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L’ADORATION EST LA SOUMISSION EMERVEILLEE DEVANT LA
MAJESTE DE DIEU
Entretien avec le vice-président de l’association « Enfance et sainteté »
(1)
Du
26 au 30 octobre, « Enfance et sainteté » organise un colloque à
Paray-le-Monial. Celui-ci sera placé sous le patronage du cardinal Saraiva
Martins, préfet émérite de la Congrégation pour les causes des saints.
Zenit - Quel est le
prochain thème du colloque « Enfance et Sainteté ? »
Père Guilmard - « Enfance et
Sainteté » a été créée pour promouvoir la sainteté des enfants, en mettant en
premier lieu la formation doctrinale des parents et éducateurs, ainsi que
l'usage des sacrements et la prière d'adoration. Nous avons donc choisi cette
année comme thème l'invitation du psaume 94 «
Venez, adorons-Le », afin de proposer des enseignements sur «
l'adoration et le sens du sacré ».
Zenit - On emploie souvent le mot « adoration »,
mais au fond qu'est-ce qu'il signifie ?
Père Guilmard - Au sens premier, il
s'agit d'une
grande prostration où
la tête va jusqu'au sol. C'est la soumission entière. Au sens spirituel,
l'adoration est la «
soumission émerveillée devant la Majesté de
Dieu ». Le sens du sacré est l'ouverture foncière de l'être humain à la
dimension transcendante de Dieu. «
Dieu
seul est Saint. Dieu seul est le Très-Haut. ».
Zenit - Comment
rattachez-vous ce thème à la sainteté des enfants ?
Père Guilmard - La
sainteté est un
don de Dieu, qui
transforme
l'âme de l'homme lorsque celui-ci accueille sans réserve la grâce. Le
saint, c'est un
homme que l'Esprit Saint
fait ressembler de plus en plus au Fils de Dieu, et dont les actes rendent
gloire à Dieu. Or, la révérence filiale à l'égard Dieu est le point de départ
de l'accueil de la grâce, elle est le ferment continuel de la vie spirituelle,
et elle est l'achèvement au ciel de la sainteté. Il n'y a pas de sainteté sans
adoration. L'adoration est, à la fois, un effet de la sainteté et l'une de ses
causes. Voilà ce qu'il faut proposer aux enfants.
Zenit - L'adoration
est donc toujours actuelle ?
Père Guilmard - Oui, redisons-le.
Pour tout homme, l'adoration est le premier devoir dès son enfance, l'objectif
de sa vie sur terre et le but au ciel. Mais, alors que la société contemporaine
évacue, volontairement ou non, les marques de la présence du transcendant, il
est urgent de placer la Majesté de Dieu devant le regard des enfants et de leur
parents ; il y a urgence de l'adoration. Il
convient de rappeler que l'homme est une créature de Dieu, une créature
rachetée, et qu'il ne peut être pleinement lui-même s'il ne reconnaît pas
la seigneurie de Dieu.
Cette soumission,
qui reconnaît la grandeur de Dieu et de sa miséricorde, procure une joie
profonde qui dilate le coeur. L'homme grandit et atteint le bonheur, en se
soumettant à Dieu. C'est le contraire de l'orgueil.
Zenit - Le contraire
de l'orgueil, c'est l'humilité
Père Guilmard - Oui, l'humilité
convient exactement à la créature en face de son Créateur. Elle consiste à se
mettre à sa place devant Dieu et devant les autres ; elle débouche sur
l'adoration. Mais, le Chrétien qui connaît sa faiblesse, sait aussi d'où vient
sa force. De sorte que, selon la magnifique spiritualité de sainte Thérèse de
l'Enfant -Jésus,
l'humilité, loin d'être
débilitante, nous dynamise et suscite en nous une audacieuse confiance.
Un exposé traitera de cette vertu.
Zenit - Vous parlez du
chrétien, mais tout le monde n'est pas chrétien ...
Père Guilmard
- Dieu existe, et il est notre maître et notre sauveur, même si nous ne le
savons pas, même si nous nous disons sans dieu. L'adoration est un devoir pour
tout homme. C'est la charge des missionnaires et de ceux qui portent l'Évangile
de conduire tout homme à l'adoration. C'est pourquoi un prêtre des Missions
Étrangères de Paris (qui fêtent cette année leur 350e anniversaire) nous montrera
que la mission est un service ecclésial en vue de l'adoration. Dieu envoie ses
apôtres porter l'Évangile pour « que la grâce, se multipliant, fasse abonder
l'action de grâces chez un plus grand nombre, à la gloire de Dieu (2 Co 4, 15).
