norvège,
l’Islande, le Lichtenstein, la Suisse et le Canada). En 1999, les Etats Unis
ont approuvé les principes du Code européen, tandis qu’en 2003 la Belgique l’a
intégré dans sa législation.
Bien que le Code soit un document important, son
efficacité est limitée car il n’a qu’une contrainte politique. Récemment, le 18 janvier 2007, le
Parlement européen a adopté une résolution où, lui même, affirme qu’il
« juge inacceptable qu'aucune action n'ait été engagée pour adopter le
Code comme position commune alors qu'un texte avait été approuvé par le groupe
de travail COARM en juin 2005 » (au n° 3 de la résolution. Pour le texte complet, voir :
http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2007-0008+0+DOC+XML+V0//FR).
Notre action vise donc deux buts : que le
Code soit adopté par l’Union européenne
en Position Commune ; et
que son
contenu – ses principes – soit
intégré
dans la législation des pays qui l’ont adopté.
La valeur des principes dont le Code se porte garant va de soi tant
pour les pays signataires que pour les populations africaines. Les
armes
sont des outils très dangereux.
Leur possession illégale constitue une menace non seulement pour la
sécurité des personnes mais aussi pour la stabilité de régions entières. Leur commerce incontrôlé est souvent un
élément important dans un réseau d’intérêts des plus néfastes : telles la
prise ou la garde illégitimes du pouvoir politique, l’exploitation des
gens et le pillage des ressources.
Toutefois, ce négoce s’accompagne toujours de revenus financiers énormes.
Nous, le réseau d’AEFJN, soulignons aussi le fait qu’un commerce
incontrôlé des armes entraîne un gaspillage important des ressources publiques
au détriment du développement du pays et de ses activités au bénéfice de sa
population, telles l’éducation scolaire et les soins de santé. Un souci semblable a aussi été mentionné
récemment par les représentants des pays ACP dans la « Résolution sur les
armes légères et de petit calibre et le développement durable », adoptée
par l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE à Bridgetown (Barbade) le 23
novembre 2006 (Voir :
http://www.europarl.europa.eu/intcoop/acp/60_12/pdf/re_arms_fr.pdf
).
Ceux qui souffrent des
conséquences de la possession et du commerce illégaux d’armes sont les citoyens
ordinaires et particulièrement les plus démunis. Voici comment, dans les Lineamenta pour le 2
ème Synode
pour l’Afrique (n° 78), on présente ce point : «
Pour l’Église-Famille de Dieu en Afrique, exiger la paix, c’est exiger l’arrêt du commerce des armes dans les
zones de conflit. L’on sait comment les parties en conflit se fournissent
en armement. Il y a là une grande injustice et un vol: les ressources des pays
pauvres sont systématiquement pillées pour alimenter le commerce des armes. Il
faut exiger qu’à la force matérielle des armes soit substituée la force morale
du droit. »
Notre plaidoyer et toute action
prise dans ce domaine sont des plus pertinents pour la vie de millions d’êtres
humains ! Paolo Fedrigoni
LES PIEGES COMMERCIAUX:
Pourquoi les Accords de Partenariat Economique UE-ACP menacent le
développement de l’Afrique
Je vous suggère d’aller sur le
site de Action Aid et de consulter le N° entièrement consacré aux Accords de
Partenariat Economique (APER) entre l’UE et l’Afrique. Le site Web est: http://www.actionaid.org
OU LA
RICHESSE ET LA PUISSANCE
DES LARGES
COMPAGNIES PHARMACEUTIQUES SONT-ELLES UTILISEES
Christianisme i Justicia
Booklets, N. 124, December 2006, pp. 15-17 voir
info@fespinal.com -
www.fespinal.com
Crimes and abuses of the
Pharmaceutical Industry, Teresa Forcades i Vila, MD OSB
Une recherche menée uniquement par le profit économique
En 2001, le groupe créé par
Médecins sans Frontières (MSF) pour étudier les maladies négligées a publié un
rapport « Fatal Imbalance » (Déséquilibre fatal). Dans ses
conclusions, le rapport signifie que, malgré le fait que certaines maladies
touchent des millions de personnes de manière significative et malgré le fait
qu’elles peuvent être potentiellement guéries,
a) Presqu’aucune recherche n’est
faite pour les maladies qui touchent
en
premier lieu les pauvres, et
b)
Aucune recherche n’est faite pour les maladies qui touchent
exclusivement les pauvres.
