L'Église se mobilise et s'engage
LE SECRET DE LA VIE DE SR EMMANUELLE ET L’URGENCE DU SERVICE
DES PAUVRES
« Yalla ! En avant ! C’est passionnant de vivre en aimant »(1)
1° MESSE DE REQUIEM À PARIS :
«
Yalla ! En avant ! C'est passionnant de
vivre en aimant », proclame sur Emmanuelle, dans son Testament spirituel lu
lors de la messe de requiem à Notre Dame de Paris : elle y révèle le secret de
sa vie. Le cardinal Vingt-Trois rappelle avec elle «
l'urgence du service des pauvres de ce monde ».
Cette
messe d'hommage à sur Emmanuelle qui a eu lieu cet après-midi à Notre-Dame en
présence du président de la République, M. Nicolas Sarkozy, de sa femme, Carla
Bruni-Sarkozy, et d'une foule nombreuse où se côtoyaient personnalités et
inconnus, était en effet une messe de requiem, la messe de funérailles ayant
été célébrée ce matin à Callian, où elle résidait.
Après le mot
d'accueil du cardinal André Vingt-Trois, le président de l'association ASMAE,
M. Trao Nguyen, a lu le testament spirituel de soeur Emmanuelle.
La
religieuse de Sion y révèle le secret de son énergie, de sa persévérance au
service des plus pauvres et de sa joie : «
Dès
mon entrée en religion, en 1931, je me suis confiée, corps et âme, à la Vierge
pour qu'elle me garde fidèle. Elle l'a fait et comment ! Remerciez là avec moi
! Yalla ! En avant ! C'est passionnant
de vivre en aimant ! ».
Les lectures avaient été choisies par sur Emmanuelle
qui indique dans son Testament spirituel : «
Je voudrais que cette chère rencontre se déroule dans une atmosphère de
joie. J'ai choisi des cantiques pleins d'allégresse. Chantez les joyeusement à
pleine voix ! » :
-
La
première
lecture était «
l'Hymne à la charité » de la Première Lettre de Saint Paul aux
Corinthiens (
1 Corinthiens 12.31-13.13)
: elle a été lue en français par M. Jacques Delors, puis en arabe par le P.
Atef Mouawad, prêtre étudiant libanais de la cathédrale Notre-Dame.
-
Pour le psaume, sur Emmanuelle indique : «
J'ai demandé que soit chanté comme psaume le
Magnificat. Ce cantique contient en
effet le secret du bonheur de ma vie ».
-
La lecture de l'Evangile a été tiré de
l'évangile selon saint Jean
(chapitre
21, verset 1 à 19) : comme l'apôtre Pierre, sur Emmanuelle a fait
confiance au Christ pour se lancer dans
une aventure au - delà des conventions et de son champ de compétence.
La puissance de l'amour :
«
Le premier trait qui se présente à nous
dans la vie de sur Emmanuelle, c'est la puissance de l'amour », a fait
observer le cardinal Vingt-Trois dans son homélie, avant d'ajouter : «
L'amour
suppose un don total de soi ».
L'archevêque a indiqué jusqu'où va ce don en
disant : «
Nous ne sommes pas appelés
seulement à donner de nos biens, nous sommes
appelés à nous donner nous-mêmes ».
«
L'amour, a insisté le cardinal
Vingt-Trois, est un don définitif et sans retour, sinon il n'est que chimère et
illusion. Comment les enfants du Caire auraient-ils pu faire confiance à Sur
Emmanuelle si sa présence au milieu d'eux avait été incertaine et épisodique ?
Il n'y a pas d'alliance s'il y a une échappatoire ».
Mais
il ajoutait aussi : «
L'amour est contagieux. Il est une force d'attraction qui embarque
des complices à tout moment ».
L'urgence du service des pauvres :
Et
à propos de sur Emmanuelle, aujourd'hui, il a affirmé : «
Elle jubile certainement de voir que sa mort est une occasion de
rappeler à tous l'urgence du service des pauvres de ce monde, un temps
d'antenne supplémentaire pour ceux dont on parle si peu ».
