Pour aller plus loin : puiser à la source
SYNODE SUR LA PAROLE DE DIEU :
PROPOSITIONS (1)
INTRODUCTION
Proposition 1 :
On
souhaite soumettre à l'attention du Souverain Pontife - outre les documents sur
La Parole de Dieu dans la mission et dans
la vie de l'Eglise relatifs à ce synode, à savoir :
-
Les
Lineamenta,
-
L
'Instrumentum
laboris,
-
Les relations
ante et
post disceptationem
et les textes des interventions, aussi bien ceux qui ont été présentés en salle
que les interventions
in scriptis,
-
Les relations des carrefours et leurs
discussions - certaines propositions spécifiques, que les pères considèrent
d'une importance particulière.
Les
pères synodaux demandent humblement au Saint - Père d'analyser la possibilité
d'offrir un document sur le mystère de la Parole de Dieu dans la vie et dans la
mission de l'Eglise, également à la lumière de l'Année dédiée à saint Paul,
apôtre des nations, à l'occasion du bimillénaire de sa naissance.
Proposition 2 :
De
la Constitution dogmatique
Dei Verbum
au synode sur la Parole de Dieu.
À plus
de 40 ans de la promulgation de la Constitution dogmatique sur la révélation
divine Dei Verbum du Concile
oecuménique Vatican II, les pères synodaux reconnaissent avec gratitude les
grands bénéfices apportés par ce document à la vie de l'Eglise, au plan
exégétique, théologique, spirituel, pastoral et oecuménique.
Dans
le sillage de l'histoire de l'
intellectus
fidei et de la doctrine chrétienne, cette constitution a mis en lumière
l'horizon trinitaire et historique et salvifique de la révélation.
Au
cours de ces années a
grandi de manière
incontestable la conscience ecclésiale que Jésus - Christ, parole de Dieu
incarnée. «
Par toute sa présence,
par tout ce qu'il montre de lui-même, par ses paroles, par ses oeuvres, par ses
signes, par ses miracles, mais surtout par sa mort et sa glorieuse résurrection
d'entre les morts, enfin par l'envoi qu'il fait de l'Esprit de vérité, donne à
la révélation son dernier achèvement et la confirme par le témoignage divin,
Jésus - Christ, c'est Dieu avec nous. Pour que nous soyons délivrés des ténèbres
du péché et de la mort, et que nous soyons ressuscités pour la vie éternelle »
(DV 4).
Tout cela a permis d'approfondir la
valeur infinie de la Parole de Dieu qui se donne à nous
dans l'Ecriture Sainte, comme témoignage inspiré de la révélation, qui avec la
Tradition vivante de l'Eglise constitue la Règle suprême de la foi (cf. DV 21).
Cette même Parole qui est conservée et interprétée fidèlement par le Magistère
(cf. DV10), et qui est célébrée dans la sainte liturgie et qui se donne à nous
dans l'Eucharistie comme pain de vie éternelle (cf. Jn 6).
En
conservant précieusement les fruits de ces années, l'Eglise ressent aujourd'hui
la nécessité d'approfondir plus encore le mystère de la Parole de Dieu dans ses
différentes articulations et implications pastorales. Ainsi, l'assemblée
synodale forme le vu que tous les fidèles grandissent dans la conscience du
mystère du Christ, unique sauveur et médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1
Tm 2, 5 ;
Ep 9, 15), et que l'Eglise renouvelée par l'écoute religieuse de la
Parole de Dieu puisse entreprendre une nouvelle saison missionnaire, annonçant
la Bonne Nouvelle à tous les hommes.
PREMIERE PARTIE : LA PAROLE DE DIEU DANS LA FOI DE
L'ÉGLISE :
Proposition 3 :Analogie Verbi Dei :
L'expression
Parole de Dieu est analogique. Elle se réfère avant tout à la Parole de Dieu en
tant que Personne qui est le Fils Unique de Dieu, né du Père avant tout les
siècles, Verbe du Père fait chair (cf. Jn 1, 14).
La Parole divine déjà présente dans la création de l'univers et de
manière particulière de l'homme, se révèle au cours de l'histoire du salut et
est certifiée par écrit dans l'Ancien et le Nouveau testament. Cette Parole
de Dieu
transcende la Sainte Ecriture,
même si celle-ci la contient d'une manière tout à fait particulière
. Sous la conduite de l'Esprit (
Jn 14, 26 ; 16, 12-15),
l'Eglise la garde et la conserve dans sa
Tradition vivante (cf.
DV 10) et
l'offre à l'humanité à travers la prédication, les sacrements et le témoignage
de vie. Les pasteurs doivent donc éduquer le peuple de Dieu à saisir les
différents sens de l'expression de la Parole de Dieu.
Proposition 4 : Dimension dialogique de la
Révélation :
Quand
il se réfère à la révélation, le dialogue comporte le
primat de la Parole de Dieu adressée à l'homme. Dans son grand
amour, en effet,
Dieu a voulu aller
à la rencontre de l'humanité et
a pris
l'initiative de parler aux hommes en les appelant à partager sa vie. La
spécificité du christianisme se manifeste dans l'événement Jésus -Christ,
sommet de la Révélation, accomplissement des promesses de Dieu et médiateur de
la rencontre entre l'homme et Dieu. Lui «
qui
nous a révélé Dieu » (cf.
Jn 1,
18), est la Parole unique et définitive donnée à l'humanité. Pour accueillir la
Révélation, l'homme doit ouvrir sa conscience et son coeur à l'action de
l'Esprit Saint qui lui fait comprendre la Parole de Dieu présente dans les
Ecritures Saintes. L'homme répond en pleine liberté à Dieu avec l'obéissance de
la foi (cf.
Rm 1, 5 ; 2
Co 10, 5-6 ;
DV 5).
Marie, Mère de Jésus,
personnifie cette obéissance de la foi de manière exemplaire, elle qui
est également l'archétype de la foi de
l'Eglise qui écoute et accueille la Parole de Dieu.
Proposition 5 :
Esprit Saint et Parole de Dieu :
Les
Ecritures Saintes, en tant que don de l'Esprit Saint, remis à l'Eglise épouse
du Christ, ont dans l'Eglise leur propre lieu herméneutique.
L'Esprit, qui est l'Auteur des Saintes
Ecritures, est également un guide pour leur interprétation correcte dans
la formation de la
fides Ecclesiae à
travers les temps.
Le synode recommande aux pasteurs de
rappeler à tous les baptisés le
rôle de
l'Esprit Saint dans l'inspiration (cf. DV 11),
dans l'interprétation et dans la compréhension des Saintes Ecritures
(cf. DV 12).
En
conséquence, nous tous disciples, sommes invités à invoquer de manière
fréquente l'Esprit Saint, afin qu'Il nous conduise à la connaissance toujours
plus approfondie de la Parole de Dieu et au témoignage de notre foi (cf.
Jn 15, 26-27). Les pasteurs doivent
rappeler aux fidèles que les Saintes Ecritures se concluent en évoquant l'appel
commun de l'Esprit et de l'Epouse : « Viens Seigneur Jésus » (cf.
Ap 22, 17.20).
Proposition 6 :
Lecture patristique de l'Ecriture :
Pour
l'interprétation du texte biblique, on ne doit pas négliger
la lecture patristique de l'Ecriture, qui
distingue deux sens : le sens littéral et le sens spirituel :
-
Le sens littéral est celui qui est signifié par
la parole de l'Ecriture et trouvé grâce à des instruments scientifiques de
l'exégèse critique.
-
Le sens spirituel concerne aussi la réalité des
évènements dont parle l'Ecriture, en tenant compte de la Tradition vivante de
toute l'Eglise et de l'analogie de la foi, qui comporte la connexion
intrinsèque de la vérité de la foi entre elles et dans la totalité du dessein
de la Révélation divine.
Proposition 7 :
Unité entre Parole de Dieu et Eucharistie :
Il
est important de noter la profonde unité entre la Parole de Dieu et
l'Eucharistie (cf. DV 21), comme cela est cité dans certains textes
particuliers comme
Jn 6, 35-58 ;
Lc 24, 13-35, afin de dépasser la
dichotomie entre les deux réalités, qui est souvent présente dans la réflexion
théologique et dans la pastorale. De cette manière le lien avec le synode
précédent sur l'Eucharistie sera plus évident.
La
Parole de Dieu se fait chair
sacramentelle dans l'événement eucharistique et conduit l'Ecriture Sainte à son
accomplissement. L'Eucharistie est principe herméneutique de l'Ecriture
Sainte, tout comme l'Ecriture Sainte éclaire et explique le mystère
eucharistique. Dans ce sens, les pères synodaux souhaitent que puisse être
promue une réflexion théologique sur l'aspect sacramentel de la Parole de Dieu.
Sans la reconnaissance de la présence réelle du Seigneur dans l'Eucharistie,
l'intelligence de l'Ecriture demeure inachevée.
Proposition 8 :
Parole de réconciliation et conversion :
La Parole de Dieu est parole de
réconciliation parce qu'en elle Dieu réconcilie en Lui toute chose
(cf.
