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BENOIT XVI A LOURDES : 14 SEPTEMBRE 2008
1° HOMÉLIE DE LA MESSE DU 14 SEPTEMBRE 2008 (1)
Messieurs les Cardinaux,
Cher Monseigneur Perrier, Chers Frères dans l'Épiscopat et le Sacerdoce, Chers
pèlerins, frères et soeurs,
Allez dire aux prêtres qu'on vienne ici
en procession et qu'on y bâtisse une chapelle ». C'est le message qu'en ces
lieux Bernadette a reçu de la « belle Dame » qui lui apparut le 2 mars 1858. Depuis 150
ans, les pèlerins n'ont jamais cessé de venir à la grotte de Massabielle pour
entendre le message de conversion et d'espérance qui leur est adressé. Et nous
aussi,
nous voici ce matin aux pieds de
Marie, la Vierge Immaculée, pour nous mettre à son école avec la petite
Bernadette. >
Je remercie particulièrement
Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour l'accueil chaleureux
qu'il m'a réservé et pour les paroles aimables qu'il m'a adressées. Je salue
les Cardinaux, les Évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les
religieuses, ainsi que vous tous, chers pèlerins de Lourdes, en particulier les
malades. Vous êtes venus en grand nombre accomplir ce pèlerinage jubilaire avec
moi et confier vos familles, vos proches et vos amis, et toutes vos intentions
à Notre Dame. Ma gratitude va aussi aux Autorités civiles et militaires qui ont
voulu être présentes à cette célébration eucharistique .
Quelle grande chose que de posséder la
Croix ! Celui qui la possède, possède un trésor », a dit Saint André de
Crète (
Homélie X pour l'Exaltation de la
Croix,
PG 97, 1020). En ce jour
où la liturgie de l'Église célèbre la fête de
l'Exaltation de la sainte Croix, l'Évangile nous rappelle la
signification de ce grand mystère : Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son
Fils unique, pour que les hommes soient sauvés (cf.
Jn 3, 16). Le Fils de Dieu s'est fait vulnérable, prenant la
condition de serviteur, obéissant jusqu'à la mort et la mort sur une croix (cf.
Ph 2, 8). C'est par sa Croix que nous
sommes sauvés. L'instrument de supplice qui manifesta, le Vendredi-Saint, le
jugement de Dieu sur le monde, est devenu source de vie, de pardon, de
miséricorde, signe de réconciliation et de paix. «
Pour être guéris du péché, regardons le Christ crucifié ! » disait
saint Augustin (
Traités sur St Jean,
XII, 11).
En levant les yeux vers le
Crucifié, nous adorons Celui qui est venu enlever le péché du monde et nous
donner la vie éternelle. Et l'Église nous invite à élever avec fierté cette
Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu'où est allé l'amour du
Crucifié pour les hommes, pour nous les hommes. Elle nous invite à rendre grâce
à Dieu parce que d'un arbre qui apportait la mort, a surgi à nouveau la vie.
C'est sur ce bois que Jésus nous révèle sa
souveraine majesté, nous révèle qu'Il est exalté dans la gloire. Oui, «
Venez, adorons-le ! ». Au milieu de nous
se trouve Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, Celui qui
invite tout être humain à s'approcher de lui avec confiance. >
C'est
ce grand mystère que Marie nous confie aussi ce matin en nous invitant à nous
tourner vers son Fils. En effet, il est significatif que,
lors de la première apparition à Bernadette, c'est par le signe de la
Croix que Marie débute sa rencontre. Plus qu'un simple signe, c'est une
initiation aux mystères de la foi que Bernadette reçoit de Marie
. Le signe de la Croix est en quelque sorte
la synthèse de notre foi, car il nous dit combien Dieu nous a aimés ; il
nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort
que nos faiblesses et nos péchés.
La
puissance de l'amour est plus forte que le mal qui nous menace. C'est ce
mystère de l'universalité de l'amour de Dieu pour les hommes que Marie est
venue rappeler ici, à Lourdes. Elle invite tous les hommes de bonne volonté,
tous ceux qui souffrent dans leur coeur ou dans leur corps, à
lever les yeux vers la Croix de Jésus pour
y trouver la source de la vie, la source du salut. >
L'Église
a reçu la mission de montrer à tous ce visage aimant de Dieu manifesté en
Jésus-Christ.
Saurons-nous comprendre
que dans le Crucifié du Golgotha
c'est notre dignité d'enfants de Dieu, ternie par le péché, qui nous est rendue
? Tournons nos regards vers le Christ. C'est Lui qui nous rendra libres pour
aimer comme il nous aime et pour construire un monde réconcilié. Car, sur
cette Croix, Jésus a pris sur lui le poids de toutes les souffrances et des
injustices de notre humanité. Il a porté les humiliations et les
discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant
de nos frères et de nos soeurs par amour du Christ. Nous les confions à Marie,
mère de Jésus et notre mère, présente au pied de la Croix. >
Pour
accueillir dans nos vies cette Croix glorieuse, la célébration du jubilé des
apparitions de Notre - Dame à Lourdes nous fait entrer dans une démarche de foi
et de conversion.
Aujourd'hui, Marie
vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d'un renouveau de la vie
de nos communautés et de chacun de nous. En accueillant son Fils, qu'elle
nous présente, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut
retrouver une vigueur nouvelle, où l'Église peut se fortifier pour proclamer
avec toujours plus d'audace le mystère du Christ. Jésus, né de Marie, est le
Fils de Dieu, l'unique Sauveur de tous les hommes, vivant et agissant dans son
Église et dans le monde. L'Église est envoyée partout dans le monde pour
proclamer cet unique message et inviter les hommes à l'accueillir par une
authentique conversion du coeur. Cette mission, qui a été confiée par Jésus à
ses disciples, reçoit ici, à l'occasion de ce jubilé, un souffle nouveau. Qu'à
la suite des grands évangélisateurs de votre pays, l'esprit missionnaire qui a
animé tant d'hommes et de femmes de France, au cours des siècles, soit encore
votre fierté et votre engagement ! >
En
suivant le parcours jubilaire sur les pas de Bernadette, l'essentiel du message
de Lourdes nous est rappelé. Bernadette est l'aînée d'une famille très pauvre,
qui ne possède ni savoir ni pouvoir, faible de santé. Marie l'a choisie pour
transmettre son message de conversion, de prière et de pénitence, conformément à
la parole de Jésus : «
Ce que tu as caché
aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits » (
Mt 11, 25). Dans leur cheminement
spirituel, les Chrétiens sont appelés eux aussi à faire fructifier la grâce de
leur Baptême, à se nourrir de l'Eucharistie, à puiser dans la prière la force
pour témoigner et être solidaires avec tous leurs frères en humanité (cf.