Il a conclu : «
Elle voit certainement avec joie que nous n'essayons pas d'expliquer sa
vie en oubliant Celui qui seul lui a donné sens : Jésus de Nazareth qui est
passé parmi les hommes en faisant le bien et qui, à la veille de sa passion,
nous a donné la clef d'interprétation absolue : « il n'y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » C'est ce qu'il a fait et ce
qu'il fait aujourd'hui dans cette Eucharistie. C'est ce que sur Emmanuelle a
vécu à la suite et en compagnie de tant de disciples du Christ. C'est ce que
nous sommes tous appelés à vivre, car finalement sans l'amour nous ne sommes rien.
L'amour seul est digne de foi ».
Les
intentions de la prière universelle ont été lues par sur Anne-Thérèse, de la
congrégation Notre-Dame de Sion, communauté de Sur Emmanuelle, M. Trao Nguyen,
président de l'association ASMAE et Mme Marie-Thérèse Hermange, sénateur.
La
célébration s'est achevée par la prière du « Salve Regina » à la Vierge Marie.
2°
LE TESTAMENT SPIRITUEL DE SOEUR EMMANUELLE (2):
«
Nous le savons, l’Amour est plus
fort que la Mort »
« Si chers Amis, Nous le savons, l'Amour est plus
fort que la Mort » : c'est par ces mots du Cantique des Cantiques qu'elle n'a
eu de cesse de répéter que commence le «
Testament
spirituel » de Soeur Emmanuelle.
(3)
Nous
le savons, l'Amour est plus fort que la Mort, le
lien d'amitié profonde que nous avons noué ensemble dans la joie a
une valeur d'éternité joyeuse.
Aujourd'hui,
où vous vous êtes encore une fois dérangé pour moi, mon âme et mon coeur sont
tout près de votre âme et de votre coeur.
Je
voudrais que cette chère rencontre se déroule dans une atmosphère de joie.
J'ai choisi des cantiques pleins d'allégresse. Chantez les joyeusement à
pleine voix ! Je tiens à
vous dire une
merci bondissant de reconnaissance pour ce que vous avez fait et ferez
encore, je le sais, pour nos milliers d'enfants en difficulté à travers le
monde. Grâce à vous, ils deviennent des citoyens
debout et heureux. L'enfant qui souffre «
sensible
à vos coeurs » rappelle le mot de Pascal : «
Dieu sensible au coeur ».
Voilà
la merveille qui, au-delà de toute conviction religieuse, politique, culturelle
ou autre, nous unit tous dans une belle harmonie.
Seigneur,
tu as voulu que nous, les humains, puissions tressaillir devant la douleur et
arriver à la soulager. C'est ainsi que, comme nous le dit le Christ, dans
l'évangile de Matthieu au chapitre 25, nous devenons «
bénis » par Toi, notre Père des cieux.
Oui vous êtes bénis, vous qui savez aimer et partager, vous êtes
bénis, parce que, sans le savoir peut-être, vous avancez sur la route qui mène
à l'éternité bienheureuse où je vous attends dans le même Amour.
Une
petite confidence pour finir. J'ai demandé que soit chanté comme psaume le
Magnificat. Ce cantique contient en
effet le
secret du bonheur de ma vie.
Dès mon entrée en religion, en 1931, je me suis confiée, corps et âme, à la
Vierge pour qu'elle me garde fidèle. Elle l'a fait et comment ! Remerciez là
avec moi ! Yalla ! En avant ! C'est passionnant de vivre en aimant !
Votre
Emmanuelle qui garde chacun et chacune de vous dans son coeur.
3° MESSE DE REQUIEM
POUR SR EMMANUELLE : HOMELIE DU CARD. VINGT-TROIS
« Si nous voulons progresser dans l’amour...."