2 Co 5, 18-20 ;
Ep 1, 10). Le pardon miséricordieux de
Dieu, incarné en Jésus, relève le pécheur.
L'importance de la Parole de Dieu dans
les sacrements de guérison (pénitence et onction) doit être soulignée.
L'Eglise doit être la communauté qui, réconciliée par cette parole de Jésus -
Christ (cf.
Ep 2, 14-18 ;
Co 1, 22), offre à tous un
espace de réconciliation, de miséricorde et
de pardon.
La force cicatrisante de la Parole de
Dieu est un appel puissant à une conversion
personnelle permanente dans l'écoute et une impulsion dans l'annonce courageuse
de la réconciliation offerte par le Père dans le Christ (cf.
2 Co 5, 20-21).
En
ces temps de conflits en tous genres et de tensions interreligieuses, fidèles à
l'oeuvre de réconciliation accomplie par Dieu en Jésus, les catholiques sont
engagés à donner des exemples de réconciliation, cherchant à partager les mêmes
valeurs humaines, éthiques et religieuses dans leur relation avec Dieu et avec
les autres. Ils cherchent à construire une société juste et pacifique
Proposition 9 : Rencontre avec la Parole dans
l'Ecriture Sainte :
Ce
synode propose à nouveau avec force à tous les fidèles la
rencontre avec Jésus, Parole de Dieu faite chair, comme événement de
grâce qui se reproduit dans la lecture et dans l'écoute des Ecritures Saintes.
Il rappelle saint Cyprien, recueillant une pensée partagée par les pères : «
Soyez assidus dans la prière et dans la
lectio divina. Quand tu pries tu parles avec Dieu, quand tu lis, Dieu te parle
» (
Ad Donatum, 15).
Ainsi,
nous souhaitons vivement que naisse de cette assemblée une nouvelle saison de
pieux et grand amour pour la Sainte Ecriture, de la part de tous les membres du
peuple de Dieu,
afin que leur lecture
orante et fidèle permette d'approfondir leur relation avec la personne même de
Jésus. Dans cette perspective, on souhaite que, dans la mesure du possible,
chaque fidèle possède une Bible personnelle (cf. Dt 17, 18-20), et jouisse des
bénéfices de l'indulgence spéciale liée à la lecture des Ecritures (cf.
Indulgentiarum Doctrina, 30).
Proposition 10 : L'Ancien Testament dans la Bible
chrétienne :
Jésus a prié les psaumes et a lu la Loi
et les prophètes, en les citant dans sa prédication
et
en se présentant comme
l'accomplissement des Ecritures (cf.
Mt
5, 17 ;
Lc 4, 21 ; 24, 27 ;
Jn 5, 46). Le Nouveau Testament a sans
cesse puisé à l'Ancien Testament les paroles et les expressions qui lui
permettent de raconter et d'expliquer la vie, la mort et la résurrection de
Jésus (cf.
Mt 1-2 et Es passim ;
Mc 6, 3 ;
Lc 24, 25-31). Dans le même temps, du reste, sa mort et sa
résurrection «
donnèrent à ces mêmes
textes une plénitude de sens inconcevable auparavant » (Commission biblique
pontificale,
L'interprétation de la Bible
dans l'Eglise, III A 2).
En
conséquence, la foi apostolique en Jésus est proclamée «
selon les Ecritures » (cf.
Co 15), et présente Jésus - Christ
comme le « oui » de Dieu à toutes les promesses (cf.
Co 1, 20).
Pour
ces raisons, la
connaissance de l'Ancien
Testament est indispensable à qui croit dans l'Evangile de Jésus - Christ,
parce que, selon saint Augustin, le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien
et l'Ancien est présent dans le Nouveau (cf.
Quaestiones in Heptateucum, 2, 73).
Nous
souhaitons donc que dans la prédication et dans la catéchèse, on tienne compte
des pages de l'Ancien Testament, en les expliquant de manière adaptée dans le
cadre de l'histoire du salut et que l'on aide le peuple de Dieu à les apprécier
à la lumière de la foi en Jésus Seigneur.
Proposition 11 : Parole de Dieu et charité envers les
pauvres :
Un
des traits
caractéristiques de
l'Ecriture Sainte est la
révélation
de la prédilection de Dieu pour les pauvres (cf.
Mt 25, 31-46). Jésus de Nazareth, Parole de Dieu incarnée, est
passé dans ce monde en prodiguant le bien (cf.
Ac 10, 35). La
Parole de
Dieu accueillie avec disponibilité, engendre en abondance dans l'Eglise la
charité et la justice envers tous, surtout envers les pauvres. Comme
l'enseigne l'encyclique
Deus caritas est,
les premiers à avoir droit à l'annonce de l'Evangile sont précisément les
pauvres, qui ont besoin non seulement de pain mais aussi de paroles de vie.
Toutefois, les pauvres ne sont pas
seulement les destinataires de la charité, mais aussi agents d'évangélisation,
dans la mesure ou ils sont ouverts à Dieu et généreux dans le partage avec les
autres. Les pasteurs sont appelés à les écouter, à apprendre d'eux, à les
guider dans leur foi et à les motiver à être des artisans de leur propre
histoire. Les diacres chargés du service de la charité ont une responsabilité
particulière dans ce domaine. Le synode les encourage dans leur ministère.
Proposition 12 :
Inspiration et vérité de la Bible :
Le
synode propose que la Congrégation pour la doctrine de la foi clarifie les
concepts d'inspiration et de vérité de la Bible, tout comme leur rapport
réciproque afin de mieux faire comprendre l'enseignement de
Dei Verbum 11. En particulier, il faut
mettre en relief l'originalité de l'herméneutique biblique catholique dans ce
domaine.
Proposition
13 :Parole de Dieu et loi naturelle :
Les
pères synodaux sont bien conscients des grands défis présents en ce moment de
l'histoire. L'un d'eux concerne le développement gigantesque que la science a
réalisé à l'égard de la connaissance de la nature. Paradoxalement, plus cette
connaissance grandit, moins l'on réussit à voir le message éthique qui en
émane. Déjà dans l'histoire de la pensée, les anciens philosophes avait
l'habitude de désigner ce principe par
lex
naturalis ou loi morale naturelle. Comme l'a rappelé le pape Benoît XVI,
cette expression semble aujourd'hui devenue incompréhensible «
à cause d'un concept de nature non plus
métaphysique, mais seulement empirique. Le fait que la nature, l'être même, ne
soit plus transparent pour un message moral, crée un sentiment de
désorientation qui rend précaires et incertains les choix de la vie quotidienne
» (12 février 2007).
À
la lumière de l'enseignement de l'Ecriture Sainte, comme le rappelle notamment
l'apôtre Paul dans la Lettre aux Romains (cf.
Rm 2, 14-15), il est bon de répéter que
cette loi est écrite au plus profond du coeur de chaque personne et que
chacun peut y accéder. Elle possède comme principe de base que «
l'on doit faire le bien et non le mal »
; une vérité qui s'impose avec évidence à tous et d'où jaillissent d'autres
principes qui règlent le jugement éthique à propos des droits et des devoirs de
chacun.
Il est bon de rappeler que c'est
aussi en se nourrissant de la Parole de Dieu que l'on développe la connaissance
de la loi naturelle et que l'on progresse dans la conscience morale. Ainsi,
le synode recommande à tous les pasteurs d'avoir une sollicitude particulière
afin que les ministres de la Parole soient sensibles à la redécouverte de la
loi naturelle et à sa fonction dans la formation des consciences.
DEUXIÈME PARTIE :
LA PAROLE DE DIEU DANS LA VIE DE L'EGLISE :
Proposition 14 : Parole de Dieu et liturgie :
L'Assemblée
convoquée et réunie par l'Esprit pour écouter la proclamation de la Parole de
Dieu, se retrouve transformée par l'action même de l'Esprit qui se manifeste
dans la célébration. En effet, là où se trouve l'Eglise, se trouve l'Esprit du
Seigneur ; et où se trouve l'Esprit du Seigneur, se trouve l'Eglise (cf. Saint
Irénée,
Adversus haererses, III, 24,
1).
Les pères synodaux répètent que la
liturgie constitue le lieu privilégié où la Parole de Dieu s'exprime pleinement,
aussi bien dans les
célébrations des sacrements,
que, surtout, dans l'
Eucharistie,
dans la
liturgie des Heures et dans
l'Année liturgique. Le mystère du salut raconté dans l'Ecriture Sainte
trouve dans la liturgie son lieu d'annonce, d'écoute et de mise en pratique.