Hommage à la Vierge Marie, Place
d'Espagne, 8 décembre 2007). C'est donc une véritable catéchèse qui nous est
ainsi proposée, sous le regard de Marie.
Laissons-la
nous instruire et nous guider sur le chemin qui conduit au Royaume de son Fils
! >
En
poursuivant sa catéchèse, la «
belle Dame
» révèle son nom à Bernadette : «
Je
suis l'Immaculée Conception ». Marie lui dévoile ainsi la grâce extraordinaire
qu'elle a reçue de Dieu, celle d'avoir été conçue sans péché, car «
il s'est penché sur son humble servante »
(cf.
Lc 1, 48).
Marie est cette femme de notre terre qui s'est remise entièrement à
Dieu et qui a reçu le privilège de donner la vie humaine à son Fils éternel.
«
Voici la servante du Seigneur ; que
tout se passe en moi selon ta parole » (
Lc
1, 38). Elle est la beauté transfigurée, l'image de l'humanité nouvelle. En
se présentant ainsi dans une totale dépendance de Dieu, Marie exprime en réalité
une attitude de pleine liberté, fondée sur l'entière reconnaissance de sa
véritable dignité. Ce privilège nous concerne nous aussi, car
il nous dévoile notre propre dignité
d'hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l'espérance,
une espérance qui nous permet d'affronter notre vie quotidienne. C'est la route
que Marie ouvre aussi à l'homme.
S'en
remettre pleinement à Dieu, c'est trouver le chemin de la liberté véritable.
Car, en se tournant vers Dieu, l'homme devient lui-même. Il retrouve sa
vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance. >
Chers
Frères et Soeurs, la
vocation première
du sanctuaire de Lourdes est d'être un lieu de rencontre avec Dieu dans la
prière et un lieu de service des frères, notamment par l'accueil des
malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent.
En ce lieu, Marie vient à nous comme la
mère, toujours disponible aux besoins de ses enfants. À travers la lumière
qui émane de son visage, c'est la miséricorde de Dieu qui transparaît.
Laissons-nous toucher par son regard qui nous dit que nous sommes tous aimés de
Dieu et jamais abandonnés par Lui !
Marie
vient nous rappeler ici que la prière, intense et humble, confiante et
persévérante, doit avoir une place centrale dans notre vie chrétienne. La
prière est indispensable pour accueillir la force du Christ. «
Celui qui prie ne perd pas son temps, même
si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à
l'action » (
Deus caritas est, n.
36)
. Se laisser absorber par les
activités risque de faire perdre à la prière sa spécificité chrétienne et sa
véritable efficacité. La prière du Rosaire, si chère à Bernadette et aux
pèlerins de Lourdes, concentre en elle la profondeur du message évangélique.
Elle nous introduit à la contemplation du visage du Christ. Dans cette prière
des humbles, nous pouvons puiser d'abondantes grâces. >
La
présence des jeunes à Lourdes est aussi une réalité importante. Chers amis, ici
présents ce matin, réunis autour de la croix de la Journée mondiale de la
Jeunesse, lorsque Marie a reçu la visite de l'ange, c'était une jeune fille de
Nazareth qui menait la vie simple et courageuse des femmes de son village. Et
si le regard de Dieu s'est posé de façon
particulière sur elle, en lui faisant confiance, Marie peut vous dire encore
qu'aucun de vous n'est indifférent à Dieu. Il pose Son regard aimant sur
chacun de vous et vous appelle à une vie heureuse et pleine de sens. Ne vous
laissez pas rebuter par les difficultés ! Marie fut troublée à l'annonce de
l'ange venu lui dire qu'elle serait La Mère du Sauveur. Elle ressentait combien
elle était faible face à la toute-puissance de Dieu. Pourtant, elle a dit « oui
» sans hésiter. Et grâce à son oui, le salut est entré dans le monde, changeant
ainsi l'histoire de l'humanité. À votre tour, chers jeunes, n'ayez pas peur de
dire oui aux appels du Seigneur, lorsqu'Il vous invite à marcher à sa suite.
Répondez généreusement au Seigneur ! Lui seul peut combler les aspirations les
plus profondes de votre coeur. Vous êtes nombreux à venir à Lourdes pour un
service attentif et généreux auprès des malades ou d'autres pèlerins, en vous
mettant ainsi à suivre le Christ serviteur
.
Le service des frères et des soeurs ouvre le coeur et rend disponible. Dans
le silence de la prière, que Marie soit votre confidente, elle qui a su parler
à Bernadette en la respectant et en lui faisant confiance. Que Marie aide ceux
qui sont appelés au mariage à découvrir la beauté d'un amour véritable et
profond, vécu comme don réciproque et fidèle ! À ceux, parmi vous, que le
Seigneur appelle à sa suite dans la vocation sacerdotale ou religieuse, je
voudrais redire tout le bonheur qu'il y a à donner totalement sa vie pour le
service de Dieu et des hommes. Que les familles et les communautés chrétiennes
soient des lieux où puissent naître et s'épanouir de solides vocations au
service de l'Église et du monde ! >
Le
message de
Marie est un message
d'espérance pour tous les hommes et pour toutes les femmes de notre temps, de
quelque pays qu'ils soient. J'aime à invoquer Marie comme
étoile de l'espérance (
Spe
salvi, n. 50).
