QUELS SONT LES BESOINS DES ENFANTS POUR ETRE FORTS DANS LA
VIE?
par Renate Hänsel et Renate Dünki
1° Penser à
l’avenir malgré la guerre et la destruction!
Dans beaucoup de pays du monde, les humains souffrent des conséquences des
guerres qui, sous prétexte de lutte
contre le terrorisme, ont été déclenchées par des élites du pouvoir occidental.
Poussés par l’envie immodérée du pouvoir et de l’argent, ces meneurs de guerres
ne reculent devant aucun moyen pour déstabiliser les pays qu’ils veulent exploiter
stratégiquement ou économiquement. Les infrastructures et les institutions
culturelles sont détruites, aussi impitoyablement que les hôpitaux et les
habitations de la population civile. Les souffrances
de la population n’intéressent pas les coalisés de la guerre: Le pays est
contaminé à long terme par de nouvelles armes encore plus atroces et les gens
accablés de maladies et de mort. Tout
est à l’abandon, il n’y a pas de travail, pas d’occupation constructive pour la
population civile. Chaque jour il ne s’agit que de survivre. «Tout dans ces guerres va à l’encontre du
droit international, de la Charte de l’ONU et des droits de l’homme. En Irak,
en Afghanistan, au Liban et en Palestine, dans la Corne de l’Afrique, et
partout où le cartel mondial de la guerre a l’intention de mener encore des
guerres.» (cf. Horizons et débats no 30 du 6/8/07).
Ceux qui souffrent le plus sont les enfants.
Ils sont déracinés avec leurs familles, ils doivent craindre à chaque instant
la menace contre leurs corps et contre leur vie, ils sont témoins de la
dévastation de leur environnement et doivent même fuir leur pays. Dans certains
cas, la mère et le père sont tués et les frères et sœurs séparés. Ils sont
tourmentés sans cesse par la maladie, la faim et des conditions de vie
indignes, soit dans leur pays détruit, soit dans un autre pays, dans un de ces
camps de réfugiés déjà surpeuplés. Ces enfants – qui comme partout dans le
monde – incarnent l’avenir pour leurs parents et pour leur pays, sont gravement
menacés dans leur développement physique et psychique, dans leur apprentissage
et dans toute leur formation. Ils n’ont pas l’occasion d’apprendre les
techniques culturelles, de s’approprier des connaissances et d’apprendre un
métier.
Ces enfants ont,
comme tous les enfants du monde, droit à
la paix, au développement, à la formation ceci d’autant plus que ce sont
eux qui, dans quelques années, devront être les piliers de la société civile,
reconstruire leurs pays et participer de manière constructive au bien commun
sur le plan de l’égalité. Comment en seront-ils capables, si aujourd’hui, sous
la menace de la guerre, il ne leur reste que la lutte pour la survie? Il ne
faut pas qu’on abandonne ces enfants, seuls à leur destin. Certes, les adultes
feront tout pour les protéger et pour leur donner de l’espoir. Mais quand les
bombes tombent ce n’est plus guère possible.
Qu’est-ce que les jeunes de ces pays –
comme les jeunes de tous les pays – devront
apprendre pour être fortifiés dans leur développement, pour être capables de participer
pacifiquement à la reconstruction de la société civile dans leur pays,
ensemble, les uns égaux aux autres? Et comment pouvons-nous – nous, qui vivons
dans nos pays aujourd’hui encore épargnés par la guerre où nous pouvons élever
nos enfants en paix – aider ces adultes et ces enfants à ne pas désespérer dans
leur lutte quotidienne et leur donner un espoir fondé pour un meilleur avenir?
Leur pays devra un jour être indépendant et libre, pouvoir gérer son propre destin et prendre sa place
dans la communauté des peuples. Les besoins alimentaires doivent être
garantis sur la base de l’autosuffisance. Les gens doivent avoir du travail,
l’économie doit être reconstruite pour que tous puissent, selon leurs
capacités, participer à la reconstruction. Un système de droit qui protège tous
les citoyens doit être développé.