À cette fin on demande
par exemple que :
v Le
livre des Saintes Ecritures occupe
une
place visible et à l'honneur
dans l'église, même en dehors des célébrations liturgiques.
v Le
silence après la première et la deuxième
lecture et à la fin de l'homélie, soit encouragé, comme cela est suggéré
dans la Présentation générale du Missel romain
(2)
(cf. n. 56).
v Des
célébrations de la Parole de Dieu
centrées
sur les lectures dominicales puissent être envisagées.
v Les
lectures des Ecritures Saintes soient
proclamées
à partir de livres liturgiques dignes, par exemple le Lectionnaire et
l'Evangéliaire, qui seront l'objet du plus profond respect pour la Parole de
Dieu qu'ils contiennent.
v Que
soit
valorisé l'Evangéliaire par une
procession qui précède la proclamation, notamment en lui conférant un caractère
solennel.
v Que
soit
mis en évidence le rôle des
serviteurs de la proclamation : les lecteurs et les chanteurs.
v Les
lecteurs et les lectrices soient formés
de manière adaptée afin qu'ils puissent proclamer la Parole de Dieu de
manière claire et compréhensible. Que ces derniers soient invités à étudier et
à témoigner par leur vie les contenus de la Parole qu'ils lisent.
v La
Parole de Dieu soit proclamée de manière claire, dans la connaissance de la
dynamique de la communication.
v Ne
soient pas oubliées, en particulier dans la liturgie eucharistique, les
personnes qui rencontrent des difficultés dans la réception de la Parole de
Dieu transmise par les moyens usuels, comme les non-voyants ou les
malentendants.
v L'on
utilise de manière efficace les instruments sonores.
En outre les pères synodaux
ressentent le devoir de rappeler la grave responsabilité de ceux qui président
l'Eucharistie afin qu'ils
ne remplacent
jamais les textes de l'Ecriture Sainte par d'autres textes. Aucun texte de
spiritualité ou de littérature ne peut atteindre la valeur et la richesse
contenues dans les Saintes Ecritures qui sont Parole de Dieu.
Proposition 15 :
Actualisation à travers l'homélie et « Directoire sur l'homélie » :
L'homélie permet l'actualisation de la
Parole proclamée : «
Aujourd'hui
s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture » (
Lc 4, 21). Celle-ci conduit au mystère qui est célébré, invite à la
mission et partage les joies et les douleurs, les espérances et les peurs des
fidèles - préparant ainsi l'assemblée aussi bien à la profession de foi (credo)
qu'à la prière universelle de la messe.
Il
devrait y avoir une homélie au cours de toutes les messes «
cum populo », même en semaine. Il faut
que les prédicateurs (évêques, prêtres, diacres) se préparent dans la prière,
afin qu'ils prêchent avec conviction et passion. Ils doivent
se poser trois questions :
v Que
disent les lectures proclamées ?
v Que
me disent-elles à moi personnellement ?
v Que
dois-je dire à la communauté, en tenant compte de sa situation concrète ?
Le prédicateur doit avant tout se laisser
interpeller lui d'abord par la Parole de Dieu qu'il annonce.
L'homélie doit être nourrie par la doctrine et transmettre l'enseignement de
l'Eglise pour renforcer la foi, appeler à la conversion dans le cadre de la célébration
et préparer à l'accomplissement du mystère pascal eucharistique.
Pour
aider le prédicateur dans le ministère de la Parole, et dans la ligne de
l'enseignement de l'exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis
(cf. n. 46), les Pères synodaux souhaitent que soit élaboré un «
Directoire sur l'homélie » dont le but
serait d'exposer, outre les principes de l'homélie et de l'art de la
communication, le contenu des thèmes bibliques récurrents dans les
lectionnaires utilisés dans la liturgie.
Proposition 16 : Lectionnaire :
On
recommande d'entamer une analyse du Lectionnaire romain pour
voir si la sélection actuelle et
l'organisation des lectures sont vraiment adaptées à la mission de
l'Eglise en ce moment de l'histoire. Le lien de la lecture de l'Ancien
Testament avec la péricope évangélique doit être revu en particulier, de
manière à ce qu'il n'implique
pas une
lecture trop restrictive de l'Ancien Testament ou l'exclusion de certains
passages importants.
La
révision d'un Lectionnaire pourrait être faite
en dialogue avec les partenaires oecuméniques qui utilisent ce
Lectionnaire commun.
On
souhaite que soit analysée de manière autorisée, la question du Lectionnaire
dans la liturgie des Eglises catholiques orientales.
Proposition 17 :
Le ministère de la Parole et les femmes :
Les
pères synodaux reconnaissent et encouragent le service des laïcs dans la
transmission de la foi.
Les femmes en
particulier, jouent à ce niveau un rôle indispensable surtout dans la famille
et dans la catéchèse. En effet, elles savent susciter l'écoute de la
Parole, la relation personnelle avec Dieu et transmettre le sens du pardon et
du partage évangélique.
On souhaite que le ministère de lecteur
soit ouvert aussi aux femmes, de manière à ce
qu'au sein de la communauté chrétienne soit reconnu leur rôle d'annonciatrice
de la Parole de Dieu.
Proposition 18 :Célébrations de la Parole de
Dieu :
Selon
les diverses formes reçues de la tradition liturgique, on recommande la
célébration de la Parole de Dieu (cf.
Sacramentum
caritatis 35). De nombreuses communautés ecclésiales, qui n'ont pas la
possibilité de célébrer l'Eucharistie le dimanche, trouvent dans la célébration
de la Parole la nourriture pour leur propre foi et pour le témoignage chrétien.
La célébration de la Parole est un des
lieux privilégiés de la rencontre avec le Seigneur,
parce qu'au cours de cette proclamation, le Christ est présent et continue à
parler à son peuple (cf. SC 7). Même au milieu du vacarme d'aujourd'hui, qui
rend très difficile une écoute effective, les fidèles sont encouragés à
cultiver une disposition au silence intérieur et une écoute de la Parole de
Dieu qui transforme la vie.
Les
pères synodaux recommandent que soient formulés des directoires des rites, en
s'appuyant sur l'expérience des Eglises dans lesquelles des catéchistes formés
guident habituellement les assemblées dominicales autour de la Parole de Dieu.
Leur but sera de
faire en sorte que de
telles célébrations ne se confondent pas avec la liturgie eucharistique.
L'accueil
de la Parole, la prière des laudes, l'action de grâce et la prière de demande,
qui composent les célébrations de la Parole de Dieu, sont des manifestations de
l'Esprit dans le coeur des fidèles et dans l'assemblée chrétienne réunie autour
de la Parole de Dieu. L'Esprit - Saint en effet, fait que la Parole de Dieu
proclamée et célébrée fructifie dans le coeur et dans la vie de celui ou celle
qui la reçoit.
Nous
considérons en outre que les
pèlerinages,
les fêtes, les diverses formes de
piété
populaire, les missions, les rites spirituels et les jours spéciaux de
pénitence, de réparation et de pardon sont aussi une opportunité concrète
offerte aux fidèles pour célébrer la Parole de Dieu et approfondir sa
connaissance.
Proposition 19 :La liturgie des
heures :
La liturgie des heures est une forme
privilégiée d'écoute de la Parole de Dieu parce qu'elle
met en contact les fidèles avec l'Ecriture Sainte et avec la Tradition vivante
de l'Eglise. Ainsi, le synode souhaite que les fidèles participent à la
liturgie des heures, surtout aux laudes et aux vêpres. À cette fin, là ou cela
n'existe pas encore, il serait utile de préparer une forme simple de liturgie
des heures.
Les
évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et tout ceux qui officient au
service de l'Eglise doivent se rappeler de leur devoir sacré de prier la
liturgie des heures. Celle-ci est en outre aussi vivement recommandée aux
fidèles laïcs, afin que cette liturgie devienne de manière encore plus
authentique la prière de toute l'Eglise.
Proposition 20 : Parole de Dieu, mariage et famille :
La Parole de Dieu est à l'origine
du mariage (cf.
Gn
2, 24). Jésus lui-même a inclus le mariage parmi les institutions de son
Royaume (cf.
Mt 19, 4-8), lui donnant
un statut de sacrement. Dans la célébration sacramentelle, l'homme et la femme
prononcent une parole prophétique de don mutuel, d'être «
une seule chair », signe du mystère de l'union du Christ et de
l'Eglise (cf.
Ep 5, 31-32).
À travers la fidélité et l'unité de la vie
de famille, les époux sont devant leurs enfants les premiers annonciateurs de
la Parole de Dieu. Il faut les soutenir et les aider à développer la prière
en famille, la célébration domestique de la Parole, le lecture de la Bible et
d'autres formes de prière.
Les
époux se rappelleront que la
Parole de Dieu
est un soutien précieux également dans les difficultés de la vie conjugale et
familiale.
Proposition 21 :
Parole de Dieu et petites communautés :
Le
synode
recommande la création de petites
communautés ecclésiales d'écoute et d'étude et de prière de la Parole de Dieu,
également sous la forme du chapelet comme méditation biblique (cf. Jean-Paul
II, Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae
(3)).
Dans de nombreux pays, il y a déjà des petites communautés composées de
familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements
ecclésiaux et nouvelles communautés. Celles-ci se réunissent régulièrement
autour de la Parole de Dieu pour la partager, et ils en reçoivent de la force.
Certaines
n'ont que rarement la possibilité de célébrer l'Eucharistie. Ils font
l'expérience de la communauté et rencontrent la Parole de Dieu personnellement.
À travers la lecture de la Bible, ils font l'expérience d'être aimés
personnellement de Dieu. Le service des laïcs qui guident ces communautés doit
être pris en considération et promu, car ils rendent un service missionnaire
auquel tous les baptisés sont appelés.
