Organisations internationales, DETTE
LE PARLEMENT EUROPEEN ENJOINT LES PAYS MEMBRES A PRENDRE
DES MESURES SUR LES QUESTIONS DES DETTES ODIEUSES ET DE LA FUITE DES CAPITAUX
LORS DE LA RENCONTRE DE DOHA(1)
Le 23 septembre dernier, le
Parlement Européen a adopté un rapport sur le suivi de la Conférence de
Monterrey sur le Financement du développement, dans lequel il suggère aux
Etats membres de l’Union européenne la position commune qu’ils devraient
adopter lors du Sommet de Doha qui aura lieu dans deux mois. Eurodad, qui, à
l’instar de nombreuses autres ONG européennes, déplore le manque d’engagements
des Etats européens sur les questions relatives à la dette, se réjouit de la
publication de ce rapport, qui constitue un pas en avant encourageant vers des
engagements plus ambitieux sur l’assistance financière, la dette, la fuite des
capitaux et les autres questions en suspens.
Dans le chapitre
sur la dette et la fuite des capitaux, le rapport aborde un certain nombre de
points intéressants. Dans un premier temps,
le Parlement y affirme
regretter
«
que les plans d'allègement excluent un grand nombre de pays pour
lesquels la dette demeure un obstacle à la réalisation des OMD » et «
insiste sur le débat international urgent
sur l'extension de la réduction des mesures internationales à nombre de pays
endettés, qui sont maintenant exclus de l'initiative PPTE ».
En second
lieu, le rapport «
invite la Commission à aborder la question des dettes
"odieuses" ou illégitimes, c'est-à-dire des dettes provenant de
prêts irresponsables, égoïstes, inconsidérés ou inéquitables, et des principes
de la finance responsable lors des négociations bilatérales et multilatérales
sur l'allègement de la dette ».
Plus loin, le rapport « prie instamment l'Union de promouvoir
les efforts internationaux visant à mettre en place un certain type de
procédure internationale d'insolvabilité ou de procédure d'arbitrage juste et
transparente permettant de traiter toute nouvelle crise éventuelle de la dette
de façon efficace et équitable ».
Instaurer
un mécanisme juste et transparent de résolution de la dette est en effet la
seule méthode durable et équitable qui permettrait de régler le problème
d’endettement des pays en développement. Cela est d’autant plus vrai en période
de crise, d’instabilité et de flambée des prix alimentaires et énergétiques,
lorsque ces pays défavorisés sont contraints de s’endetter de plus belle et
entrent ainsi dans un nouveau cycle de surendettement que seules des mesures
exhaustives pourraient interrompre.
Abordant la question de la fuite des capitaux, le rapport «
demande à la Commission d'exiger du Conseil
des normes comptables internationales
(IASB) l'intégration dans les normes comptables internationales de l'obligation de rendre compte, pays par
pays, de l'activité des sociétés multinationales dans tous les secteurs ».
Cette mesure représente un progrès important dans la lutte contre l’évasion
fiscale, qui coûte chaque année entre 350 et 500 milliards de dollars aux pays
en développement.
Le Parlement
appelle ensuite la Commission «
à prévoir dans ses politiques des mesures
destinées à empêcher la fuite des capitaux, […] en vue de mettre un terme
aux paradis fiscaux, dont certains sont situés sur le territoire de l'Union ou
sont étroitement liés à des États membres » et invite la Commission et les
Etats membres à :
-
«
promouvoir
l'extension au niveau mondial du principe d'échange automatique en matière
fiscale,
-
Demander que le code de conduite
contre l'évasion fiscale en cours d'élaboration au Conseil économique et social
des Nations unies (ECOSOC) soit annexé à la déclaration de Doha et
-
Soutenir la transformation du Comité
d'experts de la coopération internationale en matière fiscale des Nations unies
en un véritable organe intergouvernemental, doté de moyens renforcés, chargé de
la lutte internationale contre l'évasion fiscale en complément de l'OCDE ».
Le rapport est
également virulent sur la question de l’augmentation de l’aide et de
l’introduction de mécanismes novateurs de financement. Il juge en effet comme «
totalement inacceptable le décalage entre
les appels fréquents à augmenter l'aide financière et les montants beaucoup
plus faibles effectivement déboursés » et souligne que «
des mécanismes financiers novateurs
devraient être mis en place sans délai, comme des taxes sur l'aviation et le
pétrole, ou l'affectation du produit de la mise aux enchères de quotas
d'émissions dans le cadre du système communautaire d'échange de quotas
d'émissions (SCEQE) ». Le rapport oublie malheureusement de préciser que
ces nouveaux financements doivent impérativement être comptabilisés en plus de
l’Aide publique au développement déjà accordée.
Les 29 et 30
septembre, les ministres européens du Développement se réuniront à Bordeaux
pour définir les grandes lignes de la position européenne commune à Doha. Cette
réunion sera pour eux la dernière occasion de démontrer la cohérence des
positions ambitieuses qu’ils ont affichées à Accra et de prendre des mesures
fermes sur la dette et la fuite des capitaux. Nos dirigeants européens devront
également y voir une opportunité unique de se faire l’écho de l’appel du
Parlement européen. Des représentants d’Eurodad et d’autres ONG se rendront à
cette rencontre ministérielle pour y présenter leurs revendications.