L'Église se mobilise et s'engage
MGR TOMASI ANALYSE LES CONSEQUENCES DE LA CRISE ECONOMIQUE
TEXTE INTEGRAL (1)
1. Comme les médias
nous le rappellent chaque jour, la
crise
financière mondiale a causé une récession mondiale avec des conséquences
sociales dramatiques, y compris la
perte
de millions d'emplois et le risque grave que pour de
nombreux pays en voie de développement, les
Objectifs de développement du Millénaire ne puissent être atteints.
Les
droits de très nombreuses personnes sont compromis, y compris ceux d'un
accès à l'eau, à la nourriture, à la santé
et à un travail digne. Surtout, quand des parties importantes d'une
population nationale voient leurs
droits
sociaux et économiques bafoués, la perte d'espérance met en danger la paix.
La communauté internationale a la responsabilité légitime de demander pourquoi
cette situation s'est créée,
à qui en
revient la responsabilité et de quelle manière une
solution concertée peut nous faire sortir de la crise et faciliter le
rétablissement des droits.
La
crise a en partie été causée par le
comportement
problématique de certains acteurs du système financier et économique, y
compris des administrateurs de banques et ceux qui auraient dû être plus
attentifs en ce qui concerne les systèmes de monitorage et de responsabilité.
Ils ont donc une grande responsabilité dans les problèmes actuels.
Toutefois, les causes de la crise sont plus
profondes.
2. Réfléchissant sur
la
crise de 1929, le pape Pie XI
observa : «
Aujourd'hui, il
n'y a pas seulement une concentration de
richesse, mais aussi l'accumulation d'une puissance énorme, d'un contrôle
despotique de l'économie aux mains d'un nombre infime de personnes, qui ne
sont souvent pas propriétaires, mais seulement dépositaires et administrateurs
du capital, mais dont ils disposent à leur niveau et selon leur plaisir »
(
Quadragesimo anno, n. 105). Il
observa aussi que la
concurrence libre
s'était autodétruite en se fondant sur le profit comme unique critère. La
crise actuelle a des dimensions économiques, juridiques et culturelles.
L'activité financière ne peut se réduire à
obtenir des profits faciles, mais doit aussi inclure la promotion du bien
commun parmi ceux qui prêtent, ceux qui empruntent et ceux qui travaillent.
L'absence de fondement éthique a apporté la crise à tous les pays, à bas, moyen
ou haut revenu. Monsieur le Président, la délégation du Saint - Siège exhorte
une nouvelle fois à prêter «
attention
à la nécessité d'une approche éthique à la création de collaborations positives
entre marchés, société civile et Etats » (Benoît XVI).
3. L'impact des
conséquences négatives est toutefois plus
dramatique sur le monde en voie de développement et sur les groupes les plus
vulnérables dans toutes les sociétés :
Dans
un document récent, la
Banque Mondiale
estime qu'en 2009, la crise économique mondiale actuelle pourrait
pousser 53 millions de personnes
supplémentaires au-dessous du seuil des 2 dollars par jour. Ce chiffre
s'ajoute aux 130 millions de personnes
contraintes à la pauvreté en 2008 à cause de l'augmentation des prix des
produits alimentaires et de l'énergie. Ces tendances menacent gravement le
succès de la lutte contre la pauvreté à travers les Objectifs du millénaire
d'ici à 2015.
Il
est évident que ceux qui souffriront le plus des difficultés économiques sont
les enfants, et en 2009, une augmentation considérable du taux de mortalité
infantile dans les pays pauvres est prévu.