Proposition 22 : Parole de Dieu et
lecture orante :
Le
synode propose que l'on exhorte les fidèles, également les jeunes,
à aborder les Ecritures à travers une «
lecture orante » et assidue (cf. DV 25), afin que le dialogue avec Dieu
devienne une réalité quotidienne du peuple de Dieu.
Pour cela, il est
important :
v
Que l'on
relie
profondément la lecture orante à l'exemple de Marie et des saints dans l'histoire de l'Eglise, qui ont fait la lecture
de la Parole selon l'Esprit ;
v
D'avoir recours à des maîtres en la matière ;
v
De s'assurer que les pasteurs, prêtres et
diacres, et de manière particulière les futurs prêtres, aient une formation
adaptée afin de pouvoir à leur tour former le peuple de Dieu dans cette
dynamique spirituelle ;
v
Que les fidèles soient initiés en fonction des
circonstances, des catégories et des cultures, à la méthode de lecture orante
la plus appropriée, personnelle et/ou communautaire (
Lectio divina, Exercices spirituels dans la vie quotidienne,
Seven Steps en Afrique et ailleurs,
diverses méthodes de prière, partage en famille et dans les communautés
ecclésiales de base, etc.) ;
v
Que l'on encourage la
pratique de la lecture orante à partir des textes liturgiques que
l'Eglise propose pour la célébration eucharistique dominicale et quotidienne,
pour mieux comprendre le rapport entre Parole et Eucharistie ;
v
Que l'on veille à ce
que la
lecture orante, surtout
communautaire, des Ecritures, débouche sur un engagement de charité (cf.
Lc 4, 18-19).
Conscients
de la large diffusion actuelle de la
Lectio
divina et d'autres méthodes analogues, les pères synodaux y voient un
véritable signe d'espérance et encouragent tous les responsables ecclésiaux à
multiplier les efforts en ce sens.
Proposition 23 : Catéchèse
et Ecriture sainte :
La
catéchèse doit s'enraciner de préférence dans la révélation chrétienne. Elle
doit prendre comme modèle la pédagogie de Jésus sur le chemin d'Emmaüs.
Sur le chemin d'Emmaüs Jésus ouvre le
coeur des disciples à l'intelligence des Ecritures
(cf. Lc 24, 27). Sa manière de procéder montre que la catéchèse qui s'enracine
dans la révélation chrétienne suppose l'explication des Ecritures. Elle nous
invite aussi à
rejoindre les hommes
d'aujourd'hui pour leur transmettre l'évangile du salut :
v Aux
enfants les plus petits avec une attention particulière ;
v À
ceux qui ont besoin d'une formation plus approfondie qui s'enracine dans les
Ecritures ;
v Aux
catéchumènes qu'il faut accompagner dans leur cheminement, en leur montrant le
plan de Dieu à travers la lecture de l'Ecriture sainte, en les préparant à
rencontrer le Seigneur dans les sacrements de l'initiation chrétienne, à
s'engager dans la communauté et à être missionnaires.
Le
catéchuménat pré - baptismal doit être suivi d'une mystagogie post-baptismale,
une formation continue au centre de laquelle doivent se trouver l'Ecriture
sainte et le Catéchisme de l'Eglise catholique
-4).
Proposition 24 : Parole de Dieu et vie
consacrée :
La vie consacrée naît de l'écoute de la
Parole de Dieu et accueille l'Evangile comme règle de vie.
Elle redécouvre en permanence son identité à l'écoute de la Parole et se
transforme en «
evangelica testificatio
» pour l'Eglise et pour le monde. Appelée à être une « exégèse » vivante de la
Parole de Dieu (cf. Benoît XVI, 2 février 2008
(5)
), elle est elle-même une parole avec laquelle Dieu continue à parler à
l'Eglise et au monde.
Le
synode remercie les personnes consacrées pour leur témoignage de l'évangile et
pour leur disponibilité à le proclamer aux frontières géographiques et
culturelles de la mission à travers ses divers services charismatiques. Il les
exhorte en même temps à
veiller aux
espaces personnels et communautaires d'écoute de la Parole de Dieu et à promouvoir
des écoles de prière biblique ouvertes aux laïcs, surtout aux jeunes.
Qu'elles sachent écouter la Parole de Dieu avec un coeur de pauvre et exprimer
leur réponse à travers l'engagement pour la justice, la paix et l'intégrité de
la création.
Le synode souligne l'importance de la vie
contemplative et sa précieuse contribution à la tradition de la Lectio divina.
Les communautés monastiques sont des écoles de spiritualité et renforcent la
vie des Eglises particulières. «
Comme
une oasis spirituelle, un monastère indique au monde d'aujourd'hui la chose la
plus importante, et c'est même en fin de compte la seule chose décisive :
il existe une ultime raison pour laquelle il vaut la peine de vivre, qui
est Dieu et son amour impénétrable ».
(Benoît XVI, Angélus
(6)
du 18 novembre 2007).
Dans la vie contemplative, la Parole est
écoutée, priée et célébrée. Il faut donc veiller à ce que ces
communautés reçoivent la formation biblique et théologique appropriée à leur
vie et leur mission.
Proposition 25 :
Deux niveaux sont nécessaires dans la recherche exégétique :
L'herméneutique
biblique proposée dans
Dei Verbum 12
reste très actuelle et efficace. Elle prévoit
deux niveaux de méthode distincts et corrélés, pour un travail
exégétique adéquat.
-
Le
premier
niveau correspond à ce que l'on appelle la
méthode historico – critique. Elle a souvent porté du fruit dans la
recherche moderne et contemporaine et qui est entrée dans le domaine
catholique, surtout à partir de l'Encyclique du serviteur de Dieu Pie XII
Divino Afflante Spiritu (7)
. Cette méthode a été rendue nécessaire par la nature même de l'histoire du
salut qui n'est pas une mythologie mais une histoire vraie avec son sommet dans
l'incarnation du Verbe, divin et éternel, qui vient habiter dans le temps des
hommes (cf.
Jn 1, 14). Il est par
conséquent nécessaire d'étudier également la Bible et l'histoire du salut avec
les méthodes de la recherche historique sérieuse.
-
Le
deuxième
niveau méthodologique, nécessaire pour une interprétation juste des Saintes
Ecritures, correspond à la
nature
également divine des paroles bibliques humaines. Le Concile oecuménique
Vatican II rappelle à juste titre que la Bible doit être interprétée avec
l'aide de ce même Esprit Saint qui a guidé sa mise par écrit.
L'herméneutique
biblique ne peut être considérée accomplie si - parallèlement à l'étude
historique des textes - elle ne recherche pas aussi de manière adéquate leur
dimension théologique. La
Dei Verbum
identifie et cite les
trois points de
référence décisifs pour parvenir à la dimension divine et donc au sens
théologique des Saintes Ecritures. Il s'agit :
-
1°
Du contenu et de l'unité de toute l'Ecriture,
-
2°
De la tradition vivante de toute l'Eglise et enfin,
- 3° De l'attention à l'analogie de la
foi.
«
Seulement dans le cas où les deux niveaux
méthodologiques, celui de nature historique et critique et celui de nature
théologique, sont observés, on peut alors parler d'une exégèse théologique -
d'une exégèse adaptée à ce Livre » (Benoît XVI, 14 octobre 2008
(8)).
Proposition 26 : Elargir les perspectives de l'étude
exégétique actuelle :
Rien
ne vaut les fruits apportés par l'utilisation de la recherche historico -
critique moderne ; en même temps, on ne peut pas considérer les études
exégétiques actuelles sans un regard attentif aux difficultés également.
L'actuelle exégèse académique, également catholique, travaille à un très haut
niveau pour ce qui concerne la méthodologie historico - critique, y compris
avec ses heureuses intégrations plus récentes (cf. Commission pontificale
biblique,
L'interprétation de la Bible
dans l'Eglise), mais on ne peut pas en dire autant de l'étude de la
dimension théologique des textes bibliques. Le niveau théologique indiqué par
les trois éléments de Dei Verbum
(9)
12, est malheureusement très souvent presque absent.
-
La première conséquence de cette absence est que
la Bible devient pour les lecteurs d'aujourd'hui un livre du passé uniquement,
désormais incapable de parler à notre monde actuel. Dans ces conditions,
l'exégèse biblique risque de devenir de l'historiographie pure et une histoire
de la littérature.
-
La deuxième conséquence, peut-être encore plus
grave, est la disparition de l'herméneutique de la foi indiquée par Dei Verbum
(10)
. Une herméneutique positiviste et séculariste qui nie la possibilité de la
présence du divin et de l'accès au divin dans l'histoire de l'homme, tend
alors, de fait, à prendre la place de l'herméneutique croyante.
Les
Pères synodaux remercient sincèrement les nombreux exégètes et théologiens qui
ont apporté et continuent d'apporter une aide essentielle dans la découverte du
sens profond des Ecritures mais ils
demandent
à tous de s'engager davantage pour que l'on parvienne avec plus de force et de
clarté au niveau théologique de l'interprétation biblique. Pour réussir vraiment
à faire grandir cet amour pour les Ecritures, comme le souhaite le Concile, il
faudra appliquer avec davantage de soin les principes indiqués de manière
exhaustive et claire dans Dei Verbum
(11)
.