Pour cela il faut une éducation et une formation de la
tête, du cœur et de la main depuis le plus jeune âge: car c’est au sein de
la famille et ensuite au jardin d’enfants que les bases morales sont posées
pour que ces jeunes puissent à l’avenir accomplir les devoirs que leur pays
exige d’eux, en collaboration amicale les uns avec les autres. C’est à cet
âge-là qu’ils doivent apprendre à
– Se parler au même niveau,
– S’écouter mutuellement et à compatir,
– Réaliser quelles tâches doivent être
accomplies et à trouver en commun les moyens de les résoudre,
– Accomplir ensemble ce qu’on peut, chacun
contribuant selon ses possibilités,
– Reconnaître les difficultés et réfléchir
ensemble comment les surmonter,
– Demander de l’aide aux personnes qui
savent comment faire, là où l’on n’est pas capable de le faire soi-même,
– Se laisser guider à résoudre les
conflits de manière pacifique.
Nous, citoyens
des pays au monde qui participent aux crimes de guerre, les encouragent ou du
moins les tolèrent, nous avons la
co-responsabilité de ne pas laisser les enfants dans les régions en guerre à
leur misère. En Suisse, la Direction du développement et de la coopération
(DCC) et beaucoup d’autres organisations se sont saisies depuis un certain
temps de ces obligations et elles ont commencé à soutenir dans leur
développement des enfants et des adolescents dans les pays pauvres sur une base
d’égalité. Celui qui essaie de faire cela aura sa vie enrichie.
2° La situation
des enfants dans les régions de guerre et de crise :
Les enfants du monde entier ont besoin pour leur développement de la
protection, de l’amour, et de l’enseignement des adultes. En situation de
guerre et pauvreté, l’accomplissement de la tâche éducative devient beaucoup
plus difficile. Quand les choses essentielles manquent, notamment la paix, le
respect de la dignité, une place protégée pour y habiter, suffisamment de
nourriture, du travail, l’école, la formation et l’apprentissage, alors les
enfants ont besoin d’adultes fiables qui les soutiennent, les protègent et les
enseignent. Ainsi ils ne seront pas livrés à leur peur et pourront reprendre
courage.
Les adultes dans
les régions de guerre et de crise doivent accomplir leur tâche d’éducation dans
de telles conditions difficiles. Pour ce travail, il leur faut renouer avec les
précieuses traditions locales de vie dans la famille et la communauté. La
cohésion dans les familles et dans les communautés de village, l’évidence de
l’aide mutuelle entre voisins, la responsabilité que déjà les plus petits ont
l’habitude de prendre, la richesse de leurs traditions culturelles – voici des
valeurs inestimables dont les pays occidentaux pourraient beaucoup s’inspirer.
Mais si, par la guerre qui leur est imposée, les bases d’existence de la
famille sont détruites. Quand les
parents et les frères et sœurs ou de proches parents manquent – parce
qu’ils ont dû fuir ou qu’ils ont souffert des choses atroces – alors d’autres personnes doivent remplacer
la mère et le père, donner à leur place l’amour et la protection aux enfants et
s’occuper de la vie de tous les jours, malgré l’effondrement de l’ordre
extérieur et du danger permanent de perdre la vie ou d’être blessé. Il est
important pour la survie des enfants de savoir être actif avec les mains et
avec la tête, car cela signifie ne pas se résigner devant les circonstances
défavorables, résister, rétablir un peu d’ordre pour améliorer sa propre vie.
En collaborant avec des copains, ils apprennent de façon durable la valeur de
l’attachement et de la solidarité. De là, même dans le plus grand dénuement,
peut naître l’espoir, la force et le courage. Samah Jabr, une psychiatre vivant
dans un pays occupé depuis des décennies, déclare:
«Le fait que notre patrie est occupée ne
signifie pas que nous ne sommes pas libres. Nous refusons l’occupation dans
notre esprit. Nous apprenons à vivre malgré l’occupation et à ne pas nous
adapter. La résistance contre l’occupation et la solidarité nationale sont très
importants pour notre santé psychique. La résistance peut nous protéger de
dépressions et de perdre l’espoir.» (Samah Jabr, 28 mai 2007)
Chacun qui
s’occupe de ces enfants est de la plus haute importance pour toute leur vie.