Sur les chemins de
nos vies, si souvent sombres, elle est une lumière d'espérance qui nous éclaire
et nous oriente dans notre marche. Par son oui, par le don généreux
d'elle-même, elle a ouvert à Dieu les portes de notre monde et de notre
histoire. Et elle nous invite à vivre comme elle dans une espérance invincible,
refusant d'entendre ceux qui prétendent que nous sommes enfermés dans la
fatalité. Elle nous accompagne de sa présence maternelle au milieu des
événements de la vie des personnes, des familles et des nations. Heureux les
hommes et les femmes qui mettent leur confiance en Celui qui, au moment
d'offrir sa vie pour notre salut, nous a donné sa Mère pour qu'elle soit notre
Mère ! >
Chers
Frères et Soeurs, sur cette terre de France, la Mère du Seigneur est vénérée en
d'innombrables sanctuaires, qui manifestent ainsi la foi transmise de
générations en générations. Célébrée en son Assomption, elle est la patronne
bien-aimée de votre pays. Qu'elle soit toujours honorée avec ferveur dans
chacune de vos familles, dans vos communautés religieuses et dans vos paroisses
! Que Marie veille sur tous les habitants de votre beau pays et sur les
pèlerins venus nombreux d'autres pays célébrer ce jubilé ! Qu'elle soit pour
tous la Mère qui entoure ses enfants dans les joies comme dans les épreuves !
Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère,
enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le
chemin vers le règne de ton Fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous et
conduis-nous sur notre route ! (cf.
Spe
salvi, n. 50)
. Amen.
2° Angélus du dimanche 14 septembre (depuis Lourdes)>
(2)
Chers Pèlerins, Chers frères et soeurs ! >
Chaque
jour, la
prière de l'Angelus nous offre la p
ossibilité
de méditer quelques instants, au plein milieu de nos activités,
sur le mystère de l'Incarnation du Fils de
Dieu. À midi, alors que les premières heures du jour commencent déjà à
faire peser sur nous leur poids de fatigue, notre disponibilité et notre
générosité sont renouvelées par la contemplation du ‘
oui' de Marie. Ce ‘
oui'
limpide et sans réserve s'enracine dans le mystère de la liberté de Marie,
liberté pleine et entière devant Dieu, dégagée de toute complicité avec le
péché, grâce au privilège de son Immaculée Conception. >
Ce
privilège concédé à Marie, qui la distingue de notre condition commune, ne
l'éloigne pas, mais au contraire la rapproche de nous.
Alors que le péché divise, nous éloigne les uns des autres, la pureté
de Marie la rend infiniment proche de nos coeurs, attentive à chacun de
nous et désireuse de notre vrai bien. Vous le voyez ici à Lourdes, comme dans
tous les sanctuaires mariaux, des foules immenses accourent aux pieds de Marie
pour lui confier ce que chacun a de plus intime, ce qui lui tient
particulièrement à coeur. Ce que, par gêne ou par pudeur, beaucoup n'osent
parfois pas confier même à leurs proches, ils le confient à Celle qui est la
toute pure, à son Coeur immaculé : avec simplicité, sans fard, en vérité. Devant
Marie, en vertu même de sa pureté, l'homme n'hésite pas à se montrer dans sa
faiblesse, à livrer ses questions et ses doutes, à formuler ses espérances et
ses désirs les plus secrets.
L'amour
maternel de la Vierge Marie désarme tout orgueil ; il rend
l'homme capable de se regarder tel qu'il
est et il lui inspire le désir de se
convertir pour rendre gloire à Dieu.
Marie nous montre ainsi la juste manière
d'avancer vers le Seigneur . Elle nous apprend à nous approcher de
lui
dans la vérité et la simplicité.
Grâce à elle, nous découvrons que la foi chrétienne n'est pas un poids, mais
elle est comme une aile qui nous permet de voler plus haut pour nous réfugier
entre les bras de Dieu.
La
vie et la foi du peuple des croyants manifestent que la grâce de l'Immaculée
Conception faite à Marie n'est pas seulement une grâce personnelle, mais elle
est pour tous. Elle est une grâce faite au peuple de Dieu tout entier.
En Marie, l'Église peut déjà contempler ce
qu'elle est appelée à devenir. Chaque croyant peut dès à présent contempler
l'accomplissement parfait de sa propre vocation. Puisse chacun de nous demeurer
toujours dans l'action de grâce pour ce que le Seigneur a voulu révéler de son
plan de salut à travers le mystère de Marie. Mystère dans lequel nous sommes
impliqués de la plus belle des manières, puisque du haut de la Croix, que nous
fêtons et que nous exaltons aujourd'hui, il nous est révélé, de la bouche même
de Jésus, que sa Mère est notre mère. En tant que fils et filles de Marie, nous
profitons de toutes les grâces qui lui ont été faites, et la dignité
incomparable que lui procure sa Conception Immaculée rejaillit sur nous, ses
enfants. >
Ici,
tout près de la grotte, et en communion particulière avec tous les pèlerins
présents dans les sanctuaires mariaux et avec tous les malades de corps et
d'âme qui cherchent réconfort, nous bénissons le Seigneur pour la présence de
Marie au milieu de son peuple. Nous adressons avec foi notre prière : «
Sainte Marie, toi qui t'es montrée ici, il y
a cent cinquante ans, à la jeune Bernadette, tu `es la vraie fontaine
d'espérance' » (Dante,
Le
Paradis, XXXIII,12). >
Pèlerins
confiants, nous venons, de tous les horizons, encore une fois puiser la foi et
le réconfort, la joie et l'amour, la sécurité et la paix, à la source de ton Coeur
immaculé. ‘
Monstra Te esse Matrem'.