Le nom du rapport « Fatal
Imbalance » souligne le fait que
seulement
10% des projets de recherche en matière de santé (en incluant tous ceux
qui sont entrepris par les universités et les gouvernements)
sont alloués aux maladies qui touchent
90% des malades sur le plan mondial. Ce scandaleux
déséquilibre des richesses dans notre monde est bien connu.
20% de la population globale profitent de
et gaspillent 80% des richesses de la planète. Et en même temps 80% de
cette même population se bat et meurt en utilisant les 20% restants de ces
richesses.
On pourrait facilement imaginer
que lorsqu’il s’agit de médicaments de base, ce déséquilibre pourrait être, au
moins en partie, rééquilibré vu la compassion que cela suscite ainsi que le
grand nombre d’organisations engagées sur ce terrain. Et pourtant, il n’en est
rien, ce déséquilibre entre riches et pauvres est même accentué par les
injustices qui sévissent dans la répartition et l’accès aux médicaments de
base. 90% des ressources dans le domaine de la santé sont alloués aux maladies
qui affectent 10% des malades (ceux qui vivent dans le monde développé), et 10%
de toutes les ressources dans ce même domaine sont engagés dans les recherches
qui affectent 90% des patients (ceux qui vivent dans le monde en
développement). Ce phénomène est connu comme le »10/90 gap » (le
fossé 10/90).
Les maladies tropicales
appartiennent à la catégorie des maladies négligées.
Sur un total de 1.393 médicaments qui ont été mis sur le marché entre
1975 et 1999, 13 seulement (1%) ont été créés pour le traitement d’une maladie
tropicale. Les maladies oubliées comprennent entre autres : la
malaria, la tuberculose, la maladie du sommeil (trypanosomiase africaine), la
maladie Chagas (trypanosomiase d’Amérique du Sud), les ulcères Buruli, la
fièvre Dengue, la leishmaniose, la lèpre, les filarioses et la schistosomiase.
A part les deux premières maladies de cette liste, les autres affectent
presqu’uniquement les pauvres. Soulignons que la maladie Chagas qui touche
aujourd’hui
16 à 18 millions de
personnes et qui met 100 millions de personnes dans le risque de la
contacter (soit 25% de la population de l’Amérique latine) tue chaque année
50.000 personnes.
Les auteurs du rapport de MSF, en
collaboration avec l’Ecole de Santé Publique de Harvard, ont envoyé aux 20 plus
grandes sociétés pharmaceutiques mondiales un questionnaire portant sur leurs
programmes de recherche. Seulement 11 sociétés ont répondu, et parmi elles on
retrouve 6 des 10 plus importantes au plan mondial. Parmi ces 11 sociétés,
aucune ne faisait de recherche sur la maladie du sommeil et 3 seulement avaient
investi des fonds dans la recherche pour la maladie Chagas et les
leishmanioses.
On peut plaider en faveur de ces
sociétés en avançant que ces compagnies privées ont le droit d’investir leur
argent là où elles le désirent. Mais il ne faut pas oublier que l’argent
investi par l’industrie pharmaceutique vient, pour une large part, de fonds
publics. 6 des 11 sociétés qui ont répondu au questionnaire de MSF avaient
financé leurs études en premier lieu par des accords avec les organisations de
santé publique.
Une étude faite par
The Boston Globe sur les 50 médicaments
le plus largement vendus entre 1992 et 1997 affirme que 45 d’entre eux avaient
été financés par des fonds publics. Le public paie tout d’abord pour aider la
recherche et puis ensuite pour acheter le produit. Ce n’est pas étonnant dès
lors que ces sociétés fassent des profits aussi spectaculaires. Sur 17 tests cliniques ultimes sur les 5 médicaments
les plus vendus en 1995 (Zantac, Zovirax, Capoten, Vasotec et Prozac), un seul
était financé par l’industrie pharmaceutique. Pour l’ensemble de la recherche
pour la production de ces 5 médicaments, seuls 15% des fonds étaient fournis
par l’industrie pharmaceutique. 55% des fonds alloués pour cette recherche ont
été fournis par le National Institute of Health (l’institution publique des USA
financée par les impôts) et les derniers 30%
des fonds pour cette même recherche ont été fournis par des institutions
académiques hors des USA et qui sont presqu’entièrement financées par les fonds
publics.
