NOUVELLES DE MISSIONNAIRES

Père Armel DUTEIL                      Journal d’Armel reçu ce 15 Février 2009
Mission Catholique                                                                          
BP  2016
CONAKRY  (Guinée)
Tél. :  00224 64 40 92 18
CCP  NANTES 3832.64  A
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4 Janvier : La communauté chrétienne de Dalaba.
Le dimanche, nous participons à la Messe de la Paroisse et, à la demande du curé, je parle de « Justice et Paix » dans le cadre de l’Epiphanie. À la fin de la messe, l’un des participants fait le compte - rendu de la session, que tous écoutent avec beaucoup d’attention. La paroisse se situe dans le Fouta Djallon, peuplé presque uniquement de Peuhls, islamisés depuis longtemps et de tendance dure. Les Chrétiens sont donc une toute petite minorité, étrangers à la région, venus pour des raisons d’études ou de service (fonctionnaires). En  effet à Dalaba, depuis quelques années, il y a un Institut supérieur de médecine vétérinaire. Cette minorité chrétienne est soumise à toutes sortes de pressions : on demande aux étudiants de se convertir à l’Islam pour avoir un logement ; ils sont victimes de toutes sortes de brimades, ils doivent payer les produits plus cher au marché. Ne parlant pas la langue (le poular) les relations n’en sont que plus difficiles. Tout cela est ressorti tout au long de la session et ça n’a pas été facile d’en parler avec sérénité et objectivité, car il y a quand même des gens très accueillants et serviables. Ainsi l’un des étudiants nous a raconté combien il avait été bien accueilli  et qu’actuellement ils sont cinq à loger gratuitement dans une maison qui leur a été offerte.
Nous parlons aussi de la vie des étudiants. L’année dernière, suite à des mauvais résultats et des fraudes aux examens, les étudiants se sont révoltés. Ils ont brûlé tous les documents du secrétariat, y compris les dossiers des étudiants ce qui a entraîné de nombreux problèmes. La police est intervenue, de nombreux étudiants ont été mis en prison, un peu pris au hasard, il faut le dire. Libérés sans jugement et seulement après plusieurs mois, ils ont été exclus définitivement de l’Université. Cette année, la situation est plus calme, mais les problèmes restent. D’abord les problèmes de nourriture, de logement, de médicaments. La prise en charge des étudiants est théorique. Ils doivent se débrouiller comme ils peuvent en se soutenant les uns les autres. La paroisse a mis en place une Caisse de Solidarité.
Les études sont uniquement théoriques. Il n’y a pas de ferme école (alors qu’on est en pleine région d’élevage), ni même de travail en laboratoire. Malgré leur bonne volonté, ces étudiants auront de la peine à être vétérinaires performants. Et c’est toute l’économie qui en souffrira. Tout cela à cause du manque de moyens. C’est vraiment un cercle vicieux. C’est cela le sous-développement !

Les relations avec les protestants sont très bonnes, en particulier à cause de la situation minoritaire partagée par tous. Au moment de partir, Mathieu, responsable de la communauté protestante, vient me voir. Il regrette de ne pas avoir participé à la formation, comme l’année dernière ; il n’était pas au courant ! Nous prévoyons une prochaine rencontre avec les étudiants (l’année dernière, j’étais intervenu deux jours, sur les questions de sexualité). Nous parlons de l’organisation de la Prière pour l’Unité qui va commencer bientôt.

Sur le chemin du retour, je passe la nuit à MAMOU pour rendre visite à un jeune prêtre guinéen qui est seul en paroisse. Je lui fais le compte-rendu de la formation et nous voyons que faire dans sa paroisse pour Justice et Paix. Nous parlons bien sûr de la situation du pays et des nouveaux responsables, et je lui explique ce que nous voulons  faire à l’occasion des prochaines élections, dans tout le pays : former des observateurs indépendants, mettre en place des équipes de résolution des conflits et également dans chaque Sous-Préfecture une organisation de la société civile. C’est un travail énorme mais essentiel. Nous préparons la prochaine visite de la paroisse par l’OCPH, pour mettre en place des projets de développement et lancer des activités économiques et des petits projets. Tout cela ne nous empêche pas de parler de nos activités pastorales, de la vie de la ville, de nos soucis et de notre vie quotidienne. Nous passons une soirée très agréable. Et tôt le matin (6 heures) je me remets en route pour Conakry où nous arrivons à 13 heures, toujours avec les mêmes problèmes de carburant et les barrages des militaires. Mais ça me fait sept heures à pouvoir travailler sans être dérangé (ou pas trop !).

Du 2 au 5 Janvier 2009 : La session Justice et Paix de DALABA s’est bien passée. Les participants étaient convaincus et très actifs. Malheureusement, ils étaient très peu nombreux. En effet, le carburant est bloqué dans les stations services. On ne peut s’en procurer qu’au marché noir, difficilement et beaucoup plus cher. Du coup, peu de taxis - brousses ont circulé. Et les gens n’ont pas pu venir. Derrière tout cela, il y a une complicité des pompistes qui disent que le carburant est terminé, mais qui le vendent la nuit à des petits marchands du quartier, avec bénéfice bien sûr, pour les uns comme pour les autres. Le pays est loin d’être stabilisé !
Malgré la fatigue du voyage… et des fêtes (mais nous avons choisi ces dates pour que les personnes soient disponibles, les cours et beaucoup d’activités ne reprenant vraiment que le 5), nous avons une première séance le vendredi nuit pour faire le tour des questions et des problèmes à traiter. Et aussi organiser le programme de la session. Il faut trier, car les problèmes sont nombreux ! L’année dernière, c’était la première session, et donc une session d’initiation et aussi de préparation au 2ème Synode pour l’Afrique. Cette année, ce sera plus « opérationnel » : Comment mettre en place un commission paroissiale « Justice et Paix ». Mais bien sûr tout cela dans le contexte actuel du pays, la préparation des élections, etc… Vous en trouverez le compte-rendu sur mon site, référence L 51 : Session Justice et Paix de Dalaba.