Proposition 27 : Surmonter le dualisme
entre exégèse et théologie :
Pour
la vie et la mission de l'Eglise et pour l'avenir de la foi au sein des
cultures contemporaines,
il faut
surmonter le dualisme entre exégèse et théologie. Il n'est malheureusement
pas rare, même aux niveaux académiques les plus élevés, que l'on sépare exégèse
et théologie de manière stérile.
Une
conséquence préoccupante de cela est l'incertitude et le manque de solidité qui
caractérisent le cheminement de formation intellectuel, notamment de certains
futurs candidats aux ministères ecclésiaux. La
théologie biblique et la théologie systématique sont deux
dimensions de cette réalité unique que nous appelons théologie.
Les
Pères synodaux lancent donc un appel, avec estime, aussi bien aux théologiens
qu'aux exégètes afin que grâce à une collaboration plus claire et harmonieuse,
ils ne privent pas la théologie contemporaine de la force des Ecritures et ne
réduisent pas l'étude des Ecritures à la seule révélation de la dimension
historiographique des textes inspirés. «
Là où l'exégèse n'est pas théologie, l'Ecriture ne peut être l'âme de la
théologie et, vice versa, là où la théologie n'est pas essentiellement
interprétation de l'Ecriture dans l'Eglise, cette théologie n'a plus de
fondement » (Benoît XVI, 14 octobre 2008
(12)).
Proposition 28 : Dialogue
entre exégèse, théologiens et pasteurs :
On
demande aux Conférences épiscopales
de
promouvoir des rencontres régulières entre les pasteurs, les théologiens et les
exégètes pour promouvoir une plus grande communion au service de la Parole de
Dieu. Les Pères synodaux souhaitent qu'exégètes et théologiens puissent
partager toujours mieux les fruits de leur science pour l'augmentation de la
foi et l'édification du peuple de Dieu, en conservant toujours à l'esprit les
dimensions caractéristiques de l'interprétation catholique de la Bible (cf.
Commission pontificale biblique,
L'interprétation
de la Bible dans l'Eglise III).
Proposition 29 : Difficulté de la
lecture de l'Ancien Testament :
Des
difficultés dans la lecture de l'Ancien
Testament
surgissent parfois à cause de textes contenant des éléments de violence,
d'injustice, d'immoralité, de figures bibliques, parfois même importantes, peu
exemplaires.
Une
préparation adéquate des fidèles pour la lecture de ces pages est donc
nécessaire ainsi qu'une formation qui
permette
de lire les textes dans leur contexte historique et littéraire pour favoriser
la lecture chrétienne. La clé herméneutique centrale de cette lecture
chrétienne est l'Evangile et le commandement nouveau de Jésus Christ qui s'est
accompli dans le mystère pascal. On recommande par conséquent de ne pas
négliger la lecture de l'Ancien Testament qui, malgré quelques difficultés, est
essentiel à la compréhension totale de l'histoire du salut (cf.
DV 15).
Proposition 30 :
Pastorale biblique :
Dei
Verbum
(13)
exhorte à
faire de la Parole de
Dieu non seulement l'âme de la théologie mais aussi l'âme de toute la
pastorale, de la vie et de la mission de l'Eglise (cf. DV 24). Les évêques
doivent être les premiers promoteurs de cette dynamique dans leurs diocèses.
Pour annoncer la Parole, pour l'annoncer de manière crédible, l'évêque doit se
nourrir lui le premier, de la Parole de Dieu, pour soutenir et rendre toujours
plus féconde son ministère épiscopal. Le synode recommande d'intensifier la «
pastorale biblique » non pas en la
juxtaposant à d'autres formes de la pastorale mais comme animation biblique de
toute la pastorale.
Tous les baptisés participent à la
mission de l'Eglise sous la conduite des pasteurs. Les
Pères synodaux souhaitent exprimer leur plus vive estime, leur reconnaissance
et leurs encouragements pour le service à l'évangélisation que tant de laïcs,
en particulier des femmes, offrent avec générosité et esprit d'engagement, dans
les communautés dispersées à travers le monde, à l'exemple de Marie Madeleine,
premier témoin de la joie pascale.
Proposition 31 : Parole de Dieu et
prêtres :
La Parole de Dieu est indispensable pour
former le coeur d'un bon pasteur, ministre de la Parole.
À ce propos,
Pastores dabo vobis
rappelle que : «
Le prêtre devra être le
premier à croire à la parole dans la pleine conscience que les paroles de son
ministre ne sont pas ‘siennes', mais de Celui qui l'a envoyé. De cette
parole il n'est pas maître. Il en est le serviteur. De cette parole, il n'est
pas l'unique possesseur : il en est le débiteur à l'égard du peuple de Dieu »
(Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale
Pastores dabo vobis(14) , 26).
Les prêtres, et en
particulier les curés, sont appelés à se nourrir chaque jour des Saintes
Ecritures et à les transmettre avec sagesse et
générosité aux fidèles confiés à leurs soins.
Proposition 32 : Formation des
candidats à l'ordre sacré :
Les
candidats au sacerdoce doivent apprendre
à aimer la Parole de Dieu. Que l'Ecriture soit donc l'âme de leur formation
théologique, en soulignant la circularité indispensable entre exégèse,
théologie, spiritualité et mission. La formation des prêtres doit alors
embrasser de multiples approches à
l'Ecriture :
-
La
lecture
orante, en particulier la Lectio divina,
aussi bien
personnelle que
communautaire, dans le cadre d'une
première lecture de la Bible. Il faudra la poursuivre pendant tout le parcours
de la formation, en tenant compte de ce que l'Eglise prescrit quant aux soins à
apporter aux retraites et aux exercices spirituels dans l'éducation des
séminaristes.
-
Se nourrir avec assiduité de la Parole de Dieu,
également à travers la
richesse de
l'Office divin.
-
La
découverte
de l'exégèse dans ses diverses méthodes. Une étude précise et ample des
règles herméneutiques est nécessaire pour surmonter les risques d'une
interprétation arbitraire. Il faut comprendre correctement les méthodes de
l'exégèse, avec leurs possibilités et leurs limites, pour permettre une
compréhension juste et féconde de la Parole de Dieu.
-
La
connaissance
de l'histoire de ce qu'a produit la lecture des Ecritures chez les Pères de
l'Eglise, les saints, les docteurs et les maîtres de la spiritualité
jusqu'à nos jours.
-
L'intensification, pendant les années de
séminaire, de la formation à la prédication, et la vigilance sur la
formation permanente pendant l'exercice
du ministère, afin que l'homélie puisse interpeller ceux qui écoutent (cf.
Ac 2, 37).
-
Parallèlement à la formation à l'intérieur du
séminaire on invitera les futurs prêtres à participer à des
rencontres avec des groupes ou des
associations de laïcs rassemblés autour de la Parole de Dieu. Ces
rencontres, organisées pendant une période suffisamment longue, favoriseront
chez les futurs prêtres l'expérience et le goût de l'écoute de ce que l'Esprit
Saint suscite chez les croyants rassemblés en tant qu'Eglise, qu'ils soient
petits ou grands.
-
Il ne faut pas négliger une
étude sérieuse de la philosophie qui permette d'évaluer clairement
les présupposés et les implications contenues dans les diverses herméneutiques appliquées
à l'étude de la Bible (cf.
Optatam totius
(15)
, 15).
À ce propos, il
serait souhaitable que les facultés philosophiques développent et enseignent
une pensée philosophique et culturelle (art et musique) ouverte à la
transcendance afin que les disciples puissent mieux écouter et mieux comprendre
la Parole de Dieu qui peut seule combler les désirs du cur humain (cf.
Fides et ratio(16)
, 83).
Un renouvellement des programmes académiques (cf. Jean-Paul
II, Constitution apostolique
Sapientia
Christiana) est souhaitable pour que l'étude systématique de la théologie
apparaisse mieux à la lumière de l'Ecriture Sainte. Par ailleurs, toute
révision des cours dans les séminaires et les maisons de formation devra
veiller à donner à la Parole de Dieu la place qui lui est due dans les
différentes dimensions de la formation.
Proposition 33 : Formation biblique des
chrétiens :
L'amour de la Bible est une grâce de l'Esprit Saint qui
imprègne toute la vie du croyant. Il faut donc former les chrétiens à apprécier
ce don de Dieu : «
Si tu savais le don de
Dieu... » (
Jn 4, 10), dit le
Seigneur.
Il est par conséquent souhaitable que
dans chaque région culturelle soient établis des centres de formation
pour les laïcs et pour les missionnaires de la Parole où l'on apprenne à comprendre,
vivre et annoncer la Parole de Dieu. Par ailleurs, selon les diverses
nécessités, il faudrait fonder des instituts spécialisés en études bibliques
pour exégètes afin qu'ils aient une solide compréhension théologique et qu'ils
soient sensibles aux contextes de leur mission. Ceci peut être fait aussi en
réexaminant ou en renforçant les structures qui existent déjà, comme les
séminaires ou les facultés. Il est enfin nécessaire d'offrir une formation
adéquate dans les langues bibliques, aux personnes qui traduiront la Bible en
différentes langues modernes.
