Organisations internationales, DETTE
EN FINIR AVEC LES CRISES FINANCIERES <1)
La
crise qui a éclaté, il y a plus d’un an, est en train de faire voler en éclats
l’ensemble du secteur financier international. C’est la plus grave depuis 1929
et, derrière elle, se trouve un
système
mortifère qui voulait faire de la rentabilité financière le seul objectif de
l’économie mondiale : le capitalisme néolibéral. ATTAC dénonce la
nocivité de cette logique qui sévit depuis trois décennies : il est
temps d’en sortir et de refonder sous
l’égide de l’ONU une architecture économique internationale qui permette
d’enlever le pouvoir aux acteurs financiers et de satisfaire les besoins
fondamentaux plutôt que de maximiser le profit.
Comment la crise s’est-elle propagée ?
Dans
une période où la
croissance économique
américaine était tirée par l’endettement, les banques américaines ont
octroyé des prêts à des ménages de plus en plus modestes pour qu’ils accèdent à
la propriété de leur logement et à la consommation : c’était le marché à
haut risque, dit du
subprime.
Prêteurs comme emprunteurs pariaient sur la
hausse des prix de l’immobilier qui semblait n’avoir pas de fin. Ainsi, les
hypothèques prises par les banques leur garantissaient de pouvoir récupérer
leur mise avec bonus et les ménages escomptaient un accroissement de leur
richesse.
Entre
temps,
les banques avaient
« titrisé » les créances et leurs hypothèques, c’est – à - dire
les avaient
vendues sur les marchés
financiers. Ces nouveaux titres financiers se trouvaient donc introduits et
mélangés avec d’autres dans les portefeuilles gérés par tous les
fonds de placement à caractère spéculatif
ou les banques elles-mêmes. Le problème est né lorsque, après le
retournement du marché de l’immobilier,
les
détenteurs de ces titres ont souhaité les liquider alors que plus personne n’en
voulait. On est entré dans une
crise
dite de liquidité, aucun acteur du système financier ne trouvant les
sommes dont il avait besoin, chacun redoutant que les fameux titres de plus en
plus pourris, disséminés on ne sait où, occupent une place trop grande dans le
total de ses actifs.
Un système capable de
s’auto-réguler ?
Depuis le mois d’août 2007 et jusqu’en
août 2008, tous les oracles libéraux
prédisaient la fin de la crise qui devait rester cantonnée aux
États-Unis et à la sphère financière, sans dommages pour l’économie
productive.
Double erreur :
-
La
crise
a sauté les frontières et menace toutes les banques du monde, et, plus
grave encore,
-
La
crise
a mis en récession plusieurs économies européennes (Espagne, Irlande,
Royaume-Uni, Allemagne, France), tandis que les
pays pauvres du sud de la planète ont été frappés par la
spéculation qui a fait s’envoler le
prix des
céréales au premier
semestre 2008.
La
preuve
étant faite que le marché ne peut être le régulateur général de l’humanité,
les principales banques centrales ont, depuis un an, prêté des centaines de
milliards de dollars et d’euros aux banques ordinaires ; et la Banque
centrale des États-Unis a baissé à plusieurs reprises son taux d’intérêt
directeur, alors que la Banque centrale européenne s’y refusait. Cela n’a suffi
ni à calmer l’angoisse grandissante des acteurs financiers devant la crise de
liquidité (personne ne veut plus prêter à personne), ni à compenser la crise de
solvabilité au fur et à mesure que les pertes des institutions financières
liées aux trop grands risques pris sont apparues dans leur plus grande
brutalité : 500 milliards de dollars, 1 000 milliards, 2 000
milliards… ?
Pourquoi la crise
s’est-elle accélérée en septembre 2008 ?
Plusieurs institutions financières
américaines majeures sont arrivées
au bord de la faillite et menacent d’effondrement le système.
Le
gouvernement américain procède alors
à plusieurs opérations de
nationalisation :
Freddie Mac et Fannie Mae, AIG. Dans le même temps, des banques parmi les plus
importantes, Lehman Brothers et Merrill Lynch, et la caisse d’épargne
Washington Mutual, sont mises en faillite et rachetées par leurs concurrentes,
comme ce fut le cas au printemps pour Bear Stearns. En Europe, la banque belge
Fortis est nationalisée par les trois États du Bénélux. Et la France doit
sauver la banque des collectivités locales Dexia, tandis que bruissent des
rumeurs sur la santé de la Caisse d’épargne, fragilisée par l’effondrement de
Natixis, dont elle possède un tiers des actions.
Les pouvoirs publics volent ainsi au
secours des banques privées, mais le mal est fait : les
marchés financiers sont pris de panique
et les bourses craquent en quelques jours, par crainte de l’annonce de
nouvelles faillites retentissantes.
Qu’est-ce que le plan
Paulson ?
Prenant
le contre-pied de tous les discours néolibéraux entendus depuis trente ans, le
gouvernement américain élabore alors d’urgence un
plan de sauvetage du système bancaire et financier. Après avoir
consacré 300 milliards de dollars pour nationaliser à tour de bras, il projette
de racheter 700 milliards de titres financiers pourris aux institutions
financières menacées. Le vieil adage cynique «
privatisons les profits, socialisations les pertes » reprend
donc du service.