Mardi 6 Janvier : Reprise des activités.
Les affaires à régler sont nombreuses, car depuis mi-décembre, je ne suis pratiquement plus à Conakry. La première chose, réunion des volontaires qui accompagnent les malades du sida et leurs familles.  Le P.A.M. (Projet alimentaire mondial) des Nations Unies n’a toujours pas fourni la nourriture de Novembre - Décembre. De plus, cet appui en nourriture ne s’adresse qu’aux personnes gravement dénutries et ne dure qu’un an. Après cette année, les personnes vivant avec le VIH, livrées à elles-mêmes, même si elles étaient bien retapées, retombent rapidement dans le même état de malnutrition. Nous avons bien cherché à lancer des petits projets pour qu’elles puissent gagner leur vie, mais ce n’est pas facile ! Nous ne cherchons pas seulement à fournir de la nourriture, même si c’est la première chose, nous voyons aussi comment aider ces personnes dans toute leur vie, en particulier dans leur vie conjugale et dans leurs relations avec leurs familles et leurs connaissances. Et d’abord comment vivre leur situation dans la paix. Ce n’est pas facile, surtout dans les conditions de vie très dures de la société guinéenne actuelle. De plus, vu leur état, ces personnes sont souvent très agressives. Nous réfléchissons donc en équipe comment porter tout cela et quelles solutions proposer.

Imprimerie. Nous préparons l’impression de l’homélie de Noël et du message du 1er Janvier de notre Evêque, de même que le message du Pape. 
Nous ferons déposer ces messages dans les différentes ambassades, auprès des membres du Gouvernement, des partis politiques, des journaux et radio libres. De son côté, Bernard va les envoyer par mail aux adresses que nous avons pu recueillir dans le pays, là où il y a des cybers.

Pastorale des enfants. Nous recevons la visite de l’ambassadeur du Brésil. Dans ce pays, il existe toute une action de l’Eglise Catholique soutenue par le gouvernement brésilien, pour le soutien des femmes enceintes et des enfants de 0 à 6 ans dans les différents domaines : santé, éducation , droits civiques, etc… Ils viennent nous proposer leur service pour travailler dans le même sens en Guinée. Nous acceptons le principe, cependant il va falloir voir les modalités. Ce projet semble sérieux, mais nous voyons des tas de personnes passer avec des projets bidons, montés uniquement pour récupérer de l’argent. On fait des promesses aux gens qui n’aboutissent pas, et ensuite ils sont encore plus découragés qu’avant. Et nous avons perdu leur confiance.

Rencontres à CRS (Caritas/ Secours Catholique américain). Là aussi, il y a des tas de choses à voir :
- D’abord, la disparition  de nos cinq amis camerounais qui ont été torturés par les militaires le mois dernier (voir journée du 30 Décembre). Après les avoir accueillis à l’Archevêché et protégés, nous avions réussi à leur obtenir un laisser passer pour quitter la Guinée, où ils continuaient à être menacés, afin de rejoindre l’ambassade du Cameroun au Sénégal (il n’y a pas d’ambassade de ce pays en Guinée et le président de la communauté camerounaise à Conakry est lui-même menacé). Mais la police sénégalaise à la frontière a mis en doute la véracité de leur laisser passer et les ont remis aux services d’émigration guinéens. Et depuis, nous n’avons plus aucune nouvelle, malgré les recherches que nous avons faites dans toutes les directions : à partir de Conakry et de Koundara (la mission catholique proche de la frontière), à partir des services d’émigration, mais aussi des chauffeurs de taxis-brousse, de personnes ayant voyagé avec eux jusqu’à leur arrestation à la frontière, et d’autres personnes encore. Sans aucun résultat. Nous sommes très inquiets. Nous avions déjà contacté la Croix Rouge Internationale (CICR), nous décidons de contacter le gouvernement camerounais, par l’intermédiaire de « Justice et Paix » du Cameroun, pour qu’il intervienne auprès des autorités sénégalaises et guinéennes. Et aussi la déléguée aux droits de l’homme de l’ambassade des Etats - Unis qui est très active et , elle aussi, très préoccupée par le sort des nombreuses personnes arrêtées sans jugement et emmenées au camp militaire Alpha Yaya, siège des militaires actuellement au pouvoir. Nous ne pouvons pas abandonner cette affaire.

