Paradis fiscaux et judiciaires
LES PARADIS FISCAUX,
AGENTS DE LAC RISE FINANCIERE (1)
La crise financière mondiale est née aux
États-Unis en 2006-2007. Assez rapidement, elle s'est
complétée d'une crise bancaire et d'une
crise de disponibilité des liquidités ; elle a percuté les budgets publics
de nombreux États et a accru une crise économique et une crise sociale déjà
bien installées. Face aux milliards de dollars, de livres sterling et d'euros
ouverts soudainement aux banques pour « sauver les économies des épargnants »
(sic), des responsables politiques ont utilisé le discours qu'ils tiennent
après chaque catastrophe : «
Plus jamais
ça ! » Parmi celles et ceux qui, pendant des années, ont participé aux
dérégulations et à la libéralisation totale de la finance, on a entendu des
rodomontades contre les patrons voyous et aussi contre le «
scandale des paradis fiscaux ». Mais aucune mesure concrète
sérieuse n'a encore été prise pour venir crédibiliser ces discours.
Pour
celles et ceux qui veulent essayer de comprendre pour agir, il est plus
particulièrement utile de mesurer la place réellement tenue par les paradis
fiscaux dans la naissance et l'extension de la crise financière comme dans le
développement et l'approfondissement des crises économiques et sociales.
Sommaire :
v La
crise financière, ses causes directes et ses causes profondes .
(2)
v Le
rôle des paradis fiscaux et judiciaires dans la crise financière
(3)
v L'attitude
de la « communauté internationale » : au mieux, des menaces, mais rien (...)
(4)
v Agir
contre les paradis fiscaux, c'est indispensable et possible
(5)
1° La crise
financière, ses causes directes et ses causes profondes :
Le
départ de la crise financière
mondiale, dont les premiers éléments de déstabilisation sont apparus au milieu
de l'année 2007, se situe aux États-Unis avec des
crédits immobiliers consentis en grand nombre par les banques à des
personnes rapidement incapables de rembourser.
Les
banques, qui avaient accordé ces prêts à risques, ont eu la possibilité de
diffuser le risque vers d'autres acteurs
financiers en « titrisant » ces prêts, devenus des obligations négociables
sur les marchés. Cette pratique était présentée comme une invention géniale par
tous les libéraux dès lors qu'elle permettait de
diluer les risques sur un grand nombre de banques, et donc de rendre
ce risque très réduit pour chacune, ce qui, affirmaient-ils, ne pouvait que
consolider les marchés. Nombre de fonds spéculatifs à la recherche de
rendements élevés ont acheté ces titres qui ont finalement circulé un peu
partout dans les principaux réseaux financiers et bancaires de la planète.
Tout cela ne pouvait fonctionner que si
le marché immobilier américain, qui était le point
de départ de ces jeux financiers
, était
en croissance continue ; cette situation ne pouvait donc durer
éternellement, et
tout s'est inversé
quand les défauts de paiement ont été tels que le marché immobilier a fortement
chuté.
Les
difficultés des organismes prêteurs se sont répercutées sur d'autres banques,
puis sur toutes celles qui avaient dans leurs actifs des titres fragilisés. La
dilution « géniale » du risque devenait une
source d'incertitude sur l'ensemble du système bancaire provoquant
une quasi-paralysie due aux doutes qui se généralisaient entre les banques.
Une
des
causes directes de la crise
financière et bancaire est à trouver dans la
création et la circulation sur toute la planète de produits financiers
complexes et pratiquement inconnaissables.
Les
causes plus profondes de cette crise
financière et bancaire, qui vient renforcer la crise économique, sociale et écologique,
tiennent au
décalage grandissant entre
des productions et des offres de biens et de services et l'existence de
demandes solvables :
Aux
États - Unis, la « croissance », tant
vantée par les économistes qui ont donné le « modèle américain » en exemple
pendant des années,
a fonctionné par un
endettement très fort de l'État fédéral et des États fédérés, des collectivités
locales, des entreprises et des particuliers : tout le monde ou presque
vivait, et vit encore, à crédit. Sur la planète, la concurrence « libre et non
faussée » organise la compétition entre les mains-d'œuvre, ce qui facilite le
partage inégalitaire des richesses :
toujours
plus pour la rémunération du capital et ses propriétaires, et toujours moins
pour la rémunération du travail et pour le plus grand nombre de la
population, au Nord comme au Sud.
Dans
la plupart des pays, les
productions
sont fortement dirigées vers les exportations, dès lors que les marchés
intérieurs sont réduits.
