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ON PEUT MANQUER DE CHARITE EN FAISANT LA CHARITE !
1° >Evangile
de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 22, 34-40) :
Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche
aux sadducéens, se réunirent,
et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour
le mettre à l'épreuve
: « Maître,
dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui
répondit
: « Tu aimeras le Seigneur ton
Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand,
le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras
ton prochain comme toi-même. Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et
les Prophètes - dépend de ces deux commandements. »
2° Tu aimeras ton
prochain comme toi-même :(1)
«
Tu aimeras ton
prochain comme toi - même ». En ajoutant les mots «
comme toi -même », Jésus nous place face à un miroir devant lequel
nous ne pouvons pas mentir ; il nous donne une mesure infaillible pour
découvrir si nous aimons ou non notre prochain. Nous savons très bien, en toute
circonstance, ce que signifie nous aimer nous-mêmes et ce que nous voudrions
que les autres fassent pour nous. Si l'on fait attention, Jésus ne dit
pas : «
Fais à l'autre ce qu'il te fait
». Il s'agirait encore de la Loi du talion : «
il pour il, dent pour dent ». Il dit : «
tout
ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous
aussi », (cf.
Mt 7, 12),
ce qui est bien diffèrent.
Jésus
considérais l'amour du prochain comme «
son
commandement », celui dans lequel se résume toute la Loi. «
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les
uns les autres comme je vous ai aimés » (
Jn 15, 12). Nombreux sont ceux qui identifient tout le
christianisme avec le précepte de l'amour du prochain, et ils n'ont pas tort.
Nous devons toutefois chercher à aller au-delà.
Quand on parle d'amour pour le prochain, on pense immédiatement aux «
oeuvres » de charité, aux choses qu'il faut faire pour le prochain : lui
donner à manger, à boire, aller lui rendre visite ; en somme aider son
prochain. Mais ceci est un effet de l'amour, ce n'est pas encore de l'amour.
Avant toute l'action de bienfaisance vient
la bienveillance ; avant de faire le bien, vient la volonté de faire le bien.
La
charité doit être «
sans artifice »,
c'est-à-dire sincère (textuellement : sans feinte) (
Rm 12, 9) ;
on doit aimer « d'un coeur pur » (1
P 1, 22). On peut en effet faire la
charité et l'aumône pour de nombreuses raisons qui n'ont rien à voir avec
l'amour : pour se faire valoir, pour faire croire qu'on est un bienfaiteur,
pour gagner le paradis, et même à cause de remords de conscience. Une grande
partie de la charité que nous faisons aux pays du tiers-monde, n'est pas dictée
par l'amour, mais par le remord. En effet, nous nous rendons compte de la différence
scandaleuse qui existe entre eux et nous, et nous nous sentons responsables de
leur pauvreté. On peut manquer de charité en «
faisant la charité » !
Il
est clair que ce serait une
erreur
fatale d'opposer l'amour du coeur et la charité des faits, ou de se
réfugier dans de bonnes dispositions intérieures à l'égard des autres, pour
trouver en elles une excuse à son propre manquement de charité effective et
concrète. Si tu rencontres un pauvre qui a faim et est transi de froid, disait
saint Jacques, a quoi cela peut-il lui servir si tu lui dit : «
Mon Pauvre, va, réchauffe toi et manges
quelque chose ! », mais tu ne lui donnes rien de ce dont il a besoin ? «
Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec
des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (1
Jn 3, 18). Il ne s'agit donc pas
d'analyser les oeuvres extérieures de charité mais de
faire en sorte que leur fondement réside dans un sentiment d'amour
authentique et bienveillant.
Cette
charité du coeur ou charité intérieure est la charité que nous pouvons tous, et
toujours, exercer ; elle est universelle. Ce n'est pas une charité que certains
- les riches et les bien portants - peuvent seulement donner, et les autres -
les pauvres et les malades - seulement recevoir. Tous peuvent faire la charité
et la recevoir. En outre, elle est concrète.
Il s'agit de commencer à regarder avec des yeux nouveaux les situations
et les personnes avec qui nous vivons. Quel
regard ? Mais c'est très simple : le regard avec lequel nous voudrions que Dieu
nous voit ! Un regard d'excuse, de bienveillance, de compréhension, de
pardon ...
Quand on en arrive là, toutes les
relations changent. Comme par miracle, tous les préjugés et
toutes les marques d'hostilités qui empêchaient d'aimer une personne donnée
tombent, et celle-ci commence à apparaître pour ce qu'elle est dans la réalité
: une pauvre créature humaine qui souffre de ses faiblesses et de ses limites,
comme toi, comme nous tous. C'est comme si le masque que les hommes et les
choses ont posé sur leur visage tombait et la personne apparaissait, comme elle
est vraiment.
1-
ROME,
Vendredi 24 octobre 2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/> ) - Nous
publions ci-dessous le commentaire de l'Evangile du dimanche 26 octobre proposé
par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.