Pour aller plus loin : puiser à la source
QU’APPORTE LE JEUNE ?
Entretien avec Jean-Christophe Normand (1)
Zenit - Qu'apporte le jeûne sur le plan
spirituel ?
J.-C. Normand - Il y a un enjeu authentique de conversion sur le plan spirituel.
Les gens qui viennent, parfois non-croyants, sont en quête. Une quête qui va
prendre corps pendant la semaine et qu'ils ne savent pas toujours nommer.
Face à un enjeu de changement, le jeûne
donne des ressources pour faire face à un passage. Pour les aider, un temps
d'accompagnement individuel avec un moine est proposé et conseillé, même si
rien n'est imposé. Les personnes qui viennent ont besoin d'être guidées. Durant
la retraite, un travail considérable se fait en chaque personne et elles ont en
général besoin d'exprimer ce qu'elles ressentent. Cette retraite est aussi
l'occasion de suivre les Offices liturgiques des moines bénédictins et la vie
de leur communauté. Nous leur proposons d'essayer de vivre la liturgie et de
rentrer dedans, de voir comment cela se déroule, d'être attentif à ce qui s'y
passe. Le jour où nous nous séparons, nous faisons un temps de relecture. Les
personnes arrivent alors à mettre des mots sur ce qu'elles sont venues
chercher. Les fruits sont propres à chaque personne.
Mais ce qui est certain, c'est que le jeûne apporte des réponses.
Zenit - Et sur le plan physiologique ?
J.-C. Normand - Tout d'abord, il faut
affronter
la crainte du manque. Et c'est très encourageant de
se rendre compte qu'on peut y arriver.
Cela donne finalement une confiance personnelle très forte :
mon corps a des ressources pour vivre des périodes de disette !
À travers le jeûne, nous
percevons aussi les dysfonctionnements de notre alimentation. Il y a des personnes qui font des excès : cela permet de
trouver une mise à distance, de retrouver une forme d'hygiène de vie, de bien
être.
Enfin, le système digestif au
repos dégage des ressources supplémentaires.
On a moins besoin de dormir. La qualité de concentration est différente. Le
niveau d'acuité intellectuelle est renforcé. L'énergie du corps passe à la
tête...
Zenit - Le jeûne n'est pas une démarche
naturelle...
J.-C. Normand - Non, il y a t
oujours
beaucoup d'angoisse à l'idée de se priver de nourriture. Au
niveau spirituel, cela relève du lâcher -
prise. En nous plaçant en position basse, en posture d'humilité, nous
allons renoncer à notre appétit de puissance. Nous allons faire le tri de ce
qui est nécessaire ou pas dans nos vies. Dans ce travail d'introspection et de
mise à distance, tout ce qui est excessif dans nos vies va être temporisé.
Enfin, on ne jeûne pas que
pour soi. Le jeûne ouvre aux autres et à la vie caritative. C'est pourquoi nous proposons systématiquement, en fin de
retraite, de faire un don, de soutenir une œuvre. Nous vivons ainsi pleinement
les charismes associés à la vie du Christ. En plus de la joie d'un bien être
physique, nous ressentons la joie d'être en communion avec nos frères et nos
sœurs.
Pour participer à une retraite d'initiation au
jeûne :
- Abbaye
Ste Marie de la Pierre-qui-Vire du 26
juillet au 2 août 2009
- Abbaye
saint Guénolé de Landévennec du 11 au
18 octobre 2009
Contact :
Jean-Christophe Normand
1-
Jean-Christophe Normand est laïc, père de famille. Consultant en Ressources
humaines et coach en entreprise, il anime des retraites d'initiation au jeûne
depuis 2007. Il a repris le projet lancé à l'origine par un théologien suisse,
Harri Wettstein, qui a proposé pendant plusieurs années, au monastère
bénédictin français de la Pierre-qui-Vire, l'expérience d'un jeûne de six jours
selon une méthode éprouvée et adaptée à notre époque.