Nouvelles d'Afrique
IL FAUT DEPLOYER PLUS DE CASQUES BLEUS EN RDC 
Le Conseil de sécurité doit agir d'urgence pour contrer l'escalade des attaques
de la LRA contre les civils
(1):
Le rapport,
intitulé «
Les massacres de Noël :
Attaques de la LRA contre les civils dans le nord du Congo », apporte
des informations détaillées sur le
massacre
de plus de 865 civils et l'enlèvement d'au moins cent soixante enfants qui se
sont produits au Congo entre le 24 décembre 2008 et le 17 janvier 2009 dans le
district du Haut-Uélé. Lors des attaques les plus dévastatrices, les
combattants de la LRA ont attendu que les gens se réunissent pour les fêtes de
Noël pour ensuite tuer leurs victimes à coups de machettes et de haches ou leur
fracasser le crâne à l'aide de massues et de gourdins.
«
Il est choquant de constater que les casques
bleus autorisés par le Conseil de sécurité ne sont pas encore arrivés pour
aider la population congolaise qui vit chaque jour dans la crainte d'une
attaque », a déploré Anneke Van Woudenberg
(2),
chercheuse principale à Human Rights Watch. «
Les
bonnes intentions du Conseil sont vaines si elles ne se traduisent pas en actes
concrets qui permettent de sauver des vies. »
La mission de maintien de la paix de l'ONU
au Congo, la MONUC, est éparpillée sur d'immenses étendues du territoire
congolais. Moins de 300 casques bleus étaient stationnés dans la région du
Haut-Uélé lorsque les attaques ont commencé et seuls quelques-uns sont venus
s'ajouter depuis lors.
Le renfort de
trois mille effectifs pour le Congo autorisé par le Conseil de sécurité de
l'ONU en novembre 2008 doit encore arriver. Les responsables de l'ONU
affirment que peu de pays se sont proposés pour offrir des casques bleus pour
cette mission.
Deux des pires attaques menées contre des
civils se sont produites le jour de Noël. À Faradje, 143 personnes ont été
sauvagement tuées lorsque les forces de
la LRA ont attaqué
au moment où la ville
organisait son concert de Noël. Dans la région de Doruma, à environ 250
kilomètres de là, les combattants de la LRA ont commencé à se livrer à un
massacre qui allait durer trois jours,
tuant trois cent civils dans plus de treize villages.
Pendant les
jours et les semaines qui ont suivi, les
tueries
perpétrées par la LRA se sont poursuivies dans de nombreux endroits à travers
tout le nord du Congo et le Sud-Soudan. L'attaque la
plus récente a eu lieu le 7 février 2009 lorsque la LRA a attaqué
la ville congolaise d'Aba, à proximité de la frontière soudanaise, tuant au
moins six personnes et en enlevant plus de vingt, dont des enfants.
Un homme de
72 ans qui était arrivé en retard au dîner de Noël dans le hameau de Batande,
dans la région de Doruma, a expliqué qu'il s'était caché dans les buissons
pendant que la LRA tuait au moins 82 personnes, dont 26 hommes qui ont été battus
à mort et ont eu la tête fracassée à coups de gourdin. Il a confié aux
chercheurs de Human Rights Watch : «
Lorsqu'ils ont eu fini, j'ai filé discrètement et je suis rentré chez
moi, où j'ai passé toute la nuit à trembler. Cette nuit-là, j'ai entendu la LRA
qui faisait la fête. Puis les combattants se sont endormis au milieu des
cadavres de ceux qu'ils avaient tués. »
Selon les
Nations Unies, plus de cent quarante mille personnes ont fui leurs
habitations depuis fin décembre afin de chercher refuge ailleurs, au Congo ou
de l'autre côté de la frontière, au Soudan.
Dans certaines régions, les gens ont peur de se rassembler, croyant
que la LRA pourrait choisir ces moments-là pour frapper, comme elle l'a fait le
25 décembre avec une efficacité dévastatrice.
Les attaques de la LRA ont fait suite à une
opération militaire conjointe lancée le 14 décembre pour détruire le groupe
rebelle. Elle était dirigée par l'armée ougandaise et appuyée par les
armées congolaise et du Sud-Soudan. L'armée ougandaise a attaqué le quartier
général de la LRA situé au Congo dans le Parc national de la Garamba, à
proximité de la frontière soudanaise.
Suite
à l'attaque, les forces de la LRA se sont éparpillées en plusieurs groupes,
s'en prenant chacun aux civils sur leur chemin.
Bien qu'ayant
déjà été confrontés à ce type de tactique de la LRA, les planificateurs
militaires congolais et ougandais n'avaient
pas pris de dispositions suffisantes pour protéger les civils des représailles
de la LRA. Les soldats de l'armée congolaise ne sont arrivés à Doruma et à
Faradje qu'après les massacres.
Les casques
bleus de l'ONU, qui ont clairement pour mandat de protéger les civils, n'ont
pas participé à la planification de l'opération et n'en ont été informés que
peu après son commencement. Par conséquent, ils ne s'étaient pas préparés en
vue d'aider à protéger les civils.
«
Les
armées engagées dans les opérations conjointes n'offrent pas aux civils
congolais sérieusement exposés aux attaques de la LRA la protection qu'ils
méritent », a déclaré Anneke Van Woudenberg. «
Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait
insister pour que la MONUC participe à la planification de ces opérations et
augmente le nombre de casques bleus dans la région afin que des mesures de
protection adéquates puissent être prises. »
L'armée
ougandaise dit que ses objectifs sont de traquer la LRA et son dirigeant Joseph
Kony, qui est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale
(CPI), et de délivrer les civils enlevés par la LRA. À ce jour, sur les six
cent civils qui auraient été enlevés, seuls quelque 114 ont été délivrés.
John Holmes, le
coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, s'est rendu dans le nord et l'est
du Congo du 7 au 11 février pour évaluer la situation. Il doit présenter son rapport
au Conseil de sécurité de l'ONU lors de la réunion du 17 février.
Human Rights Watch
a appelé le Conseil de sécurité à :
Ø
Donner
la priorité au recrutement et au déploiement rapides des trois mille casques
bleus supplémentaires de la MONUC tel qu'il est convenu dans les résolutions
1843 et 1856 et fournir des ressources supplémentaires, notamment une plus
grande capacité logistique, aux casques bleus pour protéger les civils exposés
aux attaques de la LRA;
Ø Apporter son soutien à une stratégie
visant à appréhender les commandants de la LRA recherchés par la CPI ainsi que
les autres personnes impliquées dans des crimes de guerre et des crimes contre
l'humanité tout en réduisant au minimum les risques encourus par les civils, et
demander aux États membres de fournir les ressources financières et
opérationnelles nécessaires pour cela.
1- OMMUNIQUÉ DE PRESSE HUMAN RIGHT WATCH 16 Février 2009
2-
Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale à Human Rights
Watch