Bien
entendu, l'argent qui manque pour les investissements des entreprises et pour
la consommation des familles se retrouve accumulé dans les patrimoines d'une
minorité de particuliers, et souvent confié à des organismes financiers très
divers chargés de les faire encore fructifier par tous les moyens. En
contrepartie de besoins économiques et sociaux non satisfaits, nous avons donc
des masses financières énormes qui peuvent circuler totalement librement sur la
planète à la recherche des conditions législatives et réglementaires les plus
favorables pour maximiser leur rentabilité.
Les
causes profondes de la crise financière
et bancaire sont à trouver dans un
partage
de plus en plus inégalitaire des richesses qui :
-
D'une part,
accroît l'écart entre la
production des biens et des services et leur consommation possible, et
-
De l'autre
génère des masses financières
très mobiles avides de rendements maxima.
2° Le rôle des paradis fiscaux et judiciaires dans la crise
financière :
La crise financière
commencée aux États-Unis résulte tout à la fois :
- D'un
manque de transparence dans les
produits financiers mis sur le marché,
- De l'
absence d'une quelconque régulation
efficace de la finance internationale, et
- De l'existence de
masses financières énormes qui ont pu
jouer de cette situation au travers d'instruments financiers complexes.
Les paradis fiscaux facilitent l'opacité
dans les relations financières.
Les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ) sont un instrument
déterminant dans l'opacité des systèmes financiers internationaux, laquelle
opacité a joué, et continue de jouer, un rôle déterminant dans l'extension des
doutes et des incertitudes des acteurs bancaires et financiers et de nombre
d'investisseurs ou de détenteurs de capitaux. Leur législation commerciale
permet très souvent la création de sociétés dont les donneurs d'ordre
véritables comme les bénéficiaires resteront dissimulés (trusts, fiducies,
etc). Par ce système, il sera tout autant très
difficile de connaître les « responsables
» contre lesquels des victimes pourraient agir en justice : les
accidents des navires poubelles à l'origine de marées noires aux conséquences
économiques, sociales et environnementales énormes ont, à chaque fois, dévoilé
au public le recours par des multinationales à l'empilage de structures
juridiques opaques localisées dans toute une gamme de PFJ. Ces sociétés écrans,
sous toutes leurs formes, peuvent être utilisées par des particuliers ou par
des entreprises qui vont être conseillés pour ce faire par des avocats
d'affaires ou des cabinets d'expertise spécialisés, localisés dans les PFJ,
avec éventuellement des «
correspondants
» dans les réseaux bancaires des différents pays. Ce n'est pas un hasard si 80
% des fonds d'investissements spéculatifs (
Hedge
funds) sont localisés dans les PFJ, dont un grand nombre aux îles Caïmans ;
ils ont été très souvent acheteurs des titres émis par les organismes de
crédits hypothécaires américains.
Le secret bancaire
pratiqué par les paradis fiscaux de façon plus ou moins absolue, en rendant
très difficile, voire impossible, une enquête judiciaire, se surajoute pour
mettre de l'opacité dans les transactions faisant intervenir des contractants
localisés dans des paradis fiscaux.
Les paradis fiscaux facilitent toutes les
déréglementations. Les
paradis fiscaux, pour être «
attractifs »
à l'égard des capitaux mobiles, leur offrent également une réglementation
particulièrement laxiste et non contraignante. L'existence de tels territoires
«
sans lois » vient peser sur
l'ensemble des réglementations qui pourraient être prises par les autres États.
Dès lors que les PFJ voient transiter
plus de 50 % des transactions financières internationales, il est évident
que
la moindre réglementation ou
régulation qui pourrait être prise par un État ou par un groupe d'États à
l'égard des secteurs bancaires et financiers serait de fait rapidement rendue
en grande partie caduque. La réglementation s'appliquerait bien aux
entreprises localisées, par exemple en France ou dans l'Union européenne, mais
les PFJ pourraient accueillir les sièges de sociétés bancaires et financières
dispensées de ces réglementations et ces entreprises offshore pourraient
intervenir partout. Ainsi, par exemple, depuis les accords de Bâle (1996, puis
Bâle II, 2004), les banques sont soumises à une réglementation prudentielle qui
les contraint à réserver un volume minimal de capitaux propres égal à 8 % du
total de leurs actifs risqués (portefeuilles de titres et encours de crédits).