Proposition 34 : Animation biblique et
jeunes :
De même que Jésus invita un jeune à le suivre, il faut
aujourd'hui inviter des enfants, des adolescents et des jeunes à le suivre afin
qu'ils puissent trouver la réponse à leur recherche dans la Parole du Seigneur
Jésus. Dans l'animation biblique de la pastorale de la jeunesse, on tiendra
compte de l'invitation de Benoît XVI : «
Chers
jeunes, je vous exhorte à devenir des familiers de la Bible, à la garder à
portée de la main, pour qu'elle soit pour vous comme une boussole qui indique
la route à suivre » (
Message pour la
XXI Journée mondiale de la Jeunesse (17)
, 9 avril 2006). Il serait bon que
l'Ecriture
soit présentée dans ses implications vocationnelles afin d'aider et
d'orienter de nombreux jeunes dans leurs choix de vocation, également jusqu'à
la consécration totale. Que les jeunes générations soient accueillies, écoutées
et accompagnées avec amour par la communauté chrétienne, pour être introduites à
la connaissance de l'Ecriture par des éducateurs, de vrais témoins passionnés
par la Parole de Dieu. Les jeunes eux-mêmes seront ainsi conduits à aimer et à
transmettre l'Evangile, notamment aux jeunes de leur âge.
Proposition 35 :
La Bible et la pastorale de la santé :
Au cours de sa vie,
Jésus a soigné et guéri les malades et à travers ce
service il a montré un signe de la présence du Royaume de Dieu (cf.
Lc 7, 22).
Les Ecritures continuent aujourd'hui encore à offrir aux malades et à
tous ceux qui souffrent, une parole de réconfort, d'encouragement et aussi de
guérison spirituelle et physique. La prière des psaumes rejoint en
profondeur et donne à chacun les paroles mêmes de Dieu pour exprimer sa
souffrance et son espérance. Les Pères synodaux exhortent donc ceux qui sont en
contact avec les personnes affligées par toute sorte de mal, à leur apporter,
humblement mais avec audace, la Parole vivifiante du Seigneur Jésus aussi bien
dans l'Ecriture que dans l'Eucharistie. Aujourd'hui encore, il est indispensable
que la Parole de Dieu inspire toute la pastorale de la santé, en conduisant les
malades à découvrir à travers la foi, que leur souffrance les rend capables de
participer à la souffrance rédemptrice du Christ (cf. 2 Co, 4, 8-11.14).
Proposition 36 : Ecriture Sainte et
unité des Chrétiens :
La Bible est
véritablement un lieu privilégié de rencontre entre les diverses Eglises et
communautés ecclésiales. Écouter ensemble les Écritures nous fait
vivre une communion réelle même si elle n'est pas pleine (cf.
Relatio post disceptationem, n. 36). «
Écouter ensemble la Parole de Dieu,
pratiquer la Lectio Divina de la Bible... constitue un chemin pour atteindre
l'unité de la foi, comme réponse à l'écoute de la Parole » (
Discours de Benoît XVI, 25 janvier
2007).
L'écoute commune des Ecritures
nous pousse ainsi au dialogue de la charité et fait grandir celui de la vérité.
La compréhension du sujet autorisé de l'interprétation dans l'Eglise
(Spécialement le magistère reste une question oecuménique ouverte).
On doit donc intensifier l'étude et la
recherche biblique commune. De la même manière, il est nécessaire d'
intensifier l'engagement commun pour les
traductions et la diffusion de la Bible, tout comme les
célébrations interconfessionnelles de
l'écoute de la Parole de Dieu.
Proposition 37 : Présence de Sa
Sainteté Bartholomée Ier :
Les pères synodaux rendent grâce à Dieu pour la présence et
les interventions des délégués fraternels, les représentants des autres Eglises
et Communautés ecclésiales, et de manière particulière pour la prière des
vêpres présidées par le Saint - Père Benoît XVI, avec Sa Sainteté Bartholomée
Ier, patriarche oecuménique de Constantinople. Les paroles du patriarche
oecuménique adressées aux pères synodaux, ont permis de faire l'expérience d'une
profonde joie spirituelle et de vivre une expérience vivante de communion
réelle et profonde, même si celle-ci n'est pas encore parfaite. Nous y avons
goûté la beauté de la parole de Dieu, lue à la lumière de la sainte liturgie et
des pères, une lecture spirituelle fortement ancrée dans notre temps.
De cette manière
nous
avons vu qu'en allant au coeur de l'Ecriture Sainte nous rencontrons réellement
la Parole dans la parole ; laquelle
ouvre
les yeux des fidèles pour répondre aux défis du monde actuel. En outre,
nous avons partagé l'expérience joyeuse d'avoir pour l'orient et l'occident des
pères communs. Cette rencontre stimule de nouveaux témoignages de communion
dans l'écoute de la Parole de Dieu et de prière fervente à l'unique Seigneur
afin que se réalise au plus tôt la prière de Jésus : «
Ut omnes unum sint » (
Jn
17, 21).
TROISIÈME PARTIE : LA PAROLE DE DIEU DANS
LA MISSION DE L'EGLISE :
Proposition 38 : Devoir missionnaire de
tous les baptisés :
La mission d'annoncer
la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus Christ comme
conséquence de leur baptême. Cette conscience doit
être
approfondie dans chaque paroisse,
dans chaque communauté et organisation catholique ; des initiatives qui
permettent à tous d'avoir accès à la Parole de Dieu doivent être proposées,
spécialement aux frères baptisés, mais pas suffisamment évangélisés. Puisque la
Parole de Dieu s'est faite chair pour être transmise aux hommes, la rencontre
avec des témoins qui la rende présente et vivante est un moyen privilégié pour
la connaître.
À travers leurs
charismes et leur expérience, les instituts missionnaires apportent une
collaboration particulière à la mission. En outre la réalité
des mouvements ecclésiaux est une richesse extraordinaire de la force
évangélisatrice de l'Eglise de notre temps, incitant l'Eglise à développer de
nouvelles formes d'annonce de l'Evangile.
Les
laïcs sont appelés à redécouvrir la responsabilité d'exercer leur devoir
prophétique, qui découle directement du baptême, et témoigner de l'Evangile
dans la vie quotidienne : à la maison, dans le travail et partout ou ils se
trouvent. Ce témoignage conduit souvent à la persécution des fidèles à cause de
l'Evangile. Le synode fait appel aux responsables de la vie publique afin que
soit garantie la liberté religieuse.
En outre, il est nécessaire d'ouvrir des itinéraires
d'initiation chrétienne, qui, à travers l'écoute de la parole, la célébration
de l'Eucharistie et l'amour fraternel vécu en communauté, puissent conduire à
une foi toujours plus mature. Il faut
prendre
en considération la nouvelle demande issue de la mobilité et du phénomène des
migrations qui ouvre de nouvelles perspectives d'évangélisation. Parce que
les immigrés n'ont pas seulement besoin d'être évangélisés mais peuvent être
eux-mêmes des agents d'évangélisation.
Proposition 39 :
La Parole de Dieu et l'engagement dans le monde :
La
Parole de Dieu
contenue dans les Saintes Ecritures et dans la tradition vivante de l'Eglise,
aide la conscience et le coeur des hommes à
comprendre et à aimer toutes les réalités humaines et la création. Elle
aide en effet à reconnaître les signes de Dieu dans toutes les difficultés de
l'homme engagé à rendre le monde plus juste et plus habitable ; elle soutient
l'identification des «
signes des temps
» présents dans l'histoire ; elle
pousse
les croyants à s'engager pour ceux qui souffrent et sont victimes des
injustices. Le combat pour la justice est la transformation constitutive de
l'évangélisation (cf.
Evangelii nuntiandi
(18)
, 19).
Les pères synodaux adressent une pensée particulière à ceux
qui, en tant que croyants, sont engagés dans la vie politique et sociale. Ils
souhaitent que la Parole de Dieu puisse soutenir des formes de témoignage en
mesure d'inspirer leur action dans le monde à la recherche du bien véritable de
tous et dans le respect de la dignité de chaque personne. Il convient donc
qu'ils soient préparés à travers une éducation adaptée selon les
principes de la doctrine sociale de
l'Eglise
Proposition 40 : Parole de Dieu et art
liturgique :
La grande tradition de l'orient et de l'occident a toujours
estimé toutes les
expressions
artistiques en particulier les images saintes, inspirées de l'Ecriture
Sainte.
Nous apprécions tous
les artistes amoureux de la beauté : les poètes, les
hommes de lettre, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les acteurs de
théâtre et de cinéma. Ils ont contribué à la décoration de nos églises, aux
célébrations de notre foi, à l'enrichissement de notre liturgie, et dans le
même temps, nombre d'entre eux ont aidé à faire percevoir le monde invisible et
à traduire le message divin dans le langage des formes et des figures. Pour
tout cela le synode exprime sa profonde gratitude.