Le rapport de MSF
montre clairement que la responsabilité
de ce « fatal imbalance »
repose non seulement sur l’industrie pharmaceutique mais aussi sur les
institutions publiques et privées qui ne recherchent que le profit avec
très peu ou pas d’attention portée sur la souffrance des malades. Toujours
selon ce même rapport de MSF, en 2001, la majorité des ressources financières
et intellectuelles engagée dans la recherche médicale à travers le monde faisait
des études sur l’impotence, les disfonctionnements de l’érection, l’obésité et
l’insomnie.
En plus du fait que lors des
décisions prises par les firmes pharmaceutiques dans la recherche, les
malades
des pays pauvres sont ignorés, il faut souligner que ces mêmes malades, et
surtout ceux d’Afrique, sont souvent pris comme des
sujets pour les
expérimentations dans des traitements cliniques contraires à l’éthique.
Au Kenya, par exemple, vers la
fin des années 1990, et sous la responsabilité de l’Université de Washington,
des essais cliniques ont été faits pour observer la
progression naturelle du SIDA. Ceci veut dire que, en prenant
l’excuse que ces malades seraient morts de toute façon, des centaines
d’Africains ont été soumis à des tests complémentaires pour illustrer et
étudier la manière dont ils se sont « détériorés » jusqu’à leur
décès. Lors de la progression de l’infection, on ne leur a jamais présenté
aucun traitement qui aurait pu l’arrêter. David Rothman, dans son rapport
« The Shame of Medical Research » (La Honte de la Recherche Médicale)
de 2000 explique le fait suivant : sur16 ensembles de tests cliniques
effectués en pays en voie de développement pour étudier la manière la plus
rentable de prévenir la transmission du virus du SIDA pendant la grossesse,
dans 15 ensembles de femmes, la moitié ont reçu un placebo (une pilule de
sucre) au lieu du traitement rétroviral intra-utérin qui peut réduire la
transmission du virus de la mère à l’enfant.
D’après la Convention d’Helsinki
sur le protocole éthique en matière de recherche médicale, un nouveau
traitement devrait toujours être mis en compétition avec le meilleur traitement
disponible sur le marché. L’étude faite par l’Ecole de Santé Publique de
Harvard en Thaïlande est la seule qui a honoré la Convention d’Helsinki. Les
autres 15 études qui ont touché plus de 17.000 femmes et ont laissé la moitié
de ces femmes (celle dans le groupe contrôle) subir de nombreuses prises de
sang et des tests supplémentaires exigés par le protocole de leur étude en ne
leur donnant quotidiennement qu’une pilule de sucre et en étudiant comment leur
santé se détériorait et comment le virus infectait l’enfant qu’elles portaient.
Questionnaires sur les médicaments
Vous avez été très nombreux à
nous envoyer vos réponses au questionnaire sur les médicaments. Nous voulons
vous exprimer notre reconnaissance. Votre collaboration est précieuse car elle
donne accès à des données de terrain qui sont souvent inaccessibles pour ceux
qui veulent intervenir auprès des instances décideuses. Nous vous tiendrons au
courant des démarches ultérieures qui seront prises suite à votre
participation.
Comment l'Europe est "vache"
avec l'Afrique
C'est par ce titre provocateur qu'a été lancée une
campagne en France (Solidarité internationale) et en Belgique (SOS Faim) pour
dénoncer le forcing imposé récemment par les négociateurs de l'Union Européenne
aux ministres du Commerce des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ceci dans
le cadre des Accords de Partenariat Economique (APE) avec l'Afrique qui
devraient être signés d'ici décembre 2007 et qui sont assortis de la
conditionnalité d'une aide financière importante. Mais la
CEDEAO a demandé un délai de trois ans pour étudier et
évaluer les propositions de l'UE qui sont plus contraignantes que celles de
l'OMC, un délai refusé à Ouagadougou par les Européens en décembre dernier.
Grave erreur, car le facteur temps est peut-être celui dont on doit tenir le
plus compte quand on traite avec l'Afrique et son rythme lent de développement.
Les APE, qui font partie des Accords de Cotonou, devraient permettre aux
produits d'Europe d'envahir encore plus les marchés de l'Afrique de l'Ouest
déjà saturés par les biens chinois. Si les gouvernements d'Afrique australe ont
su se défendre et poser leurs conditions à l'UE pour rester maîtres de leur
propre production, l'Afrique de l'Ouest est plus vulnérable pour affronter un
libre-échange pur et dur imposé par l'UE. Les paysans et les éleveurs au sud du
Sahara continueraient de s'enfoncer dans la misère, ne pouvant concurrencer les
produits alimentaires européens subventionnés et tout le tissu social
s'effondrer.