Car, malgré la misère extérieure, ils auront la possibilité de faire
l’expérience de la dignité, de la confiance et de la solidarité et ils pourront
ainsi apprendre et devenir plus forts. Nous, en tant que jardinières d’enfants,
enseignants et psychologues suisses désirons donner la main à nos prochains et
collègues dans les pays qui souffrent et leur transmettre notre savoir et nos
expériences pédagogiques dans le travail avec des enfants au jardin d’enfants
et à l’école. Nous espérons que nous pourrons ainsi les soutenir dans leur
travail et nous-mêmes serons heureux d’avoir des échanges d’expériences.
3° Quels sont les
besoins d’un enfant au jardin d’enfants?
Le petit enfant
doit apprendre tout ce qu’il doit savoir plus tard; il n’est pas seulement
important de lire, d’écrire et de calculer, mais aussi de savoir entreprendre
un travail, collaborer avec ses prochains en amitié et surmonter des conditions
de vie difficiles. Ainsi soutenu, l’enfant sera plus tard capable d’aider à
améliorer les conditions de vie de son peuple.
L’enfant apprend par l’imitation et par
l’enseignement d’un modèle, c’est-à-dire il regarde comment un adulte ou un
enfant plus âgé font les choses, trouvent des solutions et comment ils se
comportent face aux autres personnes et comment ils surmontent une difficulté.
S’il se sent en sécurité auprès de son modèle, s’il peut lui faire confiance et
l’estime, il pense: «C’est bien! Je
voudrais savoir faire comme lui!» et il essaie de l’imiter. Lors de ses
essais, l’adulte soutient ses pas, c’est-à-dire lui montre comment on fait ceci
ou cela et l’enfant accepte son enseignement et ses corrections. C’est
uniquement si l’enfant s’oriente de cette manière face à l’adulte, qu’il pourra
apprendre de ce dernier. Si l’enfant n’a pas cette disposition – pour n’importe
quelle raison, par exemple parce qu’il est occupé intérieurement par autre
chose – l’adulte doit d’abord l’éveiller.
Le jardin
d’enfants et l’école sont les lieux où pour la première fois les enfants
apprennent et sont instruits régulièrement dans un groupe en dehors de la
famille. Pour cette raison, les responsables du jardin d’enfants sont, à part
la mère et le père et les autres membres de la famille, les personnes les plus
importantes pour donner au petit enfant la sécurité et la force dont il a
besoin. Surtout dans une situation incertaine, désordonnée ou même dangereuse,
cet attachement sûr avec la responsable représente la base pour tout ce qui
suivra. Elle lui donne la sécurité et le courage nécessaire pour pouvoir
apprendre d’elle et en même temps collaborer avec les copains.
4° Se retrouver
avec les autres et vivre la relation :
Quand les
enfants arrivent le matin à l’école ou dans le lieu de rassemblement, ils ont
parfois déjà vécu des choses atroces qui font peur. Souvent, ils assument leurs
expériences d’une façon que nous ne comprenons pas tout de suite. Les uns sont
déprimés et tranquilles et d’autres sont agités et nerveux. Leur propre manière
de venir à bout des événements peut aussi être agressive, bruyante et brutale, juste
comme ils l’ont vu faire. D’autres imitent les conflits qui les ont
profondément déstabilisés. Nous devons être préparés à toutes ces variantes et
ne pouvons nous permettre de repousser l’enfant en raison de son comportement. Comment pouvons-nous aujourd’hui tenter de
calmer ces enfants et leur procurer un peu de sécurité?
