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HOMELIE DE BENOIT XVI POUR L‚INAUGURATION DU SYNODE SUR LA
PAROLE
Vénérés frères dans
l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et
soeurs,
La première Lecture, tirée du livre du prophète Isaïe,
tout comme la page de l'Evangile selon Matthieu, ont proposé à notre assemblée
liturgique une image
allégorique
suggestive de l'Ecriture Sainte: l'image de
la vigne, dont nous avons déjà entendu parler les dimanches
précédents. La péricope initiale du récit évangélique fait référence au
«cantique de la vigne» que nous trouvons dans Isaïe. Il s'agit d'un chant situé
dans le contexte automnal de la vendange: un petit chef-d'oeuvre de la poésie
juive. Il devait être très familier aux auditeurs de Jésus et à partir duquel,
ainsi qu'à partir d'autres références des prophètes (cf.
Os 10, 1;
Jr 2, 21;
Ez 17, 3-10; 19, 10-14;
Ps 79, 9-17), on comprenait bien que la
vigne désignait Israël.
À sa vigne, au
peuple qu'il s'est choisi, Dieu réserve les mêmes soins qu'un époux fidèle prodigue à son épouse (Cf.
Ez 16, 1-14;
Ep 5, 25-33).
L'image
de la vigne, avec celle des noces, décrit donc le projet divin du salut, et se
présente comme une allégorie touchante de l'alliance de Dieu avec son peuple.
Dans l'Evangile,
Jésus reprend le cantique d'Isaïe, mais l'adapte à ses auditeurs et
à la nouvelle heure de l'histoire du salut.
L'accent n'est pas tant mis sur la vigne que sur les vignerons,
auxquels les «
serviteurs» du maître
demandent, en son nom, le loyer du terrain. Mais les serviteurs sont maltraités
et même tués. Comment ne pas penser aux épreuves du peuple élu et au sort
réservé aux prophètes envoyés par Dieu?
À
la fin, le propriétaire de la vigne fait une dernière tentative: il envoie son
propre fils, convaincu que lui, au moins, ils l'écouteront. C'est le contraire
qui arrive: les vignerons le tuent justement parce qu'il est le fils, autrement
dit l'héritier, convaincus de pouvoir ainsi prendre facilement possession de la
vigne. Nous assistons donc à un saut de qualité par rapport à l'accusation de
violation de la justice sociale, telle qu'elle émerge du cantique d'Isaïe. Nous
voyons clairement ici
comment le mépris
pour l'ordre donné par le maître se transforme en mépris envers lui: ce
n'est pas la simple désobéissance à un précepte divin, c'est le
véritable rejet de Dieu: apparaît le
mystère de la Croix.
Ce
que dénonce la page évangélique interpelle notre manière de penser et d'agir.
Elle n'évoque pas seulement l'«
heure»
du Christ, du mystère de la Croix à ce moment-là, mais aussi celui de la
présence de la Croix dans tous les temps. Elle interpelle, d'une manière
particulière, les peuples qui ont reçu l'annonce de l'Evangile. Si nous
regardons l'histoire, nous sommes obligés de noter assez fréquemment la
froideur et la rébellion de chrétiens incohérents. Suite à cela, Dieu, même
s'il ne manque jamais à sa promesse de salut, a souvent dû recourir au
châtiment. On pense spontanément, dans ce contexte, à la première annonce de
l'Evangile, de laquelle surgiront des communautés chrétiennes d'abord
fleurissantes, qui ont ensuite disparu et ne sont plus rappelées aujourd'hui
que dans les livres d'histoire. Ne pourrait-il pas advenir de même à notre
époque? Des nations, un temps riches de foi et de vocations, perdent désormais
leur identité propre, sous l'influence délétère et destructive d'une certaine
culture moderne. On y trouve celui qui, ayant décidé que «
Dieu est mort», se déclare «
dieu»
lui-même, et se considère le seul artisan de son propre destin, le propriétaire
absolu du monde.
En se débarrassant de Dieu et en n'attendant
pas de Lui son salut, l'homme croit pouvoir faire ce qui lui plaît
et se présenter comme seule mesure de lui-même et de sa propre action. Mais,
quand l'homme élimine Dieu de son propre
horizon, qu'il déclare Dieu «mort», est-il vraiment plus heureux? Devient
- il vraiment plus libre? Quand les hommes se proclament propriétaires
absolus d'eux-mêmes et uniques maîtres de la création, peuvent-ils vraiment
construire une société où règnent la liberté, la justice et la paix?