4. On sait que les
pays à bas revenus sont extrêmement
dépendants de deux flux financiers : l'aide étrangère et les envois des
émigrés. Dans les prochains mois, les deux flux diminueront de manière
significative à cause de l'aggravation de la crise économique. Malgré
l'affirmation officielle renouvelée de l'engagement des donateurs à augmenter
l'Official development assistance (ODA)
selon l'Accord de Gleneagles, actuellement, la
majeure partie des donateurs ne sont pas en conditions de satisfaire
leur objectif d'augmenter graduellement l'ODA d'ici 2010. Par ailleurs, les
chiffres les plus récents révèlent une diminution des flux d'aide. Cela fait
craindre qu'un éventuel effet direct de la crise économique mondiale pourrait
être une importante réduction des aides aux pays pauvres. D'autre part, les
envois des travailleurs émigrés ont déjà été réduits de manière significative.
Cela menace la survie économique de familles entières qui retirent une partie
consistante de leur revenu du transfert de fonds effectué par des proches qui
travaillent à l'étranger.
5. Monsieur le
Président, la délégation du Saint - Siège désire se concentrer sur un
aspect spécifique de cette crise : son
impact sur les droits des enfants, qui montre aussi ce qui est
symptomatique de l'impact destructif sur tous les autres droits sociaux et
économiques. Actuellement, certains droits importants des pauvres dépendent
beaucoup des flux officiels d'aide et des envois des travailleurs. Parmi eux,
il y a les
droits à la santé, à
l'instruction et à la nourriture. Dans plusieurs pays pauvres, en effet,
les programmes relatifs à l'éducation, la santé et l'alimentation sont réalisés
grâce aux flux d'aide des donateurs officiels. Si la crise économique réduit
cette assistance, la réalisation de ces programmes pourrait être mise en
danger.
De
la même manière, dans beaucoup de régions pauvres, ce sont les envois des
travailleurs émigrés qui permettent à des familles entières de fournir une
instruction et une alimentation correcte à leurs enfants.
Si la réduction des aides et des envois se poursuit, elle privera les
enfants du droit à l'éducation, créant une double conséquence négative. Non
seulement elle empêchera les enfants de développer le plein exercice de leur
talent, qui pourrait être mis au service du bien commun, mais les pré
-conditions de difficultés économiques à long terme se poseront.
Un investissement en baisse dans
l'éducation d'aujourd'hui se traduira par une croissance en baisse demain.
En
même temps,
une mauvaise alimentation
des enfants aggrave de manière significative l'espérance de vie, en
augmentant les taux de mortalité des enfants comme des adultes. Les
conséquences économiques négatives de cela vont au-delà de la dimension
personnelle et touchent des sociétés entières.
6. Monsieur le
Président du
Conseil
des droits de l'homme, je me permets de mentionner une autre conséquence de la
crise économique mondiale qui pourrait être particulièrement importante pour le
mandat des Nations Unies. Trop souvent, des périodes de graves difficultés
économiques ont été
marquées par la
montée au pouvoir de gouvernements dont les engagements envers la démocratie
sont douteux. Le Saint -Siège prie pour que ce type de conséquences puisse
être évité dans la crise actuelle, parce qu'il aboutirait à une grave menace
pour la diffusion des droits humains fondamentaux pour lesquels cette
institution a lutté avec tant de ténacité.
7. Ces 50 dernières
années, des résultats importants dans la réduction de la pauvreté ont été
atteints. Monsieur le Président, ces résultats sont en danger et
une approche cohérente est nécessaire pour
les protéger à travers un sens renouvelé de la solidarité, en particulier
pour les parties de la population et pour les pays les plus touchés par la
crise.
Toutefois,
des erreurs anciennes et plus récentes se répèteront si l'on n'entreprend pas
une action internationale concertée pour encourager et protéger tous les droits
de l'homme et si les activités financières et économiques ne sont pas mises sur
une route éthique qui puisse privilégier les personnes, leur productivité et
leurs droits par rapport à l'avidité qui peut découler de l'attention au seul
profit.
1-
ROME, Mercredi 25 février 2009 (
ZENIT.org)
- Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours prononcé le 20 février
par Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint - Siège auprès des
Nations Unies et des Institutions spécialisées à Genève, lors de la session spéciale
du Conseil des droits de l'homme sur la crise économique.
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