Justice et Paix : FINANCES
- Revenus , Paradis fiscaux...



SULFUREUX PARADIS     « LE MONDE » (1)

Chaque jour, le scandale de l'évasion fiscale vers le Liechtenstein s'étend. La liste des fraudeurs, qui ne concernait au départ que l'Allemagne, touche aujourd'hui une dizaine de pays, dont la France, la Grande-Bretagne, la Suède, mais aussi des pays non européens comme l'Australie ou les Etats-Unis. Rien d'étonnant. Comme le disait Georges Pompidou : "Tout impôt comporte en lui-même une incitation à la fraude."

Est-ce une raison pour accepter les paradis fiscaux ? En aucune façon. Certains penseurs libéraux estiment que ces paradis ont le mérite d'inciter les autres Etats à réduire leurs impôts. C'est exactement l'inverse. Comme le prouve la liste des Etats concernés par le scandale actuel, même des pays où l'impôt sur le revenu est faible sont concernés. En appauvrissant les autres Etats, les paradis fiscaux poussent au contraire ceux-ci à accroître leur pression fiscale.

En raison de la libre circulation des capitaux au niveau mondial, le phénomène est devenu planétaire. On compterait aujourd'hui plus de soixante-dix paradis fiscaux, et le Liechtenstein considère qu'il est en concurrence avec Hongkong ou les Bermudes.

Après le 11 septembre 2001, les paradis fiscaux ont été perçus comme des plaques tournantes des activités finançant le terrorisme. Evasion fiscale et blanchiment d'argent sont deux réalités différentes. Il n'empêche que, dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de pratiques frauduleuses facilitées par l'opacité qui caractérise les paradis fiscaux.

Le tableau n'est pourtant pas aussi sombre qu'il y paraît. Le scandale actuel montre que les Etats européens sont prêts à employer de grands moyens - y compris payer des informateurs - pour juguler le phénomène. Même si l'Union européenne avance moins vite dans ce domaine qu'on pourrait le souhaiter, en raison notamment de l'unanimité que requiert toute directive fiscale, la situation s'améliore. Ainsi, les vingt-sept pays de l'Union s'échangent depuis 2005 les informations fiscales sur les revenus de l'épargne perçus par les non-résidents. Ceux qui ont refusé cette transparence (Luxembourg, Belgique et Autriche) s'engagent en contrepartie à taxer - de plus en plus - les revenus des non-résidents. Un compromis qu'appliquent également les paradis fiscaux voisins de l'Union comme la Suisse, Monaco et le Liechtenstein.

Dans ce rapport de forces permanent, des pays comme l'Allemagne ne manquent pas de moyens de pression. Les Etats-Unis ont, dès l'an 2000, obtenu d'importantes dérogations au secret bancaire suisse. Encore faut-il le vouloir. Comme le note le sénateur Jean Arthuis, ancien ministre des finances, en tant que coprince d'Andorre, le président de la République française n'est-il pas, ès qualités, à la tête d'un paradis fiscal ?

Plaidoyer en faveur des paradis fiscaux

LE MONDE | 27.02.08


L'achat, par l'Allemagne, de la liste de détenteurs de comptes bancaires au Liechtenstein est présenté comme un combat contre l'évasion fiscale. Mais les paradis fiscaux ont des raisons d'être. Quand l'Etat devient vraiment oppressif, ceux-ci constituent une protection essentielle pour l'épargne. Compte tenu des performances lamentables des gouvernements, de tels comptes constituent une liberté majeure pour les citoyens.

Même des démocraties peuvent devenir tellement étouffantes pour les minorités riches et méprisées qu'un compte bancaire offshore devient nécessaire. La polémique, à la fin des années 1990, sur les 50 000 comptes suisses en déshérence, soldés par les banques pour 1,85 milliard de dollars, a ignoré le rôle des banques suisses dans l'apport d'une sécurité financière aux juifs et autres opprimés par le régime nazi, suffisamment chanceux pour y échapper.

Le principe du secret bancaire, établi dans l'Acte bancaire suisse de 1934, a été une réponse à la pression des nazis pour obtenir les noms des détenteurs de comptes. Maintenant que l'Allemagne inflige des amendes aux possesseurs de comptes au Liechtenstein, on peut difficilement expliquer qu'une telle loi était inutile.
D'autres cas, moins extrêmes, abondent. En Argentine, le gouvernement a exproprié partiellement, ou totalement, l'épargne des classes moyennes pendant une décennie : les comptes bancaires à l'étranger ont été essentiels pour survivre.

UNE TAXATION EXCESSIVE

Dans l'ancienne Yougoslavie, les Serbes ont exproprié les détenteurs de comptes en devises étrangères. Certains pays, issus de l'éclatement de la fédération, ont restitué cette épargne. L'un d'entre eux, la Bosnie, ne l'a jamais fait. La prospérité de la Slovénie après son indépendance a été grandement facilitée par le manque de confiance dans le système bancaire yougoslave et le nombre élevé de comptes en Autriche. Même au Royaume-Uni, les tranches d'imposition les plus élevées ont atteint 90 % pendant plusieurs décennies, et même 135 % en 1968.

La popularité, en Allemagne, des comptes bancaires en Suisse et au Liechtenstein reflète la taxation excessive dans le pays. La chancelière Angela Merkel ferait mieux de mettre l'Etat au régime et d'engager une vraie réforme fiscale avant de trafiquer avec des documents bancaires volés.

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1- 27.02.08 Edito du Monde

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