Justice et Paix : DROITS DE L'HOMME
- Exclusion, pauvreté



QUELS SONT LES BESOINS DES ENFANTS POUR ETRE FORTS DANS LA VIE?

par Renate Hänsel et Renate Dünki


1° Penser à l’avenir malgré la guerre et la destruction!

       Dans beaucoup de pays du monde, les humains souffrent des conséquences des guerres qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, ont été déclenchées par des élites du pouvoir occidental. Poussés par l’envie immodérée du pouvoir et de l’argent, ces meneurs de guerres ne reculent devant aucun moyen pour déstabiliser les pays qu’ils veulent exploiter stratégiquement ou économiquement. Les infrastructures et les institutions culturelles sont détruites, aussi impitoyablement que les hôpitaux et les habitations de la population civile. Les souffrances de la population n’intéressent pas les coalisés de la guerre: Le pays est contaminé à long terme par de nouvelles armes encore plus atroces et les gens accablés de maladies et de mort. Tout est à l’abandon, il n’y a pas de travail, pas d’occupation constructive pour la population civile. Chaque jour il ne s’agit que de survivre. «Tout dans ces guerres va à l’encontre du droit international, de la Charte de l’ONU et des droits de l’homme. En Irak, en Afghanistan, au Liban et en Palestine, dans la Corne de l’Afrique, et partout où le cartel mondial de la guerre a l’intention de mener encore des guerres.» (cf. Horizons et débats no 30 du 6/8/07).
 
       Ceux qui souffrent le plus sont les enfants. Ils sont déracinés avec leurs familles, ils doivent craindre à chaque instant la menace contre leurs corps et contre leur vie, ils sont témoins de la dévastation de leur environnement et doivent même fuir leur pays. Dans certains cas, la mère et le père sont tués et les frères et sœurs séparés. Ils sont tourmentés sans cesse par la maladie, la faim et des conditions de vie indignes, soit dans leur pays détruit, soit dans un autre pays, dans un de ces camps de réfugiés déjà surpeuplés. Ces enfants – qui comme partout dans le monde – incarnent l’avenir pour leurs parents et pour leur pays, sont gravement menacés dans leur développement physique et psychique, dans leur apprentissage et dans toute leur formation. Ils n’ont pas l’occasion d’apprendre les techniques culturelles, de s’approprier des connaissances et d’apprendre un métier.

       Ces enfants ont, comme tous les enfants du monde, droit à la paix, au développement, à la formation ceci d’autant plus que ce sont eux qui, dans quelques années, devront être les piliers de la société civile, reconstruire leurs pays et participer de manière constructive au bien commun sur le plan de l’égalité. Comment en seront-ils capables, si aujourd’hui, sous la menace de la guerre, il ne leur reste que la lutte pour la survie? Il ne faut pas qu’on abandonne ces enfants, seuls à leur destin. Certes, les adultes feront tout pour les protéger et pour leur donner de l’espoir. Mais quand les bombes tombent ce n’est plus guère possible.

       Qu’est-ce que les jeunes de ces pays – comme les jeunes de tous les pays – devront apprendre pour être fortifiés dans leur développement, pour être capables de participer pacifiquement à la reconstruction de la société civile dans leur pays, ensemble, les uns égaux aux autres? Et comment pouvons-nous – nous, qui vivons dans nos pays aujourd’hui encore épargnés par la guerre où nous pouvons élever nos enfants en paix – aider ces adultes et ces enfants à ne pas désespérer dans leur lutte quotidienne et leur donner un espoir fondé pour un meilleur avenir?

