Organisations internationales; DETTE

PARTICIPATION ET REPRESENTATION AU SEIN DE LA BANQUE MONDIALE: CHANGER LA DONNE, ENFIN (1)


       Cette année, c’est certain, le système de participation et de gouvernance au sein de la Banque mondiale fera l’objet d’une réforme – la question figure en tout cas à l’ordre du jour de la réunion du Comité du développement qui se tiendra à Washington en amont des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). Récemment, toutefois, la réforme du FMI,  qui n’a porté que sur des aspects mineurs  et n’a nullement permis aux pays à faible revenu d’être mieux représentés, a créé un précédent fort peu encourageant. D’aucuns pourraient donc craindre que la Banque mondiale ne reproduise le même accord et, une fois encore, manque l’occasion de pallier le déficit démocratique dont elle pâtit. De part les politiques et les activités qu’elle entreprend dans les pays en développement, la Banque mondiale est l’institution qui a le plus d’impact sur ces Etats ; un échec de la réforme du mode de participation et de représentation des pays à faible revenu au sein de la Banque mondiale serait donc bien plus dramatique que dans n’importe quelle autre institution.
 
Participation et droit de vote au sein de la Banque mondiale : une histoire sans fin?

       Depuis avril 2003, chacun des Communiqués publiés par le Comité du développement à l’issue des Assemblées annuelles et des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI reprend fidèlement la question de la participation et de la représentation des pays, la plaçant tour à tour en tête de liste ou en marge des débats.  D’après la société civile, le système de gouvernance de la Banque mondiale, biaisé et inéquitable, est vecteur de nombreux dysfonctionnements au sein de l’institution. La corruption qui ronge la Banque, de même que l’attitude laxiste adoptée vis-à-vis de ses financements et de ses autorités – que ce soit dans le cadre des audits réalisés, des aides  et des prêts accordés ou des fréquents manquements aux conditionnalités et aux accords négociés -, montrent que le modèle de gouvernance de l’institution est intrinsèquement sujet à l’aléa moral.
       En 2007, à l’issue des Réunions de Printemps, les Administrateurs de la Banque mondiale avaient rédigé un rapport  présentant les différentes alternatives possibles  pour réformer le mode de participation et de représentation des pays. Le document reconnaît que « dans une institution qui doit représenter les opinions et les intérêts de 185 pays différents, la question des droits de vote est fondamentale. Pour conserver toute sa légitimité aux yeux de ses membres, le Groupe Banque mondiale doit réévaluer ses structures de gouvernance. »

Les débats en cours :


       Pour la première fois depuis plusieurs années, la Banque semble prendre la question au sérieux et devrait enfin entamer les réformes. Le Comité du développement a remis le sujet des droits de vote et de la représentation à l’ordre du jour des Assemblées annuelles qui se dérouleront du 11 au 13 octobre prochain et mène des débats sur les différentes alternatives de réformes possibles depuis maintenant plusieurs mois. On espère donc que les Réunions de printemps de 2009 déboucheront sur un accord.
       Le 11 septembre dernier, les membres du Comité du développement se sont réunis à Mexico, où ils ont débattu de la question de la représentation et de la redistribution des voix des pays au sein de la Banque mondiale. Pour l’occasion, l’institution avait élaboré un document présentant les différentes options de réformes possibles, qui a servi de document de travail lors des débats.

Quelles sont les revendications de la société civile?

       La société civile redoute que la Banque mondiale ne prenne exemple sur la récente réforme du FMI, non seulement parce que la nouvelle répartition des droits de vote adoptée par l’institution est complètement inadéquate, mais également parce que, la finalité des activités de la Banque mondiale différant largement de celle du FMI, tout parallélisme entre la répartition des voix au FMI et celle de la Banque mondiale doit impérativement être évité. Dans le Communiqué publié à l’issue des Réunions de printemps 2008 de la Banque mondiale et du FMI, le Comité au développement l’a d’ailleurs souligné : de par son mandat de développement, la Banque est par nature différente des autres institutions.
       Si elle veut se donner les moyens de lutter contre la pauvreté de manière plus efficace, plus équitable et transparente, la Banque mondiale doit réformer son mode de gouvernance en profondeur. Sans un véritable partenariat entre pays nantis et pays à faible revenu, le développement n’aura pas lieu.
       Dans ce sens, la Banque pourrait s’engager à mettre en place, dans un délai fixé collectivement, un système de parité des voix entre pays développés, pays en développement et pays émergents. D’autres mesures pourraient accompagner cette réforme, comme l’instauration d’un mode d’élection du président au mérite et selon des procédures transparentes, ainsi qu’un regroupement de la représentation européenne au sein du Conseil d’administration de la Banque.

       En août dernier, 80 organisations et 50 particuliers ont signé une  lettre des OSCs  adressée au Président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, pour exiger une réforme urgente du mode de gouvernance de l’institution.

Le rôle de l’Europe


       Dans la mesure où elle détient la majorité des parts au sein de la Banque, l’union européenne joue un rôle clé dans ces négociations. La société civile européenne critique depuis de nombreuses années la surreprésentation des pays européens au sein des structures de gouvernance de l’institution, et a à maintes reprises appelé ces derniers à se regrouper pour permettre aux pays en développement d’y être représentés.
       Les membres de l’Union européenne élaborent actuellement une déclaration commune qui leur permettra d’afficher une position européenne unifiée lors des négociations. Pour l’heure, malheureusement, la première proposition se heurte à l’opposition d’un petit groupe de pays ; aucun accord final n’est donc arrêté pour l’instant. Bien qu’aucune information n’ait jusqu’à présent filtré sur la position de Bruxelles, les ONGs craignent que les revendications des gouvernements européens ne se limitent à un appel à la création d’un siège supplémentaire pour l’Afrique au Conseil et à une amélioration globale de la représentation des pays en développement dans les structures de gouvernance de la Banque.

Agissons, MAINTENANT!

       Nous devons convaincre les gouvernements européens d’adopter une position plus ferme sur la question de la représentation et des droits de vote au sein de la Banque mondiale. Il doivent absolument décider de regrouper la représentation européenne au sein de la Banque et de laisser davantage de voix et de représentation aux pays en développement. Si, en octobre prochain, les ministres définissent un ordre du jour délibérément incomplet pour ne parvenir qu’à des changements de façade, nous serons alors passés à côté d’une occasion unique de rétablir la légitimité démocratique de la Banque mondiale.
       La société civile européenne a rédigé une déclaration ouverte sur la réforme de gouvernance au sein de la Banque mondiale à l’intention des ministres européens (à télécharger sur le lien indiqué ci-après). Si vous souhaitez signer cette lettre, merci d’envoyer votre signature à Jesse Griffiths à jgriffiths@brettonwoodsproject.org avant le 2 octobre.

Liens à consulter:
«  IMF governance renovations: fresh paint while foundations rot  », BWP, avril 2008

Rapport de la Banque mondiale sur les différentes options de réformes du système de voix et de représentation  (avril 2007)
European civil society open statement on governance reform of the World Bank
European civil society open statement on governance reform of the World Bank :  Kb


1- 18 September 2008