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Commentaire sur
la « Charte assurance de qualité des médicaments,
des vaccins, des produits de diagnostic et du petit matériel médical »
Ce
commentaire voudrait permettre de mieux comprendre les objectifs de cette
« Charte assurance de qualité des médicaments » afin
de promouvoir un accès
universel à des soins de qualité.
d’assurer des soins de santé
curatifs et préventifs de qualité,
Pour
cela il convient de s’assurer de la qualité des médicaments, des vaccins, du
petit matériel et des produits de diagnostic utilisés dans nos centres de santé.
Pour cette raison, nous prenons l’engagement de contribuer à mettre en place ou
à renforcer un système d’assurance de la qualité des médicaments, vaccins,
produits de diagnostic et du petit matériel médical. De s’imposer des exigences
minimales au niveau de l’achat de ces produits.
Cette
démarche vise à contribuer à la régulation « en amont » du marché
dans une culture d’éthique de qualité et de responsabilité partagée par tous
les acteurs dans ce domaine vital.
Les organisations adhérant à cette
Charte
Estiment
que tout(e) patient(e) où qu’il(elle) soit a le droit d’être traité(e) avec des
médicaments, des vaccins, des produits de diagnostic, du petit matériel de
qualité garantie.
Elles
considèrent que les produits mis à la disposition de nos équipes et partenaires
du Sud doivent répondre aux mêmes normes de qualité et d’innocuité que ceux
consommés dans nos pays du Nord (la situation actuelle est préoccupante de ce
point de vue !)
Elles adoptent le système suivant
d’assurance de qualité des médicaments, des vaccins, du matériel médical et des
produits de diagnostic.
La
qualité des produits mis à la disposition de nos formations sanitaires du Sud
qui sont jugés essentiels doivent être conformes aux normes définies par l’OMS.
(cf. rapport technique)
Déclaration sur l’honneur
Comprenant
les enjeux de cette charte en ce qui concerne l’assurance de la qualité des
médicaments, des vaccins, des produits de diagnostic et du petit matériel,
conscient de nos limites pour discerner, nous aurons à nous mettre en relation
avec les fournisseurs de ces produits. C’est à eux d’accepter et de s’engager à
mettre en œuvre cette Charte.
Questions à se poser :
Quels
sont les moyens à notre disposition ou à organiser pour mettre en œuvre cette
Charte ?
Avec
qui devons-nous réfléchir ?
Commentaire sur la fiche technique
L’objectif
de ce court document est de permettre à mieux comprendre ce que recouvrent les
concepts mentionnés dans la check-list technique qui accompagne la Charte pour
la qualité des médicaments, et ses implications pratiques pour vous, en tant
qu’acheteurs.
Il
n’est pas simple de définir de façon satisfaisante et exhaustive la qualité
d’un médicament. Il est encore plus complexe de se donner les garanties que les
caractéristiques du produit sont conservées jusqu’au moment où le patient le
consommera.
Qu’exiger
du producteur ou du distributeur ?
Comment
déterminer les responsabilités de chacun ?
Le
concept d’assurance de qualité est défini par l’OMS comme suit : «
L’assurance de qualité est un concept très
vaste, qui couvre toutes les matières qui, individuellement ou collectivement,
influencent la qualité d’un produit.
C’est la totalité des mesures mises en œuvre dans le but de garantir que
les produits pharmaceutiques ont la qualité requise pour l’usage auquel on les
destine »
(1).
C’est
sur cette base que sont construits les systèmes de régulation pharmaceutique
les plus réputés. Leur objectif est de surveiller l’ensemble de la chaîne de
production et de distribution des médicaments, afin de garantir que les
médicaments qui sont commercialisés sur les marchés concernées, sont efficaces
et sûrs pour les patients qui les consommeront
1
- Les standards de production
Les « Good Manufacturing Practices » -ou « Bonnes Pratiques de
Fabrication » (BPF) en français- détaillent les règles que tout producteur
pharmaceutique doit respecter pour garantir une production de qualité.
L’OMS
définit les Bonnes Pratiques de Fabrication comme «
un des éléments de
l’assurance de la qualité, garantissant que les produits sont fabriqués et
contrôlés de façon uniforme et selon des normes de qualité adaptées à leur
utilisation et spécifiées dans l’autorisation de mise sur le marché ».
Le producteur est
capable :
·
De produire des médicaments
de qualité dans un environnement sécurisé ;
·
De garantir la
qualité de sa production sur le long terme (c’est-à-dire une production de
qualité homogène d’un lot à l’autre).
Parmi
les « risques » liés à la non-conformité aux GMP, on peut
lister comme exemples le sous-dosage, la biodisponibilité insuffisante, la
présence d’impuretés inattendues et des contaminants toxiques et/ou
environnementale, la contamination croisée avec produits très actifs (hormones
notamment), le mix-up entre principes actifs différents, une détérioration
accélérée, la présence des pyrogènes et la contamination microbiologique
(très grave dans le cas des produits injectables).