- Avec CRS, qui nous soutient financièrement, techniquement -mais aussi moralement !-  dans nos actions, nous abordons un certain nombre d’autres questions :
- Le soutien aux personnes vivant avec le VIH-Sida : (voir plus haut).
- Les écoles de brousse de KOUNDARA : Comme je pars les visiter, j’en parlerai plus loin. Mais le problème urgent, c’est que les enseignants ne sont pas payés depuis Octobre. Nous ne pouvons pas leur demander de continuer à travailler ainsi sans salaire, car ils doivent vivre avec leur famille. Nous cherchons comment régler le problème. (En attendant, notre Evêque décide, malgré les problèmes financiers du diocèse, de débloquer 3 millions de francs guinéens pour ne pas laisser les enseignants sans rien, jusqu’à ce que le problème soit réglé).
- Le trafic des enfants : C’est un problème très grave. Nous décidons de confier les actions que nous allons mener à SOS mineurs.  La semaine prochaine, nous allons en tracer les grandes lignes d’action pour l’ambassade des Etats-Unis qui est prête à soutenir un tel projet.
- Les élections : Formation d’observateurs indépendants pour les futures élections législatives et présidentielles, d’équipes de résolution des conflits et de cellules de la société civile à la base, dans les sous-préfectures de tout le pays. Il y a là un gros travail de formation à réaliser en priorité. Lui aussi devait être soutenu par les Etats - Unis. Suite au putsch, les Etats-Unis ne soutiennent plus la Guinée, « sauf pour les actions humanitaires et la démocratie ». Nous pensons donc que ce programme va pouvoir se réaliser malgré tout.
- La lutte contre le paludisme : Nous avons déjà lancé une action pour les moustiquaires imprégnées d’un produit qui chasse les moustiques, dans la région du Fouta Djallon et aussi le diocèse de Kankan. Nous voudrions intensifier notre action en entrant dans le programme des Nations - Unies de lutte contre le paludisme, la tuberculose et le SIDA.
- Pour le projet d’alphabétisation fonctionnelle et le soutien du foyer de l’espérance des enfants de la rue   , nous n’avons pas trouvé de soutien.
- Par rapport au SIDA : il y a aussi tout le travail de prévention . Il y avait un programme avec trente jeunes volontaires formés, mais il est arrêté depuis deux ans, faute de moyens, l’organisation  qui le soutenait ayant retiré sa participation. J’ai déjà tenu une réunion avec ces volontaires. La prochaine est prévue pour le 17 Janvier. Nous verrons comment relancer les activités et d’abord quelles sont les propositions des jeunes, à partir de ce qu’ils ont réussi à continuer par leurs propres moyens. Dans un deuxième temps, je leur proposerai une réflexion sur l’enseignement de l’Eglise par rapport au SIDA et aux moyens de protection, car la formation qu’on leur a donnée me semble vraiment très fermée et irréaliste, pour ne pas dire erronée. Notre travail est de comprendre, soutenir et libérer les gens, pas de les écraser et décourager, encore moins de les condamner. Il est important de revenir à l’exemple du Christ et à son  Evangile qui est une Bonne Nouvelle. Il ne faudrait quand même pas l’oublier ! Et assurer une saine éducation sexuelle.
Il fait nuit quand nous terminons. J’aurai du mal à trouver un car pour rentrer à KIPE dans notre communauté, qui se trouve dans un quartier populaire à 15 km du Centre. Et je n’ai pas eu un moment pour ouvrir ma boîte mail dans un cyber-café. Pourtant, j’ai beaucoup de messages à l’occasion de Noël et du Nouvel An, qui me font bien plaisir et m’encouragent beaucoup. Merci à tous ceux qui pensent à nous, nous encouragent et nous soutiennent. J’ai aussi beaucoup de documents de travail. Il faudrait qu’au moins, je puisse les mettre sur ma clé, s’ils sont en pièces jointes ce qui me permettrait de les consulter sur notre ordinateur à Kipe, car bien sûr nous n’avons pas internet à la maison.

La situation actuelle du pays :

À ce sujet, ça évolue vite. Le Président du Comité militaire insiste toujours sur la lutte contre la corruption. Il vient de nommer un premier ministre civil (un des quatre qui avaient été proposés après l’état de siège de février 2007 pour être déjà premier ministre), reconnu pour son sérieux et qui semble bien accepté. Tout cela est positif et mérite d’être soutenu. Mais d’autres choses nous inquiètent beaucoup. En particulier les arrestations et détentions sans jugement au camp militaire. Toutes ne sont pas motivées par la lutte contre la corruption. Il nous faut rester attentifs, car le président et les membres du CNDD (Comité National pour la Démocratie et le Développement) sont soumis à toutes sortes de pressions, souvent de personnes ni claires ni désintéressées. À l’inverse, notre Evêque est très souvent visité, par exemple aujourd’hui par le secrétaire d’état à la coopération de France, mais aussi par le secrétaire de l’OCI (Organisation des Etats Islamiques). Il est souvent consulté par le président et le comité, et maintenant le premier ministre, car à cause de son action passée et de son engagement au service du pays, l’Eglise Catholique est respectée et reconnue dans le pays. Simplement, il nous faut à la fois rester vigilants et garder notre indépendance et notre liberté, tout en nous mettant au service du pays. Ce n’est pas facile.

Mercredi 7 Janvier : Nouvelles  et  vœux.
Départ à 6 h 30, comme chaque matin, pour arriver au centre ville avant les bouchons de la rentrée des écoles et le début du travail. Du coup, j’ai un peu de temps pour consulter ma boîte mail. Et d’abord remettre à Bernard les différents messages que j’ai enregistrés sur ma clé, à partir de mon ordinateur. Il se charge lui-même de les envoyer, soit à mes différents correspondants et amis, soit aux organismes avec lesquels nous collaborons, soit pour transmettre des documents en Guinée, en envoi groupé, aux personnes avec qui nous travaillons et dont nous avons les adresses mails. Et nous en avons déjà un certain nombre (environ 200),  malgré tous les problèmes du pays. Son aide me rend bien service, car d’abord je ne suis pas très fort en informatique (J’apprends des « trucs » au fur et à mesure, mais je n’ai pas le temps de me former) et je n’ai pas le temps de faire tout ce travail. Merci à Bernard. Vous - mêmes vous profiterez de son travail, sans oublier mes amis de France qui prennent ensuite le relais : Jocelyne, Jean - Jacques, Solène et Jean - Michel, le Service missionnaire de Cholet, et tant d’autres ! Merci aussi à toutes les personnes et associations qui nous soutiennent dans nos actions de toutes les façons possibles (prière, amitié, conseils, argent, matériel, etc…). À tous, une bonne année 2009 pleine d’amitié, de rencontres enrichissantes, d’accueil et de partage, dans la paix et l’espérance, pour le soutien, le respect et le bonheur de tous. Et pensez à nous qui vivons dans  des conditions difficiles.