On croit rêver devant
l'entêtement de la Commission européenne. Certains grands pays européens ne
partagent pas son avis. Ces
APE ont été critiqués par la Chambre des
Communes (Grande-Bretagne) qui dénonce une approche purement mercantiliste
laissant de côté l'aspect développement, et aussi une libéralisation
dommageable "à cause du manque de capacité économique et d'infrastrutures
appropriées." L’Assemblée nationale française a été encore plus directe :
"Ces négociations vont droit à l'échec, l'Europe commettra une erreur
politique, économique et géopolitique... qui conduira l'Afrique vers davantage
de chaos." Et on peut ajouter: avec des candidats supplémentaires à
l'émigration et un continent dans les mains des Chinois.
L'UE invoque le prétexte que les
préférences commerciales non réciproques dont ces pays ont bénéficié pendant 34
ans sous les accords de Lomé avec les
anciennes puissances coloniales, ne les ont pas empêché de voir leur niveau de
vie baisser. Donc le remède de cheval d'un libre échange bilatéral
s'imposerait, assorti de la carotte d'un soutien financier. Mais les Africains
ont les moyens de se défendre: en proposant ces accords qui n'exigent pas de
réduire son dumping, l'UE triche impunément avec les règles et la jurisprudence
récente de l'OMC sur l'effet de dumping des subventions internes aux
exportations agricoles. Ces effets sont extrêmement pervers comme on le
constate déjà avec la baisse du prix du coton qui affecte 10 millions
d'Africains, et la disparition de petits producteurs agricoles locaux (lait,
riz, poulets, sucre).
Dans quelle mesure la Suisse y
participe? La réponse est complexe. Elle exporte 815 tonnes de lait en poudre
par an dans 29 pays africains au titre d'aide alimentaire. Si de nombreux
enfants malnutris en sont les principaux bénéficiaires ce qui est réjouissant,
on peut se demander si cela n'empêche pas non plus les producteurs locaux à
mieux s'organiser pour produire un lait de qualité bon marché. Pourquoi ne
demanderaient-ils pas des subventions ou soutiens agricoles à leur propre
gouvernement? Certains en ont les capacités financières avec les revenus du
pétrole comme le Cameroun ou l'Angola. Pourquoi ne pas responsabiliser plus les
élites africaines pour sauver leurs enfants et investir dans leur pays en
pratiquant des accords plus équitables visant surtout le développement? Selon
Africa Report 2006 cité par
Jeune Afrique
les
flux financiers en provenance de l'Afrique vers l'étranger
s'élèveraient à 30 milliards de dollars par an, plus que l'aide au
développement ! Si la corruption est une des causes importantes de la
pauvreté en Afrique, il y a aussi sa face cachée représentée par certaines
multinationales avec leur rapatriement de fonds énormes, leurs pots-de-vin et
leurs "commissions", et des accords injustes qui plombent la
véritable indépendance économique de la plupart des pays.
Les responsabilités sont donc
très partagées. Les peuples africains, qui ne demandent qu'une chose, se
développer selon leur rythme et leur génie, sont piégés de partout à
l'intérieur comme à l'extérieur, et n'arrivent pas à se protéger. C'est au
renforcement des compétences de sa société civile (associations paysannes, syndicats,
groupes de femmes, de jeunes, d'artisans, etc.), et de ses infrastructures
qu'il faut travailler de façon urgente pour qu'elle se défende mieux et aussi à
une forte stratégie anti-corruption
comme l'a précisé le directeur de la DDC Walter Fusxt dans sa conférence de
presse le 18 janvier soulignant la nécessité d'une plus grande solidarité
internationale.
Christine von Garnier,
Sociologue,
Réseau Afrique Europe Foi et Justice,
antenne Suisse.
19 janvier
2007
Quelques nouvelles d’AEFJN
FMS : Vous avez reçu des informations à propos du FMS ainsi
qu’à propos de notre contribution. Begoña Iñarra et Maurice Oudet y étaient
fort engagés et beaucoup de membres de nos congrégations se sont rencontrés à
Nairobi lors de la rencontre à propos d’AEFJN.
Réunion des antennes : Au début du mois de décembre, la
réunion a eu lieu à Cologne où nous avons passé 2,5 jours ensemble. Le thème
choisi était celui du plaidoyer et du lobbying. Nous avons pu bénéficier de
deux très bons exposés, celui de Christine von Garnier (de l’antenne suisse) et
celui de Sr Cornelia Bürhle, RSCJ (qui travaille à Bruxelles au bureau de JRS),
sous forme d’un exercice pratique.
