SI RIEN N’EST FAIT, LES PRIX DE LA NOURRITURE CONTINUERONT A
AUGMENTER
ABC Burkina 267
Il
y a deux jours, dans le magasin CORAM de Koudougou, une dame m’a demandé :
"Mais, mon père,
comment est-il
possible que le litre d’huile ait pu augmenter de 800 à 1200 francs en quelques
mois ?" Voilà une bonne question ! La
montée des prix agricoles (céréales, lait, huile,…)
est vertigineuse et mondiale.
En
voici les trois raisons principales :
1 -
Les intempéries dans certaines parties
du monde ont amené de mauvaises récoltes.
2 - Des terres de plus
en plus nombreuses sont consacrées à la
production
d’agrocarburants.
3 - La
population mondiale continue d’augmenter.
L’urbanisation rapide et l’élévation du
niveau de vie en Inde et en Chine augmentent la demande d’une nourriture de
qualité.
Devant cette situation,
que font, par exemple, les
dirigeants européens : Ils
viennent de prendre en urgence trois mesures importantes :
1 -
Supprimer les quotas laitiers,
c’est-à-dire supprimer les limites qui avaient été mises à la production de
lait.
2 -
Supprimer les jachères, c’est-à-dire
remettre toutes les terres agricoles en culture.
3 -
Baisser les droits de douane à
l’importation pour les produits qui manquent.
Ces
mesures vont limiter la montée des prix des denrées alimentaires en Europe.
Qu’en est-il ici ?
1 - Depuis que le
gouvernement s’est désengagé du secteur agricole, nous
continuons toujours plus à produire ce que nous ne consommons pas
(le coton) et à
consommer ce que nous ne
produisons pas (le riz-poubelle de Thaïlande ou autre). Dans le contexte
mondial actuel, ce choix de production et cette dépendance de l’extérieur pour
la nourriture vont nous conduire à la ruine !
Réveillons-nous !
2 - De plus,
pour le coton Bt (OGM), nous d
evenons totalement dépendants d’une seule
multinationale étrangère pour les
semences
et pour les
intrants. Les difficiles
négociations actuelles pour en fixer les prix nous montrent combien la firme
américaine Monsanto est bien décidée à tirer le profit maximum de la culture du
coton Bt au Burkina.
Ainsi,
avec le coton Bt, non seulement nous produisons ce que nous ne consommons pas,
mais nous allons le produire à nos risques et pour le plus grand bénéfice d’une
multinationale étrangère.
Réveillons-nous !
3 - Le ministre de l’Agriculture
vient de signer un contrat avec une société appelée AgroEd qui dit que "La
société AgroEd bénéficiera du soutien du gouvernement pour l’acquisition de
terres pour la
production et pour
l’implantation d’une unité industrielle d’agrocarburants." Ces terres
ne serviront donc plus à produire notre nourriture, mais tomberont aux mains de
sociétés qui n’y cherchent que le profit… et cela avec, en plus, le cachet
"lutte contre la pauvreté".
Réveillons-
nous !
Il nous faut de toute urgence demander à
nos dirigeants de mettre en œuvre
une
vraie politique agricole volontariste. Il
nous faut produire davantage de céréales (mil, maïs…)
et de produits laitiers. Il nous faut
développer des filières alternatives au coton… et les paysans y sont
prêts : sésame, soja, fruits, produits maraîchers, qui se vendent bien. Il
faut assurer notre souveraineté alimentaire. Et pas seulement dans les discours
de vœux ou dans les promesses électorales. C’est seulement à cette condition
que nous traverserons moins douloureusement les tempêtes et les augmentations
qui s’annoncent sur les marchés des produits alimentaires.
Parce
que, comme je l’ai dit à la dame à CORAM,
"si
rien ne change, ça va augmenter encore et même beaucoup, parce quand la
nourriture manque, elle n’a plus de prix."
Koudougou, le 29 janvier
2007
Père Jacques LACOUR
(jacqueslacourbf@yahoo.fr)
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