Réunion de l’O.C.P.H. :
Nous tenons une longue séance de travail pour revoir la mise en place des Commissions de « Justice et Paix » et de « Pastorale sociale » dans les différentes paroisses, groupes et associations. Nous évaluons les différentes activités menées en 2008 et commençons à préparer les actions pour 2009. Nous accueillons, dans notre équipe, Charlotte qui, depuis quelque temps, travaillait déjà bénévolement à Justice et Paix. Elle est la bienvenue et nous mettons des espoirs en elle, car il est nécessaire de renouveler l’équipe.
Mais nous n’avons pas le temps de terminer notre réunion car je suis convoqué, avec d’autres personnes, autour de notre Evêque et son vicaire général pour régler un certain nombre de tensions. C’est inévitable que le type d’action « Justice et Paix » que nous menons entraîne des jalousies, des suspicions et même des attaques, parfois violentes. Et que nos activités en  Pastorale sociale suscitent des envies, des frustrations et nous amènent nous - mêmes à faire des mécontents, mais aussi à sévir dans la mesure où il y a de l’argent en jeu. Nous le savons, cela ne nous étonne pas, mais ce n’est pas toujours facile à porter. Heureusement que nous pouvons nous retrouver ensemble et en parler franchement. À ce niveau, je dois dire que je suis très bien soutenu par les deux commissions diocésaines, au sein desquelles existe une excellente collaboration, et je les remercie de tout cœur.
Avant de rentrer, il nous faut encore imprimer et distribuer les différents programmes d’activités pour les semaines qui viennent, car demain, à 6 h 30, je pars pour le Nord, à KOUNDARA et OUROUS. Et je n’ai pas encore fini de préparer cette tournée. Nuit courte en perspective !

Jeudi 8 Janvier :  OUROUS  et  KOUNDARA.  Tournée :
Le but de ma tournée est d’assurer une formation  à Justice et Paix et, à la suite, de mettre en place une Commission dans ces deux paroisses, comme la semaine dernière à DALABA. Ces deux paroisses sont situées tout à fait au nord du pays, à la frontière du Sénégal et de Guinée Bissao. Loin de Conakry, la région est souvent oubliée. Le climat est chaud. Le travail de la terre est difficile et produit peu. À la saison sèche, les gens partent travailler au Sénégal pour gagner un peu d’argent. Surtout les jeunes. Je les ai connus et accueillis quand j’étais curé de TAMBACOUNDA, en 79-80.

La population est composée d’ethnies minoritaires, au milieu des  Peuhls (Coniaguis, Bassaris, etc…), marginalisées et même souvent méprisées. Les deux paroisses catholiques sont fortement engagées pour les droits de ces populations, pour l’éducation, la santé et le développement. C’est pour partager et soutenir tous ces efforts que je viens et que ce voyage est tellement important pour tous.
Partis à 6 h 30, nous arrivons à minuit : 18 heures pour 800 km. Il faut dire que la route est très mauvaise, il y a des rivières à traverser sur des bacs de fortune et les nombreux arrêts aux barrages des militaires. Mais, Emmanuel, le stagiaire ghanéen, est encore debout pour m’attendre.

Vendredi 9 Janvier : Projets de développement.
Richard, le curé spiritain nigérien, de son côté est rentré de tournée. Nous nous asseyons pour faire le point des différentes actions de développement à réaliser, voir ce qu’ils font et dans quelle mesure nous pourrons les soutenir à partir de Conakry. Les efforts portent dans quatre directions : l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire (petits projets et groupements) et l’hydraulique (puits et forages).

1°) Au niveau de l’éducation, depuis une vingtaine d’années, il y a une école primaire tenue par la Mission qui marche très bien (100 % de résultats aux examens) et qui est très appréciée. Le problème est le financement. Nous sommes pris entre deux feux, comme à Boffa, Kataco et partout. Ou bien, nous demandons une scolarité relativement élevée et nous n’aurons que des élèves de familles aisées. Ou bien, nous donnons la priorité aux enfants des villages et familles modestes (ce que nous avons choisi), mais nous sommes sans arrêt sur la corde raide et nous ne pouvons pas payer suffisamment les enseignants. Nous arrivons à former des volontaires « sur le tas » mais dès qu’ils sont formés ils passent le concours de l’école normale pour entrer dans l’enseignement public, ou partent dans des écoles publiques, où ils seront mieux payés.  
Les écoles de brousse : Dans les villages, les écoles primaires sont rares. Nous avons donc lancé ce que nous appelons des écoles de brousse. Les villageois construisent un hangar et trouvent un volontaire qui a fait un minimum d’études et que nous formons. Nous avons au moins les deux premières années, parfois le cycle primaire complet, pour donner une base solide aux enfants. À partir de là, étant plus âgés, ils peuvent aller continuer leurs études dans un Centre en logeant chez un tuteur qui souvent les logera et les nourrira, moyennant des services (travail à la maison ou dans ses champs), ce qui ne favorise pas les études. Et va même parfois jusqu’à une véritable exploitation des enfants.
Malgré le peu de moyens de ces écoles de brousse, grâce au sérieux et à la rigueur, les élèves très motivés arrivent à avoir un niveau supérieur aux écoles « officielles ». On nous demande donc dans de nombreux villages, mais nous ne pouvons pas répondre à tous les appels.
Le collège : Nous avons voulu continuer la formation de nos élèves du primaire et avons donc lancé également un Collège, malgré des difficultés encore plus grandes, mais c’est important pour nous. Nous avions un directeur (Principal) venu du Sénégal et très compétent. Malheureusement, il nous devenait impossible de le payer. Nous avons dû nous en séparer. C’est Richard, le curé, qui assure la direction et les cours d’anglais, en plus de son travail pastoral, ce qui fait beaucoup (trop !), car il doit aussi faire des tournées pastorales dans les villages pour animer les communautés. Pour cette année, les deux stagiaires le soutiennent au collège, mais qu’en sera-t-il l’année prochaine ?
Pour améliorer encore la qualité du Collège, nous voudrions lancer une formation de base en informatique. Pour cela nous cherchons des panneaux solaires et des batteries… mais aussi des ordinateurs ! Pour ceux qui pourraient nous en fournir, même usagés, mais encore en état de marche, ne manquez pas de nous le signaler. (Mon adresse mail :  armelduteil@yahoo.fr).