Montre-toi comme une Mère pour tous, e du monde ! Amen ». >
3° DISCOURS DE BENOIT
XVI AUX EVEQUES DE FRANCE REUNIS A LOURDES (3)
Messieurs les
Cardinaux, Très chers Frères dans l'Épiscopat ! >
<
C'est
la
première fois depuis le début de mon
Pontificat que j'ai la joie de vous rencontrer tous ensemble. Je salue
cordialement votre Président, le Cardinal André Vingt-Trois, et je le remercie
des paroles profondes qu'il m'a adressées en votre nom. Je salue aussi avec
plaisir les Vice - Présidents ainsi que le Secrétaire Général et ses
collaborateurs. Je salue chaleureusement chacun de vous, mes Frères dans
l'Épiscopat, qui êtes venus des quatre coins de France et d'Outre-mer. J'inclus
également Mgr François Garnier, Archevêque de Cambrai, qui célèbre aujourd'hui
à Valenciennes le Millénaire de Notre - Dame du Saint - Cordon. >
Je
me réjouis d'être parmi vous ce soir dans cet hémicycle «
Sainte Bernadette », qui est le lieu ordinaire de vos prières et de
vos rencontres, lieu où vous exposez vos soucis et vos espérances, et lieu de
vos discussions et de vos réflexions. Cette salle est située à un endroit
privilégié près de la grotte et des basiliques mariales. Certes, les visites
ad limina vous font rencontrer
régulièrement le Successeur de Pierre à Rome, mais ce moment, que nous vivons,
nous est donné comme une grâce pour réaffirmer les liens étroits qui nous
unissent dans
le partage du même sacerdoce directement issu de celui du Christ rédempteur. Je
vous encourage à continuer à travailler dans l'unité et la confiance, en pleine
communion avec Pierre qui est venu pour raffermir votre foi. Bien nombreuses,
vous l'avez dit, Eminence, sont actuellement vos et nos préoccupations ! Je
sais que vous avez à coeur de travailler dans le nouveau cadre défini par la
réorganisation de la carte des provinces ecclésiastiques, et je m'en réjouis
vivement. Je voudrais profiter de cette occasion pour réfléchir avec vous sur
quelques thèmes que je sais être au centre de votre attention. >
L'Église
- Une, Sainte, Catholique et Apostolique - vous a enfantés par le Baptême. Elle
vous a appelés à son service ; vous lui avez donné votre vie, d'abord comme
diacres et prêtres, puis comme évêques.
Je
vous exprime toute mon estime pour ce don de vos personnes : malgré
l'ampleur de la tâche, que ne vient pas diminuer l'honneur qu'elle comporte -
honor, onus ! - vous accomplissez avec
fidélité et humilité la triple tâche qui est la vôtre : enseigner, gouverner,
sanctifier suivant la Constitution
Lumen
Gentium (nn. 25-28) et le décret
Christus
Dominus. Successeurs des Apôtres,
vous
représentez le Christ à la tête des diocèses qui vous ont été confiés et
vous vous efforcez d'y réaliser le portrait de l'Évêque tracé par saint Paul
.Vous avez à grandir sans cesse dans cette voie, afin d'être toujours plus «
hospitaliers, amis du bien, pondérés,
justes, pieux, maîtres de vous, attachés à l'enseignement sûr, conformes à la
doctrine »(cf.
Tt 1, 8-9) comme
dit saint Paul dans la Lettre à Tite.
Le
peuple chrétien doit vous considérer avec affection et respect. Dès les
origines, la tradition chrétienne a insisté sur ce point : «
Tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ,
ceux-là sont avec l'Évêque », disait saint Ignace d'Antioche (
Aux Philad. 3, 2), qui ajoutait encore :
«
celui que le maître de maison envoie
pour administrer sa maison, il faut que nous le recevions comme celui-là même
qui l'a envoyé » (
Aux Eph. 6, 1).
Votre mission, spirituelle surtout,
consiste donc à créer les conditions nécessaires pour que les fidèles puissent,
pour citer de nouveau saint Ignace
« chanter d'une seule voix par Jésus-Christ un
hymne au Père » (
Ibid. 4, 2) et faire ainsi de leur vie
une offrande à Dieu. >
Vous
êtes à juste titre convaincus que, pour faire grandir en chaque baptisé le goût
de Dieu et la compréhension du sens de la vie, la
catéchèse est d'une importance fondamentale. Les deux instruments
principaux dont vous disposez, le
Catéchisme
de l'Église catholique et le
Catéchisme
des Évêques de France constituent de précieux atouts. Ils donnent de la foi
catholique une synthèse harmonieuse et permettent d'annoncer l'Évangile dans
une fidélité réelle à sa richesse.
La
catéchèse n'est pas d'abord affaire de méthode, mais de contenu, comme
l'indique son nom même : il s'agit d'une saisie organique (
kat-echein) de l'ensemble de la révélation chrétienne, apte à
mettre à la disposition des intelligences et des coeurs la Parole de Celui qui
a donné sa vie pour nous. De cette manière,
la catéchèse fait retentir au coeur de chaque être humain un unique
appel sans cesse renouvelé: «
Suis-moi
» (
Mt 9, 9)
. Une soigneuse préparation des catéchistes permettra la
transmission intégrale de la foi, à l'exemple de saint Paul, le plus grand
catéchiste de tous les temps, vers lequel nous regardons avec une admiration
particulière en ce bimillénaire de sa naissance. Au milieu des soucis
apostoliques, il exhortait ainsi : «
Un
temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide, mais, au gré de
leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur
démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la Vérité pour se
tourner vers des récits mythologiques » (
2 Tm 4, 3-4)
. Conscients
du grand réalisme de ses prévisions, avec humilité et persévérance vous vous
efforcez de correspondre à ses recommandations : «
Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps ... avec une
grande patience et avec le souci d'instruire » (
2 Tm 4, 2). >
Pour réaliser efficacement cette tâche,
vous avez besoin de collaborateurs Jn 11,
28). Je voudrais remercier chaleureusement et encourager toutes les familles,
toutes les paroisses, toutes les communautés chrétiennes et tous les mouvements
d'Église qui sont la bonne terre qui donne le bon fruit (cf.
Mt 13, 8) des vocations. Dans ce
contexte, je ne veux pas omettre d'exprimer ma reconnaissance pour les
innombrables prières de vrais disciples du Christ et de son Église. Il y a
parmi eux des prêtres, des religieux et religieuses, des personnes âgées ou des
malades, des prisonniers aussi, qui durant des décennies ont fait monter vers
Dieu leurs supplications pour accomplir le commandement de Jésus : «
Priez donc le maître de la moisson d'envoyer
des ouvriers pour sa moisson » (
Mt 9,
38)
. L'Évêque et les communautés de
fidèles doivent, pour ce qui les concerne, favoriser et accueillir les
vocations sacerdotales et religieuses, en s'appuyant sur la grâce que donne
l'Esprit Saint pour opérer le discernement nécessaire.