» (4)
«
J'ai cent ans et je voudrais vous dire.
» Au moment où Sur Emmanuelle quitte ce monde, il est bon pour nous d'essayer
de comprendre ce qu'elle voudrait,
ce
qu'elle veut nous dire. Non seulement l'exposé de ses idées (sur la vie) ou
ses pensées, mais surtout le témoignage de sa vie. Car, comme chacun d'entre
nous, comme tout homme ou toute femme en ce monde, ce qu'elle peut vraiment
nous communiquer, c'est ce qu'elle a vécu, ce qui l'a fait vivre et ce qui
dévoile le sens de son action.
Le
premier trait qui se présente à nous dans la vie de Sur Emmanuelle, c'est la
puissance de l'amour. Un jour, elle a
été saisie et transformée par l'amour d'une façon décisive et irrémédiable.
Sans doute le don qu'elle avait fait d'elle-même dans sa consécration
religieuse était-il déjà inspiré par le désir d'aimer et de servir Dieu et ses
frères. Mais le
chemin où elle s'est
engagée avec les enfants du Caire est un basculement total. Il découvre à nos
yeux la profondeur et la puissance de cet amour.
Il s'agit du même don de soi définitif qui fut celui
de sa profession religieuse, mais ce don prend une dimension nouvelle par la
communauté de destin dans laquelle elle s'engage avec ces enfants qui, avant
d'avoir besoin de ses leçons de professeur et d'éducatrice, ont besoin de
manger pour survivre. Elle comprend que les aimer, c'est
se lier à eux par le genre de vie, par le partage de la misère et par
l'encouragement à faire quelque chose pour en sortir.
Il s'agit d'un
véritable
basculement qui saisit la liberté et le coeur et qui entraîne à miser tout
sur une parole, la parole de celui qui est venu donner sa vie pour l'humanité,
Jésus de Nazareth. Comme les disciples, qui avaient passé en vain toute la nuit
à pécher, elle entend le Maître l'appeler à «
jeter les filets pour la pêche. » Et,
confiante en la parole de Celui qu'elle aime, elle lâche tout et se
lance dans une aventure inimaginable, au-delà des conventions habituelles,
hors de son champ de compétence.
Elle se
fait chiffonnière avec les chiffonniers. Elle plonge sans retour dans la
solidarité de destin avec ceux qui n'ont rien et que tous méprisent. Et la joie
qui l'habitait et dont elle rayonnait était certainement le signe extérieur de
ce coeur donné sans retour pour répondre à l'appel du Christ.
Mais nous devons faire un pas de plus. Faut - il
considérer l'histoire de Soeur Emmanuelle comme un prodige extraordinaire que
l'on admire avec d'autant plus de ferveur qu'on n'imagine pas qu'il puisse nous
concerner ? Est-elle un de ces héros dont on exalte la figure sans craindre
d'être nous-mêmes entraînés à les suivre ? Saint Paul nous le disait à
l'instant, l'amour est le don le plus grand qui puisse nous arriver et qui les
surpasse tous. Mais de quel amour parle-t-il ?
De l'amour que Dieu nous manifeste et qu'Il nous invite à vivre dans
nos rapports les uns avec les autres. Sans cet amour, je ne suis rien. Il
n'y a pas trente six sortes d'amour et si nous voulons progresser dans l'amour.
Il nous faut nous mettre à l'école de celles et de ceux qui en ont été habités
au point de tout donner pour le vivre. L'école de saint Vincent de Paul, du
Bienheureux Frédéric Ozanam, de Mère Térésa, de l'Abbé Pierre et de tant
d'autres qui ont passé leur vie au service des pauvres dans lesquels ils
reconnaissaient le visage du Christ qui les avait appelés. «
J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger,
j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez
accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité ;
prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25, 36).
De ces exemples nous pouvons tirer quelques
enseignements qui éclairent notre propre route.
