Mesurant les conséquences des changements climatiques sur
les pays pauvres, le Saint-Siège demande une vraie prévention(1)
Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,
Le Saint - Siège s’intéresse à toutes les questions qui
touchent à la planète, aux sciences naturelles et exactes, et au développement
durable. Il se réjouit de l'initiative de monter une exposition sur la «
Planète Terre : de l'espace au lieu ». Dans cette perspective, il est bon de
noter les éléments suivants :
1 - Les enjeux d’une mise en place d’un
développement durable (avec ses piliers, l'environnement,
l'économie, le social mais aussi l'éthique) sont majeurs pour le XXIème siècle,
tout en reconnaissant que l’organisation des politiques en ce domaine est très
complexe. Tout cela
requiert la
mobilisation de tous les acteurs de la société. D’autre part, on ne peut
parler de l’avenir de la planète sans faire explicitement référence à
l’homme, centre de la création, et à
l’humanité.
2 - Même si le monde réalise des progrès techniques qui permettent un
développement plus économe en ressources naturelles, il faut d’abord envisager
comment assurer aux huit milliards d'habitants, en 2050, un niveau de vie
comparable à celui des habitants des pays développés. Mais
il ne faut pas non plus multiplier les risques d'un épuisement
précipité des ressources naturelles, d'une
pollution industrielle accrue et d'émissions de gaz à effet de
serre, source de réchauffement de la Terre et de changement des climats. De
plus, la destruction actuelle croissante de la forêt tropicale pour établir des
cultures ou pour exploiter abusivement le bois fait disparaître des milieux
naturels et des espèces vivantes, alors même que ces espaces nous offrent
régulièrement de nouvelles substances ou des bases pour des médicaments.
C'est bien la prise de
conscience de ces risques au niveau mondial qui a conduit à un consensus des
chefs d'Etat au
sommet de la Terre à Rio
en 1992. Ils ont défini les normes d'un nouvel équilibre mondial basé sur
l'idée d'un développement durable de l'humanité et de la planète, qui intègre
l'économie, l'environnement, le social.
Pour un chrétien, la planète est le jardin créé par Dieu. Il est de
la vocation de l'homme de «
gérer»
avec intelligence, sens de la responsabilité et respect le don de cette
création. La planète Terre a été donnée par Dieu pour que tous les êtres
humains puissent en tirer les fruits dont ils ont besoin pour vivre et que soit
laissée à la génération suivante une planète habitable. C'est le principe
fondamental de la
destination
universelle des biens. Tous les hommes doivent pouvoir en bénéficier de
façon équitable et solidaire, comme l'a rappelé Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors d'un rassemblement de jeunes, à Lorette en Italie, le 2 septembre 2007.
3 - Concernant les
changements
climatiques, le Saint-Siège souhaite vivement que le
débat scientifique se poursuive entre scientifiques sur ce sujet
complexe, ainsi qu’entre les scientifiques et les Autorités civiles des
différents pays du monde. De même, les recherches doivent se poursuivre et être
soutenues dans la durée pour mieux anticiper les conséquences du réchauffement
climatique dans toutes les régions du monde.
Nous ne pouvons pas oublier
que ce sont
les pays pauvres qui
supportent déjà les plus lourdes conséquences des phénomènes climatiques
dus aux évolutions techniques, et qui risquent d’en souffrir toujours
davantage. Ainsi ils sont victimes de
l’aggravation de la sécheresse et même de la désertification pour
certains pays d'Afrique, d’inondations des grands deltas en Afrique et en Asie
du fait de la montée du niveau des mers, fonte des calottes glaciaires, etc.
Nous ne pouvons pas négliger
la perspective selon laquelle la détérioration des conditions de survie dans
certaines régions du monde
pourrait
amplifier les migrations. D'importants déplacements de population seraient
de nature à accroître les difficultés, en modifiant gravement les grands
équilibres géoéconomiques et géopolitiques. C'est donc un devoir de justice
vis-à-vis des pays pauvres de mettre en uvre, à l’échelle mondiale, des
programmes importants de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour
limiter le réchauffement et ses conséquences. C'est aussi un devoir de justice
pour la Communauté internationale d'aider ces pays à s'adapter aux conséquences
dès maintenant prévisibles et sans doute en grande partie inévitables des
changements climatiques, même si leur importance peut encore être limitée.
C'est enfin un devoir de justice que les pays pauvres qui consomment le moins
d'énergie et donc émettent le moins de gaz à effet de serre ne soient pas
pénalisés par l’accroissement en demande d'énergie et que des programmes de
développement leur permettent d'accéder au minimum vital en matière d'énergie.
4 - Tout cela
invite
à prendre des décisions, dans une attention particulière à l’homme et aux
peuples de la terre, critère primordial en matière d’environnement, avec le
souci de donner aux hommes et aux familles de la terre une part des ressources
qui leur permette de subvenir à leurs besoins et aux besoins de leurs proches.
La
perspective doit être non seulement à
court terme, mais elle doit aussi pouvoir se penser à long terme, pour
laisser aux générations futures une planète où il fait bon vivre. Il faut sans
doute aussi envisager une meilleure gestion de la consommation d’énergie dans
les pays développés, cherchant à promouvoir tout ce qui est énergie
renouvelable, ce qui altère le moins l’environnement et les systèmes qui
permettent le recyclage d’un certain nombre de produits et de substances, qui peuvent
être transformés en énergies nouvelles. Pour ce faire, il convient tout d’abord
que, dans un
esprit de modération,
les gens changent leurs habitudes, leurs modes de vie et de consommation, dans
une attention à leur consommation énergétique et au recyclage des déchets. Il
revient aux chercheurs, dont il faut saluer les efforts, de poursuivre leurs
démarches, pour proposer d’éventuelles solutions nouvelles, à court, moyen ou
long terme. De même, les Autorités des Nations sont appelées à mettre en oeuvre
des politiques audacieuses et courageuses en la matière, dans une concertation
et une collaboration toujours plus intenses, et à se donner les moyens de leurs
décisions. Puissent tous les pays accepter d’entrer dans cette perspective,
pour sauver notre planète.
Je vous remercie, Monsieur le
Président, de m’avoir donné la parole et je vous remercie tous de votre
attention.