Oui, très chers Frères dans l'épiscopat, continuez à appeler au
sacerdoce et à la vie religieuse, tout comme Pierre a lancé ses filets sur
l'ordre du Maître, alors qu'il avait passé la nuit à pêcher sans rien prendre
(cf.
Lc 5, 5)
.
On
ne dira jamais assez que
le sacerdoce
est indispensable à l'Église, dans l'intérêt même du laïcat. Les prêtres
sont un don de Dieu pour l'Église. Les prêtres ne peuvent déléguer leurs
fonctions aux fidèles en ce qui concerne leurs missions propres. Chers Frères
dans l'épiscopat, je vous invite à rester soucieux d'aider vos prêtres à vivre
dans une union intime avec le Christ. Leur vie spirituelle est le fondement de
leur vie apostolique. Vous les exhorterez avec douceur à la prière quotidienne
et à la célébration digne des Sacrements, surtout de l'Eucharistie et de la
Réconciliation, comme le faisait saint François de Sales pour ses prêtres.
Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux
de servir l'Église. À l'école du curé d'Ars, fils de votre terre et patron
de tous les curés du monde, ne cessez pas de redire qu'un homme ne peut rien
faire de plus grand que de donner aux fidèles le corps et le sang du Christ, et
de pardonner les péchés. Cherchez à
être
attentifs à leur formation humaine, intellectuelle et spirituelle et à leurs
moyens d'existence. Essayez, malgré le poids de vos lourdes occupations, de
les rencontrer régulièrement et sachez les recevoir comme des frères et des
amis (cf.
LG 28 et
CPE 16). Les prêtres ont besoin de votre
affection, de votre encouragement et de votre sollicitude.
Soyez proches d'eux et ayez une attention particulière pour ceux qui
sont en difficulté, malades ou âgés (cf.
CPE 16). N'oubliez pas qu'ils sont comme le dit le Concile Vatican
II, reprenant la superbe expression utilisée par saint Ignace d'Antioche aux
Magnésiens, «
la couronne spirituelle de
l'Évêque » (
LG 41). >
Le
culte liturgique est l'expression
suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement
catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers
Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à
préciser, dans le
Motu proprio Summorum
Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne
la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962)
que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont
déjà vu le jour, et j'espère que l'indispensable pacification des esprits est,
grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les
vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable,
à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du
Christ ne se déchire pas davantage.
Nul
n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir
chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en
perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les
Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de
la confiance qu'Il nous fait.
Efforçons-nous
donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! >
Quels
sont les autres domaines qui requièrent une plus grande attention ? Les
réponses peuvent différer d'un diocèse à l'autre, mais il y a certainement un
problème qui apparaît partout d'une urgence particulière : c'est la
situation de la famille. Nous savons
que le couple et la famille affrontent aujourd'hui de vraies bourrasques. Les
paroles de l'évangéliste à propos de la barque dans la tempête au milieu du lac
peuvent s'appliquer à la famille : «
Les
vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait » (
Mc 4, 37). Les facteurs qui ont amené
cette crise sont bien connus, et je ne m'attarderai donc pas à les énumérer.
Depuis plusieurs décennies, des lois ont relativisé en différents pays sa
nature de cellule primordiale de la société. Souvent, elles cherchent plus à
s'adapter aux moeurs et aux revendications de personnes ou de groupes
particuliers, qu'à promouvoir le bien commun de la société. L'union stable d'un
homme et d'une femme, ordonnée à la construction d'un bonheur terrestre grâce à
la naissance d'enfants donnés par Dieu, n'est plus, dans l'esprit de certains,
le modèle auquel l'engagement conjugal se réfère. Cependant l'expérience
enseigne que
la famille est le socle sur
lequel repose toute la société. De plus, le Chrétien sait que la famille
est aussi la cellule vivante de l'Église.
Plus
la famille sera imprégnée de l'esprit et des valeurs de l'Évangile, plus
l'Église elle-même en sera enrichie et répondra mieux à sa vocation.
D'ailleurs je connais et j'encourage vivement les efforts que vous faites afin
d'apporter votre soutien aux différentes associations qui oeuvrent pour aider
les familles. Vous avez raison de maintenir, même à contre-courant, les
principes qui font la force et la grandeur du Sacrement de mariage. L'Église
veut rester indéfectiblement fidèle au mandat que lui a confié son Fondateur,
notre Maître et Seigneur Jésus-Christ. Elle ne cesse de répéter avec Lui : «
Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare
pas ! » (
Mt 19, 6). L'Église ne
s'est pas donné cette mission : elle l'a reçue. Certes, personne ne peut nier
l'existence d'épreuves, parfois très douloureuses, que traversent certains
foyers. Il faudra accompagner ces foyers en difficulté, les aider à comprendre
la grandeur du mariage, et les encourager à ne pas relativiser la volonté de
Dieu et les lois de vie qu'Il nous a données. Une question particulièrement
douloureuse, nous le savons, est celle des divorcés remariés. L'Église, qui ne
peut s'opposer à la volonté du Christ, maintient fermement le principe de
l'indissolubilité du mariage, tout en entourant de la plus grande affection
ceux et celles qui, pour de multiples raisons, ne parviennent pas à le
respecter. On ne peut donc admettre les initiatives qui visent à bénir des
unions illégitimes. L'Exhortation apostolique
Familiaris consortio a indiqué le chemin ouvert par une pensée
respectueuse de la vérité et de la charité. >
Les jeunes ,
je le sais bien, chers Frères, sont au centre de vos préoccupations. Vous leur
consacrez beaucoup de temps, et vous avez raison. Ainsi que vous avez pu le
constater, je viens d'en rencontrer une multitude à Sydney, au cours de la