Qui paiera ?
La
logique du plan Paulson est simple. Les citoyens paieront doublement : en
tant que
contribuables et en tant
que
travailleurs.
D’abord,
la levée de fonds gigantesques pour racheter les créances douteuses ne peut se
faire en théorie que
par l’impôt ou par
l’emprunt. Si la première solution est écartée pour l’instant, la seconde
renvoie le problème à plus tard, mais ne l’évitera pas, tout en frisant le
comble : emprunter à ces mêmes acteurs financiers qui, par leurs
pratiques, ont conduit dans l’impasse actuelle. Comme quoi, la crise n’est pas
pour tout le monde.
Ensuite,
le plan Paulson ne dit mot des Américains qui ont perdu leur logement ou qui
vont le perdre.
La
surdité française :
Pendant
ce temps, le président français et son gouvernement jouent les fiers-à-bras en
jurant que l’État garantira en toutes circonstances l’équilibre financier des
banques, mais qu’il faut
poursuivre de
plus belle les réformes « structurelles »
entreprises. Entendez par là :
-
La flexibilisation du marché du travail,
-
L’augmentation des franchises médicales,
-
La diminution des emplois publics,
-
La privatisation des services publics.
Après
Air France, GDF, France Telecom, le moment est venu de s’attaquer à la Caisse
nationale de prévoyance et au livret A. Et l’on frémit à l’idée que La Poste
pourrait être à son tour privatisée, c’est-à-dire soumise aux exigences et aux
errements de la Bourse. Quant aux retraites, déjà laminées par les réformes
Balladur et Fillon, on voit aujourd’hui quel est le danger de les confier à la
finance.
La crise est-elle
inéluctable ?
Avec
la liberté de circuler accordée aux capitaux et la déréglementation des marchés
financiers, mises en place depuis trente ans, ont
proliféré des nouveaux produits financiers et des fonds spéculatifs de
toute espèce : leur seul
objectif
est de produire de la plus-value boursière, dont la croissance à long terme
est assurée par celle de la
plus - value
réelle, dans les entreprises, permise par une
pression croissante sur les salaires. Ces fonds voraces ont besoin
de drainer des sommes toujours plus importantes, d’où la volonté de détruire
les systèmes de retraites et d’assurance maladie pour capter l’épargne des
salariés.
Lors d’une telle crise financière, la
richesse réelle ne « part pas en
fumée » puisque seule la bulle fictive
s’effondre. D’autre part, ce que perdent les uns est souvent empoché par
d’autres.
Le Monde du 27 septembre
nous apprend que la déconvenue de plusieurs banques anglaises fait le bonheur
du fonds spéculatif new-yorkais Paulson & co (un homonyme !) à hauteur
de quelques milliards. En revanche, la récession économique qui suivra
peut-être la débâcle financière sera soldée par les travailleurs, les ménages
endettés et les populations du monde les plus fragiles.
La
vérité sur le capitalisme financier est là, toute nue. Un
système qui veut assurer 15 ou 20 % par an de rentabilité aux
actionnaires en captant une part toujours plus grande de la richesse produite et
qui prétend
se passer de toute
régulation publique, en confiant la planète à la loi du marché, ne peut
connaître que des soubresauts violents.
S’il
est vrai que nous sommes au cœur d’une crise systémique, il faut sortir de ce
système et ne pas se contenter d’arrangements moraux, surtout venant de la part
de dirigeants qui ne nous ont pas habitués à tant de vertu.
Attac
propose :
-
D’appliquer
le principe du spéculateur - payeur. Ceux qui se sont
enrichis doivent payer le plan de sauvegarde et la relance de l’économie. Ce
n’est pas aux travailleurs qui subissent déjà la hausse du chômage et de la
précarité de les supporter. Pour cela, doit être mis en place un prélèvement
sur les revenus du capital.
-
De
ne pas socialiser uniquement les pertes. Pourquoi les pouvoirs
publics ne devraient-ils racheter que les actifs pourris des banques ? Les
mêmes montants pourraient servir à constituer un pôle bancaire public solide,
afin de réorienter l’épargne vers les investissements socialement et
écologiquement utiles. Le contrôle de la BCE et la nationalisation des
principales banques sont, on le sait désormais, possibles.
-
D’organiser
un nouveau système financier international :
en limitant fortement les flux de capitaux par une taxe sur les transactions,
en réduisant le pouvoir des actionnaires par un impôt sur les revenus du
capital, en interdisant les paradis fiscaux, les stocks options, les fonds
spéculatifs et les marchés à terme sauf, si on les contrôle, pour les
marchandises réelles.
-
De
cesser
immédiatement toutes les contre-réformes qui détruisent le social et de
procéder à la mise sous contrôle public des secteurs - clés de l’énergie, des
transports, des communications, de la distribution de l’eau, de l’éducation et
de la recherche.
-
D’instaurer
un nouveau partage des richesses, sans lequel il ne
sera pas possible de réguler autre chose que la préparation de la prochaine
crise. Pour cela il faut fixer un revenu maximum, et garantir des droits
sociaux élevés par une répartition juste des gains de productivité.
-
Enfin, l’Union européenne doit agir dans ce sens
et
proposer que se tienne une conférence
internationale sous l’égide de l’ONU et non pas du G8.