2 - La qualité des
matières actives (Active Pharmaceutical Ingredients = API)
La qualité des matières
actives est cruciale pour garantir la qualité du produit fini. Elle l’est plus
encore pour les productions génériques,
Pour
pouvoir s’assurer de la qualité d’une matière active, il est essentiel de bien
identifier la source (le producteur) et d’obtenir la preuve qu’il est au
minimum inspecté par les autorités nationales et autorisé par elles à fabriquer
ce produit en particulier.
Des
références existent: ce sont les monographies des pharmacopées. La plupart des
pays ont publié à un moment ou un autre de leur histoire leur propre
pharmacopée (française, belge, américaine, chinoise, russe, …). Fort
heureusement, quelques pharmacopées sont maintenant considérées comme des
références incontournables.
Pour les matières actives,
ce sont les pharmacopées U.S., Européenne et la pharmacopée internationale de
l’OMS.
Des
instances internationales ont entrepris un travail d’évaluation des matières
actives qui nous aide beaucoup.
Ainsi la Direction
Européenne de la Qualité du Médicament et Soins de Santé (DEQM ou EDQM en
anglais) évalue la qualité des matières actives pharmaceutiques, quel que soit
le pays de production, et peut décerner un certificat de conformité aux
spécifications de la Pharmacopée Européenne (CEP). La liste des CEP est publiée
sur le site Internet de la Pharmacopée Européenne, c’est donc une information
vérifiable.
3 - Le médicament
(produit fini)
Pour la majorité des
médicaments essentiels (liste de l’OMS), des monographies sont disponibles dans
les pharmacopées (US, Britannique et Internationale).
4 - La stabilité du
produit fini
Avant
de commercialiser un nouveau médicament, le producteur doit entreprendre des
études de stabilité afin de prouver que les caractéristiques chimiques,
physiques et biologiques du médicament sont maintenues durant toute la durée de
vie du produit.
De plus en plus, les
fabricants (en Inde et dans les pays riches) et les autorités réglementaires se
réfèrent aux standards de l’ICH (International Conference for Harmonization =
U.E. + U.S. + Japon).
Pour
ce qui nous concerne nous acheteurs, nous voulons être certains que les
produits que nous achetons sont stables, c’est-à-dire qu’ils conservent leur
efficacité jusqu’en fin de vie ET AUSSI que la
dégradation du médicament ne donne pas naissance à des produits toxiques
avant expiration.
Les rapports des études de
stabilité doivent être disponibles.
L’évaluation d’un tel
rapport requiert des compétences particulières pour confirmer que les
conditions de l’étude sont conformes aux standards et que les résultats permettent
de conclure à la stabilité du médicament.
5 - Le conditionnement,
l’étiquetage, les notices d’information
Chaque
client peut avoir ses propres spécifications notamment par rapport à la langue
utilisée, mais pour les caractéristiques du conditionnement et les informations
utiles et nécessaires que nous voulons trouver sur le médicament, il est
souhaitable de s’en remettre aux recommandations de l’OMS
(2).
Une
attention toute particulière doit être accordée au conditionnement primaire,
c’est-à-dire celui qui est en contact direct avec le médicament (par exemple,
le blister, l’ampoule, la poche en plastic, etc.). Il doit à la fois protéger
le médicament, en garantir la bonne conservation et ne pas interagir de façon
néfaste avec celui-ci (certaines molécules de plastique peuvent par exemple
migrer dans le liquide qu’elles contiennent).
Toutes
les informations indiquées sur l’emballage (primaire ou secondaire) doivent
être cohérentes avec le contenu du dossier pharmaceutique (références
pharmacopée, durée de vie, conditions de stockage, précautions particulières).
Pour les informations figurant dans la notice, la référence devrait être le
formulaire de l’OMS, dernière version
(3).
6
- Equivalence thérapeutique
Notre responsabilité
Dans
les contextes où les autorités réglementaires (du Nord ou du Sud) ne peuvent ou
ne veulent pas assumer leur responsabilité de garantir la santé des patients,
nous devons prendre des précautions, pour nous assurer que les médicaments que
nous approvisionnons sont sûrs et efficaces.
Principe de non-délégation à des tiers
Dans
le secteur humanitaire, il est fréquent que l’assurance de qualité des sources
de médicaments soit déléguée aux distributeurs.
Nous
pensons que ce n’est pas ainsi que les responsabilités doivent être assumées,
et ceci ne doit pas être compris comme une mise en doute des compétences et de
la probité de ces acteurs importants. Les distributeurs font un métier qui est
différent du nôtre et ils ont des impératifs qui sont différents des nôtres.