Il n'y a pas de sainteté sans esprit
missionnaire,
et la mission n'existe
qu'en vue de la sainteté des hommes et de l'adoration à l'égard de Dieu.
Zenit - Il existe des
non - Chrétiens qui adorent leur Dieu. Quel est le propre de l'adoration
chrétienne ?
Père Guilmard - D'une part, le
Chrétien prétend (à juste titre) adorer le
vrai Dieu, et d'autre part il le fait de manière trinitaire. Le Chrétien
adore chacune des Trois Personnes de la Trinité, et son adoration du Père se
fait par le Christ dans l'Esprit - Saint. Bien plus, le Chrétien, ainsi que
l'explique saint Jean de la Croix, participe effectivement aux processions
divines. Enfin
le Chrétien adore dans
l'Église.
Zenit - C'est la
liturgie ?
Père Guilmard - Oui,
l'adoration du Chrétien se rattache
toujours à la liturgie. C'est pourquoi il y aura une conférence sur ce
point. En effet, la liturgie, en particulier la Messe, est l'acte le plus élevé
de l'adoration : le Christ s'unit à toute l'Église pour rendre gloire à Dieu
son Père.
La liturgie donne sa valeur à
notre adoration ; elle nous fait adorer « en esprit et en vérité ». Elle
est l'occasion d'accéder au sacré et d'entrer dans la sainteté de Dieu, puisque
la liturgie est à la fois don de la grâce et pédagogie du sacré. La
participation aux grandes doxologies de la liturgie et à ses
Gloria Patri est la meilleure adoration
et, en même temps, la meilleure pédagogie de l'adoration, de la sainteté et de
la vie trinitaire. Dans la liturgie, le Chrétien se trouve au contact de
réalités sacrées, de personnes, de gestes, de vêtements, de temps, de lieux
sacrés etc.
Zenit - Vous parlez
d'objets sacrés, quel est le rôle des choses dans l'adoration ?
Père Guilmard - L'homme est comme le
grand prêtre de l'univers, et il fait remonter au Créateur la louange que
chaque chose rend à Dieu par son existence même, en ce sens que chaque chose
manifeste sa grandeur. Un philosophe, Thibaud Collin, nous expliquera comment
la Sagesse du philosophe doit donner à tous le sens du réel tel qu'il a été
créé par Dieu et où se trouve sa divine image.
La sagesse des philosophes donne un fondement solide à la sagesse des
saints.
Zenit - Les saints
sont-ils les meilleurs adorateurs ?
Père Guilmard -
C'est d'abord Notre Seigneur, lui qui,
comme homme, priait son Père. Ensuite, nous avons les
anges et les saints, spécialement
Marie dont nous parlera Mgr Cattenoz. Le Père de Langalerie nous
montrera la Sainte Vierge enseignant aux enfants l'adoration durant les
apparitions à Pontmain, à l'Ile Bouchard, etc. Elle l'a très bien fait.
Zenit - Pourquoi
est-ce Marie qui nous enseigne le mieux l'adoration ?
Père Guilmard -
Marie a montré à son fils, l'Enfant -
Jésus, comment adorer ; elle, dont l'être immaculé ignore l'impureté qui
ternit la prière, sert aussi de modèle pour l'Église. Mais d'une manière générale,
la femme est « génératrice de l'intériorité ». Mme Lucienne Sallé, qui a
travaillé au service du Saint - Siège, nous dira que la femme est le coeur du
mystère du foyer chrétien, puisqu'elle est le réceptacle de l'amour ; elle est
responsable de la sainteté du mariage par sa fidélité. Par son attachement à
son mari, elle révèle à ses enfants la dignité de leur père ; elle soude la
famille et prépare ainsi les enfants à connaître vraiment le Père par
excellence, celui des cieux.
Zenit - La
famille a-t-elle un mission envers l'adoration ?
Père Guilmard - Certainement,
puisque
la famille est une petite église
(ecclesiola). Mme Alméras, la présidente de notre Association, parlera
précisément de l'adoration en famille.
La
famille a la charge d'enseigner aux enfants à « vivre en présence de Dieu ». L'enfance est un temps privilégié
pour apprendre à adorer, et l'on constate que les petits aiment rester
longtemps en adoration devant le Saint-Sacrement. Un enfant m'écrivait
récemment ceci : Priez pour que j'aime davantage Jésus.
Zenit - La Bible
contient beaucoup d'exemples d'adoration.
