RAPPORT SUR LA CONFERENCE
ANNUELLE 2007 D’EURODAD :
Introduction
La
conférence annuelle d’Eurodad, organisée en partenariat avec SLUG
(Campagne Norvégienne pour l’Annulation de la Dette) et Norvegian Church Aid,
s’est déroulée à Oslo, en Norvège. Rassemblant plus de
110 représentants de la société civile provenant de 35 pays différents,
l’événement a été un vrai succès, auquel ont également participé des
représentants des gouvernements norvégien et équatorien, qui ont pu partager
leur point de vue sur le thème de cette année :
les institutions alternatives à la Banque mondiale et au Fonds
Monétaire International (FMI).
Le gouvernement
norvégien ayant adopté une position
ferme sur la question des conditionnalités économiques que la Banque mondiale
et le FMI imposent aux pays en développement, la Norvège était l’hôte tout
indiqué pour accueillir la conférence de cette année. De même, en
octobre 2006, le pays avait reconnu sa «
part de responsabilité » dans l’échec de certaines politiques de
développement et accepté à ce titre d’annuler les dettes de cinq pays, pour
un montant total de 80 millions de USD. La Norvège, en s’attaquant à des
questions que de nombreux autres gouvernements considèrent encore comme tabous,
a contribué à encourager les actions des organisations de la société civile.
Cette année, la thématique de la conférence a été déterminée à un
moment où la Banque mondiale et le FMI, en
plus de voir leur dirigeant respectif quitter leur poste prématurément, se
trouvaient affaiblis par une série de crises et de critiques de l’opinion
publique. Certains gouvernements de pays en développement ont préféré prendre
leurs distances avec les institutions de Bretton Woods, notamment en
remboursant leurs emprunts de manière anticipée ou encore en créant des organismes
régionaux indépendants, comme par exemple la Banco del Sur en Amérique latine.
En outre, la
Banque
et le Fonds doivent aujourd’hui faire face à une concurrence croissante, et
voient leur hégémonie s’affaiblir. Il existe en effet plus de 1000 mécanismes
internationaux de financement, parmi lesquels des agences de développement
spécialisées telles que le Global Health Fund et des organisations telles que
la Banque européenne d’investissement.
Mais
la disparition
annoncée de la Banque mondiale et du FMI reste pour le moins exagérée. Les
deux institutions sont encore impliquées dans nombre d’activités politiques et
financières dans l’hémisphère Sud, et se voient attribuer de nouveaux mandats
et financements, par exemple pour la lutte contre le changement climatique. De
nombreuses organisations de la société civile, auteurs indépendants et
politiciens sont convaincus que les transferts financiers, la réglementation
internationale et l’élaboration des normes doivent être gérés par la Banque et
le Fonds.
Quant aux
alternatives, dans quelle mesure les nouvelles agences telles que la Banco del
Sur sont-elles différentes, responsables ? Les gouvernements du Sud et
leurs citoyens considèrent-ils que la multiplication des sources de financement
leur apportera davantage de marge de manœuvre ou au contraire qu’elle
représente une charge supplémentaire et inutile ? Les responsables
politiques du Nord croient-ils réellement qu’ils peuvent rendre l’aide plus
efficace en fragmentant les agences et les responsabilités ? Il est peu
probable que les banques régionales interviennent dans les transferts
financiers Nord - Sud ou dans les réglementations internationales ; elles
ne peuvent donc remplacer complètement la Banque mondiale et le
FMI. Serait-il possible de créer des organismes financiers régionaux
solides dans d’autres régions, et notamment en Afrique ?
Comment les organisations de citoyens
peuvent-ils garantir que les nouvelles institutions soient transparentes et
utiles ?
La
conférence annuelle d’Eurodad a permis de débattre de chacune de ces
importantes questions. Des ateliers y ont également été organisés, qui
couvraient des thèmes allant des politiques de prêts responsables aux
conversions de dettes. Le rapport, instantané des principaux débats, identifie les
questions les plus polémiques ainsi que les consensus et les domaines d’action
qui se sont dégagés.
Les conclusions de la conférence
Dans ses conclusions, la conférence
salue l’émergence d’institutions alternatives. La réussite de ces
dernières repose bien sûr en grande partie sur les réseaux du Sud tels que
Latindadd et Jubilée Sud. Analystes et militants d’Europe et des autres régions
peuvent les soutenir, en aidant à empêcher d’éventuelles représailles ou à
bloquer les efforts visant à saper ces nouvelles initiatives. Ils peuvent
également veiller à ce que leurs revendications au sujet des lacunes des
actions de la Banque mondiale et du FMI ne soient pas interprétées comme un
plaidoyer pour un élargissement des compétences ou des pouvoirs de ces institutions.