2°) La santé : C’est la responsabilité des Sœurs. En plus de l’éducation sanitaire à Koundara - Centre, elles animent une Case de Santé à PAHOUNCA. Pour les médicaments, elles sont aidées par une petite association française. Mais nous voudrions étendre cette action à d’autres villages.   

3°) La sécurité alimentaire : C’est la base, bien sûr. Là encore, nous avons de nombreuses demandes de soutien :
- En priorité, nous voudrions soutenir un groupe de veuves pour la culture maraîchère. Nous avons déjà trouvé un terrain. Reste à trouver un financement pour le matériel. Pour vendre les produits, il n’y aura pas de problème, il y a un gros marché sur place et la demande est forte.
- Deuxième projet prioritaire : un groupement de femmes pour la fabrication de savon artisanal à partir d’huile de palme à GAOUAL. Les femmes sont motivées et nous ne voulons pas limiter notre action à KOUNDARA Centre.
- Agir par nous-mêmes. Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à faire, mais nous ne voulons pas plaquer des projets artificiellement. C’est aux gens de voir eux-mêmes leurs besoins, de décider ce qu’ils veulent faire… et de se mettre au travail avec leurs propres moyens, même s’ils sont limités. C’est pour cela que je suis venu donner cette formation. Ensuite, nous verrons comment appuyer ce qu’ils auront commencé par eux-mêmes, avec l’aide de nombreux amis, en particulier vous qui me lisez !

4°) Puits et forages : De nombreux villages n’ont pas d’eau potable. Ils se contentent de l’eau des rivières ou des marigots, qui est souvent polluée. D’où maladies et mortalité infantile. Il faudrait creuser puits et forages. Nous avions une équipe à Kataco qui travaillait très bien. 
         Le matériel nous avait été fourni par l’Organisation catholique allemande MISEREOR. Le projet est terminé depuis 10 ans. À force de bricolage et d’ingéniosité, nous avons réussi à faire durer les machines jusqu’à l’année dernière. Mais en commençant un nouveau plan de forages à KOUNDARA, la foreuse s’est cassée irrémédiablement et il nous a fallu rendre le compresseur que nous avions emprunté. Il faudrait remplacer ce matériel défaillant, mais il coûte très cher. Et jusqu’à maintenant, malgré tous nos efforts, nous n’avons pas trouvé d’organisme de financement. Pourtant, le besoin en eau potable est immense dans  la région. Avec le matériel qui nous reste, nous pourrons au moins réparer et réhabiliter les anciens forages et creuser des puits là où l’eau n’est pas très profonde. C’est le maximum de ce que nous pouvons faire pour le moment. Mais les populations que nous avions mobilisées pour cotiser leur participation locale et mettre en place des comités de gestion sont très déçues. Et nous aussi.

Vendredi 9 Janvier (suite)  -  10 heures : Intervention au Collège,  sur Justice et Paix. :
Richard m’amène au Collège, où les cours se prolongent jusqu’à 14 heures : journée continue car certains élèves viennent à pied de très loin. Je vais donc avoir une heure avec chacune des classes pour une réflexion en commun sur Justice et Paix. Les questions des élèves ne manquent pas, étant donné la situation actuelle du pays, suite au coup d’état militaire.  
         Les élèves participent bien et apportent des réflexions intéressantes. La démarche est simple : Qu’est-ce que la justice ?  Qu’est-ce que la paix ? Pourquoi une Commission ? Lancée par Paul VI, suite au Concile Vatican II, elle est le thème du 2ème Synode pour l’Afrique en Novembre 2009 : Réconciliation, Justice et Paix.   
         C’est aussi le 4ème objectif du Plan Stratégique de tous les diocèses d’Afrique de l’Ouest : Dignité de l’homme Noir, Justice, Paix et Développement  Intégral.
         Mais bien sûr, il s’agit de travailler avec tous. D’ailleurs, par exemple, la grosse majorité des élèves du Collège sont musulmans. L’urgence et l’importance de cette commission se sont accrues avec les événements actuels en Guinée. Mais si nous voulons que le pays avance et se transforme en profondeur, il faut que tout le monde s’y mette, en commençant par la base. Le groupe des militaires qui ont pris le pouvoir, même s’il s’appelle CNDD (Comité National de Démocratie et de Développement), ne pourra rien faire sans la participation active de la population.
         Nous continuons par une réflexion sur les Droits de l’Homme qui sont une base d’action solide et commune à tous : Comment vivre ces Droits de l’Homme en vérité en Guinée, d’une manière adaptée à notre situation actuelle et dans le respect des différentes cultures guinéennes ? Il ne reste plus qu’à passer aux conclusions et à la mise à l’action : Nous, jeunes, quels manques de justice et de paix subissons-nous ? Qu’allons-nous faire dans notre Collège, nos familles, nos quartiers et nos villages ?
Pour terminer sur une note positive et garder l’espérance, nous relevons ce qui se fait déjà actuellement pour la justice et la paix.
 