Avec
ce ratio de solvabilité, les
banques soumises à cette réglementation sont donc limitées dans leurs possibilités
de faire des crédits : elles doivent disposer des capitaux propres
suffisants pour rester au-dessus du seuil des 8 %. Pour
contourner ces dispositions des banques ont sorti de leur bilan
certains de leurs crédits en les « titrisant » et en les mettant au nom
d'entités juridiques nouvelles localisées dans des paradis fiscaux, ce qui
leur permettait d'échapper ainsi à cette réglementation.
Par
ailleurs, avec la primauté de la totale liberté de circulation des capitaux
par-delà les frontières étatiques, les
PFJ
provoquent une concurrence à la baisse entre les différents systèmes de
régulation nationaux. En effet, en voulant attirer sur leur territoire une
partie des capitaux mobiles, les États sont amenés à réduire eux-mêmes
certaines de leurs réglementations prudentielles. La dérégulation de certains
secteurs plus particuliers est engagée par certains gouvernements qui arguent
de l'existence des territoires qui échappent à toute réglementation.
Les paradis fiscaux facilitent la
création et la concentration de masses financières énormes : Le partage
inégalitaire des richesses est largement antérieur à l'existence des paradis
fiscaux, mais la prolifération, depuis une trentaine d'années, de tels
territoires «
sans lois », a bien un
lien avec l'accroissement énorme des inégalités constaté à l'intérieur des
États, au Nord comme au Sud, et entre les États.
L'existence des PFJ rend encore plus
facile la fraude fiscale de grande ampleur pour les
multinationales et les particuliers riches qui vont pouvoir échapper à tout ou
partie des impôts établis par les États dont ils sont originaires ou dont ils
ont la nationalité.
Cette fraude va
accroître les profits nets de celles et ceux qui la pratiquent, pendant que
les autres entreprises et la grande masse des autres particuliers vont devoir
payer plus d'impôts (Ce qui est fraudé par les uns est toujours, plus ou moins,
payé par les autres, en impôts supplémentaires ou en redistributions et en
services publics en moins). En facilitant le développement de la fraude fiscale
de haut niveau, en étant des havres de tranquillité pour les profits qui
résultent des trafics en tous genres et de la corruption de haut vol, les
PFJ sont bien un outil qui favorise
l'accentuation des inégalités et la concentration de masses financières énormes,
de toutes origines (légales parfois, très souvent illégales et criminelles).
Les paradis fiscaux facilitent la
spéculation et l'instabilité financières :
Des profits énormes sont ainsi concentrés dans ces territoires sans lois que
sont les paradis fiscaux. Échappant, plus que d'autres, aux réglementations et
aux taxations, bénéficiant de l'anonymat et du secret, ces capitaux vont
pouvoir profiter du principe, mis progressivement en place par tous les États
depuis le début des années 1980, de totale liberté de circulation.
Ces masses financières vont pouvoir se
déplacer sur la planète à la vitesse de l'électronique, et vont pouvoir,
plus que d'autres,
participer aux
spéculations sur de multiples marchés (pétrole, minerais, céréales,
matières premières, produits dérivés, etc.). Il apparaît souvent plus rentable
à ces capitaux de spéculer «
dans la
finance » que de s'investir dans l'économie réelle, où les rendements sont
moindres, de plus long terme, et où ils risqueraient plus de perdre une partie
de leur anonymat et de leur discrétion.
L'existence
de masses financières énormes provenant des profits accumulés par une toute
petite frange de la population, et conséquence d'un partage toujours plus
inégalitaire des richesses, devient une
véritable
machine à fabriquer « des bulles »,
d'autant plus que ces capitaux « sans lois », grâce aux PFJ, peuvent prendre
plus de risques. Le trop - plein de disponibilités financières ne
se fixe pas dans les investissements
directement productifs, mais peut aller vers des marchés très divers
(œuvres d'art, immobilier, activités de l'internet, etc.), en y faisant naître
pendant un certain temps une forte demande qui tire ces marchés à la hausse,
invitant d'autres capitaux à venir participer à la spéculation en s'engouffrant
dans le « filon », jusqu'au moment où tout ceci éclate.
En
ajoutant beaucoup
d'opacité dans les
relations financières, en offrant aux capitaux des
réglementations à minima, en concourant à une
baisse générale des législations et des réglementations, en
participant à la création et à la concentration de masses financières énormes
et de toutes origines, en donnant à ces capitaux un
environnement ouvert vers la spéculation, les paradis fiscaux et
judiciaires sont certainement le cœur de ce qui conduit à l'instabilité
financière.