La responsable
accueille les enfants dès qu’ils arrivent, l’un après l’autre, et commence
aussitôt avec le premier à faire de petits travaux et à donner des petits coups
de main calmes, (aérer, nettoyer, arroser des plantes etc.). La responsable
voit, tout en leur parlant, comment ils vont: elle sait s’ils ont vécu quelque
chose d’inquiétant ou si quelque chose les tracasse. Elle ne s’adresse pas
directement à eux, car la plupart des enfants ne pourront pas raconter
directement ce qu’ils ont vécu. Au lieu de ça, elle invite l’enfant: «Viens, il faut faire un peu d’ordre ici pour
pouvoir former un cercle et nous asseoir.» Si l’un d’eux hésite, elle
l’invite encore une fois spécialement: «Viens
donc, ne voudrais-tu pas aider à faire de l’ordre, nous avons besoin de toi! Tu
pourrais ouvrir cette fenêtre? Tu m’aides à balayer ce sable?» Pendant ces occupations en commun, elle
demande, sans y attacher trop d’importance: «Cela a été pour venir ici? Comment ça va à la maison?» Par cette
invitation et par son attitude, elle fait comprendre à l’enfant qu’elle devine
comment il se sent et qu’elle écoutera très attentivement s’il veut raconter
quelque chose, mais qu’elle comprend aussi s’il ne veut rien dire. Ce ne sont pas ses conseils et ses
commentaires qui sont importants en ce moment mais l’écoute concentrée.
Pendant qu’elle fait de l’ordre avec lui, l’enfant a la possibilité de s’ouvrir
et de raconter ou bien – sans parler – de se calmer en faisant tranquillement
de l’ordre. Les enfants qui arrivent plus tard sont introduits, chacun
individuellement, sans que l’institutrice quitte les enfants qui sont déjà là.
Elle prie un enfant, qui a déjà travaillé avec elle et qui est plus calme, d’en
chercher un autre qui vient d’arriver: «Regarde, voici Leyla. Veux-tu lui
montrer ce que nous sommes en train de faire? Ce serait bien, si elle pouvait
aussi nous aider.» Ainsi elle rassemble les enfants en créant des relations
émotionnelles de l’un à l’autre tout en pensant à haute voix aux choses qui
sont à faire. En réfléchissant aux questions de l’institutrice et en faisant
des propositions, un lien se crée entre elle et les enfants. Cela continue
ainsi avec les enfants qui se joignent au groupe. Les bonnes idées sont
retenues et elle aide les enfants à les réaliser. En cas de difficultés, elle
les soutient en invitant d’autres à les aider. Comme peu à peu tous sont à
l’œuvre et savent que la responsable les a vus et qu’ils participent aux
devoirs en commun, les enfants se calment et se sentent sécurisés. Ils ne se
sentent plus seuls, malgré tout ce qui a pu leur arriver auparavant. Par
l’activité commune se crée – sans en avoir l’air – la possibilité de raconter
ce qui les tourmente. D’autres enfants entendent ce que l’un d’entre eux
raconte et peut-être ils vont s’y joindre: «La
même chose est arrivée à mon frère», ou «c’est ce que j’ai aussi vu ce matin»
ou «Ma maman l’a aussi dit…».
5° Commencer
ensemble :
Quand tous les
enfants qui doivent venir à l’école aujourd’hui sont présents, la responsable
peut les prier de faire un cercle et de
se tenir par les mains. C’est important de commencer une action en commun.
Quand tous les enfants se sont vus individuellement et se sentent les
bienvenus, les liens entre eux doivent se renforcer par des activités communes.
Dans nos jardins d’enfants nous commençons souvent avec la même chanson.
En Suisse
alémanique, le matin dans les jardins d’enfants, on chante une chanson qui a
pour but que chacun dans cette communauté se sente vu et concerné, et sente ce
qui relie les enfants entre eux dans la communauté: «Nous sommes assis en rond, oui nous le sommes, regardez autour de vous,
qui est là? Susanna est là, Tobi est là et Mohammed est là… et maintenant tous
ensemble c’est nous!» Certainement partout dans le monde il y a des
chansons semblables! Un jeu de rassemblement peut aussi aider pour que les
enfants se sentent liés entre eux. Laisser derrière soi tous ce qui tracasse.