N'arrive-t-il pas plutôt - comme nous le démontre amplement la chronique
quotidienne - que s'étendent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes,
l'injustice et l'exploitation, la violence dans chacune de ses expressions? Le
point d'arrivée, à la fin, est que l'homme se retrouve plus seul et la société
plus divisée et confuse.
Mais les paroles de Jésus contiennent une
promesse: la vigne ne sera pas détruite. Alors qu'il
abandonne à leur destin les vignerons infidèles,
le maître ne se détache pas de sa vigne et la confie à d'autres
serviteurs fidèles. Ceci indique que, si dans certaines régions la foi
s'affaiblit jusqu'à s'éteindre, il y aura toujours d'autres peuples prêts à
l'accueillir. C'est justement pour cela que Jésus, alors qu'il cite le Psaume
117 [118]: «
La pierre qu'ont rejetée les
bâtisseurs est devenue la tête de l'angle» (v.22), assure que sa mort ne
sera pas la défaite de Dieu. Une fois tué, Il ne restera pas dans la tombe, au
contraire, et celle qui semblait justement être une défaite totale, marquera le
début d'une nouvelle victoire.
À sa
passion douloureuse et à sa mort sur la croix succédera la gloire de sa
résurrection. La vigne continuera alors à produire du raisin et sera louée
par le maître «à d'autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur
temps» (
Mt 21, 41).
L'image
de la vigne, avec ses implications morales, doctrinales et spirituelles,
reviendra dans le discours de la Dernière Cène, lorsque, prenant congé des
Apôtres, le Seigneur dira: «
Je suis la
vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte
pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde,
pour qu'il porte encore plus de fruit» (
Jn
15, 1-2).
À partir de l'événement pascal,
l'histoire du salut connaîtra donc un
tournant décisif, et en seront protagonistes ces
«autres vignerons» qui,
greffés comme bourgeons choisis sur le Christ, véritable vigne, porteront
des fruits abondants de vie éternelle (cf. Prière lors de la Collecte). Nous
faisons partie, nous aussi, de ces «
vignerons»,
greffés au Christ qui veut devenir lui-même la «vraie vigne».
Prions
pour que le Seigneur, qui nous donne son sang et qui se donne Lui-même dans
l'Eucharistie, nous aide à «
porter du
fruit» pour la vie éternelle et pour notre temps.
Le
message réconfortant que nous recueillons de ces textes bibliques est la
certitude que le mal et la mort n'ont pas le dernier mot, mais que c'est le
Christ qui gagne à la fin. Toujours! L'Église ne se lasse pas de proclamer
cette Bonne Nouvelle, comme cela arrive aujourd'hui aussi, dans cette Basilique
dédiée à l'Apôtre des Nations qui, le premier, diffusa l'Evangile dans de
vastes régions de l'Asie mineure et de l'Europe. Nous renouvellerons de manière
significative cette annonce durant la XIIème assemblée générale ordinaire du synode
des évêques, qui a pour thème: «
La Parole
de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise». Je voudrais ici vous saluer
tous avec une affection cordiale, vénérables pères synodaux, ainsi que tous
ceux qui prennent part à cette rencontre comme experts, auditeurs et invités
spéciaux. Je suis en outre heureux d'accueillir les délégués fraternels des
autres Eglises et communautés ecclésiales. Au secrétaire général du synode des
évêques et à ses collaborateurs va l'expression de la reconnaissance de tous
pour l'important travail réalisé au cours de ces derniers mois, ainsi que mes
meilleurs voeux pour le travail qui les attend durant les prochaines
semaines.
Quand Dieu parle, il sollicite toujours
une réponse; son action salvifique requiert la coopération
humaine; son amour attend quelque chose en retour. Que ne se réalise jamais,
chers frères et surs, ce que dit le texte biblique à propos de la vigne: «
Il attendait de beaux raisins: elle donna
des raisins sauvages» (cf.
Is 5,
2).
Seule la Parole de Dieu peut changer
profondément le coeur de l'homme, et il est alors important que chaque
croyant et chaque communauté entrent dans une intimité toujours plus grande
avec elle. L'assemblée synodale concentrera son attention sur cette vérité
fondamentale pour la vie et la mission de l'Eglise.