3° L'attitude de la «
communauté internationale » : au mieux, des menaces, mais rien
d'effectif :
Face
à l'ampleur de la crise financière et bancaire, face à son déferlement
progressif sur la plupart des systèmes financiers dans de nombreux États, et
surtout après les décisions prises par les gouvernements de mettre des sommes
énormes à la disposition des banques, les dirigeants politiques ont bien dû
adapter leur discours pour essayer de faire passer ces décisions dans leurs
opinions publiques.
Hier, ils allaient clamant que « les caisses sont vides »
pour les salariés, pour les chômeurs et les précaires, pour les retraités, pour
les services publics, pour les écoles et les hôpitaux ; et
soudain des milliards de dollars, de livres sterling, d'euros sont
ouverts aux banques !
Quelques patrons ont été dénoncés comme «
voyous »,
quelques opérateurs financiers ont été qualifiés de « fous », quelques
parachutistes dorés ont été sermonnés. Les représentants des «
grands » patronats et des secteurs
bancaires ont tenu des propos moralisateurs, du genre
« plus jamais ça », comme après les inondations et les tempêtes, en
attendant les prochaines. Les appels à la vertu et à l'éthique ont été
multipliés et il a été demandé aux « acteurs financiers » de réexaminer leurs
pratiques. Les principaux d'entre eux ont juré leurs grands dieux, qu'ils
allaient mieux s'autoréguler, ce qui signifiait bien clairement qu'il n'était
pas question pour eux d'accepter que la loi se mêle de leurs affaires ! Le «
code de bonne conduite » a été resservi
par des professionnels de la finance, avec le plus grand sérieux, et a été reçu
par des «
responsables » politiques
avec le même sérieux !
L'épisode des « bonus » que s'allouent les
dirigeants des banques illustre tout à fait cela : aucune loi pour réglementer,
pour plafonner, pour interdire, pour taxer (Alors que les mêmes gouvernants ne
se gênent pas pour sanctionner de leurs maigres indemnités des chômeurs qui
n'acceptent pas une «
offre raisonnable
d'emploi »). On se borne à faire passer le message que, dans la période, il
serait mal vu de maintenir ces «
bonus »
en face des fonds publics alloués. Mais on
ne
touche pas au salaire lui-même, qui est déjà inadmissible,
et on ne limite en rien la rémunération des
actionnaires.
Les
gros yeux ont été aussi faits à l'égard des paradis fiscaux : le président de
la République affirme en octobre 2008 que ce sont des
«Zones d'ombre qu'il convient d'éliminer », pendant que le Premier
ministre déclare que « des trous noirs comme les centres offshore ne doivent
plus exister ».
Très
rapidement, on a pu constater qu'il ne s'agissait que de mots, que de
rodomontades : le jour où le Premier ministre réaffirmait sa volonté de
combattre les paradis fiscaux, la
majorité
présidentielle au Sénat repoussait un amendement présenté par les sénateurs
Verts fixant une conditionnalité à l'assistance de l'État au système bancaire
et financier. À savoir que les établissements ayant passé une convention
avec l'État s'engagent à fermer leurs comptes, filiales et holdings situés dans
l'un des trente-sept centres financiers extraterritoriaux recensés par le Fonds
monétaire international. Malgré tout, et toujours avec le plus grand sérieux,
et sans que le moindre journaliste ne le questionne, le 9 janvier 2009 le même
Premier ministre Fillon demande que le sommet du G20 qui se tiendra à Londres
le 2 avril lance «
un combat sans merci
contre les paradis fiscaux ».
En
ce qui concerne le
G20, c'était plutôt
mal parti le 15 novembre 2008, lors de la réunion des chefs de vingt États
à Washington pour traiter «
des graves
difficultés que connaissent les marchés financiers et l'économie mondiale ».
Le terme même
de paradis fiscaux
n'apparaît jamais dans le document final du G20, et seules sont retenues quelques
«
actions à moyen terme » : «
Les autorités nationales et régionales
doivent mettre en œuvre des mesures nationales et internationales pour protéger
le système financier mondial des juridictions non coopératives et non
transparentes qui présentent un risque d'activité financière illégale. »
On
aurait pu espérer que le sommet du G20 arrête quelques décisions concrètes et
communes à l'égard des PFJ pour limiter immédiatement leur impact sur la
finance mondiale, sur l'opacité qu'ils confortent et sur l'instabilité qu'ils
accentuent. Le G20 ne fait que renvoyer vers les États qui, dans le passé
récent de la crise, ont encore montré que, dans un système de concurrence
globale entre les territoires, pour être toujours attractifs, ils se refusaient
toujours à mettre en place toute mesure qui pourrait être perçue comme
contraignante par rapport au principe de liberté totale de circulation des
capitaux sur la planète. Très concrètement donc, on continue comme avant !