En Suisse alémanique on le joue ainsi: La maîtresse tient dans ses deux poings
un morceau de bois et une pierre et elle met les deux poings l’un sur l’autre.
Ensuite elle lève l’un ou l’autre: «Du
bois ou de la pierre, qu’est-ce que c’est? Je me demande, je me demande ce que
cela pourrait bien être.» L’enfant à côté d’elle devine quel objet est en
haut – le bois ou la pierre. S’il a deviné juste, il prend la pierre et le bois
dans ses mains et va vers un autre enfant dans le cercle et fait la même chose.
Il apprend ainsi à dire un verset, à entrer en relation avec les autres
enfants, il est à son tour choisi par un autre et partage la joie de la
devinette.
6° Parler des
problèmes et trouver des solutions :
Est-ce que tous
les enfants ont la possibilité d’aller à l’école ou au jardin d’enfants le
matin? Nous pensons que dans les pays touchés par la guerre, le chemin de
l’école est souvent peu sûr ou même réellement dangereux. Peut-être qu’ils ont
vu de graves altercations ou ont été empêché de continuer leur chemin;
peut-être qu’il y a même eu des blessés. Nous avons réfléchi comment trouver,
avec les enfants une solution à ce problème – d’une manière qui les renforce et
leur permet de sentir: Nous avons un gros problème, mais nous en parlons
ensemble et chacun contribue à trouver une solution.
La monitrice
demande aux enfants si ce matin tous ceux qui font partie du groupe sont
arrivés. Un enfant dit peut-être: «Elan
n’est pas là!» Hier, il est encore venu au jardin d’enfants ou à l’école.
La monitrice demande: «Est-ce que
quelqu’un de vous sait pourquoi il n’est pas venu ce matin?» Les enfants
racontent qu’Elan vient d’habitude avec sa grande sœur Damia et que ceux qui
habitent à proximité peuvent toujours aller avec eux. Aujourd’hui par contre,
ils ont dû aller seuls parce que Damia a dû aller voir une tante malade dans
une autre partie de la ville. Et il paraît que la maman d’Elan s’est fait du
souci et l’a gardé à la maison. «Oui, c’est vraiment dangereux pour vous», dit
la monitrice et elle demande qui parmi eux vient seul à l’école. Quelques
enfants racontent des situations difficiles qu’ils ont vécues sur le chemin de
l’école. Quelquefois, ils doivent attendre longtemps pour pouvoir continuer
leur chemin et arrivent en retard. La monitrice demande: «Que pouvons nous faire, pour que tout le monde puisse venir en sécurité
jusqu’ici?» Un enfant raconte par exemple que son grand frère est toujours
à la maison le matin parce qu’il n’a pas de travail. Un autre enfant propose: «Il pourrait nous accompagner». Le petit
frère hésite peut-être parce qu’il n’est pas sûr de savoir solliciter le grand
frère. D’autres garçons vont volontiers poser la question au grand frère car
ils le connaissent de leurs matchs de football. La monitrice examine maintenant avec les enfants comment parler au
grand frère pour lui demander de l’aide.
La solution est développée en commun avec
tous les enfants. La monitrice ne les devance pas, elle attend des
propositions spontanées des enfants. Chacun est écouté dans le calme et elle
fait le lien entre les propositions des enfants. «Vous avez entendu ce que Semaia a dit? Qui pourrait encore aider?»
Les enfants sont ainsi renforcés par l’expérience de trouver eux-mêmes une voie
pour surmonter les difficultés en se mettant ensemble, en s’écoutant
attentivement et en s’aidant mutuellement.
Ce serait bien,
si dans ce jardin d’enfants un service de garde pouvait être mis en œuvre pour
assurer l’accompagnement des enfants vers l’école et pour le retour.