       Leur pays devra un jour être indépendant et libre, pouvoir gérer son propre destin et prendre sa place dans la communauté des peuples. Les besoins alimentaires doivent être garantis sur la base de l’autosuffisance. Les gens doivent avoir du travail, l’économie doit être reconstruite pour que tous puissent, selon leurs capacités, participer à la reconstruction. Un système de droit qui protège tous les citoyens doit être développé.
       Pour cela il faut une éducation et une formation de la tête, du cœur et de la main depuis le plus jeune âge: car c’est au sein de la famille et ensuite au jardin d’enfants que les bases morales sont posées pour que ces jeunes puissent à l’avenir accomplir les devoirs que leur pays exige d’eux, en collaboration amicale les uns avec les autres. C’est à cet âge-là qu’ils doivent apprendre à
–    Se parler au même niveau,
–    S’écouter mutuellement et à compatir,
–    Réaliser quelles tâches doivent être accomplies et à trouver en commun les moyens de les résoudre,
–    Accomplir ensemble ce qu’on peut, chacun contribuant selon ses possibilités,
–    Reconnaître les difficultés et réfléchir ensemble comment les surmonter,
–    Demander de l’aide aux personnes qui savent comment faire, là où l’on n’est pas capable de le faire soi-même,
–    Se laisser guider à résoudre les conflits de manière pacifique.

       Nous, citoyens des pays au monde qui participent aux crimes de guerre, les encouragent ou du moins les tolèrent, nous avons la co-responsabilité de ne pas laisser les enfants dans les régions en guerre à leur misère. En Suisse, la Direction du développement et de la coopération (DCC) et beaucoup d’autres organisations se sont saisies depuis un certain temps de ces obligations et elles ont commencé à soutenir dans leur développement des enfants et des adolescents dans les pays pauvres sur une base d’égalité. Celui qui essaie de faire cela aura sa vie enrichie.
      
2° La situation des enfants dans les régions de guerre et de crise :

       Les enfants du monde entier ont besoin pour leur développement de la protection, de l’amour, et de l’enseignement des adultes. En situation de guerre et pauvreté, l’accomplissement de la tâche éducative devient beaucoup plus difficile. Quand les choses essentielles manquent, notamment la paix, le respect de la dignité, une place protégée pour y habiter, suffisamment de nourriture, du travail, l’école, la formation et l’apprentissage, alors les enfants ont besoin d’adultes fiables qui les soutiennent, les protègent et les enseignent. Ainsi ils ne seront pas livrés à leur peur et pourront reprendre courage.

       Les adultes dans les régions de guerre et de crise doivent accomplir leur tâche d’éducation dans de telles conditions difficiles. Pour ce travail, il leur faut renouer avec les précieuses traditions locales de vie dans la famille et la communauté. La cohésion dans les familles et dans les communautés de village, l’évidence de l’aide mutuelle entre voisins, la responsabilité que déjà les plus petits ont l’habitude de prendre, la richesse de leurs traditions culturelles – voici des valeurs inestimables dont les pays occidentaux pourraient beaucoup s’inspirer. Mais si, par la guerre qui leur est imposée, les bases d’existence de la famille sont détruites. Quand les parents et les frères et sœurs ou de proches parents manquent – parce qu’ils ont dû fuir ou qu’ils ont souffert des choses atroces – alors d’autres personnes doivent remplacer la mère et le père, donner à leur place l’amour et la protection aux enfants et s’occuper de la vie de tous les jours, malgré l’effondrement de l’ordre extérieur et du danger permanent de perdre la vie ou d’être blessé. Il est important pour la survie des enfants de savoir être actif avec les mains et avec la tête, car cela signifie ne pas se résigner devant les circonstances défavorables, résister, rétablir un peu d’ordre pour améliorer sa propre vie. En collaborant avec des copains, ils apprennent de façon durable la valeur de l’attachement et de la solidarité. De là, même dans le plus grand dénuement, peut naître l’espoir, la force et le courage. Samah Jabr, une psychiatre vivant dans un pays occupé depuis des décennies, déclare:

       «Le fait que notre patrie est occupée ne signifie pas que nous ne sommes pas libres. Nous refusons l’occupation dans notre esprit. Nous apprenons à vivre malgré l’occupation et à ne pas nous adapter. La résistance contre l’occupation et la solidarité nationale sont très importants pour notre santé psychique. La résistance peut nous protéger de dépressions et de perdre l’espoir.» ­(Samah Jabr, 28 mai 2007)

       Chacun qui s’occupe de ces enfants est de la plus haute importance pour toute leur vie. Car, malgré la misère extérieure, ils auront la possibilité de faire l’expérience de la dignité, de la confiance et de la solidarité et ils pourront ainsi apprendre et devenir plus forts. Nous, en tant que jardinières d’enfants, enseignants et psychologues suisses désirons donner la main à nos prochains et collègues dans les pays qui souffrent et leur transmettre notre savoir et nos expériences pédagogiques dans le travail avec des enfants au jardin d’enfants et à l’école. Nous espérons que nous pourrons ainsi les soutenir dans leur travail et nous-mêmes serons heureux d’avoir des échanges d’expériences.

3° Quels sont les besoins d’un enfant au jardin d’enfants?

       Le petit enfant doit apprendre tout ce qu’il doit savoir plus tard; il n’est pas seulement important de lire, d’écrire et de calculer, mais aussi de savoir entreprendre un travail, collaborer avec ses prochains en amitié et surmonter des conditions de vie difficiles. Ainsi soutenu, l’enfant sera plus tard capable d’aider à améliorer les conditions de vie de son peuple.

       L’enfant apprend par l’imitation et par l’enseignement d’un modèle, c’est-à-dire il regarde comment un adulte ou un enfant plus âgé font les choses, trouvent des solutions et comment ils se comportent face aux autres personnes et comment ils surmontent une difficulté. S’il se sent en sécurité auprès de son modèle, s’il peut lui faire confiance et l’estime, il pense: «C’est bien! Je voudrais savoir faire comme lui!» et il essaie de l’imiter. Lors de ses essais, l’adulte soutient ses pas, c’est-à-dire lui montre comment on fait ceci ou cela et l’enfant accepte son enseignement et ses corrections. C’est uniquement si l’enfant s’oriente de cette manière face à l’adulte, qu’il pourra apprendre de ce dernier. Si l’enfant n’a pas cette disposition – pour n’importe quelle raison, par exemple parce qu’il est occupé intérieurement par autre chose – l’adulte doit d’abord l’éveiller.

       Le jardin d’enfants et l’école sont les lieux où pour la première fois les enfants apprennent et sont instruits régulièrement dans un groupe en dehors de la famille. Pour cette raison, les responsables du jardin d’enfants sont, à part la mère et le père et les autres membres de la famille, les personnes les plus importantes pour donner au petit enfant la sécurité et la force dont il a besoin. Surtout dans une situation incertaine, désordonnée ou même dangereuse, cet attachement sûr avec la responsable représente la base pour tout ce qui suivra. Elle lui donne la sécurité et le courage nécessaire pour pouvoir apprendre d’elle et en même temps collaborer avec les copains.

4° Se retrouver avec les autres et vivre la relation :

       Quand les enfants arrivent le matin à l’école ou dans le lieu de rassemblement, ils ont parfois déjà vécu des choses atroces qui font peur. Souvent, ils assument leurs expériences d’une façon que nous ne comprenons pas tout de suite. Les uns sont déprimés et tranquilles et d’autres sont agités et nerveux. Leur propre manière de venir à bout des événements peut aussi être agressive, bruyante et brutale, juste comme ils l’ont vu faire. D’autres imitent les conflits qui les ont profondément déstabilisés. Nous devons être préparés à toutes ces variantes et ne pouvons nous permettre de repousser l’enfant en raison de son comportement. Comment pouvons-nous aujourd’hui tenter de calmer ces enfants et leur procurer un peu de sécurité?