Les membres d’Eurodad et les autres organisations du Nord
devront également s’employer à signaler les défauts et les tendances de
l’actuel système financier international et exiger que des actions soient
entreprises pour limiter la fuite des capitaux du Sud vers le Nord, et plus
particulièrement les transactions illicites ou malhonnêtes.
Différents domaines d’action ont été identifiés :
-
Certaines
organisations continueront d’assurer le
suivi
des négociations menées autour de la reconstitution des fonds de l’IDA, le
guichet concessionnel de la Banque mondiale, pour tenter de peser sur les
décisions ; elles se concentreront pour cela sur les impacts et les
responsabilités de l’institution en matière de conditionnalité et de prêts
relatifs aux énergies fossiles.
-
D’autres
continueront de collaborer à
l’évaluation
et à la remise en question des politiques restrictives du FMI, à cause
desquelles les gouvernements peinent à atteindre les objectifs internationaux
fixés ou à satisfaire les aspirations de leurs citoyens. Elles se pencheront
également sur les
nouveaux rôles que
souhaitent se donner la Banque mondiale et le FMI, notamment en matière
d’écotaxes ou d’échanges de carbone.
Les participants se sont plusieurs fois accordés à
dire que le multilatéralisme pouvait être
un facteur important et que le transfert des finances et de l’expertise
reposait, au moins à court terme,
sur
les institutions multilatérales. La question est de savoir si la Banque
mondiale et le FMI changent, ou peuvent changer et se mettre réellement à
l’écoute des différents pays et membres théoriquement présents dans leurs
organismes de gouvernance et de gestion. Les organisations de la société civile
présentes ont été encouragées à continuer à développer une analyse technique pointue
ainsi qu’à se mobiliser pour rassembler davantage de personnes actives et
militantes. Les organisations européennes ont abordé la question de la
Commission européenne en tant que bailleur
multilatéral potentiellement concurrent, thématique qu’elles développeront
en parallèle avec l’analyse de l’organisation qui pourrait remplacer le FMI et
devenir le référent pour les autres financeurs publics. Au cours des prochaines
années, Eurodad et Afrodad, entre autres, intègreront ces questions au travail
qu’elles mènent sur l’efficacité de l’aide. Des instruments comme la
commission d’audit équatorienne permettront
de dégager une analyse approfondie des conditions auxquelles ce pays a
contracté des prêts et d’évaluer les impacts de ces derniers. Partout ailleurs,
d’autres organisations pourront s’appuyer sur cette initiative pour revendiquer
un audit de la dette, de même que celles qui prévoient de collaborer pour
auditer la Banque mondiale et d’autres institutions financières pourront s’en
inspirer.
Une réunion organisée en parallèle à la conférence a permis
de donner un nouvel essor à ce
travail
sur la dette illégitime. Ses participants ont en effet décidé de co-rédiger
un courrier appelant les gouvernements équatorien et norvégien à créer un
groupe de travail international sur la dette illégitime. Ce groupe
rassemblerait les gouvernements, parlementaires, universitaires, institutions
internationales et représentants de la société civile du Nord et du Sud
intéressés, avec l’objectif d’analyser et de clarifier les concepts de dette
odieuse et illégitime et d’étudier leur application dans la réalité. Cette
initiative est d’autant plus importante aux yeux des participants que la Banque
mondiale a publié un rapport plutôt limité et polémique sur la dette odieuse en
2007. Il a également été proposé d’intégrer ce travail aux préparatifs actuels
du sommet de chefs d’Etat sur le Financement du Développement,
en amont de la conférence qui se tiendra à
Doha plus tard dans l’année. Plusieurs participants ont profité de la
conférence pour aborder la question de ces préparatifs et ont convenu de
rédiger un courrier conjoint, dans lequel ils revendiqueront la participation
de la société civile et soumettront les questions qu’ils souhaitent voir
traiter lors de la conférence.
Eurodad participera de manière active au processus de
préparation à la conférence sur le Financement du Développement et veillera à
ce que les membres du réseau Eurodad et leurs partenaires du Nord et du Sud
entretiennent les contacts nécessaires à la réalisation d’un travail commun
efficace et bien planifié.
Pour plus
d’informations, pour lire le rapport complet et les différentes présentations
et voir les photos, consultez :
http://www.eurodad.org/whatsnew/events.aspx?id=1222