7° Devenir actif
pour améliorer la vie :
Avec le temps,
le jardin d’enfants peut devenir un endroit où l’on est protégé, où l’on peut
vivre des relations avec d’autres adultes, apprendre du nouveau et vivre
l’amitié. C’est la tâche des adultes de nouer des amitiés entre les enfants
pendant leurs travaux. L’amitié est toujours possible, les amitiés aident
toujours, éveillent des sentiments gais et réconfortants. L’amitié est un
remède qui est toujours disponible même si beaucoup d’autres choses manquent. L’amitié est la seule chose qui grandit
lorsque l’on en donne aux autres. Aider à nouer des amitiés est une des
tâches les plus importantes des éducateurs, pas seulement lors de temps
difficiles.
Pour que le
jardin d’enfants devienne le lieu d’apprentissage et d’amitié où nous nous
sentons bien, et pour qu’il le devienne encore plus, il faut l’aménager. Avec
l’aménagement, le rangement de notre environnement proche, nous commençons
activement et de manière déterminée à ordonner et arranger le nouvel entourage
pas à pas. Il ne faut pas beaucoup de matériel. Nous nous accommodons de ce qui
est disponible. Dans la réflexion en
commun sur ce qu’il serait sensé de faire – comment nettoyer la salle, où
mettre les habits, où s’asseoir et où apprendre ensemble – commence ce
processus d’aménagement et aussi d’attachement entre adultes et enfants. Où que
nous commencions, tout nous aide à créer un endroit sécurisé qui inspire la
confiance et donne de l’espoir aux enfants. Concrètement, le travail pourrait
se présenter de la manière suivante: «Dites, les enfants qu’est-ce qu’il faudrait
changer dans cette pièce pour qu’elle devienne plus sympathique? C’est que nous
voudrions y passer la journée et apprendre ensemble. Qu’est-ce que vous pensez?»
L’adulte fait tranquillement passer son regard interrogateur d’un enfant à
l’autre.
Chez l’un
d’entre eux, il remarque une hésitation – peut-être veut-il déjà dire quelque
chose? L’éducateur l’encourage: «Oui –
qu’est-ce que tu penses? Quelle est ton idée?»
Lorsqu’un enfant entre dans ce dialogue,
nous examinons tout de suite avec les autres comment développer ses
propos : Comment pourrait-on réaliser cela? Qui voudrait y participer?
Qu’est-ce qu’il y aurait encore à faire? Si les enfants sont encore retenus,
timides et apeurés l’adulte commence avec une propre proposition qui sera
ensuite développée en commun. «Et si nous
balayions d’abord un peu et débarrassions tout ce qui nous dérange? Qu’est-ce
qu’il te faut d’abord en entrant? Un endroit pour les chaussures? Un endroit où
tu peux d’abord boire un verre d’eau et d’où tu peux voir qui d’autre est là?
Une place où tu peux d’abord te reposer tranquillement? Où est-ce que nous
commençons? ». D’abord il faut enlever les déchets. La question se
pose alors de les rassembler et les débarrasser. Chacun prend quelque chose et
le met dehors à un endroit défini, devant la porte. Tout le monde aide. Les
plus grands montrent aux plus petits. Avec quoi balayer la poussière? Où mettre
les cailloux? Un enfant réfléchit peut-être à cette question et propose: «Nous
pourrions tous les mettre sur un tas.» Un autre voit déjà plus loin: «Le père
d’Ali construit un petit mur dans son oliveraie, peut-être qu’il pourra les
utiliser. Il pourrait venir les chercher!»
Les jours
suivants nous pourrons nous baser sur ce qui a déjà été fait. Un enfant, auquel
sa maman a donné un vieux balai s’occupe avec ses copains de la propreté du
plancher. Un autre a apporté avec son père une vieille table qu’il tient
maintenant toujours propre. D’autres encore veillent à ce que le corridor ou
l’entrée soient toujours bien rangés pour pouvoir passer.
