ANNEE NOIRE POUR L’OR BLANC DU BURKINA.
ABC BURKINA 266 13 Jv08
Il y a quelques jours, je me suis
arrêté à Boni, dans la zone cotonnière de la province du Tuy. La nuit, j’ai pu
bavarder avec quelques paysans et constater que les producteurs de coton étaient
en plein désarroi.
Nous
avons commencé par parler du projet « agrocarburant ». Plusieurs
pépiniéristes se plaignaient de n’être pas payés. L’un d’eux s’exprimait
ainsi : «
Si j’avais su, je
n’aurais pas abandonné ma culture maraîchère pour me mettre dans des
problèmes. »
Mais
c’est surtout
la situation des
producteurs de coton qui a retenu notre attention. Il y avait là le
secrétaire d’un Groupe de Producteurs de Coton (GPC). Pour la première fois de
sa vie «
il était dans les
impayés ». Expression habituelle, ici, pour dire que
sa récolte de coton ne lui permettait pas
de rembourser les intrants pris à crédit à la SOFITEX (Société burkinabè
des Fibres et Textiles) à laquelle les producteurs de coton - à l’ouest du
Burkina - livrent leur récolte. Et il n’était pas le seul ! La moitié des
26 membres de son groupe était dans le même cas. À eux tous, ils avaient
cultivé 47 hectares de coton, et récolté à peine 47 tonnes. Soit en moyenne une
tonne de coton à l’hectare. Tout juste de quoi rembourser les « crédits »
contractés à la SOFITEX. Mais si nous regardons à l’intérieur de ce GPC, nous
verrons qu’il y a aujourd’hui deux catégories de membres :
ceux qui, ayant semé tôt, s’en sortent
bien ; et ceux qui - pour une raison ou une autre - ont semé tard, et dont
la récolte est beaucoup trop faible pour rembourser
« les crédits ».
Les
pluies s’étant arrêtées au milieu du mois de septembre, leur coton n’a pas eu
le temps d’arriver à maturité.
Fin
novembre, les émissaires de la SOFITEX auprès des producteurs avaient annoncé
des dispositions pour faire face à la situation, les problèmes devant être
résolus au cas par cas. Aussi, nombreux sont les producteurs qui se rendent à
la SOFITEX pour exposer leurs difficultés et demander un report de leur dette.
Mais les responsables de la
SOFITEX
s’abritent derrière la « caution solidaire (1= »
et laissent les producteurs se débrouiller entre eux.
Résultat,
la SOFITEX, et elle seule, s’en tire à bon compte. En récupérant les 47 tonnes
de coton produites par ce GPC elle
peut
éponger les crédits de l’ensemble des membres du groupe. Elle peut même
verser quelques milliers de F CFA au GPC. Pour elle, « pas de
problèmes » !
Les problèmes
sont pour les seuls producteurs de coton.
La
caution solidaire - acceptable quand le coton était bien payé (210 F le kg,
il y a peu, au lieu de 145 F aujourd’hui), et que les pluies étaient
satisfaisantes -
a, cette année, pour
principal effet de dresser les membres du GPC les uns contre les autres.
Ceux qui ont fait une bonne récolte n’ont perçu que quelques milliers de
francs, bien loin des centaines de mille qu’ils étaient en droit d’espérer.
Aussi, ils se dressent contre ceux qui se sont endettés, les menaçant de saisir
leurs animaux ou tout autre bien s’ils ne leur versent pas « leur
dû » ! Ces derniers ne savent pas à quel saint se vouer, la récolte
de maïs ayant été, elle aussi, très décevante. Certains producteurs se
demandent alors si la solution à leurs problèmes n’est pas la fuite.
Nous
sommes loin du climat qui régnait encore, il y a quelques années, dans les
régions cotonnières. À Boni, par exemple, les jeunes disaient qu’avec le
coton ils n’avaient pas besoin de quitter le village. Le jour où l’argent du
coton arrivait au village, ils organisaient « la fête du coton »;
aujourd’hui, l’espoir qu’ils avaient mis dans le coton est bien mort.
Pendant
ce temps, dans les capitales européennes, on parle de co-développement ;
on fait de grandes réunions internationales pour freiner les flux migratoires,
alors que plusieurs experts disent qu’il
aurait
suffit de 150 millions d’euros pour sauver la filière coton africaine... On est
loin des 5 milliards d’euros de la Société Générale de Banque !
Koudougou, le lundi 4
février 2008
Maurice Oudet
Président du SEDELAN