       La responsable accueille les enfants dès qu’ils arrivent, l’un après l’autre, et commence aussitôt avec le premier à faire de petits travaux et à donner des petits coups de main calmes, (aérer, nettoyer, arroser des plantes etc.). La responsable voit, tout en leur parlant, comment ils vont: elle sait s’ils ont vécu quelque chose d’inquiétant ou si quelque chose les tracasse. Elle ne s’adresse pas directement à eux, car la plupart des enfants ne pourront pas raconter directement ce qu’ils ont vécu. Au lieu de ça, elle invite l’enfant: «Viens, il faut faire un peu d’ordre ici pour pouvoir former un cercle et nous asseoir.» Si l’un d’eux hésite, elle l’invite encore une fois spécialement: «Viens donc, ne voudrais-tu pas aider à faire de l’ordre, nous avons besoin de toi! Tu pourrais ouvrir cette fenêtre? Tu m’aides à balayer ce sable?» Pendant ces occupations en commun, elle demande, sans y attacher trop d’importance: «Cela a été pour venir ici? Comment ça va à la maison?» Par cette invitation et par son attitude, elle fait comprendre à l’enfant qu’elle devine comment il se sent et qu’elle écoutera très attentivement s’il veut raconter quelque chose, mais qu’elle comprend aussi s’il ne veut rien dire. Ce ne sont pas ses conseils et ses commentaires qui sont importants en ce moment mais l’écoute concentrée. Pendant qu’elle fait de l’ordre avec lui, l’enfant a la possibilité de s’ouvrir et de raconter ou bien – sans parler – de se calmer en faisant tranquillement de l’ordre. Les enfants qui arrivent plus tard sont introduits, chacun individuellement, sans que l’institutrice quitte les enfants qui sont déjà là. Elle prie un enfant, qui a déjà travaillé avec elle et qui est plus calme, d’en chercher un autre qui vient d’arriver: «Regarde, voici Leyla. Veux-tu lui montrer ce que nous sommes en train de faire? Ce serait bien, si elle pouvait aussi nous aider.» Ainsi elle rassemble les enfants en créant des relations émotionnelles de l’un à l’autre tout en pensant à haute voix aux choses qui sont à faire. En réfléchissant aux questions de l’institutrice et en faisant des propositions, un lien se crée entre elle et les enfants. Cela continue ainsi avec les enfants qui se joignent au groupe. Les bonnes idées sont retenues et elle aide les enfants à les réaliser. En cas de difficultés, elle les soutient en invitant d’autres à les aider. Comme peu à peu tous sont à l’œuvre et savent que la responsable les a vus et qu’ils participent aux devoirs en commun, les enfants se calment et se sentent sécurisés. Ils ne se sentent plus seuls, malgré tout ce qui a pu leur arriver auparavant. Par l’activité commune se crée – sans en avoir l’air – la possibilité de raconter ce qui les tourmente. D’autres enfants entendent ce que l’un d’entre eux raconte et peut-être ils vont s’y joindre: «La même chose est arrivée à mon frère», ou «c’est ce que j’ai aussi vu ce matin» ou «Ma maman l’a aussi dit…».

5° Commencer ensemble :

       Quand tous les enfants qui doivent venir à l’école aujourd’hui sont présents, la responsable peut les prier de faire un cercle et de se tenir par les mains. C’est important de commencer une action en commun. Quand tous les enfants se sont vus individuellement et se sentent les bienvenus, les liens entre eux doivent se renforcer par des activités communes. Dans nos jardins d’enfants nous commençons souvent avec la même chanson.
      