Pour savoir qui vient chez nous tous les
jours nous tenons une liste. Un élève peut s’occuper de cette liste. Nous
saurons ainsi qui n’est pas là, qui manque déjà depuis deux jours, qui il
faudrait peut-être aller chercher. Ainsi, les enfants qui ne se connaissent pas
encore, puisqu’ils viennent d’un autre quartier ou d’un autre village, seront
reliés entre eux. Une responsabilité et une sympathie mutuelle se créent. Pour
le bon fonctionnement, il y a aussi les règles que nous nous donnons et que
nous écrivons et dessinons. Nous pouvons ainsi les représenter pour que ceux
qui se joignent à nous plus tard puissent vite comprendre de quoi il s’agit,
quels sont nos buts et quelles idées sont importantes pour nous.
8° Prévisions pour
l’avenir :
Ça, c’est le
début. Plus tard nous pouvons nous occuper de tout ce qu’on peut améliorer et
aménager, par exemple une place, où nous pouvons jouer au foot ensemble, un
coin pour se reposer, pour faire la sieste ou pour un malade. Peut-être que
dans un coin de la cour un petit jardin peut être aménagé, où nous pourrons
faire pousser de la salade ou de la menthe. Pour réaliser tout cela, il faudra
beaucoup de discussions. Et l’on pourra encore envisager bien des choses
ensemble. Cela nous donne joie et sécurité. Nous ne sommes pas livrés au
destin: nous avons une alternative aux difficultés.
Ce dont un écolier a besoin :
Deux exemples de
la vie quotidienne dans une école en Suisse
Les exemples
suivants posent les questions fondamentales comme: «L’encouragement par ses
éducateurs d’un enfant qui manque d’assurance» ou «Le renforcement des énergies
positives d’un enfant», des questions qui se posent partout dans le monde et
qui ont certainement aussi leur importance dans des régions de crise.
Un enfant a des
difficultés au début de sa scolarité
Dans ma première
classe, comme dans toutes les classes d’école, se trouvent beaucoup d’enfants
de nationalités différentes. Leurs
parents sont occupés en priorité à subvenir à l’existence de la famille, ils ont
beaucoup de soucis, d’autres membres de la famille qui pourraient les aider
dans l’éducation des enfants leur manquent. Ainsi les enfants n’ont souvent pas
le calme pour s’occuper des matières scolaires et ils ont besoin de beaucoup
d’attention du côté des enseignants.
Un garçon de six
ans qui vient de Serbie a de la peine à se faire comprendre, bien qu’il aime
parler. Les mots lui manquent et aussi la structure des phrases. Il n’est pas
habitué à rester tranquille au travail, toutes sortes d’histoires lui viennent
à la tête, de la grand-mère, d’un collègue etc. Pendant les cours, il y a
beaucoup de choses qu’il ne comprend de prime abord qu’au moyen de dessins, il
ne peut souvent pas suivre. Il fait un grand effort pour suivre le rythme de
l’enseignement et à midi il est déjà épuisé. Malgré une attention bienveillante
pendant les premiers mois à l’école, Marco ne peut pas vraiment suivre et il
perd de plus en plus le contact avec la classe.
Une
conversation avec les parents de Marco a marqué un tournant. Ils gèrent un
restaurant et n’ont souvent pas assez de temps pour parler avec leurs deux
enfants, les laisser participer à leur travail et les amener à les aider.
Lorsque nous, les institutrices, avons exprimé notre estime au sujet de leur
situation dans leur pays d’accueil, et lorsque nous leur avons dit que nous
aimons bien leur petit garçon dans notre classe, mais qu’il a aussi de la peine
à suivre pendant les cours, le père s’est énervé, car bien évidemment le succès
scolaire est important. Nous avons cherché ensemble comment expliquer le retard
de Marco dans son apprentissage. Nous avons dit être sûrs qu’il ne manque pas
grand chose à Marco mais que le soutien des parents est très important. Les
parents étaient d’accord avec notre idée parce que ils se sont sentis compris
dans leur situation de vie et dans leur requête, c’est-à-dire le souhait
d’offrir un avenir convenable à leurs enfants avec leur travail. Ainsi ils ont
pu accepter notre suggestion de consacrer chaque jour plus de temps à leur fils,
malgré leur travail. Le père prévoit de demander régulièrement à son garçon ce
qu’il a appris et de temps en temps il fait venir un de ses collègues au
restaurant pour répéter les devoirs de calcul et de lecture. Après cet
entretien avec les parents et grâce à l’intérêt personnel accru des parents
envers Marco, ses progrès dans les matières scolaires, les bases pour
l’apprentissage à l’école ont pu être renforcés. Il a retrouvé de la terre
ferme sous ses pieds et en peu de semaines, il a appris à lire. Ses parents se
renseignent à l’école et montrent à leur fils qu’ils se réjouissent de ses
progrès.
