TCHAD : LA MANNE PETROLIERE EN ARRIERE-PLAN DES
AFFRONTEMENTS
LES ECHOS [ 05 FÉVRIER 08 ]
Déstabilisé par une rébellion déterminée à renverser le régime
d'Idriss Déby, le
Tchad est encore loin
d'être un eldorado pétrolier. Le clan zaghawa du président s'est accaparé
l'essentiel de la manne financière apportée par l'or noir.
Trois jours après le début de l'offensive rebelle pour
renverser le régime du président tchadien Idriss Déby, des
milliers de civils fuyaient, hier, N'Djamena, pour le Cameroun. Un
calme précaire régnait sur la capitale après que la rébellion s'est repliée
hors de la ville. Le temps, a-t-elle affirmé, de recevoir des renforts pour
repartir à l'assaut de la présidence, dont les abords ne sont plus qu'un
paysage de vitres brisées, d'impacts de balles, d'obus ou de roquettes sur les
façades, d'arbres sectionnés ou encore de véhicules calcinés. Hier, dans une
déclaration non contraignante, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné ces
attaques des groupes armés contre le gouvernement. Peu après ce soutien des
Nations unies au gouvernement tchadien, le ministre français des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner, a d'ailleurs adressé la première mise en garde
directe de Paris aux rebelles, exprimant l'espoir que l'armée française n'aurait
pas à « intervenir plus avant ». Ladite armée française estimait qu'« un peu
moins de 300 » ressortissants étrangers étaient encore en attente d'évacuation
à N'Djamena.
Idriss Déby, qui s'est imposé à la tête du pays par
les armes en 1990, fait face à l'attaque la plus grave depuis son arrivé au
pouvoir.
Miné par les
défections
Cette nouvelle flambée de violences rappelle aussi que le
régime est à bout de souffle, miné depuis
deux ans par des défections dans l'armée et la propre ethnie zaghawa
d'Idriss Déby. Les
élections de 2006 ont
été majoritairement qualifiées de « mascarade » par l'opposition et les
experts indépendants. Elles ont offert au président tchadien un moyen de
légitimer un troisième mandat après qu'il eut fait modifier la Constitution
pour se représenter.
La communauté internationale avait espéré un avenir meilleur pour
ce pays enclavé d'Afrique centrale, largement dépendant de subsides extérieurs,
particulièrement français. Car en 2003, le Tchad, qui comptait parmi les
pauvres de la planète, avait fait une entrée remarquée dans le club fermé des
pays producteurs africains de pétrole, avec la mise en production du champ de
Doba, au sud du pays, par le consortium composé des américains ExxonMobil et
Chevron ainsi que du malaisien Petronas.
La
Banque mondiale en avait fait un banc d'essai pour la bonne gestion des revenus
de l'or noir. Les recettes devaient servir à alimenter des dépenses au
profit de l'éducation, de la santé et autres infrastructures de base. L'accord
a tenu à peine deux ans.
N'Djamena n'a
pas respecté sa parole, profitant de la nouvelle manne pour augmenter ses
achats d'armes, notamment pour soutenir la rébellion soudanaise et se
protéger contre ses propres groupes rebelles. Le clan présidentiel se serait
arrogé l'essentiel de l'argent, dénonce l'opposition.
La redistribution des
recettes pétrolières est un enjeu fondamental au Tchad. En 2003, la Banque mondiale estimait alors que le pays pourrait
en retirer environ 2,5 milliards de dollars sur la base d'une production de 1
milliard de barils sur trente ans à 15 dollars... Depuis, le prix de l'or noir
s'est envolé sur les marchés internationaux et, au terme d'un lourd bras de fer
avec les « majors » pétrolières, le Tchad a renégocié des conditions de partage
des revenus plus favorables. Résultat : le pays aurait engrangé, pour la seule
année 2007, entre 1 et 1,5 milliard de dollars de recettes. De quoi soutenir
l'activité économique, notamment le bâtiment et les travaux publics. Mais
la population tchadienne en attend toujours
de véritables retombées.
Sébastien Godinot, des Amis de la Terre, signale que la
Banque mondiale avait été informée en amont
par les ONGs (dont les Amis de la Terre)
du risque de financer un projet très complexe dans une dictature
sanglante, mais n'a pas daigné en tenir compte. En 2007, elle a préféré se
retirer du projet, refusant d'en assumer les conséquences.
L. T.
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