Le groupe présent à la rencontre
a choisi les 4 domaines dans lesquels l’action d’AEFJN va se concentrer durant cette
année :
entre les pays ACP et l’UE (APER)
Antenne belge : A la fin du mois de décembre, Sr Marie Louise
Ingels, à sa demande, a été déchargée
de la responsabilité de l’antenne. Elle l’a animée pendant de nombreuses années
avec compétence et générosité. Une équipe de 4 personnes la remplace :
Christian Roberti, Koos van Schie, Liesbeth Goethals et Paula Duchateau. Le
courrier peut être envoyé à Koos van Schie.
Antenne irlandaise : Nous avons reçu le nom de Sr Patricia Mc
Convey comme coordinatrice, personne de contact de l’antenne l’Irlande avec le
Secrétariat. Merci d’accepter ce service et de continuer l’engagement de
l’antenne dans AEFJN.
Ce document peut sembler long, mais vu son importance, il est publié
ici dans son entièreté.
CONFÉRENCE DES
MINISTRES DU COMMERCE DE L’UNION AFRICAINE
3e
SESSION EXTRAORDINAIRE
15-16 janvier 2007 - ADDIS
ABEBA, ETHIOPIE
NOTE D’INFORMATION SUR LES ACCORDS DE
PARTENARIAT ÉCONOMIQUE (APE)
(Document préparé conjointement par la
CEA et la CUA)
La négociation des accords de
partenariat économique entre six groupes de pays ACP dont quatre sont africains
et la communauté européenne a atteint une étape cruciale. La présente note a pour objectif de mettre
l’accent sur les questions clefs et de formuler des propositions pour examen et
suite à donner.
État des négociations : Au stade actuel des négociations,
toutes les difficultés et préoccupations des pays africains n’ont pas été
abordées d’une manière appropriée. Ces
préoccupations sont clairement énoncées dans les deux Déclarations du Caire et
de Nairobi sur les APE, adoptées par les Ministres du Commerce de l’Union
africaine en 2005 et 2006 respectivement.
Ces préoccupations sont entre autres :
déséquilibre dans
les négociations tendant à mettre l’accent sur la libéralisation du commerce
et
manque
d’appréciation des défis majeurs d’ajustement auxquels les économies
africaines seront confrontées dans la mise en œuvre des APE. Par ailleurs, le rythme des négociations a,
dans une large mesure, été ralenti par le retard mis par l’UE pour réagir à
certaines questions officiellement proposées.
En conséquence, certains groupes de négociations prennent du retard sur
leurs calendriers de négociations. L’UE
doit agir plus rapidement et montrer plus de flexibilité afin d’accélérer le
progrès dans les négociations. La
Commission européenne doit répondre favorablement aux préoccupations clés des
groupes de négociations des pays ACP et prendre en considération les
déclarations des Parlementaires européens et de certains États membres, demandant
aux négociateurs de tenir pleinement compte des préoccupations des groupes de
négociations des pays ACP et d’y répondre favorablement.
Coordination des négociations des APE entre les groupes : les
négociateurs africains, dans chaque région, pourraient largement tirer profit
des réunions de coordination régulières au niveau technique. Étant donné qu’ils pourraient être
confrontés à des questions similaires de l’Union européenne, des consultations
coordonnées devraient leur permettre de formuler et de définir des positions
éclairées sur les questions cruciales ainsi que de réagir d’une manière
appropriée aux positions de la CE. Une
demande doit être réitérée aux groupes de négociations d’inviter les
représentants des autres groupes de négociations et de les faire participer
activement à leurs activités et à leurs négociations.
Coordination des négociations par l’Union africaine : la
coordination des négociations par l’UA doit être renforcée. Les groupes de négociations doivent faire
participer la Commission de l’Union africaine à leurs activités et négociations
et établir des rapports réguliers sur la situation ainsi que formuler des
recommandations appropriées en vue de résoudre les problèmes qui se
posent. Jusqu’ici, seul un groupe, à
savoir, l’AOA, a soumis régulièrement des rapports d’étape à la Commission de
l’UA. La Commission de l’UA doit
participer aux réunions de négociations effectives en tant que coordonnateur et
conseiller pour fournir l’assistance technique et veiller à ce que les APE soient
effectivement conformes aux objectifs de développement et d’intégration de
l’UA.