       En Suisse alémanique, le matin dans les jardins d’enfants, on chante une chanson qui a pour but que chacun dans cette communauté se sente vu et concerné, et sente ce qui relie les enfants entre eux dans la communauté: «Nous sommes assis en rond, oui nous le sommes, regardez autour de vous, qui est là? Susanna est là, Tobi est là et Mohammed est là… et maintenant tous ensemble c’est nous!» Certainement partout dans le monde il y a des chansons semblables! Un jeu de rassemblement peut aussi aider pour que les enfants se sentent liés entre eux. Laisser derrière soi tous ce qui tracasse. En Suisse alémanique on le joue ainsi: La maîtresse tient dans ses deux poings un morceau de bois et une pierre et elle met les deux poings l’un sur l’autre. Ensuite elle lève l’un ou l’autre: «Du bois ou de la pierre, qu’est-ce que c’est? Je me demande, je me demande ce que cela pourrait bien être.» L’enfant à côté d’elle devine quel objet est en haut – le bois ou la pierre. S’il a deviné juste, il prend la pierre et le bois dans ses mains et va vers un autre enfant dans le cercle et fait la même chose. Il apprend ainsi à dire un verset, à entrer en relation avec les autres enfants, il est à son tour choisi par un autre et partage la joie de la devinette.

6° Parler des problèmes et trouver des solutions :
           
       Est-ce que tous les enfants ont la possibilité d’aller à l’école ou au jardin d’enfants le matin? Nous pensons que dans les pays touchés par la guerre, le chemin de l’école est souvent peu sûr ou même réellement dangereux. Peut-être qu’ils ont vu de graves altercations ou ont été empêché de continuer leur chemin; peut-être qu’il y a même eu des blessés. Nous avons réfléchi comment trouver, avec les enfants une solution à ce problème – d’une manière qui les renforce et leur permet de sentir: Nous avons un gros problème, mais nous en parlons ensemble et chacun contribue à trouver une solution.

       La monitrice demande aux enfants si ce matin tous ceux qui font partie du groupe sont arrivés. Un enfant dit peut-être: «Elan n’est pas là!» Hier, il est encore venu au jardin d’enfants ou à l’école. La monitrice demande: «Est-ce que quelqu’un de vous sait pourquoi il n’est pas venu ce matin?» Les enfants racontent qu’Elan vient d’habitude avec sa grande sœur Damia et que ceux qui habitent à proximité peuvent toujours aller avec eux. Aujourd’hui par contre, ils ont dû aller seuls parce que Damia a dû aller voir une tante malade dans une autre partie de la ville. Et il paraît que la maman d’Elan s’est fait du souci et l’a gardé à la maison. «Oui, c’est vraiment dangereux pour vous», dit la monitrice et elle demande qui parmi eux vient seul à l’école. Quelques enfants racontent des situations difficiles qu’ils ont vécues sur le chemin de l’école. Quelquefois, ils doivent attendre longtemps pour pouvoir continuer leur chemin et arrivent en retard. La monitrice demande: «Que pouvons nous faire, pour que tout le monde puisse venir en sécurité jusqu’ici?» Un enfant raconte par exemple que son grand frère est toujours à la maison le matin parce qu’il n’a pas de travail. Un autre enfant propose: «Il pourrait nous accompagner». Le petit frère hésite peut-être parce qu’il n’est pas sûr de savoir solliciter le grand frère. D’autres garçons vont volontiers poser la question au grand frère car ils le connaissent de leurs matchs de football. La monitrice examine maintenant avec les enfants comment parler au grand frère pour lui demander de l’aide.

       La solution est développée en commun avec tous les enfants. La monitrice ne les devance pas, elle attend des propositions spontanées des enfants. Chacun est écouté dans le calme et elle fait le lien entre les propositions des enfants. «Vous avez entendu ce que ­Semaia a dit? Qui pourrait encore aider?» Les enfants sont ainsi renforcés par l’expérience de trouver eux-mêmes une voie pour surmonter les difficultés en se mettant ensemble, en s’écoutant attentivement et en s’aidant mutuellement.
           
       Ce serait bien, si dans ce jardin d’enfants un service de garde pouvait être mis en œuvre pour assurer l’accompagnement des enfants vers l’école et pour le retour.