L'amour suppose un don total de soi. Il nous entraîne à quitter les
sécurités des chemins bien balisés et surtout il nous demande de ne pas
nous laisser prendre au piège de la bonne conscience qui se nourrit du souci de
notre image. Sur Emmanuelle a utilisé sans complexe les moyens de la
communication et de la médiatisation, non pour faire la promotion de son image,
mais pour faire connaître à tous l'univers de cauchemar dans lequel vit
aujourd'hui encore une bonne partie de l'humanité.
L'amour est
un don définitif et sans retour, sinon il n'est que chimère et illusion.
Comment les enfants du Caire auraient-ils pu faire confiance à Soeur Emmanuelle
si sa présence au milieu d'eux avait été incertaine et épisodique ? Il n'y a
pas d'alliance s'il y a une échappatoire.
Enfin l'amour
est contagieux. Il est une
force
d'attraction qui embarque des complices à tout moment. Certes la
personnalité de Soeur Emmanuelle est une sorte de figure emblématique. Mais
l'authenticité du service qu'elle a accompli se manifeste dans sa capacité à
associer toutes sortes de gens à son action, telle sur Sara, une religieuse
copte orthodoxe qui poursuit aujourd'hui son oeuvre avec les chiffonniers du
Caire. Elle ne les séduisait pas pour elle-même, ni pour se donner la
satisfaction d'avoir des disciples, mais elle les enrôlait dans son armée de
miséreux parce qu'ils pouvaient y faire quelque chose d'utile pour les autres
et pour eux-mêmes.
Les vedettes n'ont
pas de successeurs, les serviteurs ont des amis qui les soutiennent et qui
développent leur oeuvre.
Notre véritable hommage à Sur Emmanuelle n'est-il pas
de tirer les leçons de son histoire d'amour avec les pauvres de ce monde ?
N'est-il pas de crier pour tous ceux qui survivent avec peine dans la
malnutrition et le manque de soins ?
N'est-il
pas de nous interroger sur le déséquilibre qui marque notre univers :
- D'un coté, l'énergie que
l'on dépense pour la richesse et le confort d'une société dont on attend
qu'elle assume tous les risques de la vie et
- De l'autre, l'insécurité
absolue sur les besoins élémentaires de l'existence : manger, boire de l'eau,
se soigner, apprendre à lire et à écrire ?
Ceux qui professent la foi chrétienne autrement
que comme une assurance supplémentaire ne doivent-ils pas être les premiers à «
avancer en eaux profondes et à jeter les
filets pour la pêche » pour que l'amour soit connu non pas seulement en
paroles, mais en acte et en vérité. Certes, les Chrétiens se mobilisent pour
vivre davantage le partage avec les pauvres de ce temps et nous en sommes
fiers. Mais nous n'oublions pas que même la générosité n'est rien si elle n'est
pas animée par l'amour. Nous ne sommes
pas
appelés seulement à donner de nos biens, nous sommes appelés à nous donner
nous-mêmes.
Soeur Emmanuelle a souhaité que ses obsèques soient
célébrées dans l'intimité de sa famille religieuse. Aurait-t-elle été très à
l'aise dans notre hommage national ? Je ne suis pas capable de répondre à sa
place, mais il y deux choses dont je suis sûr :
-
Premièrement, elle jubile certainement de voir que sa mort est une
occasion de rappeler à tous l'urgence du service des pauvres de ce monde, un
temps d'antenne supplémentaire pour ceux dont on parle si peu.
- Deuxièmement, elle voit
certainement avec joie que nous
n'essayons
pas d'expliquer sa vie en oubliant Celui qui seul lui a donné sens : Jésus de
Nazareth qui est passé parmi les hommes en faisant le bien et qui, à la
veille de sa passion, nous a donné la clef d'interprétation absolue : « il n'y
a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » C'est ce
qu'il a fait et ce qu'il fait aujourd'hui dans cette Eucharistie. C'est ce que
Soeur Emmanuelle a vécu à la suite et en compagnie de tant de disciples du
Christ. C'est ce que nous
sommes tous
appelés à vivre, car finalement sans l'amour nous ne sommes rien. L'amour seul
est digne de foi.
