Pages spirituelles
LE CHRETIEN DOIT
PROMOUVOIR LE RESPECT DANS LES RELATIONS POLITIQUES
(1)
1° Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 15-21 :
Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute
Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des
partisans d'Hérode
: « Maître, lui
disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin
de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de
différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de
payer l'impôt à l'empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta :
« Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me
mettre à l'épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l'impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit :
« Cette effigie et cette légende, de qui
sont-elles ?
- De l'empereur César », répondirent-ils
.
Alors il leur dit
: « Rendez
donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
2° À César ce qui est à
César :
L'Évangile de ce dimanche se termine par une de ces phrases
lapidaires de Jésus qui ont profondément marqué l'histoire et le langage
humain : «
Rendez donc à César
ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».
Ce n'est plus : ou César ou Dieu mais l'un et l'autre, chacun à
son niveau. C'est le début de la séparation entre religion et politique,
jusqu'alors inséparables dans la vie de tous les peuples et dans tous les
régimes. Les juifs avaient l'habitude de concevoir le futur règne de Dieu
instauré par le Messie comme une
théocratie,
c'est-à-dire comme un gouvernement dirigé par Dieu sur toute la terre à travers
son peuple. Mais à présent, la parole du Christ révèle un règne de Dieu qui est
dans ce monde mais pas
de ce monde, qui se trouve sur une autre
longueur d'onde et qui peut donc coexister avec n'importe quel régime, qu'il
soit de type sacré ou « laïc ».
On découvre ainsi
deux
types de souveraineté de Dieu sur le monde, différents sur le plan
qualitatif :
-
La
souveraineté spirituelle
qui constitue le règne de Dieu et qu'il exerce directement en Jésus Christ, et
-
La
souveraineté temporelle
ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des
personnes et au jeu des causes secondaires.
Cependant, César et Dieu ne
sont pas mis sur le même plan car César
dépend lui-même de Dieu et doit lui rendre des comptes.
« Rendez à César ce qui est à César », signifie donc :
«
Rendez à César ce que Dieu
lui-même veut qu'on rende à César ». C'est
Dieu le souverain ultime de tous, y compris de César. Nous ne
sommes pas partagés entre deux appartenances ; nous ne sommes pas obligés
de servir «
deux maîtres ».
Le Chrétien est libre d'obéir à l'Etat mais aussi de lui résister quand
celui-ci s'érige contre Dieu et sa loi. Dans ce cas, rien ne sert d'invoquer le
principe de l'ordre reçu des supérieurs, comme le font les responsables de
crimes de guerre, dans les tribunaux. Avant d'obéir aux hommes, il faut en
effet obéir à Dieu et à sa propre conscience. On ne peut rendre à César notre
âme qui est à Dieu.
C'est saint Paul qui a tiré le premier les conclusions pratiques
de cet enseignement du Christ. Il écrit : «
Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point
d'autorité qui ne vienne de Dieu... Si bien que celui qui résiste à l'autorité
se rebelle contre l'ordre établi par Dieu... N'est-ce pas pour cela même que
vous payez les impôts ? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent
de par Dieu à cet office » (Rm 13, 1 ss.).
Payer honnêtement ses impôts est un devoir de justice pour un Chrétien (mais
aussi pour toute personne honnête)
et
donc un devoir de conscience. En garantissant l'ordre, le commerce et toute
une série d'autres services, l'Etat donne au citoyen une chose en échange de
laquelle il a droit à une contrepartie, pour pouvoir justement continuer à
rendre ces services.
Le Catéchisme de l'Eglise catholique nous rappelle que
lorsqu'elle atteint certaines proportions,
la fuite des capitaux est un péché mortel, comme n'importe quel autre vol
grave. C'est un
vol fait non pas à « l'Etat », c'est – à -
dire à personne,
mais à la communauté,
c'est-à-dire à tous. Ceci suppose naturellement aussi que l'Etat soit juste
et équitable dans la répartition des impôts.
La collaboration des Chrétiens à la construction d'une société
juste et pacifique ne se limite pas au paiement des impôts ; elle doit
aussi s'étendre à la promotion des valeurs communes, comme la famille, la
défense de la vie, la solidarité avec les plus pauvres, la paix. Mais les
Chrétiens devraient apporter une contribution plus importante à la politique,
d'une autre manière encore. Celle-ci ne concerne pas tant les contenus que les
méthodes, le style. Il faut ôter son venin au climat de dispute permanente,
retrouver davantage de respect, de tenue et de dignité, dans les relations
entre les partis.
Respect du prochain,
douceur, capacité d'autocritique : autant d'éléments qu'un disciple du
Christ doit apporter partout, même en politique. Il est indigne d'un
Chrétien de se laisser aller aux insultes, au sarcasme, et d'en venir aux mains
contre ses adversaires. Si, comme le disait Jésus, même celui qui traite son
frère de «
crétin »,
«
en répondra dans la géhenne de
feu », qu'en sera-t-il de nombreux hommes politiques ?
3° Commentaire du jour : Saint Antoine de Padoue
(2)
(vers 1195-1231), franciscain, docteur de l'Eglise « Fais lever sur nous la
lumière de ta face » (Ps 4,7) :
De même que cette pièce d'argent porte
l'image de César, ainsi notre âme est à l'image de la Sainte Trinité, selon
ce qui est dit dans un psaume : «
La lumière
de ta face est empreinte en nous, Seigneur » (4,7LXX)... Seigneur, la
lumière de ta face, c'est-à-dire la lumière de ta grâce qui établit en nous ton
image et nous rend semblables à toi, est empreinte en nous, c'est-à-dire
imprimée dans notre raison, qui est la plus haute puissance de notre âme et qui
reçoit cette lumière comme la cire reçoit la marque d'un sceau.
La face de Dieu, c'est notre raison ;
car de même qu'on connaît quelqu'un à son visage, ainsi Dieu nous est connu par
le miroir de la raison.
Mais cette
raison a été déformée par le péché de l'homme, car le péché rend l'homme
opposé à Dieu.
La grâce du Christ a
réparé notre raison. C'est pourquoi l'apôtre Paul dit aux Ephésiens : «
Renouvelez votre esprit » (4,23). La
lumière dont il est question dans ce psaume c'est donc la grâce, qui restaure
l'image de Dieu empreinte en notre nature...
Toute la Trinité a marqué l'homme à sa
ressemblance. Par la
mémoire, il
ressemble au Père ; par
l'intelligence,
il ressemble au Fils ; par
l'amour,
il ressemble au Saint Esprit... Lors de la création, l'homme a été fait «
à l'image et à la ressemblance de Dieu »
(Gn 1,26). Image dans la connaissance de la vérité ; ressemblance dans l'amour
de la vertu. La lumière de la face de Dieu c'est donc la grâce qui nous
justifie et qui révèle de nouveau l'image créée. Cette lumière constitue tout
le bien de l'homme, son vrai bien ; elle le marque, comme l'image de l'empereur
marque la pièce d'argent.
C'est
pourquoi le Seigneur ajoute : «
Rendez à
César ce qui est à César ». Comme s'il disait :
De même que vous rendez à César son image, ainsi rendez à Dieu votre
âme, ornée et marquée de la lumière de sa face.
1-
ROME,
Vendredi 17 octobre 2008 (
ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le
commentaire de l'Evangile du dimanche 19 octobre proposé par le père Raniero
Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.
2- Sermons pour
le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p.
249)