Relations commerciales
SANTE ET VIH/SIDA :
STOP À LA PRIVATISATION DES SOINS DE SANTÉ !
Un nouveau
rapport d’Oxfam International démontre que les pays donateurs et la Banque
mondiale gaspillent de l’argent et mettent en péril des vies dans les pays
pauvres en continuant de favoriser des
programmes de santé privés. Le rapport tire la sonnette d’alarme et dénonce les
mythes entourant cette privatisation des soins.
Dans le rapport
intitulé "
Optimisme aveugle : une remise en question des mythes entourant
les soins de santé privés dans les pays pauvres ", Oxfam
International met en lumière de nombreux exemples problèmes liés aux soins de
santé privés.
Une échoppe pour
se soigner ? :
En Chine par
exemple, un tiers des médicaments distribués par les détaillants privés sont des
contrefaçons. Dans sept pays d’Afrique sub-saharienne, la plupart des
médicaments contre la malaria proposés
par des structures privées n’ont pas passé les tests de qualité pratiqués par
l’OMS. La Banque mondiale a elle-même reconnu que le secteur privé connaissait
de moins bons résultats sur le plan de la qualité technique que le secteur
public.
"
La vision romantique qu’ont les donateurs du
secteur de santé privé est à mille lieues de la réalité", explique
Anna Marriott, auteure du rapport. "
Dans
la majorité des cas, le système de santé
privé dans les pays pauvres se compose de commerçants inexpérimentés vendant
des médicaments périmés. Ainsi, au Malawi, 70% de ces prestataires privés
sont de simples échoppes... Souhaiteriez-vous cela si votre enfant était
malade ?"
Tous pour la
privatisation !
La
Banque mondiale profite de sa position
incontestée dans le monde pour
promouvoir
un système de santé privé, et ce malgré un manque évident d’éléments
prouvant l’intérêt d’un tel système. La branche privée de la Banque mondiale,
la Société financière internationale (International Finance Corporation ou IFC)
a récemment annoncé son intention de mobiliser un milliard de dollars pour
financer le développement du secteur de santé privé en Afrique. De nombreux autres
donateurs et organisations influentes ont également augmenté leur soutien à des
projets de santé portés par des acteurs privés.
L’agence des
États-Unis pour le développement international (USAID), le département pour le
développement international du Royaume-Uni (DFID) et la Banque asiatique de
développement ont suivi l’exemple de la Banque mondiale et dépensé des millions
de dollars pour financer des programmes d’aide internationale en passant des
contrats avec des partenaires privés.
Un sous-investissement
fatal :
Dans le même
temps,
l’aide aux services essentiels de
santé dans les pays pauvres a été réduite de moitié depuis 10 ans. Ces
coupes dans les services de santé publics condamnent des centaines de millions
de personnes à une mort prématurée ou à des souffrances inutiles. Une
augmentation massive des dépenses de santé s’impose.
Après des années de désinvestissement
et la baisse de moitié de l’aide aux services essentiels de santé dans les pays
pauvres en une décennie,
le secteur
public est, dans la plupart des pays du Sud, logiquement précaire et mal géré.
"
Dans ces conditions, affirmer que
l’échec des pouvoirs publics est inévitable, c’est un peu comme lacer les
chaussures d’un footballeur entre elles pour ensuite l’accuser d’avoir perdu le
match", explique Anna Marriott.
Les services
publics font leurs preuves :
"
Si les derniers mois nous ont enseigné
quelque chose, c’est que le marché a ses
limites et que les gouvernements doivent reprendre la main. Le président
Obama prévoit d’ailleurs d’augmenter les investissements américains dans les
soins de santé aux États-Unis. Quant à la Chine, elle a annoncé un
investissement de 124 milliards de dollars dans le système public de santé afin
de protéger ses citoyens et stimuler la croissance économique".
Les études
d’Oxfam démontrent que
plus un
gouvernement s’implique dans les services de santé, plus les taux de mortalité
baissent. "
Grâce aux dépenses
publiques de santé en augmentation au Sri Lanka par exemple, les Sri lankaises
peuvent désormais espérer vivre aussi longtemps que les Allemandes malgré des
revenus dix fois moins importants" explique Étienne De Belder,
chercheur spécialisé sur les services essentiels au sein d’Oxfam-Solidarité.
"
La Banque mondiale et les autres donateurs
doivent en finir avec leur optimisme aveugle", poursuit-il. "
L’universalité des soins de santé ne sera
possible qu’avec l’intervention des gouvernements. Robert Zoellick, le
président de la Banque mondiale, a appelé à juste titre à la mise en place de
mesures fiscales destinées à soutenir les pays pauvres. Ce type de mesure
s’impose au plus vite pour financer un système de santé public qui sauvera des
vies et relancera l’économie".
Plus
d’informations :
- Étienne De Belder, chercheur spécialisé sur les services
essentiels, Oxfam-Solidarité
Tél. : 02 501 67 56 — E-mail : ede(at)oxfamsol.be
Téléchargez le rapport "Optimisme aveugle :
une remise en question des mythes entourant les soins de santé privés dans les
pays pauvres"
Notes aux
rédactions :
Un récent
rapport de la Société financière internationale (SFI) - la section de la Banque
mondiale dédiée à l’investissement privé - affirme que
plus de la moitié des soins de santé en Afrique sont assurés par le
secteur privé. En fait, en suivant l’analyse qu’elle a fait des données
utilisées par la SFI, Oxfam a établi que les petites boutiques qui vendent des
médicaments dont la qualité est inconnue représentent près de 40% de cette
offre privée. Dans des pays comme le Malawi, ces boutiques constituent plus de 70%
des prestataires privés.
Le Liban possède un des systèmes de
santé les plus privatisés parmi les pays en développement. Il consacre aux
soins de santé plus de deux fois ce que dépense le Sri Lanka... mais sa
mortalité
infantile et maternelle est nettement plus élevée (respectivement deux fois
et demi et trois fois).
Au Chili , le
secteur privé a envahi
le système de santé, et le pays connaît par conséquent l’un des
taux de
naissance par césarienne les plus élevés et plus coûteux au monde, alors
que cette intervention n’est pas toujours nécessaire.
En Chine , la commercialisation des
soins de santé a conduit à une
diminution de moitié des vaccinations dans
les cinq ans qui ont suivi les réformes. Les taux de prévalence de la
tuberculose (TB), de la rougeole et de la poliomyélite sont désormais en hausse
et pourraient coûter des millions à l’économie, que ce soit en perte de
productivité ou en traitements infructueux.
Au Lesotho ,
à peine 37% des
infections sexuellement transmissibles ont été traitées correctement par
des prestataires privés sous contrat.
En Asie , aucun pays à faibles ou
moyens revenus n’est parvenu à proposer un accès universel ou quasi universel
aux soins de santé sans compter uniquement (ou principalement) sur une offre de
services publics financée par les impôts.
En
dépit de la faiblesse des revenus, l’augmentation de l’offre publique a
entraîné d’énormes progrès de santé. Une femme du Sri - Lanka, par exemple,
peut s’attendre aujourd’hui à vivre aussi longtemps qu’une femme allemande,
malgré un revenu dix fois inférieur. Lors d’un accouchement, elle aura 96 % de
chances d’être assistée par du personnel de santé qualifié.