GLOBALISATION :
DES CLES POUR COMPRENDRE LA PROCHAINE ENCYCLIQUE
22 février Observatoire Card.Van-Thuân
La prochaine encyclique sociale devrait paraître après
Pâques, et porter largement sur les problèmes soulevés par la mondialisation.
L’agence italienne Apcom croit pouvoir annoncer que ce document reviendra sur
les encycliques de Paul VI Populorum progressio , quarante ans après sa
publication, et Centesimus annus de Jean Paul II (1991). La seconde partie
serait consacrée aux grandes questions sociales du siècle : paix, pauvreté,
développement, environnement. Pour Benoît XVI, la globalisation est moins un
nouvel ordre mondial qu’un « nouveau désordre », où la loi du plus fort se
nourrit du relativisme éthique. Pour saisir la vision de l’Église sur le phénomène
de la mondialisation, la meilleure synthèse parue à ce jour est le petit livre
de Mgr Crepaldi, secrétaire (c’est-à-dire numéro deux) du Conseil pontifical
Justice et Paix : La Mondialisation : une perspective chrétienne . En voici la
présentation donnée par l’Observatoire Cardinal-Van-Thuân, traduite en français
par Liberté politique .
CE LIVRE, paru
cet été, offre un
résumé de la pensée de
l'Église sur la mondialisation. En un peu plus de cent pages, Mgr Giampaolo
Crepaldi, secrétaire du Conseil pontifical "Justice et Paix",
rassemble quelques-uns des principaux points soulevés par les papes Jean Paul
II et Benoît XVI sur ce thème complexe, et d’autres éléments tirés des
enseignements de l’Église.
Le livre, publié
en italien par les Editions Cantagalli, est intitulé
Globalizzazione : una prospettiva cristiana - “
La Mondialisation : une
perspective chrétienne”. Le texte commence par souligner que l'Église
n'a pas encore proposé une analyse systématique de la mondialisation. En
revanche, il existe de nombreux discours et documents qui abordent la question.
L'absence d'un
document du Magistère exclusivement consacré à la mondialisation ne signifie
pas cependant que l'Église a négligé la question. Dans le passé, les
encycliques sociales portaient sur l’application des principes sociaux
universels aux activités économiques. Plus près de nous, la première analyse
explicite de la mondialisation apparaît dans l’encyclique de Jean-Paul II parue
en 1991,
Centesimus annus .
La
mondialisation affecte notre vie
quotidienne, mais
sa dynamique reste
difficile à comprendre, explique Mgr Crepaldi dans le premier chapitre de
son livre. Par exemple, les inégalités économiques entre pays et zones
régionales sont-elles causées par la mondialisation, ou dérivent-elles plutôt
de l’incapacité des nations les plus pauvres à entrer suffisamment dans un
monde globalisé ? La compréhension de la mondialisation est notamment difficile
parce que nous nous trouvons dans un processus encore en développement, et dont
l'issue n'est pas claire.
Ce qui est
certain, c’est que le problème le plus grave vient des
carences de gouvernement de nos dirigeants par manque de vision éthique.
C'est
précisément dans cette perspective éthique que l'Église offre sa contribution à
la société. Jean-Paul II a fait remarquer que la
mondialisation en soi n'est ni bonne ni mauvaise, mais que
son impact dépendra de nos décisions.
Par conséquent, gouverner la mondialisation appelle à la sagesse, et pas
seulement selon des données empiriques, notait Jean-Paul II.
Un
socle éthique commun pour guider la
mondialisation devrait être
fondé sur
notre nature humaine universelle. Ce fondement anthropologique est
important à reconnaître, afin d'éviter l'erreur du relativisme culturel en
matière morale. Dans le contexte de la mondialisation, l'Église rappelle au
monde la vérité de la nature humaine et la
nécessité
d'une solidarité universelle entre tous les peuples.
1° Trois erreurs :
Mgr Crepaldi consacre un chapitre
à l’étude de trois erreurs commises dans l'analyse de la mondialisation.
-
La première d'entre
elles, une sorte de déterminisme économique, consiste à considérer la mondialisation comme une sorte de
processus inéluctable qui ne nous laisse aucune marge de manœuvre. On est
ainsi submergés par un sentiment d’impuissance face à des changements qui
surviennent hors de notre contrôle. Pour cette raison, il est nécessaire que
les organisations internationales et les nations les plus puissantes n’imposent
pas aux pays les plus pauvres et les plus faibles des changements économiques
qui ne tiennent pas compte des besoins et des problèmes locaux.
L'Église demande
également le
respect des traditions et
des cultures locales, pour ne pas imposer une mondialisation fondée
uniquement sur des critères économiques. Il est également vital que la personne
humaine soit le principal protagoniste du processus de développement. Cela
suppose le plein respect de la liberté humaine et de
ne pas réduire les personnes à de simples instruments économiques.