Divergence entre les positions de l’UE et du groupe ACP : il
existe des divergences entre les groupes de négociations de l’UE et du groupe
africain à propos de questions clés qui ne sont d’ailleurs pas résolues.
Il s’agit entre autres des divergences dans les domaines de
l’intégration régionale et des risques que posent les APE, de la coordination
entre les groupes de négociations, de la coopération et du financement du
développement et de la compatibilité de l’OMC.
Les paramètres fixés pour les négociateurs africains dans les
précédentes Déclarations sur les APE doivent être respectés pour assurer la
coordination et l’harmonie dans les positions prises et tirer parti du poids
des positions africaines communes sur les questions clés telles qu’établies
dans ces Déclarations. Étant donné les
divergences qui persistent dans les négociations, il faut un engagement plus
politique pour permettre au processus d’avancer, tel que reconnu et recommandé
à Port Moresby au cours de la réunion du Conseil des Ministres des États
ACP. A cet égard, les Sommets des États
ACP et de l’UA prévus pour décembre 2006 et janvier 2007 respectivement doivent
être invités à examiner les questions clefs qui se posent dans les négociations
des APE.
Préparation : le niveau de préparation dépend de l’existence
d’options judicieuses et objectives aboutissant à des positions qui reflètent
clairement la vision et la stratégie de chaque pays. Cette préparation n’est possible que si les pays ont réalisé des
études spécifiques. Par conséquent, des
études de simulation détaillées et plus spécifiques doivent se poursuivre pour
les pays qui ne l’ont pas encore fait.
Jusqu’à la finalisation des études et des évaluations exhaustives aux
niveaux national, régional et continental, la conclusion des APE doit continuer
à faire l’objet de réflexion.
Les coûts d’ajustement potentiels demeurent un problème : les
pays négociant les APE sont préoccupés par les coûts d’ajustement potentiels et
les questions concernant la manière d’ajuster persistent. Par conséquent des mesures précises qui
aideront les pays à relever les défis de l’ajustement doivent être définies. L’expérience pour les pays d’Afrique du Nord
est que l’UE a aidé à mettre en place des programmes d’ajustement bien financés
pour ces pays. Ces programmes d’appui
ont aidé les entreprises endettées dans la mise en œuvre des Accords
d’association. Une facilité générale
d’ajustement des APE en plus du FED est un instamment approprié pour les pays
africains négociant les APE. Cette
facilité d’ajustement d’accompagnement doit couvrir le développement social,
les réformes économiques, le développement
du secteur privé et l’appui au développement des institutions.
Règles d’origine : les règles d’origine sont un élément
important pour axer les APE sur le développement. A ce titre, les règles d’origine restrictives ne peuvent pas
aider les APE à réaliser les résultats de développement escomptés. Il est par conséquent, important de
finaliser le processus de formulation de règles d’origine simples et souples au
niveau tout-ACP afin de guider les groupes de négociations en tenant compte des
objectifs d’intégration de l’Afrique.
Les règles d’origine doivent être simples, souples, faciles à appliquer
et à respecter et doivent également être cumulable entre l’Afrique et les États
ACP. Il faudrait abandonner les règles
d’origine spécifiques aux produits qui sont difficiles à gérer au profit des
règles d’application plus générales, d’addition de valeur ou du volume de
matières utilisées. En ce qui concerne
les textiles et les vêtements, une transformation unique serait idéale.
Normes techniques et sanitaires : les normes techniques et
sanitaires peuvent limiter la capacité des pays africains à profiter du
commerce avec l’UE. A cet égard,
l’harmonisation des normes techniques et sanitaires dans le cadre des APE et
l’application de règles internationalement établies doivent être prises en
compte dans les négociations. La
Communauté européenne doit surveiller la formulation et l’application des
normes du secteur privé, conformément à ses obligations à l’OMC au titre des
Accords SPS et TBT pour s’assurer que les normes ne servent pas de restrictions
déguisées au commerce ou de barrières non-tarifaires aux importations venant
des pays ACP.