Les
institutrices se réjouissent aussi et examinent avec le groupe comment chaque
enfant arrive à mémoriser toutes ces nouvelles lettres et tous ces nouveaux
mots. Ainsi tout le monde a l’occasion
de parler de ses expériences et de s’aider mutuellement quand il y a des
difficultés.
Un garçon veut
être grand
Au milieu de
l’année scolaire un petit Libanais est arrivé dans ma classe. Dans la classe
qu’il a fréquentée jusqu’à présent, il avait eu beaucoup de peine à se
concentrer et il avait commencé à perturber les cours.
Sa mère l’a
accompagné dans la nouvelle classe et elle m’a raconté un peu l’histoire de la
famille. Amir est le plus jeune de trois enfants et le seul fils. Le père est
malade, souvent au lit, la mère a un travail quelques heures par jour et pour
le reste se dévoue de toutes ses forces à sa famille. Amir se sent responsable du bien-être de ses parents. Bien qu’il ne
soit qu’un petit garçon, aussi physiquement – il est le plus petit de la classe
– il porte déjà des responsabilités à la maison. Il accompagne son père malade
aux commissions et essaie de diminuer la pression qui repose sur sa mère. À
l’école il veut faire partie des grands. Ses deux sœurs aînées ont du succès à
l’école.
Ainsi Amir est
très exigeant envers lui-même, mais au début à l’école, cela ne suffisait pas.
Il avait de la peine à distinguer des lettres semblables et faisait donc
beaucoup de fautes en lecture. Ses doigts étaient encore maladroits et c’était
difficile pour lui d’écrire. Son espoir de pouvoir faire partie des premiers à
l’école ne s’est pas réalisé et il a commencé à déranger d’autres élèves, à
crier et à courir dans la salle de classe. Avec l’accord des parents il a pu
changer de classe et repartir à neuf.
Dans la nouvelle
classe il était tout d’abord timide, et bientôt, en parlant avec lui j’ai pu en
apprendre davantage et deviner qu’il aurait aimé être le meilleur et le plus
rapide. J’ai essayé de lui donner si possible cette place pour certains
devoirs. En l’observant soigneusement
j’ai pu déceler dans quels problèmes de calcul il était apte à suivre. Je les
ai repris et je l’ai prié d’expliquer aux autres élèves comment il était
arrivé au résultat.
Par la
reconnaissance exacte de sa situation émotionnelle et de ses capacités
existantes, et par la compréhension de son sentiment d’honneur et de son
souhait de pouvoir collaborer comme un grand dans cette classe, Amir a pu
surmonter la mésaventure de la première demi - année. Il est devenu un bon
élève en mathématiques et un bon copain pour les autres camarades qu’il aime
aider quand ils n’ont pas compris quelque chose.
La
reconnaissance de ses collègues et le succès dans cette matière ont amené Amir
à surmonter son aversion pour l’écriture. Ses lettres maladroites sont devenues au cours de l’année
des mots bien lisibles et plus tard de petits textes. J’ai pu observer avec
joie qu’Amir avait pris confiance et qu’il se comportait vis-à-vis de moi avec
gentillesse et respect. D’avoir été compris et le fait d’avoir reçu de l’aide
pour surmonter ses difficultés ont rendu possible ce progrès. Aujourd’hui il
est dans la classe suivante et il est un bon camarade – son intégration
scolaire est réussie. •
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