Journée Mondiale de la Jeunesse. J'ai apprécié leur enthousiasme et leur
capacité de se consacrer à la prière. Tout en vivant dans un monde qui les
courtise et qui flatte leurs bas instincts, portant, eux aussi, le poids bien
lourd d'héritages difficiles à assumer, les jeunes conservent une fraîcheur
d'âme qui a fait mon admiration. J'ai fait appel à leur sens des
responsabilités en les invitant à s'appuyer toujours sur la vocation que Dieu
leur a donnée au jour de leur Baptême. «
Notre
force, c'est ce que le Christ veut de nous », disait le Cardinal Jean-Marie
Lustiger. Au cours de son premier voyage en France, mon vénéré Prédécesseur
avait fait entendre aux jeunes de votre pays un discours qui n'a rien perdu de
son actualité et qui avait alors reçu un accueil d'une ferveur inoubliable. «
La permissivité morale ne rend pas l'homme
heureux », avait-il proclamé au Parc-des-Princes, sous des tonnerres
d'applaudissements. Le bon sens qui inspirait la saine réaction de son
auditoire n'est pas mort. Je prie l'Esprit Saint de parler au coeur de tous les
fidèles et, plus généralement, de tous vos compatriotes, afin
de leur donner - ou de leur rendre - le goût d'une vie menée selon les critères d'un
bonheur véritable. >
À
l'Élysée, j'ai évoqué l'autre jour l'originalité de la situation française que
le Saint - Siège désire respecter. Je suis convaincu, en effet, que les Nations
ne doivent jamais accepter de voir disparaître ce qui fait leur identité
propre. Dans une famille, les différents membres ont beau avoir le même père et
la même mère, ils ne sont pas des individus indifférenciés, mais bien des
personnes avec leur propre singularité. Il en va de même pour les pays, qui
doivent veiller à préserver et développer leur culture propre, sans jamais la
laisser absorber par d'autres ou se noyer dans une terne uniformité. «
La Nation est en effet, pour reprendre
les termes du Pape Jean-Paul II,
la
grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout,
précisément, par la culture. La Nation existe "par" la culture et
"pour" la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes
pour qu'ils puissent "être davantage" dans la communauté »
(Discours à l'UNESCO, 2 juin 1980, n. 14). Dans cette perspective,
la mise en évidence des racines chrétiennes
de la France permettra à chacun des habitants de ce Pays de mieux comprendre
d'où il vient et où il va. Par conséquent, dans le cadre institutionnel
existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur, il faudrait trouver
une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs
fondamentales sur lesquelles s'est construite l'identité de la Nation. Votre
Président en a évoqué la possibilité. Les présupposés sociopolitiques d'une
antique méfiance, ou même d'hostilité, s'évanouissent peu à peu. L'Église ne
revendique pas la place de l'État. Elle ne veut pas se substituer à lui. Elle
est une société basée sur des convictions, qui se sait responsable du tout et
ne peut se limiter à elle-même. Elle parle avec liberté, et dialogue avec
autant de liberté dans le seul désir d'arriver à la construction de la liberté
commune.
Une saine collaboration entre
la Communauté politique et l'Église, réalisée dans la conscience et le
respect de l'indépendance et l'autonomie de chacune dans son propre domaine,
est un service rendu à l'homme, ordonné à son épanouissement personnel et
social. De nombreux points, prémices d'autres qui s'y ajouteront selon les
nécessités, ont déjà été examinés et résolus au sein de l' «
Instance de Dialogue entre l'Église et
l'État ». En vertu de sa mission propre et au nom du Saint - Siège, le
Nonce Apostolique y siège naturellement, lui qui est appelé à suivre activement
la vie de l'Église et sa situation dans la société. >
Comme
vous le savez, mes prédécesseurs, le bienheureux Jean XXIII, ancien Nonce à
Paris, et le Pape Paul VI, ont voulu des Secrétariats qui sont devenus, en
1988, le Conseil
Pontifical pour la
promotion de l'Unité des Chrétiens et le Conseil Pontifical pour le Dialogue
Interreligieux. S'y ajoutèrent très vite la Commission pour les Rapports
Religieux avec le Judaïsme et la Commission pour les Rapports Religieux avec
les Musulmans. Ces structures sont en quelque sorte la reconnaissance
institutionnelle et conciliaire des innombrables initiatives et réalisations
antérieures. Des commissions ou conseils similaires se trouvent d'ailleurs dans
votre Conférence Épiscopale et dans vos Diocèses. Leur existence et leur
fonctionnement démontrent la volonté de l'Église d'aller de l'avant (...) dans
le dialogue bilatéral. La récente Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour
le Dialogue Interreligieux a mis en évidence que le dialogue authentique
demande comme conditions fondamentales une bonne formation pour ceux qui le
promeuvent, et un discernement éclairé pour avancer peu à peu dans la
découverte de la Vérité. L'objectif des dialogues oecuménique et
interreligieux, différents naturellement dans leur nature et leur finalité
respective, est la recherche et l'approfondissement de la Vérité. Il s'agit
donc d'une tâche noble et obligatoire pour tout homme de foi, car le Christ
lui-même est la Vérité.
La construction
des ponts entre les grandes traditions ecclésiales chrétiennes et le dialogue
avec les autres traditions religieuses, exigent un réel effort de connaissance
réciproque, car l'ignorance détruit plus qu'elle ne construit. Par ailleurs,
il n'y a que la Vérité qui permette de vivre authentiquement le double
Commandement de l'Amour que nous a laissé Notre Sauveur. Certes, il faut suivre
avec attention les différentes initiatives entreprises et discerner celles qui
favorisent la connaissance et le respect réciproques, ainsi que la promotion du
dialogue, et éviter celles qui conduisent à des impasses.
La bonne volonté ne suffit pas. Je crois qu'il est bon de commencer par
l'écoute, puis de passer à la
discussion théologique pour arriver enfin au témoignage et à l'annonce de la
foi elle - même (cf.
Note doctrinale
sur certains aspects de l'évangélisation, n. 12, 3 décembre 2007). Puisse
l'Esprit Saint vous donner le discernement qui doit caractériser tout Pasteur !