7° Devenir actif pour améliorer la vie :

       Avec le temps, le jardin d’enfants peut devenir un endroit où l’on est protégé, où l’on peut vivre des relations avec d’autres adultes, apprendre du nouveau et vivre l’amitié. C’est la tâche des adultes de nouer des amitiés entre les enfants pendant leurs travaux. L’amitié est toujours possible, les amitiés aident toujours, éveillent des sentiments gais et réconfortants. L’amitié est un remède qui est toujours disponible même si beaucoup d’autres choses ­manquent. L’amitié est la seule chose qui grandit lorsque l’on en donne aux autres. Aider à nouer des amitiés est une des tâches les plus importantes des éducateurs, pas seulement lors de temps difficiles.
           
       Pour que le jardin d’enfants devienne le lieu d’apprentissage et d’amitié où nous nous sentons bien, et pour qu’il le devienne encore plus, il faut l’aménager. Avec l’aménagement, le rangement de notre environnement proche, nous commençons activement et de manière déterminée à ordonner et arranger le nouvel entourage pas à pas. Il ne faut pas beaucoup de matériel. Nous nous accommodons de ce qui est disponible. Dans la réflexion en commun sur ce qu’il serait sensé de faire – comment nettoyer la salle, où mettre les habits, où s’asseoir et où apprendre ensemble – commence ce processus d’aménagement et aussi d’attachement entre adultes et enfants. Où que nous commencions, tout nous aide à créer un endroit sécurisé qui inspire la confiance et donne de l’espoir aux enfants. Concrètement, le travail pourrait se présenter de la manière suivante:  «Dites, les enfants qu’est-ce qu’il faudrait changer dans cette pièce pour qu’elle devienne plus sympathique? C’est que nous voudrions y passer la journée et apprendre ensemble. Qu’est-ce que vous pensez?» L’adulte fait tranquillement passer son regard interrogateur d’un enfant à l’autre.

       Chez l’un d’entre eux, il remarque une hésitation – peut-être veut-il déjà dire quelque chose? L’éducateur l’encourage: «Oui – qu’est-ce que tu penses? Quelle est ton idée?»
       Lorsqu’un enfant entre dans ce dialogue, nous examinons tout de suite avec les autres comment développer ses propos : Comment pourrait-on réaliser cela? Qui voudrait y participer? Qu’est-ce qu’il y aurait encore à faire? Si les enfants sont encore retenus, timides et apeurés l’adulte commence avec une propre proposition qui sera ensuite développée en commun. «Et si nous balayions d’abord un peu et débarrassions tout ce qui nous dérange? Qu’est-ce qu’il te faut d’abord en entrant? Un endroit pour les chaussures? Un endroit où tu peux d’abord boire un verre d’eau et d’où tu peux voir qui d’autre est là? Une place où tu peux d’abord te reposer tranquillement? Où est-ce que nous commençons? ». D’abord il faut enlever les déchets. La question se pose alors de les rassembler et les débarrasser. Chacun prend quelque chose et le met dehors à un endroit défini, devant la porte. Tout le monde aide. Les plus grands montrent aux plus petits. Avec quoi balayer la poussière? Où mettre les cailloux? Un enfant réfléchit peut-être à cette question et propose: «Nous pourrions tous les mettre sur un tas.» Un autre voit déjà plus loin: «Le père d’Ali construit un petit mur dans son oliveraie, peut-être qu’il pourra les utiliser. Il pourrait venir les chercher!»

       Les jours suivants nous pourrons nous baser sur ce qui a déjà été fait. Un enfant, auquel sa maman a donné un vieux balai s’occupe avec ses copains de la propreté du plancher. Un autre a apporté avec son père une vieille table qu’il tient maintenant toujours propre. D’autres encore veillent à ce que le corridor ou l’entrée soient toujours bien rangés pour pouvoir passer.
       Pour savoir qui vient chez nous tous les jours nous tenons une liste. Un élève peut s’occuper de cette liste. Nous saurons ainsi qui n’est pas là, qui manque déjà depuis deux jours, qui il faudrait peut-être aller chercher. Ainsi, les enfants qui ne se connaissent pas encore, puisqu’ils viennent d’un autre quartier ou d’un autre village, seront reliés entre eux. Une responsabilité et une sympathie mutuelle se créent. Pour le bon fonctionnement, il y a aussi les règles que nous nous donnons et que nous écrivons et dessinons. Nous pouvons ainsi les représenter pour que ceux qui se joignent à nous plus tard puissent vite comprendre de quoi il s’agit, quels sont nos buts et quelles idées sont importantes pour nous.

