Organisations internationales, DETTE
APRES LES REVELATIONS ALARMANTES DE L’AUDIT DE LA DETTE
EQUATORIENNE, LA NOUVELLE CONSTITUTION INTEGRE DES CLAUSES DE SAUVEGARDE (1)
La
nouvelle constitution de l’Equateur,
approuvée fin septembre par le peuple équatorien, prévoit des
dispositions importantes sur le
remboursement de la dette ainsi que des clauses de protection contre les
nouvelles procédures d’endettement qui ne répondraient pas aux besoins de
la majorité des citoyens équatoriens. La constitution s’appuie sur le rapport
récemment publié par la commission pour l’audit de la dette publique, qui a
révélé de nombreuses irrégularités dans les créances du pays.
La
Commission pour l’audit intégral du crédit
public (CAIC) a donc
confirmé que
certaines dettes équatoriennes étaient illégitimes et illégales. Dans son
rapport, elle démontre que certains créanciers internationaux ont profité de
leurs dettes sur l’Equateur pour soutirer des ressources économiques et
environnementales au pays, pour porter atteinte à la souveraineté de l’Etat et
pour l’affaiblir.
La Commission,
créée en juillet 2007 par le président Rafael Correa, a présenté son Rapport
final la semaine dernière. Elle y soutient que l’endettement de l’Equateur a
bénéficié au secteur financier ainsi qu’aux sociétés transnationales, et en
attribue la coresponsabilité aux prêteurs
et aux autorités équatoriennes.
Les créanciers ont imposé leurs conditions
– de connivence, à l’époque, avec le gouvernement équatorien –, dont les
conséquences se sont avérées désastreuses
sur le plan économique, social et environnemental. Près de deux tiers du
budget de l’Etat furent consacrés au remboursement de la dette publique, au
détriment du budget social. De nombreuses dettes furent contractées uniquement
pour rembourser les créances en cours. Le rapport s’interroge également sur les
opérations de conversions de dette qui ont pu avoir lieu. Ainsi, par exemple,
la
conversion de dettes équatoriennes en
obligations internationales a soulevé de nombreuses critiques quant au rôle
pour le moins controversé qu’y ont joué les consultants internationaux et en
particulier une société de conseil – d’indépendance toute relative – qui a
encaissé 700 000 dollars pour une convention de prêt contraire à l’intérêt du
peuple équatorien.
La Commission a
passé en revue les dettes externes et internes contractées par l’Equateur entre
1976 et 2006 auprès de banques internationales et d’agences multilatérales et
bilatérales. Les membres de la Commission, provenant d’organismes publics, de
centres de recherches et d’ONG (dont Eurodad), ont eu les plus grandes
difficultés à recueillir des informations, alors même qu’ils étaient mandatés
par le président de la République. Tous ont eu la sensation que certains
fonctionnaires du ministère des Finances et de la banque centrale leur
bloquaient l’accès aux archives ou leur fournissaient des centaines de boites
non - classées dans lesquelles il était impossible de trouver quelque document
que ce soit.
La Commission
affirme que
les procédures de
contraction de prêts ont enfreint un certain nombre de lois nationales et
internationales et accuse le ministre de la Justice de ne pas avoir su
défendre les intérêts du pays et de s’être contenté de signer les documents que
lui soumettaient les créanciers. Le président équatorien, en concertation avec
la nouvelle ministre des Finances Maria Elsa Viteri, devra maintenant décider
si et comment, sur la base des conclusions de ce rapport, il choisira
d’affronter ses créanciers. Le rapport complet n’est pas encore accessible au
public, mais devrait être mis en ligne sur le site Internet de la Commission
très prochainement.
Le gouvernement
a d’ores et déjà intégré une série de mesures à la Constitution afin de
prévenir l’acquisition de nouvelles dettes illégitimes. La nouvelle
Constitution prévoit ainsi une
limite
d’endettement des budgets à l’échelon fédéral et étatique, lesquels
devraient par ailleurs être soumis au contrôle d’un comité du parlement sur
l’endettement et les finances, de manière à «
favoriser la participation des citoyens ». L’Article 290 de la
Constitution stipule qu’en aucun cas l’endettement public «
ne doit pouvoir altérer la souveraineté, les
droits, la qualité de vie ou l’environnement ». Enfin, le texte établit que
l’Etat ne devra contracter de dette publique que dans le cadre de projets
susceptibles d’avoir des retombées financières et que tout projet
d’investissement ou d’infrastructures financé par le biais de la dette devra
faire l’objet d’une analyse financière, sociale et environnementale
préliminaire.
Liens à consulter
Site
officiel de la CAIC
Jubileo
2000 Red Guayaquil
Le
point sur la commission d’audit de la dette, par Eurodad
Observatori
del Deute en la Globalitzacio, organisation membre d’Eurodad, publiera ce
mois-ci une nouvelle étude sur les Créances illégitimes de l’Espagne vis-à-vis
de l’Equateur : Deudas Ilegítimas entre Ecuador y el estado Espanol. A
consulter prochainement sur http://www.odg.cat/
v
Charte
d’Eurodad pour un financement responsable
1- 08 October 2008. Eurodad