+André cardinal Vingt-Trois
4° « CE QUE J'AI
COMPRIS DE SOEUR EMMANUELLE"
PAR Mgr FRANCESCO FOLLO
(5)
« Notre soeur sur cette Terre, fenêtre ouverte sur le Ciel » :
Dans
son poème intitulé « Véronique », le pape Jean-Paul II écrit : «
Tu es devenue ce que tu regardais ».
L'intuition poétique du Souverain pontife exalte donc la femme qui, avec un si
grand courage, et tant de compassion, avait essuyé le visage du Christ. Ce
n'est pas seulement le linge qui porte l'image de la Sainte - Face, mais la femme
elle-même et tous ceux qui, au cours des siècles ont eu de la compassion pour
le Christ.
Compassion, au sens littéral, étymologique du terme,
c'est-à-dire «
souffrir avec », partager la passion du Christ, avec le Christ.
Pour moi, soeur Emmanuelle ressemble à Véronique. Elle a eu tellement de
compassion pour le Christ dans le pauvre, le malade, le boîteux, l'abandonné,
le moribond.
Elle a regardé le Christ et
elle a su le reconnaître dans ce visage défiguré des plus pauvres des pauvres.
Son visage était une véritable icône du Christ, une sainte icône du Christ.
Soeur
Emmanuelle a fasciné les gens parce qu'elle est devenue rayonnement du Christ.
En regardant constamment vers le Christ, en vivant en union profonde avec lui,
elle faisait rayonner l'amour divin sur ceux qui l'approchaient. C'était le
fruit de son amour pour le Christ. Elle avait dit en effet : «
Le plus beau jour de ma vie sera le jour de
ma mort, lorsque la fiancée verra enfin le visage du Fiancé ».
Enfoui dans un travail pesant et fatiguant, l'amour
ne manifeste pas toujours sa présence, car la sueur et la fatigue cachent sa
beauté, mais il se révèle souvent dans cette présence attentive qui conduit à
l'homme. Même dans la fatigue, le travail est aspiration de l'homme vers
l'homme, qui ouvre un champ d'expression à la liberté de l'homme. Mais
les mains de soeur Emmanuelle, jointes
en prière ou bien ouvertes pour soutenir la tête d'un enfant ou d'un malade
âgé,
manifestaient son coeur, son vrai
amour, le don total de soi à Dieu et à l'homme.
La grandeur de soeur Emmanuelle est qu'à 62 ans,
elle a répondu à la nouvelle vocation que le Christ lui indiquait, à travers
les suggestions d'un jeune secrétaire de nonciature apostolique au Caire, qui
l'a conduite aux chiffoniers. L'amour pur, désintéressé, est incompréhensible
pour beaucoup, parce que le désintéressement de l'amour, l'abandon, l'état de
prière, plongent la volonté dans une indifférence qui pourrait faire oublier le
bien et le mal, dans une passivité qui pourrait éloigner de l'action. Mais
l'autre extrême serait de s'affairer dans le calcul, dans l'utile, en oubliant
la quête de sens. L'amour authentique est une vertu qui conduit au bien. La
charité est la rectitude du coeur, la vertu qui ordonne l'homme au bien.
Une action ne peut être dite bonne si elle
n'est pas portée à sa plénitude par l'amour. Tout ce qui est fait par
amour, par l'amour, accomplit la Loi (cf
Rm
13, 8).