Saint Paul recommande : «
Discernez la
valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ! » (
1 Th 5, 21). La société globalisée, pluriculturelle et pluri -
religieuse dans laquelle nous vivons, est une opportunité que nous donne le
Seigneur de proclamer la Vérité et d'exercer l'Amour afin d'atteindre tout être
humain sans distinction, même au-delà des limites de l'Église visible. >
L'année
qui a précédé mon élection au Siège de Pierre, j'ai eu la joie de venir dans
votre pays pour y présider les
cérémonies
commémoratives du soixantième anniversaire du débarquement en Normandie.
Rarement comme alors, j'ai senti l'attachement des fils et des filles de France
à la terre de leurs aïeux. La France célébrait alors sa libération temporelle,
au terme d'une guerre cruelle qui avait fait de nombreuses victimes.
Aujourd'hui, c'est surtout en vue d'une véritable libération spirituelle qu'il
convient d'oeuvrer.
L'homme a toujours
besoin d'être libéré de ses peurs et de ses péchés. L'homme doit sans cesse
apprendre ou réapprendre que Dieu n'est pas son ennemi, mais son Créateur plein
de bonté. L'homme a besoin de savoir que sa vie a un sens et qu'il est attendu,
au terme de son séjour sur la terre, pour partager à jamais la gloire du Christ
dans les cieux. Votre mission est d'amener la portion du Peuple de Dieu confiée
à vos soins à la reconnaissance de ce terme glorieux. Veuillez trouver ici
l'expression de mon admiration et de ma gratitude pour tout ce que vous faites
afin d'aller en ce sens. Veuillez être assurés de ma prière quotidienne pour chacun
de vous. Veuillez croire que je ne cesse de demander au Seigneur et à sa Mère
de vous guider sur votre route. >
Avec
joie et émotion, je vous confie, très chers Frères dans l'Épiscopat, à Notre
Dame de Lourdes et à sainte Bernadette. La puissance de Dieu s'est toujours
déployée dans la faiblesse. L'Esprit Saint a toujours lavé ce qui était
souillé, abreuvé ce qui était sec, redressé ce qui était déformé. Le Christ
Sauveur, qui a bien voulu faire de nous les instruments de la communication de
son amour aux hommes, ne cessera jamais de vous faire grandir dans la foi,
l'espérance et la charité, pour vous donner la joie d'amener à Lui un nombre
croissant d'hommes et de femmes de notre temps. En vous confiant à sa force de
Rédempteur, je vous donne à tous et de tout coeur une affectueuse Bénédiction
Apostolique. Merci.
4° MEDITATION DE
BENOIT XVI À LA FIN DE LA PROCESSION EUCHARISTIQUE (4)
Seigneur Jésus, tu es
là ! Et vous, mes frères, mes soeurs, mes amis, Vous êtes là, avec moi, devant
Lui ! >
Seigneur,
voici deux mille ans, tu as accepté de monter sur une Croix d'infamie pour
ensuite ressusciter et demeurer à jamais avec nous (...) tes frères, tes soeurs
! >
Et vous, mes frères, mes
soeurs, mes amis,
Vous acceptez de vous
laisser saisir par Lui. Nous Le contemplons. Nous L'adorons. Nous L'aimons.
Nous cherchons à l'aimer davantage.
Nous
contemplons Celui qui, au cours de son repas pascal, a donné son Corps
et son Sang à ses disciples, pour être avec eux «
tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (
Mt 28, 20).
Nous adorons Celui qui est au principe et au terme de notre foi,
Celui sans qui nous ne serions pas là ce soir, Celui sans qui nous ne serions
pas du tout, Celui sans qui rien ne serait, rien, absolument rien ! Lui, par
qui «
tout a été fait » (
Jn 1,
3), Lui en qui nous avons été créés, pour l'éternité, Lui qui nous
a donné son propre Corps et son propre Sang,
Il est là, ce soir, devant nous, offert à nos regards.
Nous aimons - et nous cherchons à aimer davantage - Celui qui est
là, devant nous, offert à nos regards, à nos questions peut-être, à notre
amour.
Que nous marchions - ou que
nous soyons cloués sur un lit de souffrance, que nous marchions dans la joie -
ou que nous soyons dans le désert de l'âme (cf.
Nb 21, 5),
Seigneur,
prends-nous tous dans ton Amour. Dans l'Amour infini, qui est éternellement
Celui du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, celui du Père et du Fils
pour l'Esprit, et de l'Esprit pour le Père et pour le Fils.
L'Hostie Sainte exposée à nos
yeux dit cette Puissance infinie de l'Amour manifestée sur la Croix glorieuse.
L'Hostie Sainte nous dit l'incroyable
abaissement de Celui qui s'est fait pauvre pour nous faire riches de Lui,
Celui qui a accepté de tout perdre pour nous gagner à son Père. L'Hostie Sainte
est le
Sacrement vivant, efficace de la
présence éternelle du Sauveur des hommes à son Église.
Mes frères, mes soeurs, mes
amis,
Acceptons, acceptez de vous offrir à Celui qui nous a tout donné,
qui est venu non pour juger le monde, mais pour le sauver (cf.
Jn 3, 17),
acceptez de reconnaître la présence agissante en vos vies de Celui qui
est ici présent, exposé à nos regards. Acceptez de Lui offrir vos propres
vies!
Marie, la Vierge sainte, Marie, l'Immaculée Conception,
a accepté, voici deux mille ans, de tout
donner, d'offrir son corps pour accueillir le Corps du Créateur. Tout est
venu du Christ, même Marie ; tout est venu par Marie, même le Christ. Marie, la
Vierge sainte, est avec nous ce soir, devant le Corps de son Fils, cent
cinquante ans après s'être révélée à la petite Bernadette.
Vierge sainte, aidez-nous à contempler, aidez-nous à adorer, aidez-nous
à aimer, à aimer davantage Celui qui nous a tant aimés, pour vivre
éternellement avec Lui.
Une foule immense de témoins est invisiblement présente à nos côtés,
tout près de cette grotte bénie et devant cette église voulue par la Vierge
Marie. La foule de tous ceux et de toutes celles qui ont contemplé, vénéré,
adoré, la présence réelle de Celui qui s'est donné à nous jusqu'à sa dernière
goutte de sang ; la foule de tous ceux et de toutes celles qui ont passé des
heures à L'adorer dans le Très Saint Sacrement de l'autel.
