UNE IMPORTANTE QUANTITE DE RIZ VENDUE AU CAMEROUN JUGEE
IMPROPRE A LA CONSOMMATION.
Cet article fait suite à la
lettre du 11 janvier 2007, intitulée " une étrange rencontre ", dans
laquelle je concluais que le riz thaïlandais vendu à prix cassé sur le marché
ouest-africain provenait de stocks destinés à l'alimentation des animaux.
L'article ci-dessous, même s'il date un peu et provient du Cameroun, décrit une
situation tout à fait comparable à celle de l'Afrique de l'Ouest d'aujourd'hui.
L’offre du marché Camerounais en matière
de céréales présente une
panoplie
importante de choix, notamment en ce qui concerne le riz. Plusieurs variétés,
importées de divers pays, sont en effet nettement différentiables, par
plusieurs paramètres : la couleur, l’aspect physique caractérisé par des grains
entiers, sans brisures pour certaines ou à moitié ( cassés ) pour d’autres, et
au finish par l’apport nutritif en calories de chacune d’elles. Et au regard
des données des importations de cette denrée qu’enregistre chaque année le
Cameroun, il apparaît que la demande de consommation est en nette progression.
Mais au-delà de la grande diversité de la qualité du riz présent sur le marché
local, les consommateurs sont presque livrés à la cupidité de certains
opérateurs économiques guidés par le seul souci du bénéfice. Allant jusqu’à
introduire sur le marché des qualités de riz uniquement destinées à la
consommation animale dans les pays d’origine (Extrême-Orient, Asie du Sud-Est).
C’est
dans le souci de substituer les importations de ces brisures de riz par une
production locale d’autres aliments et de pallier ainsi les carences observées
autour de ces " sous-produits du riz ", que des opérateurs
économiques, en association avec des scientifiques ( tous engagés aux cotés du
ministère du Développement industriel et commercial dans un vaste projet de
reconversion économique), viennent de commettre une étude de faisabilité. Cette
étude relève que : "
ces brisures de riz (thaïlandaises) ou riz
de basse qualité, qui ne sont en réalité que les écarts de tri des usines de
conditionnement de riz, ne sont en effet pas destinés à la consommation humaine
d’après le classement de la FAO. "
Le
cadre logique macroéconomique du document précise que : "
bio-chimiquement parlant, il y a dilution
graduelle de la calorie lors de la cuisson de ce riz (produit non - stabilisé
par étuvage ou par pré - cuisson). Ce riz peut se gorger d’autant de parts
équivalentes d’eau (2 à 4 volumes équivalents d’eau et même plus) jusqu’à un
état totalement pâteux lors de la cuisson. C’est en effet un produit qui, du fait de son effet virtuel de satiété,
donne au consommateur une illusion bourrative. La valeur calorifique de
cette forme de riz devient de ce fait un paramètre non - maîtrisable ".
Ce phénomène d’importation et par ricochet de consommation à grande échelle des
brisures de riz serait apparemment propre à plusieurs pays en Afrique.
Le riz importé par les pays africains
contient une grande proportion de brisures. Pour expliquer cette situation,
plusieurs raisons sont avancées.
Celles
liées aux
habitudes alimentaires des
consommateurs pour certains pays (Sénégal et Mali, notamment), mais
surtout les raisons économiques (parce
que ces brisures de riz coûtent en effet moins cher). Conséquence, le riz
importé a généralement une grande proportion de brisures (entre 15 et 100%).
Lorsque les importateurs africains n’achètent pas directement auprès des
fournisseurs asiatiques du riz ayant un taux de brisures variant entre 15 et
35%, ils importent régulièrement du riz entier de première qualité qu’ils
mélangent à de la brisure en grande proportion, afin de réaliser un maximum de
bénéfice, aux dépens de leur valeur énergétique. Par ailleurs, d’après des
nutritionnistes, ces
brisures de riz
n’ont qu’une composition proche de celle du riz " destiné à la
consommation humaine ". Elles sont : "
très riches en amidon, pauvres en
protéines, ne contiennent quasiment pas de fibres alimentaires, de minéraux et
de matières grasses."
Compétitivité
Les
brisures de riz viennent dans le peloton de tête des riz les plus consommés par
les ménages camerounais, en témoigne la forte demande auprès des commerçants et
les revenus moyens des populations. Les brisures de riz (qu’on rencontre sur le
marché camerounais sous la forme de riz chinois, ou ancien riz), sont largement
à la portée du plus grand nombre de ménages (en moyenne 265 francs le
kilogramme au marché Deido de Douala), en comparaison au riz longs grains
(encore appelé riz parfumé, qui coûte entre 750 et 800 francs CFA le kilogramme).
Au regard des prix pratiqués, cette dernière qualité de riz est importée d’une
manière très marginale au Cameroun (moins de 2000 tonnes/an). Pis encore, en ce
qui concerne le riz blanchi, étuvé et précuit (riz longs grains 2/4) à
l’exemple de " Uncle Ben’s " destiné aux marchés huppés, et vendu à
plus de 2000 francs le kg.
Le riz paddy
produit localement et usiné est entièrement exporté, à cause justement de la
non - compétitivité du riz long grain sur le marché camerounais. Très
consommées, mais en principe destinées aux animaux, les brisures de riz font
les beaux jours de certains commerçants, et cette situation n’émeut personne,
même pas les associations de défense des consommateurs. "
S’attaquer aux importateurs de ces qualités
de riz reviendrait à s’attaquer à la grosse machine", se contente de
dire un opérateur économique. Alors que la bonne foi aurait par exemple
consisté pour ces opérateurs économiques à identifier clairement la destination
finale de ces produits, pour ne pas confondre l’alimentation destinée aux
hommes à celle habituellement servie au bétail.
Source :
http://www.camerounlink.net/fr/news.php?nid=8169&kat=1&seite=532
Article de Lazare
Kolyang du 15 juin 2004