Soeur Emmanuelle a utilisé une parabole du Seigneur
parmi les plus belles et certainement aussi parmi les plus graves, qui place
tout dans la lumière de l'amour. Jésus donne une
vision du Jugement dernier où les nations et tous les hommes sont
réunis devant Dieu : un choix s'opère parmi eux, une séparation. Il y a ceux
qui sont conformes à Dieu, qui sont en mesure d'aimer Dieu, et cette capacité
d'aimer les fait entrer en possession de la vision de Dieu et pénétrer son
mystère. Et il y a ceux qui sont rejetés, incapables de supporter le regard de
Dieu, de le regarder en face pour l'aimer.
Le
jugement se fera sur l'amour que nous aurons donné à nos frères : «
J'ai eu faim, dira le Christ, et vous m'avez
donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais sans toit
et vous m'avez accueilli ; nu et vous m'avez vêtu ; malade et vous m'avez
visité ; j'étais en prison et vous êtes venus me voir ». Et la stupeur saisit ces personnes qui ont
rencontré durant leur vie ceux qui avaient faim, soif, ceux qui étaient en
prison, qui étaient nus. Elles demandent, curieuses et étonnées : «
Quand donc t'avons-nous vu ? Et le
Christ leur répond : Chaque fois que vous l'avez fait au plus petit de mes
frères, c'est à moi que vous l'avez fait ».
Soeur
Emmanuelle a guéri l'amour, a éduqué à l'amour vrai, a libéré la liberté en
montrant que le problème n'est pas de choisir, mais de reconnaître avoir été
choisi, parce que, comme saint Irénée l'enseignait, «
la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, la vie de l'homme, c'est la
vue de Dieu ».
Quand une vie, faite de la poussière des jours,
devient-elle digne de passer à l'histoire ? Quand devient-on un acteur sur la
scène du monde ? La réponse de qui n'a pas la foi serait : «
On entre dans l'histoire lorsqu'on fait de
grandes choses qui changent la vie de peuples entiers. Celui qui accomplit des
actes héroïques ». Du point de vue du sens commun, la réponse est sensée.
Mais elle ne répond pas complètement à la question parce que l'oubli peut
enfouir les faits et les personnes, comme le sable du désert des cités
entières.
Et de quelles personnes, de quels exploits
s'agit-il, si l'on n'en conserve pas la mémoire ? La réponse du chrétien est :
«
Le vrai protagoniste de l'histoire,
c'est celui qui se conforme au Christ qui a donné au temps son sens plénier
». Et l'une des
caractéristiques du
Christ quelle est-elle ? Il est
le
mendiant du coeur de l'homme et il enseigne à l'homme comment devenir un
mendiant de Lui.
La vie de
soeur Emmanuelle s'est déroulée tout
entière sous le signe de cette
recherche
de l'aumône de l'amour, qui lui a permis de faire l'expérience de la
charité de Dieu, rédemptrice et miséricordieuse.
Elle n'avait pas peur de demander pour les pauvres, elle avait
besoin de mendier, non pas seulement et non pas tant de l'argent pour aider les
pauvres, mais la charité de Dieu, pour pouvoir secourir les plus pauvres des
pauvres, en élevant vers Dieu leur humanité.
Si je devais synthétiser ce que j'ai compris de
soeur Emmanuelle, j'utiliserais la phrase de saint Augustin qui disait : «
Garde,
Seigneur, nos âmes unies pour toujours, afin qu'en ne suivant que Toi, notre
dilection devienne charité »,
Custodi,
Domine, animas nostras in perpetuo iunctas, ut Te solum sequentes in via
dilectio nostra caritas fieri posset.
3-
Ce testament a
été dévoilé par
M. Trao Nguyen, président de l'association qu'elle a fondée, « ASMAE »,
cet après midi, en la cathédrale Notre - Dame de Paris, lors de la messe de
requiem présidée par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et
président de la conférence épiscopale de France.
5-
ROME, Vendredi 24
octobre 2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Mgr
Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, a
confié à Zenit cette méditation sur l'uvre et la personnalité spirituelle de
sur Emmanuelle qui nous a quittés, presque centenaire, dans la nuit de dimanche
à lundi (cf. Zenit du 20 octobre 2008).