8° Prévisions pour l’avenir :

       Ça, c’est le début. Plus tard nous pouvons nous occuper de tout ce qu’on peut améliorer et aménager, par exemple une place, où nous pouvons jouer au foot ensemble, un coin pour se reposer, pour faire la sieste ou pour un malade. Peut-être que dans un coin de la cour un petit jardin peut être aménagé, où nous pourrons faire pousser de la salade ou de la menthe. Pour réaliser tout cela, il faudra beaucoup de discussions. Et l’on pourra encore envisager bien des choses ensemble. Cela nous donne joie et sécurité. Nous ne sommes pas livrés au destin: nous avons une alternative aux difficultés.

Ce dont un écolier a besoin :


Deux exemples de la vie quotidienne dans une école en Suisse
       Les exemples suivants posent les questions fondamentales comme: «L’encouragement par ses éducateurs d’un enfant qui manque d’assurance» ou «Le renforcement des énergies positives d’un enfant», des questions qui se posent partout dans le monde et qui ont certainement aussi leur importance dans des régions de crise.

Un enfant a des difficultés au début de sa scolarité

       Dans ma première classe, comme dans toutes les classes d’école, se trouvent beaucoup d’enfants de nationalités différentes. Leurs parents sont occupés en priorité à subvenir à l’existence de la famille, ils ont beaucoup de soucis, d’autres membres de la famille qui pourraient les aider dans l’éducation des enfants leur manquent. Ainsi les enfants n’ont souvent pas le calme pour s’occuper des matières scolaires et ils ont besoin de beaucoup d’attention du côté des enseignants.
       Un garçon de six ans qui vient de Serbie a de la peine à se faire comprendre, bien qu’il aime parler. Les mots lui manquent et aussi la structure des phrases. Il n’est pas habitué à rester tranquille au travail, toutes sortes d’histoires lui viennent à la tête, de la grand-mère, d’un collègue etc. Pendant les cours, il y a beaucoup de choses qu’il ne comprend de prime abord qu’au moyen de dessins, il ne peut souvent pas suivre. Il fait un grand effort pour suivre le rythme de l’enseignement et à midi il est déjà épuisé. Malgré une attention bienveillante pendant les premiers mois à l’école, Marco ne peut pas vraiment suivre et il perd de plus en plus le contact avec la classe.
       Une conversation avec les parents de Marco a marqué un tournant. Ils gèrent un restaurant et n’ont souvent pas assez de temps pour parler avec leurs deux enfants, les laisser participer à leur travail et les amener à les aider. Lorsque nous, les institutrices, avons exprimé notre estime au sujet de leur situation dans leur pays d’accueil, et lorsque nous leur avons dit que nous aimons bien leur petit garçon dans notre classe, mais qu’il a aussi de la peine à suivre pendant les cours, le père s’est énervé, car bien évidemment le succès scolaire est important. Nous avons cherché ensemble comment expliquer le retard de Marco dans son apprentissage. Nous avons dit être sûrs qu’il ne manque pas grand chose à Marco mais que le soutien des parents est très important. Les parents étaient d’accord avec notre idée parce que ils se sont sentis compris dans leur situation de vie et dans leur requête, c’est-à-dire le souhait d’offrir un avenir convenable à leurs enfants avec leur travail. Ainsi ils ont pu accepter notre suggestion de consacrer chaque jour plus de temps à leur fils, malgré leur travail. Le père prévoit de demander régulièrement à son garçon ce qu’il a appris et de temps en temps il fait venir un de ses collègues au restaurant pour répéter les devoirs de calcul et de lecture. Après cet entretien avec les parents et grâce à l’intérêt personnel accru des parents envers Marco, ses progrès dans les matières scolaires, les bases pour l’apprentissage à l’école ont pu être renforcés. Il a retrouvé de la terre ferme sous ses pieds et en peu de semaines, il a appris à lire. Ses parents se renseignent à l’école et montrent à leur fils qu’ils se réjouissent de ses progrès.
       Les institutrices se réjouissent aussi et examinent avec le groupe comment chaque enfant arrive à mémoriser toutes ces nouvelles lettres et tous ces nouveaux mots. Ainsi tout le monde a l’occasion de parler de ses expériences et de s’aider mutuellement quand il y a des difficultés.