Il convient de susciter dans tous les domaines de la culture
une nouvelle saison ou
l'art puisse
retrouver l'inspiration biblique et être un instrument capable de proclamer,
chanter, faire contempler l'expression de la Parole de Dieu.
Lors de la construction d'églises, les évêques, dûment
aidés, doivent être attentifs à ce que celles-ci soient des lieux adaptés à la
proclamation de la Parole, à la méditation et à la célébration eucharistique.
Les espaces saints, qui présentent le mystère chrétien en relation avec la
Parole de Dieu, doivent le faire de manière éloquente, même en dehors des célébrations
liturgiques.
Proposition 41 : Parole de Dieu et culture :
La Parole de Dieu est destinée à toute
l'humanité. Il faut reconnaître qu'au cours des siècles,
elle a inspiré les différentes cultures, engendrant des valeurs morales
fondamentales, des expressions artistiques élevées et des styles de vie
exemplaires. Dans la Parole de Dieu, en effet, on retrouve diverses exigences
qui peuvent aider aussi bien la science dans la recherche de conquêtes toujours
nouvelles, que le dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi. Ainsi,
les pères synodaux souhaitent un dialogue
entre Bible et culture, notamment face aux différentes demandes de sens
présentes à notre époque, pour que les personnes puissent y trouver la
réponse définitive à leur recherche.
Il serait bon d'organiser des groupes de
lecture biblique également dans les milieux sécularisés ou parmi les non
croyants, comme un chemin pour ouvrir le monde à Dieu par l'intermédiaire de la
Parole de la Bible.
Proposition 42 : Bible
et traductions :
Le
synode recommande que dans les cultures proches et dans les mêmes régions
linguistiques soit approuvée et utilisée la même traduction de la Bible aussi
bien dans l'usage liturgique que dans l'usage privé.
De
nombreuses Eglises réparties dans le monde sont encore privées de Bibles
traduites dans leurs langues locales. Pour cette raison, il est
important avant tout de former des experts
qui se consacrent aux diverses traductions de la Bible.
Proposition 43 : Bible et
diffusion :
Le
synode souhaite rappeler combien il est nécessaire que tous les fidèles
puissent accéder avec facilité à la lecture des textes saints. Dans le même
temps une mobilisation générale est demandée
afin que le texte saint soit diffusé le plus largement possible et
avec tous les instruments à disposition qu'offre la technologie moderne,
notamment pour les porteurs de handicap, à qui s'adresse notre attention
préférentielle.
Un
engagement semblable requiert une
forme
exceptionnelle de collaboration entre les Eglises afin que celles qui disposent
de plus de moyens démontrent une plus grande solidarité dans l'aide aux besoins
des Eglises les plus en difficultés.
Les
pères synodaux recommandent de
soutenir
l'engagement de la Fédération biblique catholique en vue d'un accès plus
large à l'Ecriture Sainte (cf.
Dei Verbum
22) et afin que se développe toujours plus le nombre de traductions de
l'Ecriture Sainte et sa diffusion capillaire. Il est recommandé que cela
s'effectue aussi
en collaboration avec
les différentes Sociétés bibliques.
Proposition 44 : Moyens de
communication sociale :
Le
synode souligne l'importance des moyens de communication sociale et des
langages de la communication pour l'évangélisation. L'annonce de la Bonne
Nouvelle trouve un nouvel espace dans la communication d'aujourd'hui
caractérisée par l'intermédialité.
L'Eglise
est appelée non seulement à diffuser la Parole de Dieu à travers les médias,
mais aussi et surtout à intégrer le message de salut dans la nouvelle culture
créée et amplifiée par la communication.
Le
nouveau cadre de la communication nous permet de multiplier les moyens de
proclamer et d'approfondir l'Ecriture Sainte. Celle-ci, avec sa richesse, exige
de pouvoir atteindre toutes les communautés, arrivant jusqu'aux personnes les
plus éloignées également à travers ces nouveaux instruments.
Il
est recommandé de bien maîtriser les moyens de communication, d'accompagner
leur changement rapide et d'investir plus dans la communication à travers les
différents instruments offerts, comme la télévision, la radio, les journaux,
Internet ... Il s'agit, dans tous les cas, de formes qui peuvent faciliter
l'exercice de l'écoute obéissante de la Parole de Dieu. Il est
nécessaire de préparer des Catholiques
convaincus et compétents, dans le domaine des communications sociales.
Proposition 45 : Parole de Dieu et
congrès mondial :
À
notre époque se multiplient les rassemblements à caractère mondiaux ; on ne
considère donc pas important d'instituer un congrès spécifique sur la Parole de
Dieu. En revanche, il est important qu'au cours de tels rassemblements, on
consacre un plus grand espace à l'étude et à la célébration de la Parole de
Dieu. Les conférences épiscopales sont en outre invitées à soutenir et à
promouvoir des journées dans le but de diffuser la Bible.
Proposition 46 : Lecture
croyante des Ecritures : historicité et fondamentalisme :
La
lecture croyante de l'Ecriture sainte, utilisée depuis l'antiquité dans la
Tradition de l'Eglise, cherche la vérité qui sauve pour la vie de chaque fidèle
et pour l'Eglise. Cette lecture reconnaît la valeur historique de la tradition
biblique. C'est précisément à cause de cette valeur de témoignage historique
que celle - ci veut redécouvrir la signification vivante des Ecritures Saintes
destinées aussi à la vie du croyant d'aujourd'hui.
Une
telle lecture de l'Ecriture se différencie des «
interprétations fondamentalistes » qui ignorent la médiation
humaine du texte inspiré et de ses genres littéraires. Afin d'utiliser de
manière fructueuse la
Lectio divina,
le croyant doit être éduqué à
« ne pas
confondre inconsciemment les limites humaines du message biblique avec la
substance divine de ce même message » (cf. Commission pontificale biblique,
L'interprétation de la Bible dans
l'Eglise, I F).
Proposition 47 : La Bible et le
phénomène des sectes :
Nous
sommes profondément
préoccupés par la
croissance et les changements du phénomène des sectes. De fait, les sectes
de différentes origines, semblent offrir une expérience de la proximité de Dieu
dans la vie de la personne et promettent un bonheur illusoire par
l'intermédiaire de la Bible, souvent interprétée de manière fondamentaliste.
Nous proposons :
-
À travers une
herméneutique vitale correcte des pages bibliques, d'intensifier
l'activité pastorale pour fournir la nourriture de la Parole aux fidèles qui la
cherchent ;
-
D'apprendre
de la riche expérience des premiers siècles de l'Eglise
qui connut elle aussi des phénomènes similaires (cf.
Jn 2, 19 ; 4, 2-3) ;
-
De
mieux
connaître les caractéristiques particulières, les causes et les
promoteurs des sectes telles qu'ils se
présentent aujourd'hui ;
-
D'aider les fidèles à
bien distinguer la Parole de Dieu des révélations privées ;
-
D'encourager
les groupes de partage et de méditation pour s'opposer à
l'attraction des sectes et du fondamentalisme.
Il
est nécessaire que les
prêtres soient
préparés de manière adéquate pour faire face à ces nouvelles situations,
qu'ils soient en mesure de proposer une animation biblique de la pastorale
adaptée aux problèmes que rencontrent les personnes aujourd'hui.
Nous
demandons au Saint - Siège d'étudier, en collaboration avec les conférences
épiscopales et les structures compétentes des Eglises orientales catholiques,
le phénomène des sectes dans sa dimension mondiale et ses retombées, également
locales.
Proposition 48 : Bible et
inculturation :
La Révélation s'est constituée en puisant
dans les diverses cultures humaines les valeurs authentiques susceptibles
d'exprimer la vérité, que pour notre salut, Dieu a communiqué
aux hommes (cf.
Dei Verbum 11). En
effet, la Parole de Dieu, en tant que Révélation a plongé dans les cultures la
connaissance de la vérité qui serait autrement inconnue et a créé le progrès et
le développement culturel. Le mandat que le Seigneur donne à l'Eglise
d'annoncer l'Evangile à toutes les créatures (cf.
Mc 16, 15) implique la rencontre de la Parole de Dieu avec tous les
peuples de la terre et leur culture. Cela
suppose
le même processus d'inculturation de la Parole de Dieu qui s'est produit dans
la Révélation.
Ainsi, la Parole de Dieu doit pénétrer
tous les milieux de telle façon que la culture produise des expressions
originales de vie, de liturgie, de pensée chrétienne
(cf. CT 53). Cela arrive lorsque la Parole de Dieu, proposée à une culture, «
féconde comme de l'intérieur les qualités
spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, (...) les
fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ » (GS 58), suscitant
ainsi de nouvelles expressions de vie chrétienne.
En
vue d'une inculturation authentique du message évangélique, on doit assurer une
formation des missionnaires avec des
moyens adaptés pour connaître en profondeur le milieu de vie, les conditions
socioculturelles, de telle façon que ceux-ci puissent s'insérer dans le
milieu, dans la langue comme dans les cultures locales. Il revient en premier
lieu à l'Eglise locale de parvenir à une authentique inculturation du message
évangélique, en faisant naturellement attention au risque de syncrétisme. La
qualité de l'inculturation dépend du niveau de maturité de la communauté chargée
de l'évangélisation.