Se nourrir de la Parole de Dieu est pour elle le devoir premier et
fondamental. En effet, si l'annonce de l'Evangile constitue sa raison
d'être et sa mission, il est indispensable que l'Eglise connaisse et vive ce
qu'elle annonce, afin que sa prédication soit crédible, en dépit des faiblesses
et des pauvretés des hommes qui la composent. Nous savons, en outre, que
l'annonce de la Parole, à l'école du Christ, a pour contenu le Royaume de Dieu
(cf.
Mc 1, 14-15), mais le Royaume de
Dieu est la personne même de Jésus, qui à travers ses paroles et ses
oeuvres offre le salut aux hommes de tous les temps. À cet égard, la
considération de saint Jérôme est intéressante: «
Celui qui ne connaît pas les Ecritures, ne connaît pas la puissance de
Dieu ni sa sagesse. Ignorer les Ecritures signifie ignorer le Christ»
(Prologue au commentaire du prophète Isaïe: PL 24, 17).
En
cette Année paulinienne, nous entendrons résonner avec une urgence particulière
le cri de l'apôtre des nations: «
Oui,
malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile» (1
Co 9, 16); un cri qui pour chaque chrétien devient une invitation
insistante à se mettre au service du Christ. «
La moisson est abondante» (Mt 9, 37), répète également aujourd'hui
le Divin Maître «
Nombreux sont ceux
qui ne L'ont pas encore rencontré et qui sont dans l'attente de la première
annonce de son Evangile; d'autres, tout en ayant reçu une formation chrétienne,
se sont affaiblis dans l'enthousiasme et gardent un contact seulement
superficiel avec la Parole de Dieu; d'autres encore se sont éloignés de la
pratique de la foi et ont besoin d'une nouvelle évangélisation ».
Enfin, les personnes aux sentiments droits qui se posent des questions
essentielles sur le sens de la vie et de la mort, questions auxquelles seul le
Christ peut donner des réponses satisfaisantes ne manquent pas. Il devient
alors
indispensable pour les Chrétiens
de tous les continents d'être prêts à répondre à quiconque demande raison de
l'espérance qui est en eux (cf. 1 P 3, 15), annonçant avec joie la Parole
de Dieu et vivant l'Evangile sans aucun compromis.
Vénérés
et chers frères, que le Seigneur nous aide à nous interroger ensemble, au cours
des prochaines semaines de travaux synodaux, sur la manière de rendre toujours
plus efficace l'annonce de l'Evangile à notre époque. Nous percevons tous
combien il est nécessaire de mettre au centre de notre vie la Parole de Dieu,
d'accueillir le Christ comme notre unique Rédempteur, en tant que Royaume de
Dieu en personne, afin que sa lumière éclaire tous les domaines de l'humanité:
de la famille, de l'école, de la culture, du travail, des loisirs et des autres
secteurs de la société et de notre vie. En participant à la
célébration eucharistique, nous
percevons toujours
le lien étroit qui
existe entre l'annonce de la Parole de Dieu et le Sacrifice eucharistique:
c'est ce même Mystère qui est offert à notre contemplation. Voilà pourquoi «
L'Eglise - comme le Concile Vatican II le
met en lumière - a toujours vénéré les divines Ecritures, comme elle l'a toujours
fait pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la
sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et
sur celle du Corps du Christ, pour l'offrir aux fidèles». Justement, le
Concile conclut: «
De même l'Eglise reçoit
un accroissement de vie par la fréquentation assidue du mystère eucharistique,
ainsi peut-on espérer qu'un renouveau de vie spirituelle jaillira d'une
vénération croissante pour la parole de Dieu, qui "demeure à jamais"»
(Dei Verbum, 21.26).
Que
le Seigneur nous concède de nous
approcher
avec foi de la double table de la Parole et du Corps et du Sang du Christ.
Que la Sainte Vierge nous obtienne ce don, elle qui «
conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son coeur»
(Lc 2, 19). Que ce soit elle qui nous apprenne à écouter les Ecritures et à les
méditer dans un processus intérieur de maturation, qui ne sépare jamais
l'intelligence du coeur. Que les Saints viennent à notre aide, en particulier
l'apôtre Paul, qu'au cours de cette année nous découvrons toujours plus comme
témoin intrépide et héraut de la Parole de Dieu. Amen!
1-
ROME, Lundi 6 octobre
2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît
XVI a prononcée dimanche 5 octobre au cours de la célébration eucharistique
d'inauguration du synode de la Parole de Dieu, en la basilique
Saint-Paul-hors-les-Murs.