4° Agir contre les
paradis fiscaux, c'est indispensable et possible :
Pour
ne pas se retrouver dans quelques années face à une nouvelle bulle spéculative
et à une nouvelle crise financière, et pour freiner rapidement et très
concrètement la prolifération de la crise actuelle vers de multiples secteurs
de l'économie et vers de larges couches de la population dans la plupart des
continents,
Attac développe une série de
propositions. Plus particulièrement en ce qui concerne les paradis fiscaux,
la « crise » a déjà montré aux opinions publiques les effets dévastateurs des
zones de non - droit sur le fonctionnement de la finance et sur son instabilité
comme sur le partage inégalitaire des richesses. Les exigences d'Attac
retrouvent donc toute leur pertinence.
Pour
faire disparaître progressivement les PFJ de la planète, il faut certainement
agir dans deux directions :
-
D'une part, fixer des
normes internationales, qui devraient être admises par les États
qui déclarent vouloir agir contre la crise financière, et qui seraient soumises
à la signature des actuels PFJ,
réglementant
la circulation financière, permettant de supprimer l'anonymat et le secret,
obligeant à une coopération administrative et judiciaire, etc.
-
D'autre part, ces mêmes États devraient
déclarer nulles les transactions
financières réalisées par des opérateurs domiciliés sur leurs territoires avec
des organismes domiciliés dans des territoires qui refuseraient ces nouvelles
normes. Bien entendu, un organisme international serait mis en place pour
s'assurer sur place de la bonne application des normes et des réglementations.
Pour devenir effectif et efficace, un tel
accord ne nécessite pas la signature de tous les États représentés à l'ONU
: un accord des seuls vingt chefs autoproclamés du G20 serait suffisant pour
entraîner une application planétaire ; et serait suffisant un accord régional
des États membres de l'Union européenne s'appliquant entre ces États, et fixant
le cadre des relations de l'Union européenne avec le reste du monde.
Et chaque pays peut aussi, à son niveau,
prendre des mesures concrètes :
- Ainsi la
France devrait déjà interdire aux banques
et aux entreprises qui reçoivent des fonds publics d'avoir des relations avec
les PFJ, et elle pourrait peser sur « ses » paradis fiscaux « proches »
(Monaco, Andorre, îles des Caraïbes ou du Pacifique).
« SI » il n'y avait pas de paradis fiscaux, judiciaires et
bancaires :
Pour
mesurer l'impact de l'existence des PFJ dans la genèse de la crise financière,
puis dans son développement et sa propagation sur l'ensemble de la planète, ou
presque, on peut, a contrario, essayer de raisonner en imaginant un monde «
sans paradis fiscaux », et souligner alors ce qui ne se serait certainement pas
produit :
-
Il y aurait eu
beaucoup moins d'opacités dans les circuits financiers, et la
confiance entre les acteurs et les opérateurs bancaires et financiers aurait
été meilleure, ce qui aurait fortement atténué la suspicion qui a pu bloquer à
un moment nombre de transactions.
-
Il y aurait eu
beaucoup moins d'évitements des normes et des réglementations, ce
qui aurait notablement réduit les « prises de risques » énormes dans lesquelles
ont pu s'engager des opérateurs, de fait totalement « irresponsables » car
inconnaissables par les justices des États.
-
Il y aurait eu
moins d'inégalités sur la planète. Les PFJ sont autant de havres de
sécurité pour nombre de trafics et de fraudes, dont les fraudes fiscales
pratiquées à l'encontre des budgets et des citoyens honnêtes des autres États.
Le dumping des lois, et particulièrement le dumping des lois fiscales et
sociales, auquel participent amplement les PFJ, aurait été d'un niveau
largement moindre. C'est dire que les systèmes fiscaux auraient été moins mis
en concurrence et que la
fraude fiscale
aurait été de moindre ampleur ; en conséquence les inégalités de fortunes
et de revenus auraient été un peu moindres.
-
Il y aurait
eu
moins de capitaux disponibles pour participer au « casino financier » où
une minorité vient faire pendant un temps fructifier ses capitaux en échappant
aux lois.