Un garçon veut être grand

       Au milieu de l’année scolaire un petit Libanais est arrivé dans ma classe. Dans la classe qu’il a fréquentée jusqu’à présent, il avait eu beaucoup de peine à se concentrer et il avait commencé à perturber les cours.
       Sa mère l’a accompagné dans la nouvelle classe et elle m’a raconté un peu l’histoire de la famille. Amir est le plus jeune de trois enfants et le seul fils. Le père est malade, souvent au lit, la mère a un travail quelques heures par jour et pour le reste se dévoue de toutes ses forces à sa famille. Amir se sent responsable du bien-être de ses parents. Bien qu’il ne soit qu’un petit garçon, aussi physiquement – il est le plus petit de la classe – il porte déjà des responsabilités à la maison. Il accompagne son père malade aux commissions et essaie de diminuer la pression qui repose sur sa mère. À l’école il veut faire partie des grands. Ses deux sœurs aînées ont du succès à l’école.
       Ainsi Amir est très exigeant envers lui-même, mais au début à l’école, cela ne suffisait pas. Il avait de la peine à distinguer des lettres semblables et faisait donc beaucoup de fautes en lecture. Ses doigts étaient encore maladroits et c’était difficile pour lui d’écrire. Son espoir de pouvoir faire partie des premiers à l’école ne s’est pas réalisé et il a commencé à déranger d’autres élèves, à crier et à courir dans la salle de classe. Avec l’accord des parents il a pu changer de classe et repartir à neuf.
       Dans la nouvelle classe il était tout d’abord timide, et bientôt, en parlant avec lui j’ai pu en apprendre davantage et deviner qu’il aurait aimé être le meilleur et le plus rapide. J’ai essayé de lui donner si possible cette place pour certains devoirs. En l’observant soigneusement j’ai pu déceler dans quels problèmes de calcul il était apte à suivre. Je les ai repris et je l’ai prié d’expliquer aux autres élèves comment il était arrivé au résultat.
       Par la reconnaissance exacte de sa situation émotionnelle et de ses capacités existantes, et par la compréhension de son sentiment d’honneur et de son souhait de pouvoir collaborer comme un grand dans cette classe, Amir a pu surmonter la mésaventure de la première demi - année. Il est devenu un bon élève en mathématiques et un bon copain pour les autres camarades qu’il aime aider quand ils n’ont pas compris quelque chose.
La reconnaissance de ses collègues et le succès dans cette matière ont amené Amir à surmonter son aversion pour l’écriture. Ses lettres maladroites sont devenues au cours de l’année des mots bien lisibles et plus tard de petits textes. J’ai pu observer avec joie qu’Amir avait pris confiance et qu’il se comportait vis-à-vis de moi avec gentillesse et respect. D’avoir été compris et le fait d’avoir reçu de l’aide pour surmonter ses difficultés ont rendu possible ce progrès. Aujourd’hui il est dans la classe suivante et il est un bon camarade – son intégration scolaire est réussie.    •

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