16 heures : La Pastorale Sociale :
Nous nous retrouvons avec les responsables des Communautés de quartier et des Mouvements de Koundara, pour voir comment travailler dans les quatre directions que je viens de signaler plus haut  et quels moyens prendre pour les réaliser. Nous ne faisons que déblayer le terrain et je leur demande de continuer la réflexion et de mobiliser les bonnes volontés, car le mois prochain je leur enverrai l’équipe de l’OCPH pour finaliser le plan d’action et lancer les activités.   

Vendredi 9 Janvier :
À 18 heures, départ pour OUROUS, avec huit délégués de Koundara, pour la formation Justice et Paix.  La route n’est pas bonne, mais il n’y a que 25 km. Il nous faut quand même plus d’une heure pour les faire. Malgré la fatigue, nous nous retrouvons ensemble,  la nuit, pour élaborer le programme de la session, à partir des préoccupations des participants.

Samedi 10  et  Dimanche 11 Janvier :
La session  est très animée. Il faut dire que les problèmes ne manquent pas. Elle est marquée par ce qui se passe actuellement dans le pays et qui motive beaucoup les participants. L’année dernière, il s’agissait plus d’une sensibilisation et d’une formation de base. Et aussi d’une préparation du 2ème Synode pour l’Afrique. Cette année, il s’agit de passer à l’action. Nous voyons donc comment mettre en place nos commissions paroissiales.   Nous travaillons beaucoup, car nous n’avons qu’un week - end. Dès 7 h 30 du matin, le dimanche, nous sommes déjà au travail. Et la Messe est l’occasion de mobiliser toute la communauté du Centre. Pour les communautés de l’intérieur, ce sont les participants qui s’en chargeront dans les semaines à venir.
Dans les « divers », nous abordons un certain nombre de questions. En particulier la mise en place d’une équipe d’animateurs de prison et d’une aumônerie dans chaque préfecture du pays. Nous prévoyons une session de formation pour cela. Ainsi que la formation d’observateurs indépendants pour les prochaines élections et d’équipes de conciliateurs pour la résolution des conflits. Nous cherchons aussi à mettre en place des cellules de la société civile dans chaque sous-préfecture. Actuellement, ce qu’on appelle la « société civile » est un club fermé, sans véritable indépendance et composé uniquement de personnes vivant dans la capitale, Conakry.
La session se termine par un bon plat de riz avec de la viande, ce qui n’arrive pas tous les jours.

Mais c’est la période des récoltes, où il y a un peu d’argent et des initiations traditionnelles. Aujourd’hui, les garçons d’un village voisin terminent leur initiation et sortent solennellement. On a tué une vache pour l’occasion et nous en profitons dans la joie. Arrosé par du vin de palme, le repas célèbre en beauté l’amitié et l’engagement que nous avons vécus pendant ces deux jours.
Sur le chemin du retour, Emmanuel, le stagiaire ghanéen venu chercher les participants de Koundara, s’arrêtera à la fête de l’initiation, car il faut qu’il découvre la culture locale. Et tous seront heureux de participer à la danse !

Pour moi, je vais rencontrer le Frère Jean-Paul, responsable provincial des Frères de St Gabriel, venu du Sénégal pour visiter ses frères d’Ourous, de Katacodi et de Kataco. À Ourous, ils sont deux Frères : l’un responsable de l’école primaire, l’autre des écoles de brousse. Ils voudraient récupérer l’ancienne école de la Mission catholique, nationalisée du temps de Sékou Touré, pour en faire un Collège. Mais, malgré les décisions gouvernementales, les tractations traînent. Et il faudra la  restaurer, car elle est dans un  très mauvais état, à la fois par manque de moyens, par négligence et laisser - aller. Avec Jean-Paul, nous parlons aussi de la situation de Kataco qu’il va visiter, où un nouveau Frère, Charles, est venu prendre la direction de l’école primaire. L’ancien directeur, Zachary, a repris l’internat qui était dirigé par le Frère Joseph.   
Jean-Paul est venu avec trois autres responsables de province des frères : l’un de Singapour – Malaisie, l’autre d’Inde, et le troisième d’Espagne. Ils sont venus participer à une rencontre au Sénégal, pour voir comment adapter l’organisation  et le fonctionnement de leur Congrégation  aux réalités actuelles : mondialisation, internet, transformations des mentalités et des sociétés, etc…  Ils en profitent pour venir en Guinée connaître les réalités sur le terrain et faire un pèlerinage à la tombe du Frère Joseph.
Nous nous retrouvons tous ensemble, avec les Sœurs, pour une soirée amicale. Cette vie fraternelle est très importante pour nous. C’est ce qui nous permet de tenir le coup.