Père Guilmard - Le père Florian
Racine, dont le ministère comprend la mise en place dans les paroisses de
l'adoration eucharistique permanente, nous parlera de l'adoration dans la
Bible. Sa conférence se situera exactement dans la ligne du synode des évêques
sur la Parole de Dieu.
Dès l'ancien
Testament, les psaumes disent que les cieux racontent la gloire de Dieu :
d'une certaine manière, la nature donne l'exemple aux hommes. C'est pourquoi le
respect de la création et de la vie est un hommage au Créateur.
Ensuite, Dieu a envoyé son Fils dans notre
chair en vue de sa gloire (cf.
Jn
17). Une fois arrivé à l'âge adulte,
Jésus
se mit à enseigner l'adoration « en
esprit et vérité ». Lui-même a prié son Père et, après l'Ascension, il
nous a
envoyé l'Esprit qui adore en nos
coeurs. Depuis sa naissance, la vie de Jésus est marquée par des épisodes
où il est l'objet d'adoration : les
bergers,
les mages, les anges surtout. L'apôtre saint Thomas, huit jours après la
Résurrection, déclare publiquement la divinité de Jésus. Le Nouveau Testament
annonce le retour de Jésus dans la gloire, et la soumission de toutes choses au
Fils qui se soumettra lui-même à son Père. Ce sera la grande liturgie du ciel,
qui commence ici-bas dans les églises de pierre.
Zenit - Et les enfants
dans tout cela ?
Père Guilmard - Le Père Daniel-Ange
témoignera de l'adoration chez les enfants qu'il a rencontrés. Mgr Labaky
racontera comme les enfants libanais ont su, à travers les dures épreuves de la
guerre, purifier et approfondir le sens du sacré.
Zenit - Et dans la pratique que feront les enfants
durant ce colloque ?
Père Guilmard - Pour tous, il y
aura une Procession du Saint-Sacrement, des Vêpres avec salut, et l'adoration
permanente. Bien sûr, on expliquera aux parents comment ils peuvent organiser
des temps d'adoration pour leurs enfants (et ceux des autres). Mais durant les
enseignements réservés aux adultes, les enfants groupés selon leur âge participeront
à une retraite où l'encadrement sera assuré par des parents, des religieux et
des religieuses.
Zenit - Quels rapports
voyez-vous entre la vie consacrée et l'adoration ?
Père Guilmard - Les
consacrés ont le « ministère de l'adoration
», ainsi que nous le dira un carme, le père Jean-Marcel de la Divine
Enfance. La vie consacrée comporte un ministère - service (
lectio divina et office divin) pour la gloire de Dieu et le salut
du monde, puisque les consacrés louent Dieu dans la liturgie en utilisant sa Parole
méditée dans la
lectio divina.
Il faut cultiver chez les enfants le goût
de la vie consacrée (même si tous, bien sûr, ne seront pas religieux).
Zenit - Quel est le
lien entre Paray – Le - Monial et le thème de l'adoration ?
Père Guilmard - Cette ville est le
sanctuaire de l'adoration, puisque toute adoration passe par le Coeur Sacré de
Jésus, ainsi que nous l'expliquera le père Edouard Marot, recteur du
sanctuaire. Parler du «
sens du sacré
», c'est parler de l'habitude de «
vivre
en présence de Dieu ». Paray - le - monial est un lieu béni où l'on sent
cette présence. Mgr Rivière, évêque d'Autun, présidera la messe d'ouverture.
Zenit - En résumé,
quel est le plus important pour vous ?
Père Guilmard - Rappeler que la
sainteté des enfants passe par la
soumission émerveillée devant la Majesté de Dieu, de sorte que les enfants
soient (avec leurs parents) pour Dieu « une vivante offrande à la louange de sa
gloire », selon l'expression de la Prière eucharistique 4, empruntée à saint
Paul.
Contacts,
site : www.enfanceetsaintete.org <http://www.enfanceetsaintete.org/>
Inscriptions : colloque2008@enfanceetsaintete.org
. Ainsi serons-nous au
coeur de la Parole. Ainsi serons-nous sauvés.
(1)
ROME, Mercredi 8 octobre
2008 (ZENIT.org <http://www.zenit.org/>
) - Il est urgent de redécouvrir l'adoration, qui est la « soumission
émerveillée devant la Majesté de Dieu » et il faut la proposer aux enfants car
« il n'y a pas de sainteté sans adoration ». C'est ce qu'affirme dans cet
entretien le père Jacques-Marie Guilmard, vice-président de l'association «
Enfance et sainteté ».