Ce soir, nous ne les voyons
pas, mais nous les entendons qui nous disent, à chacun et à chacune d'entre
nous : «
Viens, laisse-toi appeler par le
Maître ! Il est là ! Il t'appelle (cf. Jn 11, 28) ! Il veut prendre ta vie et
l'unir à la sienne. Laisse-toi saisir par Lui. Ne regarde plus tes blessures,
regarde les siennes. Ne regarde pas ce qui te sépare encore de Lui et des
autres ; regarde l'infinie distance qu'Il a abolie en prenant ta chair, en
montant sur la Croix que Lui ont préparée les hommes et en se laissant mettre à
mort pour te montrer son amour. Dans ses blessures, Il te prend ; dans ses
blessures, II t'y cache (...), ne te refuse pas à son Amour ! ».
La foule immense de témoins qui
s'est laissée saisir par son Amour, c'est la
foule des saints du ciel qui ne cessent d'intercéder pour nous. Ils
étaient pécheurs et le savaient, mais ils ont accepté de ne pas regarder leurs
blessures et de ne plus regarder que les blessures de leur Seigneur, pour y
découvrir la gloire de la Croix, pour y découvrir la victoire de la Vie sur la
mort. Saint Pierre-Julien Eymard nous dit tout, lorsqu'il s'écrie : «
La sainte Eucharistie, c'est Jésus - Christ
passé, présent et futur » (
Sermons
et instructions paroissiales d'après 1856, 4-2,1. De la méditation)
.
Jésus-Christ passé, dans la
vérité historique de la soirée au cénacle, où nous ramène toute célébration de
la sainte Messe. Jésus-Christ présent, parce qu'il nous dit : «
Prenez et mangez-en tous, ceci est mon
corps, ceci est mon sang ». « Ceci EST », au présent, ici et maintenant,
comme dans tous les ici et maintenant de l'histoire des hommes.
Présence réelle, présence qui dépasse nos
pauvres lèvres, nos pauvres coeurs, nos pauvres pensées. Présence offerte à
nos regards comme ici, ce soir, près de cette grotte où Marie s'est révélée
comme l'Immaculée Conception.
L'Eucharistie
est aussi Jésus-Christ futur, Jésus-Christ à venir. Lorsque nous
contemplons l'Hostie Sainte, son Corps de gloire transfiguré et ressuscité,
nous contemplons ce que nous contemplerons dans l'éternité, en y découvrant le
monde entier porté par son Créateur à chaque seconde de son histoire. Chaque
fois que nous Le mangeons, mais aussi chaque fois que nous Le contemplons, nous
L'annonçons, jusqu'à ce qu'Il revienne, «
donec
veniat ». C'est pourquoi nous Le recevons avec un infini respect.
Certains parmi nous ne peuvent pas ou ne peuvent pas encore Le recevoir
dans le Sacrement, mais ils
peuvent Le
contempler avec foi et amour, et exprimer le désir de pouvoir s'unir à Lui.
C'est un désir qui a une grande valeur aux yeux de Dieu. Ceux-ci attendent son
retour avec plus d'ardeur ; Ils attendent Jésus-Christ à venir. Lorsqu'une amie
de Bernadette lui posa la question le lendemain de sa première communion : «
De quoi as-tu été la plus heureuse : de la
première communion ou des apparitions ? », Et Bernadette répondit : «
Ce sont deux choses qui vont ensemble, mais
ne peuvent être comparées - J'ai été heureuse dans les deux » (
Emmanuélite Estrade, 4 juin 1858). Et
son curé témoignait à l'Évêque de Tarbes au sujet de sa première communion : «
Bernadette fut d'un grand recueillement,
d'une attention qui ne laissait rien à désirer ... Elle apparaissait bien pénétrée
de l'action sainte qu'elle faisait. Tout se développe en elle d'une façon
étonnante ».
Avec
Pierre-Julien Eymard et avec Bernadette, nous invoquons le
témoignage de tant et tant de saints et de saintes qui ont eu pour la sainte
Eucharistie le plus grand amour. Nicolas Cabasilas s'écrie et nous dit ce soir
: «
Si le Christ demeure en nous, de quoi
avons-nous besoin ? Que nous manque-t-il ? Si nous demeurons en Christ, que
pouvons-nous désirer de plus ? Il est notre hôte et notre demeure. Heureux
sommes-nous d'être Sa maison ! Quelle joie d'être nous-mêmes la demeure d'un
tel habitant ! » (La vie en Jésus-Christ, IV, 6).
Le bienheureux
Charles de Foucauld est né en 1858,
l'année même des apparitions de Lourdes. Non loin de son corps raidi par la
mort, se trouvait, comme le grain de blé jeté à terre, la lunule contenant le
Saint-Sacrement que frère Charles adorait chaque jour durant de longues heures.
Le Père de Foucauld nous livre la prière de l'intime de son coeur, une prière
adressée à notre Père, mais qu'avec Jésus nous pouvons en toute vérité faire
nôtre devant la Sainte Hostie: «
`Mon
Père, je remets mon esprit entre Vos mains'. C'est la dernière prière de notre
Maître, de notre Bien - Aimé... Puisse-t-elle être la nôtre, et qu'elle soit
non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants.
Mon Père, je me remets entre vos mains ; mon Père, je me confie à vous. Mon
Père, je m'abandonne à Vous ; mon Père, faites de moi ce qu'il Vous plaira ;
quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie. Merci de tout ; je suis prêt à
tout, j'accepte tout ; je Vous remercie de tout. Pourvu que Votre volonté se
fasse en moi, mon Dieu, pourvu que Votre volonté se fasse en toutes Vos
créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre coeur aime. Je ne désire
rien d'autre, mon Dieu ; je remets mon âme entre Vos mains. Je Vous la donne,
mon Dieu, avec tout l'amour de mon coeur, parce que je Vous aime, et que ce
m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre entre Vos mains, sans
mesure, avec une infinie confiance, car Vous êtes mon Père » (