Lundi 12 Janvier :
Normalement, j’aurais dû retourner à KOUNDARA hier soir, car c’est le lundi que le taxi-brousse régulier quitte Koundara pour Conakry. Mais j’ai préféré rester pour voir les activités d’OUROUS et surtout parler avec les uns et les autres. D’abord, je parle longuement avec Philippe. Il est le seul prêtre à Ourous, avec un  secteur rural important, le secteur de Youkoun Koun, le long de la frontière sénégalaise. Il est content d’avoir la visite d’un confrère et de pouvoir échanger des idées sur ses activités pastorales. C’est un  jeune prêtre et le secteur est difficile. J’essaye de le conseiller et de l’encourager de mon mieux, après l’avoir longuement écouté.
Ensuite, avec le Frère Jean-François, nous faisons le tour des écoles de brousse (Lire vendredi 9 Janvier),  ce qui me permet de voir les difficultés sur le terrain : cinq éducateurs sur douze ont quitté le secteur cette année pour la ville, espérant y trouver un travail plus rémunérateur. Et il est vrai que le dernier trimestre, ils n’ont pas été payés, faute de moyens. La veille de ma venue, notre Evêque a fait racler les fonds de tiroir de l’économat du diocèse. Cela m’a permis d’amener 3 millions de francs guinéens (environ 500 euros), comme premier soutien. Dès mon retour, j’irai voir les responsables de C.R.S. (Catholic Relief Services = le Secours Catholique américain) qui soutient ces écoles. Les rapports financiers n’ont pas été fournis à temps, suite à une incompréhension (Jean-François vient d’arriver et ne connaît pas bien le fonctionnement de l’accord avec CRS). Il y a des difficultés de communication, mais aussi un manque de suivi de part et d’autre. Il faudra mettre les choses au point. Nous remercions beaucoup les ONGs qui nous aident, mais c’est vrai que leur fonctionnement, parfois lourd et compliqué, est inadapté à nos réalités et à nos possibilités.
Sur les cinq enseignants que nous visitons, deux sont malades (ce qui arrive souvent, vu le mauvais état de santé général de la population, conséquence de la grande pauvreté, d’où sous-alimentation, manque de moyens ou de possibilités : pas de dispensaire ni de médicament pour se soigner, etc…). Un autre éducateur n’est pas revenu des vacances de Noël et le dernier présent est nettement incompétent. Le problème de la formation de ces éducateurs est notre grand souci, car il est très difficile de trouver des gens ayant la base nécessaire pour être formés efficacement. Ceux qui sont un  peu formés partent en ville où il y a plus de possibilités de progrès social qu’au village. Et quand malgré tout nous arrivons à former des personnes, elles n’ont qu’un désir, c’est de partir à leur tour en ville. Il faut donc reprendre les choses à zéro à chaque fois, et c’est vraiment décourageant.

Visite des Sœurs. Je vais ensuite visiter les Sœurs. Elles sont deux jeunes de la Congrégation locale de Notre Dame de Guinée. Elles tiennent un dispensaire et un jardin d’enfants, ce qui complète bien le travail social de la paroisse. On y retrouve les mêmes problèmes et aussi le coût et le manque de médicaments.   
Avant de quitter Ourous, j’ai le temps de parler avec Raphaël, le responsable de la Banque alimentaire. C’est un moyen important pour nous pour permettre aux paysans de conserver récoltes et semences et surtout d’avoir des crédits pour leurs cultures (outils, engrais, paiement de travailleurs). Mais surtout de commercialiser du riz à bas prix au moment de la soudure, pour lutter contre les prix usuraires pratiqués par les commerçants. Malheureusement, ce dernier volet ne fonctionne pas à Ourous. C’est un autre problème que je devrai régler à mon retour à Conakry.   

Dès mon retour à KOUNDARA, je passe à la gare routière pour réserver une place pour Conakry. Mais il n’y a pas de taxi-brousse prévu. Et déjà 18 clients attendent leur tour avant moi, alors qu’il n’y aura que 10 places ! On verra demain. La nuit, je relis les notes prises pendant ces trois jours, pour les classer et ne rien oublier des choses à faire.

Mardi 13 Janvier :
Toujours pas de taxi - brousse. Je vais donc rencontrer les Sœurs. Elles aussi, elles ont la visite de leur Supérieure générale, ce qui ne les empêche pas de m’accueillir et de me consacrer tout le temps nécessaire. C’est la saison sèche, on peut circuler plus facilement, aussi les différents responsables en profitent pour visiter leurs frères et leurs sœurs. Serge, le nôtre, arrivera après-demain à Koundara.
Ensuite, je m’assieds avec Claire et Aurélien, un jeune couple de coopérants français, enseignants, venus prendre la direction  de l’école primaire et la formation pédagogique. Nous retrouvons les mêmes problèmes : salaires trop bas, formation insuffisante, problèmes d’organisation. De plus, Aurélien vient de faire deux crises successives de palu. Il a dû aller se faire soigner à Tambacounda, au Sénégal. Mais cela ne l’empêche pas de garder le moral, avec le soutien de Claire. Ils sont heureux de leur séjour et travaillent très bien. Ils ont été préparés et envoyés par la D.C.C. (Délégation Catholique à la Coopération).
Je repasse à la gare routière : toujours pas de taxi-brousse en vue. On a même remboursé les billets de plusieurs personnes. Je rentre donc à la communauté et profite de ce contre - temps pour me reposer et me détendre un peu. Ca fait du bien et ce n’est pas du luxe !
Richard, lui, est parti à VELINGARA, au Sénégal, là où se trouve le cyber le plus proche. Il reviendra tard dans la nuit. Tout cela pour envoyer un mail urgent. Une journée entière sur des mauvaises pistes, ça fait beaucoup de fatigue ; et au prix où est le carburant c’est un mail qui coûte très cher. Pendant ce temps, je consacre un bon temps pour faire le point, successivement avec les deux stagiaires. Ils avaient besoin de parler et les visites sont rares à Koundara.

Mercredi 14 Janvier :
Tôt le matin, je retourne à la gare routière. Toujours pas de taxi-brousse pour Conakry. Demain, peut-être ! Mais une voiture arrive pour LABBE ; De là, je pourrai sans doute avoir un taxi-brousse demain pour Conakry. Cela fait un grand détour, mais il faut à tout prix que je rentre à Conakry. Et puis, cela me permettra de voir les confrères à Labbé et de préparer la suite des activités, car ils n’ont pas pu venir à la formation  de Dalaba, la semaine dernière.
En fait, le taxi-brousse est plein, mais un jeune accepte de voyager sur le toit et de me céder sa place à l’intérieur du taxi. En Guinée, on respecte les vieux et on accueille les étrangers. Mais cela n’a rien d’extraordinaire cependant. En route, quand les barrages seront passés, nous prendrons ainsi trois autres personnes sur le toit ! Le voyage dure toute la journée.