Intégration régionale : l’intégration régionale est une
priorité de l’Afrique conformément aux instruments juridiques et aux programmes
de mise en place des communautés économiques régionales et progressivement de
la Communauté économique africaine ainsi qu’à l’Acte constitutif de l’Union
africaine. L’Afrique est en train de
prendre actuellement d’importantes mesures pour promouvoir l’intégration
régionale et résoudre la question de la rationalisation des CER. La CE doit reconnaître pleinement et
respecter ces mesures dans le cadre de sa collaboration. Les APE doivent appuyer ce processus et ne
doivent pas le compromettre, y compris, entre autres dans les domaines de la
libéralisation du commerce et des engagements concernant l’élimination ou la
réduction des barrières commerciales aux importations de l’UE, la configuration
des APE et la composition des membres des CER, la coopération dans le domaine
du développement et le financement des programmes des CER. Le renforcement de l’intégration régionale
est une condition préalable pour que les pays africains puissent tirer profit
des APE. A cet égard, la
primauté doit toujours être accordée à
l’intégration régionale plutôt qu’aux APE qui doivent l’appuyer et la
renforcer.
Article 24 du GATT 1994 : A moins qu’il ne soit modifié d’une
manière adéquate, l’Article 24 du GATT limitera la flexibilité permettant aux
pays africains de tirer profit des APE.
Il est clairement souligné que l’Article 24, sous sa forme actuelle, non
amendé et tel qu’il est actuellement interprété ne favorise pas des APE axés
sur le développement et doit être amendé.
L’amendement viserait à le rendre plus axé sur le développement grâce à
l’introduction d’une flexibilité appropriée pour des accords commerciaux
régionaux Nord-Sud tels que les APE.
Sans cette flexibilité, il ne serait pas possible d’utiliser la
méthodologie la plus appropriée pour évaluer le commerce global par exemple. A
cet égard, la proposition des États ACP à l’OMC doit être pleinement prise en
compte par les groupes de négociations dans la poursuite de leurs négociations
et doit être intégralement reflétée dans le résultat des négociations de l’OMC.
Dans sa forme non-amendée, l’Article 24 du GATT ne prévoit pas les règles avec
lesquelles les APE doivent être compatibles.
Cohérence entre le cycle de Doha et les négociations des APE :
les négociations des APE sont étroitement liées au cycle des négociations
multilatérales de Doha. La suspension du cycle de Doha pourrait avoir de graves
implications sur le progrès et le contenu des négociations des APE et sur le
texte final des APE conclus. La
nécessité d’assurer la cohérence dans tous les engagements pris par les pays
africains au niveau des APE avec les progrès réalisés dans le cycle de Doha
doit être soulignée. Il serait
prématuré de finaliser et de conclure les APE avant la conclusion des
négociations de l’OMC au titre du Programme de travail de Doha. Il est
également important de
s’assurer que les
APE ne contiennent pas d’obligations pour les régions ACP qui dépasseraient de
loin celles de l’OMC. Les questions
qui ont été rejetées à l’OMC par l’Afrique ne doivent pas être introduites dans
les APE.
Alternative aux APE : l’alternative aux APE dans le contexte
de l’Article 24 du GATT et de la Clause habitante doit continuer à être
pleinement explorée tout en tenant compte de l’Accord de partenariat de
Cotonou. Ceci aidera à donner aux
groupes de négociations des positions de repli et une grande latitude dans les
négociations.
Examen complet des négociations des APE : il est évident qu’il
reste encore des questions qui nécessitent une attention particulière dans les
négociations des APE. Ces questions
nécessitent des interventions aux niveaux politique et technique. Un examen complet, conformément à la
Déclaration conjointe ACP-UE sur l’examen doit être entrepris et finalisé
d’urgence. Les États ACP et l’UE doivent
prendre cela au sérieux. Une participation active à un examen exhaustif aidera
à formuler des recommandations appropriées en ce qui concerne les questions en
suspens, les flexibilités et les activités futures. Le rapport de l’examen aidera dans les négociations en ce qui
concerne la voie à suivre pour les négociations. La coordination entre les
groupes de négociations est également nécessaire lorsqu’ils entreprennent cette
opération. La Commission de l’Union
africaine doit préparer un rapport de synthèse avec la CEA sur les quatre
groupes de négociations de l’Afrique tel que demandé par le Secrétariat des
États ACP et dans le cadre des modalités adoptées par la réunion du Comité
ministériel des États ACP sur le commerce, en juin 2006.
Il
est demandé aux hauts fonctionnaires de recommander aux Ministres du commerce
d’adopter une déclaration énergique sur les APE en tenant compte de certaines
des propositions d’actions, figurant dans la présente note d’information.
Voir site :
www.africa-union.org
Souveraineté Alimentaire
Biocarburants: un nouveau défi pour les
droits humains.
