Victimes de l’apartheid: plainte jugée recevable à New York
Lausanne,
14.10.2007 -Le vendredi 12 octobre fera date pour les victimes
sud-africaines du régime de l’apartheid: après des années d’attente, une cour
d’appel des Etats-Unis a pris une décision en leur faveur dans le cadre d’une
plainte en dommages et intérêts qui les oppose à 23 entreprises et banques
étrangères, dont le Credit Suisse et l’UBS.
La cour a en
effet déclaré leur plainte recevable, infirmant ainsi le jugement en première
instance rendu en novembre 2004 par le juge Sprizzo. C’est un succès marquant
pour les victimes de l’apartheid, obtenu de haute lutte, ainsi que pour les
défenseurs des droits humains.
Khulumani, le
collectif d’entraide des victimes de l’apartheid dont sont issus les 91
plaignant-e-s ; KEESA, la campagne suisse pour le désendettement et les
réparations en Afrique du Sud, ainsi que les ONGs suisses impliquées dans le
soutien à cette démarche débutée en 1998, saluent cette décision tant attendue.
Avec ce jugement s’ouvre enfin la perspective de voir les victimes du régime
ségrégationniste rétablies dans leurs droits.
Rappel
historique :
En novembre
2002, 91 plaignant-e-s sud-africains
initient une procédure judiciaire contre 23 banques et entreprises accusées de
complicité (aiding and abetting) avec
le régime raciste de Pretoria. Ces dernières ont contribué, par leur
action, aux graves violations des droits humains commises dans le pays. Le
dépôt de la plainte s’est effectué aux Etats-Unis, en vertu d’une législation
particulière permettant aux tribunaux de ce pays de légiférer en matière de
violations de droits humains, indépendamment du lieu où ces dernières ont été
commises. Seule condition: qu’il existe un lien entre les accusés et le
territoire américain. Dans le cas présent, une filiale ou une représentation
des entreprises incriminées suffit.
Pressions
multiples
Cette démarche
avait provoqué une levée de boucliers, tant dans le monde politique que
financier. Dans un premier temps, le gouvernement sud-africain avait annoncé ne
pas s’opposer aux démarches des victimes de l’apartheid. Il s’est toutefois
rétracté en 2003, suite à une intervention personnelle de Colin Powell, alors
ministre des affaires étrangères américain. Le gouvernement suisse a également
essayé d'empêcher la plainte d'aboutir par différentes interventions.
Pour mémoire, en
mars 2003, la Suisse a ordonné la fermeture des archives fédérales alors même
qu’un programme national de recherche sur les relations entre notre pays et
l’Afrique du Sud était en cours (PNR42+). Raison invoquée: ne pas prétériter
les entreprises suisses accusées. Début 2004, elle a cosigné, avec plusieurs
Etats, un Affidavit visant à abroger l’Alien Tord Claims Act, loi en vertu de
laquelle les démarches des plaignant-e-s sont rendues possibles aux Etats-Unis.
Dans ce contexte
défavorable, la plainte des victimes de l’apartheid a été rejetée en novembre
2004 par le tribunal de première instance. Le fait que la cour d’appel, sous la
direction du juge Katzmann, soit revenue sur cette décision, représente donc un
succès. Le juge a estimé que la complicité (aiding and abetting) des banques et
entreprises est un argument valable pour considérer la démarche des
plaignant-e-s comme recevable.
Il appartient à
la cour de première instance de se prononcer à nouveau sur la recevabilité de
la plainte. Une chose est néanmoins sûre: elle ne pourra plus invoquer
l'argument selon lequel la notion de complicité ne représente pas un fondement
juridique suffisant dans le cas de graves violations de droits humains par des
entreprises.
La plainte des
membres de Khulumani bénéficie d’un large appui dans les milieux actifs dans la
défense des droits humains, ainsi que du soutien de personnalités de renom
comme le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et les archevêques Tutu et
Ndugane. La décision américaine dans cette affaire revêt une importance
capitale dans la mesure où elle pourrait faire jurisprudence pour d’autres
démarches en cours.
Pour tous ceux
qui interviennent en faveur des droits humains et de la démocratie, la décision
du tribunal est une nouvelle encourageante.
Pour tout
complément d’information:
Martyna Olivet (Commission Tiers Monde de l’Eglise
Catholique): 076 450 79 59
Urs Sekinger (KEESA, Solifonds): 078 807 20 88
Anne-Kathrin Glatz, Déclaration de Berne, 021 620 03 09,
glatz@ladb.ch
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