Soirée à Labbé : Le soir, quand j’arrive, Victor est sorti dans une communauté de quartier, mais je suis bien accueilli au presbytère par la famille qui y habite. On m’offre tout de suite un verre d’eau. Ca fait du bien ! Comme Victor tarde à rentrer, ils m’invitent à manger avec eux. En fait, quand leur père arrivera, je m’apercevrai que je connais leur mère. Elle est agent de santé et, depuis de nombreuses années, travaille à MONGO où j’ai sévi pendant 10 ans ! Elle m’a souvent accueilli chez elle, lors de mes tournées dans les villages. Malheureusement, je ne la verrai pas. Au cours d’un de ses déplacements de travail, elle a eu un accident de moto. Elle s’est faite opérer et actuellement elle est partie à l’hôpital de Conakry pour une visite de contrôle.
Victor est arrivé. C’est un jeune prêtre, ordonné en 2005. Il est le seul prêtre, assisté d’un séminariste stagiaire, pour cette grosse préfecture. Nous ne sommes pas assez nombreux !
Nous prenons le temps de parler. Entre temps, il a fait appeler des membres du Conseil paroissial. Quand ils sont arrivés, nous reprenons en résumé les sessions de Dalaba et Ourous, puis nous voyons ensemble comment mettre en place les deux commissions de Justice et Paix et de Pastorale Sociale. À 22 heures, nous apprenons par la radio la mise en place du nouveau gouvernement. Nous échangeons longuement sur la situation du pays et sur ce que nous avons à faire, pour que les choses se passent le mieux possible.

Dans ce nouveau gouvernement, dix ministres sont militaires. Ils tiennent les ministères clés : sûreté, intérieur, mais aussi finances, industrie, commerce. Signe qu’ils veulent garder le pouvoir mais aussi maintenir l’ordre et la sécurité, et aussi tenir l’économie, remettre le pays au travail, lutter contre la corruption, assainir le secteur des mines pour que les richesses nationales profitent véritablement au pays. En tout cas, c’est ce qu’ils affirment et nous allons y veiller. Aussi bien le Premier Ministre que la population  sont satisfaits. Affaire à suivre !   

Jeudi 18 Janvier :
À 6 h 30, comme à Ourous, je préside l’Eucharistie quotidienne. Quand un étranger arrive, on l’honore !
Après un petit - déjeuner pris rapidement, c’est le départ pour la gare routière. Départ pour Conakry. En route, en passant dans les différentes préfectures, à Pita, Dalaba, Mamou, Kindia et Coyah, j’adresse une salutation  au téléphone aux confrères. Déjà hier soir, à Labbé, profitant de ce qu’il y avait du réseau, j’ai téléphoné à Conakry pour annuler mes rendez - vous d’aujourd’hui.
Le voyage est long, mais se passe bien. L’ambiance est bonne et les voyageurs très sympathiques. En cours de route, ils ne manquent pas de m’offrir morceau de pain et banane. Et même du papier, car ils voient que j’écris beaucoup. En effet, je profite du voyage pour rédiger un certain nombre de notes que je saisirai à l’ordinateur à Conakry quand il y aura du courant. Je rédige aussi ces nouvelles que vous lirez bientôt. Ce n’est pas facile d’écrire car nous sommes très serrés (quatre sur une banquette de berline), mais j’ai l’entraînement ! Merci à Jocelyne qui déchiffre ces lignes (« Mais non, mais non, Armel, tout va bien, pas de difficulté !) et à Jean-Jacques qui vous les envoie rapidement par mail.

« FRERE JOSEPH DOUET »

Au sujet de notre frère Joseph, nous jouons de malchance. C’est, bien  sûr, au moment du jugement que la lumière sera faite totalement pour savoir ce qui s’est passé exactement. L’enquête préliminaire a été faite rapidement et avec beaucoup de soins. Le jugement devait avoir lieu rapidement. Malheureusement, le gouvernement de Lansana Kouyaté a été renversé. Il a fallu reprendre toutes les démarches avec le nouveau gouvernement Souaré. Comble de malheur, il a été lui aussi renvoyé par le putsch militaire qui vient d’avoir lieu. Il nous faut à nouveau relancer les choses. Nous allons le faire le plus tôt possible. En attendant, nous essayons de rester dans la paix et de prier pour lui et pour sa famille.

En même temps, nous ne restons pas inactifs. Nous travaillons auprès de la communauté et de la population de Kataco pour la faire évoluer et faire sauter les blocages et les idées du passé qui ont pu mener jusqu’à l’assassinat du frère Joseph. Nous cherchons à amener la réconciliation. Mais aussi à faire évoluer la société baga et à la libérer de toutes les coutumes négatives qui l’écrasent et sont source de violence… Ce sont des jeunes drogués qui ont assassiné le frère Joseph. En Octobre, notre Evêque, Monseigneur Vincent COULIBALY, a envoyé un message très fort aux jeunes pour mieux connaître leurs pensées et leurs difficultés, mais aussi pour les appeler à prendre en main leur vie et leur avenir. À Kataco, comme à Boffa, les jeunes se sont mobilisés pour cette réflexion face à la violence, la drogue, le laisser aller et autres problèmes qui les touchent. Nous avions prévu un grand rassemblement de tous les jeunes du Bagataye, notre région, à Noël, mais à cause du putsch militaire nous n’avons pu le réaliser. Ce sera pour Pâques, si la situation le permet.