De cette façon,
la
mondialisation n’est plus perçue
comme une question technique,
mais
comme un processus qui doit être guidé. Les processus économiques et
techniques peuvent certainement nous rapprocher, mais pas nécessairement nous
unir. S’ils sont considérés comme des absolus, ils risquent de diviser les
hommes et les nations, pas de les unir.
- La
deuxième
erreur est un
réductionnisme qui
consiste à
imputer à la mondialisation
tous les changements sociaux qui font problème, sans une analyse
approfondie de chaque situation. L'impact de la mondialisation sur de nombreux
aspects de notre vie ne peut être niée, admet Mgr Crepaldi, mais il est tout
simplement faux de lui attribuer tous les malheurs du monde.
Ainsi, de
nombreux pays ont profité de la mondialisation et leur
progrès économique ne s’est pas nécessairement fait au prix de
l’appauvrissement d’autrui. Les problèmes des pays sous-développés ont
souvent leur origine dans une série de facteurs complexes, pas tous
économiques.
- La
troisième
erreur est semblable à la seconde, qui consiste à
penser que désormais tout est mondialisé. Il y a cependant des
secteurs de l'activité économique qui ne sont pas intégrés au niveau mondial.
En outre, parallèlement au phénomène de globalisation, on constate un
renforcement des identités locales et régionales.
2° Une nouvelle culture
Pour éviter ces
erreurs, et bien d'autres encore à propos de la mondialisation, il faut une
nouvelle culture qui puisse orienter les changements. Cette « nouvelle culture
» a été invoquée à plusieurs reprises par Jean-Paul II qui a expliqué que
celle-ci consiste à la fois à discerner les éléments culturels positifs déjà
existants, et à en proposer de nouveaux.
Le
discernement est nécessaire afin
d'éviter
une vision de la mondialisation qui se considère comme élément d'un
processus postmoderne, dans lequel la
liberté est donnée comme une valeur absolue,
où la tradition et la religion sont niées. Pour sa part, l'Église propose une
culture fondée sur une vision anthropologique qui a pour objectif la
construction d'une humanité nouvelle.
La
mondialisation a aussi apporté avec elle une attention nouvelle aux principes
fondamentaux de l'enseignement social de l'Église, tel qu’il s’est développé au
cours des dernières décennies. Des notions telles que la
destination universelle des biens ou que le
bien commun ont pris une
importance nouvelle et qui devrait être prioritaire dans les débats
contemporains.
L'Église a
proposé aussi le concept
d'autorité
morale à propos de la mondialisation. L’évolution du monde a mis en avant
des questions comme le progrès et la production des richesses à l'échelle de la
planète, questions qui doivent être en quelque sorte réconciliées en fonction
d'une hiérarchie des valeurs. Cela exige une bonne compréhension de la dignité
humaine et des droits qui n'est
pas
possible,
si l'on accepte un système
fondé sur le relativisme éthique.
L'universalité
des principes moraux dérive de notre nature commune. Discerner le contenu de
ces principes n'est pas un processus facile. Mais
si la mondialisation n'est pas guidée par des principes moraux, elle
donnera lieu à toutes sortes d'injustices.
3°
Solidarité :
Un autre aspect
essentiel de l'enseignement de l'Église sur la mondialisation est la promotion
de la solidarité. Une
solidarité
mondiale fera en sorte que tous les peuples puissent bénéficier des
changements économiques en cours. La solidarité chrétienne consiste à se faire
nous-mêmes
responsables du bien être
d’autrui. Elle va
au-delà de la pure
compassion ou du sentiment, car elle appelle à une pleine réciprocité dans
les relations humaines.
L'unité de l'humanité est évidente dès
l'instant de la Création ; lorsque, comme nous le lisons dans la Genèse,
Dieu a créé l'homme, nous avons donc un point d’origine commun. Notre destin
commun est également évident dans l'incarnation du Christ, devenu homme pour
sauver l'humanité.
Le message du
Christ, non seulement met en évidence
l'unité entre tous les hommes, mais aussi
notre
fraternité. En dernière analyse, l'unité humaine est fondée sur l'unité
trinitaire. Vu dans cette perspective, l'interdépendance accrue résultant de la
mondialisation prend une dimension nouvelle, qui la sauve d'un réductionnisme
purement technique ou économique.
Parallèlement,
la solidarité de l'Église enseigne aussi
l'importance
de la subsidiarité. Cela veut dire éviter une concentration excessive des
pouvoirs à des niveaux plus élevés, permettant à des institutions telles que la
famille, les communautés locales et les groupes ethniques, de jouir d’une
autonomie suffisante pour assumer leurs fonctions.
La
mondialisation doit donc être un processus guidé par le
respect de la liberté humaine. Une mondialisation ainsi orientés
selon des principes chrétiens donnera lieu à une harmonieuse unité de la
famille humaine.
©www.vanthuanobservatory.org
GIAMPAOLO CREPALDI
Globalizzazione
una perspective cristiana
Edizioni Cantagalli, Siena 2006
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