Nous (ONG, agences humanitaires)
représentons les patients, et nous devons placer la santé du patient au cœur de
la problématique de l’approvisionnement. Nous devons clairement définir quelle
qualité nous voulons pour les médicaments et le faire savoir (et l’imposer, si
nécessaire) à nos fournisseurs. Nous devrons ensuite trouver les moyens de
fonctionner avec eux
Les
documents techniques publiés par l’OMS (et d’autres instances internationales)
nous aident à clarifier nos exigences qualitatives. Les concepts qui sont
expliqués ci-dessus ne doivent pas vous effrayer. Ce sont des notions que tous
les producteurs connaissent et les bons parmi eux sont tout à fait capables de
les maîtriser.
Principe de reconnaissance des compétences
L’assurance
de qualité des médicaments est un travail qui demande des compétences et des
moyens importants.
Les
autorités pharmaceutiques des pays riches emploient des centaines de personnes
très spécialisées.
Après
des débuts difficiles, le programme de pré qualification de l’OMS est maintenant
bien pourvu. Une dizaine d’inspecteurs
et une quarantaine d’évaluateurs participent à ce projet important.
A notre niveau (ONG), nous devons
tenter de tirer un maximum de bénéfices du travail effectué par ces experts.
Pour les médicaments qui sont enregistrés dans les pays
riches l’évaluation risque bénéfice a
été faite correctement.
On peut en dire autant des médicaments pré
qualifiés par l’OMS.
Qu’est-ce que la pré qualification ?
Le programme OMS de pré qualification
permet au malade d’être assuré de la bonne qualité des médicaments grâce aux
activités suivantes : évaluation rigoureuse des dossiers de produits,
inspection des sites de fabrication des organismes de recherche sous contrat (ORC),
pré qualification des laboratoires nationaux de contrôle de la qualité des
médicaments et promotion de médicaments de qualité garantie. Le programme
démontre que des procédures d’achat systématiques de produits de bonne qualité
permettent d’accélérer la distribution des
médicaments, et
contribuent à améliorer les résultats du traitement et à utiliser des
ressources en garantissant la qualité des produits
Nous considérons que ces médicaments
(enregistrement dans un pays hautement régulé ou pré qualification OMS) ne
doivent plus être réévalués par nous.
Ils sont achetables pour autant que le producteur
s’engage formellement à nous vendre un médicament en tous points identique à
celui qui a été approuvé par ces autorités.
Pour tous les autres pays,
qu’ils soient récemment entrés dans l’U.E. (Lithuanie, Chypre, Slovaquie,
etc…), émergents (Inde, Chine, Brésil, Thaïlande, Corée, etc…) ou en
développement, nous considérons que l’enregistrement ne constitue pas une
garantie suffisante de qualité et d’innocuité.
Il en va de même pour les
médicaments qui ne sont qu’autorisés à l’export dans les pays riches (y compris
en Belgique).
Dans tous ces cas, il est nécessaire de récolter
une information pour confronter les risques et les bénéfices.
Principe d’engagement des responsabilités
Le support le plus adapté au travail d’assurance de qualité dans notre secteur
particulier est le Questionnaire Produit Inter Agence (QPIA) qui est un
document recommandé par l’OMS et que les producteurs connaissent bien.
Le QPIA permet une
collecte d’informations qui couvrent les 6 grandes catégories présentées
ci-dessus et le statut d’enregistrement dans le pays d’origine et/ou dans
d’autres pays.
Il exige également une
déclaration formelle et signée du fabricant garantissant que les informations
communiquées sont vraies et correctes.
En plus du QPIA, il est
également recommandé de demander un Certificat de Produit Pharmaceutique (CPP),
modèle OMS.
Dans le CPP, les autorités
du pays d’origine indiquent qu’elles autorisent tel producteur à fabriquer tel
médicament sur tel site.
Elles
confirment en plus qu’elles inspectent régulièrement le site mentionné.Le CPP
mentionne enfin clairement le statut d’enregistrement du produit.
Conclusion
Ces
quelques lignes veulent nous éclairer pour se donner les garanties que les
caractéristiques du produit sont conservées jusqu’au moment où le patient le
consommera.
Qu’exiger
du producteur ou du distributeur ?
Comment
déterminer les responsabilités de chacun ?
Tout
cela demande aux responsables des formations sanitaires de se mettre ensemble,
(par exemple au niveau d’un diocèse) pour :
Mieux comprendre les enjeux de cette Charte.
Etablir la liste des produits essentiels pour
chaque formation, grouper les commandes.
Se mettre en relation avec le fournisseur afin de
lui présenter la Charte et voir avec lui ce qu’il est possible de faire.
L’idéal étant qu’il s’engage à collaborer pour une assurance de qualité des
produits fournis.
Janvier 2009
>
1- (Quality management in the
drug industry : philosophy and essential elements, WHO Technical Report
Series, N°823)
2- Guidelines on packaging for pharmaceutical products (WHO Technical
Report Series 902, annex 9
3- http://mednet3.who.int/EMLib/modelFormulary/modelFormulary.asp