Environnement
LA CHASSE AUX
FAUSSES PUBS VERTES EST OUVERTE (1)
Le
« greenwashing », technique marketing visant à verdir un produit ou une marque qui en
réalité ne respecte pas l'environnement, est en pleine expansion.
Pour un
publicitaire, un slogan comme
« un
verre ça va, trois verres bonjour les dégâts ! » cela s'appelle
une «
signature », avec le
feu vert de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP,
l'ancien BVP ? Bureau de vérification de la publicité). Qu'elle n'accorde pas
tout le temps. Plusieurs groupes sont passés sous les fourches caudines de cet
organisme. Ainsi, l'ARPP vient de demander au constructeur de centrales
nucléaires Areva de cesser d'accompagner son spot publicitaire de la signature
«
l'énergie au sens propre ».
Tout comme le constructeur automobile allemand BMW a été incité par le même
organisme à modifier son slogan «
le
plaisir est une énergie renouvelable » pour
« un plaisir toujours plus responsable ». Exit le mot
« durable » dans la campagne
de Gaz de France . «
Une énergie
durable entre nous » est devenue
« une
énergie nouvelle entre nous ». Le spot du pétrolier Total ne
proclamera pas «
notre énergie est
votre énergie » mais
« pour
vous, notre énergie est inépuisable ».
Dérive :
Tous ces annonceurs ont modifié leurs slogans publicitaires
à la demande de l'ARPP parce que cette dernière y avait décelé une dérive en
pleine expansion : le «
greenwashing ».
En bon français, l'éco - blanchiment. Une technique marketing qui laisse
faussement entendre qu'une marque, une société ou un produit est respectueux de
l'environnement. Dans le cas d'Areva , nul ne conteste que l'énergie nucléaire
est peu émettrice de gaz à effet de serre. Elle n'en est pas moins grande
productrice de déchets nucléaires ! «
Un cas typique de greenwashing », commente Bruno Genty, de
France nature environnement (FNE), la plus grande fédération d'associations
environnementalistes de France.
Ce phénomène
tend à se développer. «
Sans doute
sous la pression des annonceurs soucieux de surfer sur la prise de conscience
envers l'écologie et la protection de la planète de l'opinion publique »,
analyse Gaël Roustan, porte-parole de l'Alliance pour la planète, un collectif
de quelque 80 associations écologistes (dont Greenpeace). En réaction à cet
engouement des annonceurs pour le greenwashing, une ONG écolo, Les amis de la
Terre, a créé le «
prix
Pinocchio » allusion à l'allongement du nez du célèbre pantin
proportionnel à ses mensonges.
Selon une étude
récemment réalisée par le WWF (World Wildlife Fund), l'université de Paris -
Dauphine et le Groupe HEC
(2),
portant sur 17.129 visuels publicitaires diffusés au
premier trimestre 2007, «
508
cas [sont] liés à l'environnement, parmi lesquels 12,2 % font l'objet de
réserves et 5,9 % d'un classement pour non-respect flagrant et sérieux des
règles en vigueur ».
Quelles règles ? Celles notamment définies dans la
charte d'engagement et d'objectifs pour
une publicité éco - responsable qu'ont ratifiée en avril 2008 l'ARPP
et les professionnels de la pub d'une part, le ministère du Développement
durable d'autre part. En six articles principaux, cette charte organise la
chasse à l'éco - blanchiment sur le principe d'une autorégulation des messages
publicitaires par les professionnels. Un système décrié dès le départ par d'aucuns.
Auquel n'a jamais adhéré l'Alliance pour la planète qui, dès la publication de
la charte et la création des instances d'autorégulation mises en place pour
l'appliquer, en a contesté le principe autorégulateur.
Les réticences
des écologistes sont contredites par les premières décisions de l'ARPP, qui ont
fait plier les annonceurs, qui ont dû rectifier leur tir. L'Autorité s'est
engagée à dresser un premier bilan de sa lutte contre le greenwashing d'ici à
l'été 2009. On verra d'ici là si les bonnes intentions de l'ARPP se confirment
ou pas.
BMW, Total et Areva ont modifié leurs
slogans publicitaires à la demande de l'ARPP.
1- La Tribune - 23 JANVIER
2009.
http://www.latribune.fr/entreprises/green-business/126671/la-chasse-aux-fausses-pubs-vertes-est-ouverte.html
2- Pour info, l'étude conduite par deux
chercheurs de Dauphine et un chercheur du CNRS en partenariat avec WWF France
est téléchargeable ici :
http://www.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/edogest/pdf/Cahiers_de_recherche/CR379-Benoi