Organisations internationales, DETTE
QUELLE REFORME ESSENTIELLE
POUR LA FINANCE MONDIALE EN CRISE ?
Eté 2007 aux
Etats-unis, une
hausse modeste des
impayés au titre de crédits hypothécaires à risque (1)
(subprimes) dans le secteur de
l’immobilier, et représentant 34 milliards supplémentaires de prêts douteux, a
finalement
conduit au déréglage du
système financier américain (57 000 milliards de dollars). Un
déréglage qui menace d’implosion le système financier mondial. Ainsi, des
millions d’Américains ont perdu leur
logement, et plusieurs centaines d’établissements bancaires et d’assurance
continuent de faire faillite aux Etats-Unis, comme en Europe. Particulièrement
en Angleterre.
Cette crise, commencée aux Etats-Unis
(Wall Street),
a fini par devenir
mondiale du fait de l’interconnexion des marchés bancaires et financiers
(la globalisation financière). Alan Greenspan, ancien président de la Fed
(2),
a avoué : «
Je n’ai jamais rien vu
de pareil. Et ce n’est pas fini ». La Chine et la Russie ont pris
rapidement conscience du danger de cette crise, car elles disposent
respectivement de 440 milliards de dollars et de 155 milliards de dollars de
créances (sous forme d’obligations), sur les deux agences américaines de
garantie des prêts hypothécaires, Fanny Mae et Freddy Mac, soit 10 % de leur PIB
respectif.
Dmitri Medvedev,
Président de la Russie, a prié les Etats-Unis de «
s’occuper de ces choses-là », puisque «
l’économie américaine est au cœur de très nombreux problèmes
économiques ». Quant à Christine Lagarde, Ministre français de l’économie
et des finances, après avoir ignoré les conséquences potentielles de la crise
pour la France, elle s'est finalement résignée à reconnaître le risque d’une
récession économique, étant donné que «
le
coût du crédit va augmenter dans les semaines à venir ».
1° La toxicité de ces prêts douteux ont éclaté au grand
jour lorsque les taux d’intérêt de la F.E.D. ont augmenté :
Lorsqu’il s’agit
de
rechercher les causes de cette crise,
les experts économistes et banquiers pointent du doigt, entre autres, le mécanisme
des subprimes et les normes comptables internationales.
La première
(subprimes) a
permis aux banques, en
rassemblant leurs créances (immobilières et autres)
dans un paquet de titres financiers (3),
de réduire théoriquement les risques
associés à de telles créances, et en vendant ces créances titrisées à
d’autres acteurs financiers, de multiplier ces opérations de prêts à risque.
Mais
la toxicité de ces prêts douteux
ont éclaté au grand jour lorsque les taux d’intérêt de la Fed ont augmenté,
et que parallèlement, les
ménages
n’étaient plus en mesure de rembourser leurs prêts immobiliers, ce qui a
conduit à l’effondrement des prix des subprimes.
Or, les
transactions sur de tels actifs financiers
se font
essentiellement sur des marchés
de gré à gré,
non - réglementés,
ne disposant pas de teneur de marché qui puisse prendre des positions afin de
déterminer la valeur réelle des actifs, permettant ainsi aux transactions de se
poursuivre.
Ainsi, l’impossibilité de
connaître la valeur réelle des actifs, conduit à accroître
l’opacité sur le marché et la défiance
entre acteurs financiers.
En outre, les
nouvelles normes comptables internationales
contraignent les banques à maintenir à flot leurs bilans, autrement dit, à
corriger quasiment en temps réel la valeur
de leurs actifs en fonction de la bourse. Une telle norme
oblige les banques, dans un contexte de
baisse des prix des actifs subprimes, de vendre rapidement leurs actifs
sous-évalués, ce qui entraîne une baisse générale des prix. Dès lors, les banques
doivent refaire leurs comptes avec les nouveaux prix, et trouver du capital.
À la longue, les banques qui disposent dans leurs bilans de colossaux
actifs toxiques tombent en faillite les unes après les autres, incapables
qu’elles sont de réunir le capital nécessaire pour maintenir la tête hors de
l’eau.
Face à cette crise, le Président
américain, George W. Bush, et son Secrétaire d’Etat au Trésor, Henry Paulson,
sont
intervenus en pompier et cela, à
coup de nationalisations (4).
Ils envisagent même la mise en place d’une structure étatique de défaisance,
chargée de racheter toutes les créances douteuses des banques du système
financier états-unien.
Toutes ces
interventions, de nature plutôt conjoncturelle, sont
nécessaires en ce qu’elles permettent d’éviter l’effondrement
cataclysmique du système financier mondial, du moins à court terme.
Toutefois, elles représentent une somme colossale de 1200 milliards de dollars,
au grand dam des contribuables américains.
2° Les flux financiers mondiaux dépassent de loin,
les flux internationaux de marchandises.
Certains en appellent à des solutions
structurelles plutôt que conjoncturelles, censées réformer le système
financier mondial dans ses fondements. Nicolas Sarkozy, Président de la France
et actuel président de l’Union Européenne, ainsi que plusieurs autres
politiques, s’élèvent pour
réclamer
davantage de « régulation »
structurelle. Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI
(5)
et Laurent Fabius, ex-premier Ministre et pilier du Parti socialiste français
(PS), appellent de tous leurs vœux une refonte totale du Système de Bretton
Woods, sur lequel repose le système financier mondial depuis les lendemains de
la seconde guerre mondiale.