Proposition 49 : Missio ad gentes :
La Parole de Dieu est un bien pour tous
les hommes, que l'Eglise ne doit pas conserver pour elle,
mais partager avec joie et générosité avec tous les peuples et toutes les
cultures, afin qu'eux aussi puissent trouver en Jésus - Christ le chemin, la
vérité et la vie (cf.
Jn 14, 6).
En
se tournant vers l'exemple de saint Paul, des apôtres et des si nombreux
missionnaires qui, tout au long de l'histoire de l'Eglise, ont apporté
l'Evangile aux peuples, ce synode réaffirme l'urgence de la mission « ad gentes
», aussi à notre époque.
Une annonce qui
doit être explicite,
faite non pas
seulement à l'intérieur de nos églises, mais partout, et qui doit être
accompagnée du témoignage cohérent de vie, qui met en évidence le contenu
et le renforce.
Evêques,
prêtres, diacres, personnes consacrées et laïcs doivent être proches également
des personnes qui ne participent pas à la liturgie et ne fréquentent pas nos
communautés. L'Église doit aller vers tous avec la force de l'Esprit (cf. 1
Co 2, 5) et continuer de manière
prophétique à défendre le droit et la liberté des personnes d'écouter la Parole
de Dieu, en cherchant les moyens les plus efficaces pour la proclamer, même au
risque de la persécution.
Proposition 50 :
Bible et dialogue interreligieux :
Le
dialogue avec les religions non chrétiennes représente un moment significatif
dans la vie de l'Eglise et dans le dialogue avec les hommes. Les monothéismes,
les religions traditionnelles d'Afrique et d'Australie, les antiques traditions
spirituelles d'Asie, renferment des valeurs de respect et de collaboration qui
peuvent favoriser grandement la compréhension entre les personnes et les
sociétés. Les lignes directrices de ce dialogue sont fournies par la Déclaration
du Concile Oecuménique Vatican II
Nostra
aetate. Le synode rappelle également la nécessité que soit
assurée de manière effective à tous les
croyants la liberté de professer sa propre religion en privé et en public,
ainsi que la liberté de conscience.
Proposition 51 : Terre Sainte :
Paul
VI a appelé la Terre Sainte « le cinquième Evangile ». Le synode recommande les
pèlerinages et, si possible, l'étude des Ecritures Saintes en Terre Sainte et
sur les traces de saint Paul. À travers cette expérience, les pèlerins et les
étudiants comprendront mieux le milieu physique et géographique des Ecritures
et notamment le rapport entre les deux Testaments. Les pierres sur lesquelles
Jésus a marché pourraient devenir pour eux les pierres de mémoires vivantes.
Pour l'instant,
les Chrétiens en Terre
Sainte ont besoin de la communion de tous les Chrétiens, en particulier en
ces jours de conflit, de pauvreté et de peur.
Proposition 52 :
Dialogue entre chrétiens et juifs :
Le dialogue entre chrétiens et juifs
appartient à la nature de l'Eglise. Fidèle à ses
promesses, Dieu ne révoque pas l'Ancienne Alliance (cf.
Rm 9 et 11).
Jésus de
Nazareth était juif et la Terre Sainte, la terre - mère de l'Eglise.
Chrétiens et juifs partagent les Ecritures du peuple juif, que les Chrétiens
appellent l'Ancien Testament.
Dans
la descendance d'Abraham, juifs et Chrétiens peuvent être une source de
bénédiction pour l'humanité (cf.
Gn
17, 4-5).
La
compréhension juive de la Bible peut
aider l'intelligence et l'étude des Ecritures de la part des Chrétiens.
L'interprétation
biblique chrétienne est fondée sur l'unité des deux Testaments dans la personne
de Jésus, Parole faite chair. En elle s'accomplit le sens plénier des Ecritures
en continuité et discontinuité à l'égard des livres inspirés du Peuple juif.
Il
est suggéré aux conférences épiscopales de
promouvoir
des rencontres et des échanges entre juifs et chrétiens.
Proposition 53 :
Dialogue entre chrétiens et musulmans :
«
L'Eglise regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu unique »
(
Nostra aetate, 3). Ces derniers se
réfèrent à Abraham et rendent leur culte à Dieu surtout dans la prière,
l'aumône et le jeûne. Le dialogue avec eux permet de mieux se connaître et de
collaborer dans la promotion de valeurs éthiques et spirituelles.
Dans
ce dialogue, le synode insiste sur l
'importance
du respect de la vie, des droits de l'homme et de la femme, tout comme sur la
distinction entre l'ordre sociopolitique et l'ordre religieux dans la promotion
de la justice et de la paix dans le monde. Un thème important dans ce
dialogue est également la
réciprocité et
la liberté de conscience et de religion.
Il
est suggéré aux conférences épiscopales nationales, là ou cela peut être
fructueux, de promouvoir des cercles de dialogue entre chrétiens et musulmans.
Proposition 54 : Dimension universelle de la Parole de
Dieu et sauvegarde de la création :
La
Parole de Dieu nous transmet la beauté de Dieu à travers la beauté de la
création et aussi à travers les images saintes comme les icônes du Verbe incarné.
Ce sont des moyens par lesquels le mystère invisible de Dieu se rend d'une
certaine manière visible et perceptible à nos sens. Les pères de l'Eglise ont
toujours affirmé la dimension universelle de la Parole de Dieu qui se fait
chair ; chaque créature, en effet, porte d'une certaine manière un signe de la
Parole de Dieu.
Toutes les choses créées
trouvent en Jésus - Christ mort et ressuscité, leur récapitulation définitive
(cf.
Ep 1, 10). Toutes les choses et
les personnes sont donc appelées à être bonnes et belles dans le Christ.
Malheureusement,
l'homme de notre temps a perdu l'habitude de contempler la Parole de Dieu dans
le monde dans lequel il habite et qui lui a été donné par Dieu. C'est la raison
pour laquelle la découverte de la Parole de Dieu, dans toutes ses dimensions,
nous pousse à dénoncer toutes les actions de l'homme contemporain qui ne
respectent pas la nature comme création.
Accueillir la Parole de Dieu témoignée
dans l'Ecriture Sainte et dans la Tradition vivante de l'Eglise, engendre une
nouvelle manière de voir les choses, promouvant une authentique écologie,
qui puise sa racine la plus profonde dans l'obéissance de la foi qui accueille
la Parole de Dieu.
Ainsi,
nous souhaitons que s'intensifie dans l'action pastorale de l'Eglise, l'engagement
en vue de la sauvegarde de la création, en développant une sensibilité
théologique renouvelée sur la bonté de toutes les choses créées dans le Christ,
Parole de Dieu incarnée.
CONCLUSION
Proposition 55 : Maria Mater Dei et Mater fidei :
Le
synode, qui, avant toute chose, entend renouveler la foi de l'Eglise dans la
Parole de Dieu, se tourne vers Marie,
la
Vierge Mère du Verbe incarné qui par son oui à la parole de l'Alliance et à sa
mission, accomplit parfaitement la vocation divine de l'humanité. Les pères
synodaux proposent de promouvoir parmi les fidèles la prière de l'Angelus,
mémoire quotidienne du Verbe incarné, et celle du chapelet.
L'Eglise du Nouveau Testament vit là où
la Parole incarnée est accueillie, aimée et servie dans le don total à l'Esprit
Saint. La foi de Marie se développe ensuite dans
l'amour par lequel elle accompagne la croissance et la mission du Verbe
incarné. Sous la Croix du Fils, la foi et l'amour deviennent l'espérance avec
laquelle Marie accepte de devenir la Mère du disciple bien-aimé et de
l'humanité rachetée.
L'attention pleine d'amour et de dévotion
à la figure de Marie comme modèle et archétype de la foi de l'Eglise,
est d'une importance capitale pour opérer aujourd'hui aussi un changement
concret de paradigme dans la relation de l'Eglise avec la Parole, aussi bien
dans l'attitude d'écoute orante qu'à travers la générosité dans l'engagement
pour la mission et l'annonce.
Unis
au Saint-Père dans la prière afin que le synode «
puisse apporter des fruits de renouveau authentique dans chaque
communauté chrétienne » (Benoît XVI,
Angelus
à Pompei, 19 octobre 2008), les pères synodaux invitent les pasteurs et les
fidèles à tourner leur regard vers Marie et à demander à l'Esprit Saint la
grâce d'une foi vivante dans la Parole de Dieu faite chair.
1-
ROME,
Mardi 11 novembre 2008 (ZENIT.org <http://www.zenit.org/> ) - A
l'issue du synode sur la Parole de Dieu (5-26 octobre 2008), une liste de 55
propositions a été établie par l'Assemblée générale ordinaire du synode des
évêques. Le texte original de ces propositions, en latin, a été remis au pape.
Il pourrait servir de base pour la rédaction d'une exhortation post-synodale.
Le pape Benoît XVI a permis la publication d'une version en italien, provisoire
et non officielle, de cette liste de propositions, par la secrétairerie
générale du synode.