Les biocarburants riment-ils avec durabilité?
Aujourd’hui, la majorité des
européens sont conscients du danger provoqué par leur mode de consommation
d’énergie. Beaucoup de gens s’inquiètent du changement climatique. Certains
agriculteurs cherchent des alternatives rémunératrices dans la production
d’éthanol ou de biodiesel.
Les biocarburants sont-ils une
solution?
Le développement des
biocarburants pose les questions suivantes:
quel est l’impact pour:
-
L’environnement?
- Le secteur
agricole et la disponibilité des terres?
- Agro-industrie et
le prix des denrées alimentaires?
- Consommateurs?
- Écosystèmes dans
les pays en développement?
1
Biocarburants et
nourriture
L’essor
des cultures de production pour biocarburants représente une menace potentielle
pour la sécurité alimentaire des pays pauvres. S’il est indéniablement
avantageux d’utiliser le vent, le soleil, le fumier d’animaux afin de produire de l’énergie renouvelable,
le problème des cultures pour biocarburants réside dans la
compétition créée entre la production de nourriture et la production
d’énergie, « entre l’assiette et la voiture ».
De plus, la
production elle-même de biocarburants
nécessitent l’apport d’énergie fossile pour : la production d’engrais
et de pesticides, la consommation d’énergie du charroi agricole, l’énergie
consommée durant le procédé de production de biodiesel ou bioéthanol ou bio
méthanol…
Et elle consomme beaucoup
d’eau ! Enfin, le rendement à
l’hectare de cultures pour biocarburants d’une part et, d’autre part, les
besoins croissants en énergie nécessiteraient de mobiliser une telle surface de
terres arables que, si la France, par exemple, y consacrait toutes ses surfaces
cultivables, elle ne subviendrait pas à ses besoins. Par conséquent, la France
et les autres pays industrialisés chercheront dans le sud d’autres terres
arables… incitant la destruction de forêts tropicales pour avoir des terres
arables… détournant les rares ressources alimentaires de la table pour produire
de l’énergie, augmentant ainsi la pression sur les prix mondiaux de denrées
alimentaires, et affamant encore plus les plus pauvres.
«
Promouvoir l’extension de cultures pour
biocarburants détourne l’attention du problème réel, à savoir : notre
surconsommation » déclare Rebecca Harms (British Green). Et cela
déplacerait la guerre pour le pétrole vers la guerre pour la terre…comme ce
l’est déjà dans certains cas pour l’agrobusiness.
2
Biocarburants et
changement climatique
“Certes, les
biocarburants ont un rôle à jouer dans notre énergie du futur, mais” fait
remarquer Satu Hassi (Finnish Green) “parmi tous les scénarios étudiés pour
lutter contre un changement climatique,
l’efficience
énergétique est de loin le moyen de progresser, mais cela a été malheureusement
ignoré par la Commission Européenne dans sa stratégie énergétique.”
3
Biocarburants et
OGM
L’amélioration du
potentiel des biocarburants amène les compagnies à chercher une solution dans
les modifications génétiques. Or nous ne contrôlons pas les modifications
génétiques naturelles qui surviennent par la suite, ni les combinaisons
génétiques possibles entre cultures voisines. A cela s’ajoutent les problèmes
révélés par les cultures de coton OGM : rendement des cultures, coût de
production, dépendance des agriculteurs par rapport aux compagnies semencières…
Les compagnies
de biotechnologie se dépêchent de produire des cultures génétiquement modifiées
spécialement orientées vers la production d’éthanol et d’autres biocarburants.
Mais leurs déclarations sont-elles véridiques? Est-ce que les cultures hybrides
et les OGM réduisent effectivement les coûts et augmentent le rendement ?
Et est-ce une agriculture durable ? C’est souvent difficile d’enquêter
derrière la publicité des compagnies biotech et de trouver ce qui se cache dans
le sol.
A ce sujet,
lire les articles qui, à partir de rapports d’étude mettent à la lumière les
profondes préoccupations des fermiers et le
grand manque de transparence des avocats des technologies nouvelles
dans « New from GRAIN », janvier 2007; voir:
http:
www.grain.org/nfg/?id=466)
GRAIN
est une ONG
qui promeut le management durable et l’usage de la biodiversité agricole basés
sur le contrôle par les peuples des ressources génétique et des connaissances
locales.
De quelle agriculture durable avons-nous besoin?
Christine Fouarge
Sommaire