Nous ne
prétendons pas remettre en cause le bien-fondé de la plupart de ces solutions,
tant
conjoncturelles que
structurelles. Elles s’avèrent être, pour les premières, une
véritable bouffée d’oxygène pour les
marchés financiers et l’économie mondiale, et pour les secondes, un réel
garde-fou face à une finance débridée
qui semble fonctionner, à toute vitesse, sans véritable force de rappel.
Car la finance moderne, telle qu’elle se
donne à voir, semble être devenue une fin en soi. Censée être au service de
l’industrie et de l’économie réelle, la finance en est venue à être
complètement déconnectée, pour quasiment devenir autonome. À titre d’exemple,
les flux financiers mondiaux dépassent
de loin les flux internationaux de marchandises.
Et plus grave
encore,
la finance finit par asservir
l’homme en le soumettant à la quête absolue de la rentabilité financière
maximale et à très court terme, en clair à «
l’idolâtrie » de l’argent
(6).
La finance dont l’homme devait se servir pour faciliter les échanges de biens
et services afin de pourvoir à ses besoins économiques finit par se servir de
l’homme et par le faire
. Plutôt que de
chercher à faire de l’argent à partir de la production de biens et services,
l’homme cherche dorénavant à faire de l’argent sur le dos de l’argent. D’où
la multiplication des activités spéculatives et la démarcation de nombreuses
banques de leur métier traditionnel (collecte de dépôt et prêt à l’économie)
vers les opérations de courtage, de trading, plus immédiatement rentables, mais
aussi plus instables et risquées.
3° Les acteurs principaux, obnubilés par les profits
gigantesques escomptés, sont devenus myopes quant aux dangers et risques
énormes qu’ils font peser sur la vie de millions d’hommes et de femmes !
Faire de l’argent avec l’argent
est devenu le principe sur lequel fonctionne le système financier actuel dont
les acteurs principaux, obnubilés par les profits gigantesques escomptés, sont
devenus myopes quant aux dangers et risques énormes qu’ils font peser sur la
vie de millions d’hommes et de femmes. Au pire, et en cas de crise, ils
pourront compter sur le Gouvernement, qui par crainte d’un risque systémique,
injectera de l’argent pour soutenir les acteurs financiers, au dépend des
contribuables.
Par conséquent,
le
système peut durablement se
reproduire tant que les profits sont privatisés par les financiers et les
pertes mutualisées et payées par les contribuables, y compris de nombreux
citoyens qui peinent à boucler leurs fins de mois, et qui font les frais d’un
système financier instable sur lequel ils n’ont aucune prise. Comment ne pas
rejoindre cette phrase de Léon Tolstoï : «
L’argent ne représente qu’une nouvelle forme d’esclavage impersonnel à
la place de l’ancien esclavage personnel »… ?
Comment amener la finance à descendre de
son piédestal de fin en soi, et à revenir à sa place de servante de
l’homme ? Vaste programme en perspective, dont cet article tentera
simplement d’apporter quelques pistes de réflexions.
La
régulation conjoncturelle qui consiste
grosso modo à
injecter de l’argent dans
le système afin d’empêcher son effondrement et lui permettre de repartir de
plus belle, ne fait que l’affaire des actionnaires et des acteurs financiers.
Il n’y a qu’à voir la joie sur les marchés boursiers à l’annonce d’un plan de
relance pour soutenir les marchés financiers et la grogne des contribuables qui
savent qu’ils vont être saignés à blanc, pour corriger momentanément les
erreurs et errements de financiers et d’actionnaires.
La
régulation structurelle va plus loin,
puisqu’elle se donne pour
ambition de
s’attaquer aux fondements même du système financier. Il est proposé, entre
autres :
;
(7).
Tout en
souscrivant particulièrement au principe de la solution structurelle qui
propose de résoudre la crise financière mondiale, en s’en prenant aux
fondements du système financier, nous n’en restons pas moins insatisfaits, car
il ne va pas assez loin dans l’analyse des fondements réels de ce système.
D’ailleurs, une telle perspective risque de limiter la profondeur de la
régulation souhaitée également en France et en Europe, dans la mesure où le
système de titrisation qui prévaut dans ces pays n’est pas aussi déréglementé
qu’aux Etats-Unis. La plupart des banques en Europe continentale (des banques
universelles) sont solides, alors qu’aux Etats-Unis, les banques spécialisées
(banques d’investissement) foisonnent. Or, il ne s’agit
pas que de réforme du système de titrisation et du cœur de métier des
banques,
mais de tout le système
financier qui a les mêmes fondements essentiels aussi bien aux
Etats-Unis qu’en France.
Car s’il est
reconnu que le système financier consiste en un ensemble de règles, de
structures et de conventions qui donnent le cadre de l’activité financière, il
est tout aussi vrai que :
-
D’une
part,
ce sont les pensées et intentions
des hommes qui donnent naissance à ces institutions et règles financières,
et
-
D’autre
part, celles-ci sont le terrain sur lequel s’exercent les comportements humains
qui peuvent être soit bons, soit mauvais.
Ainsi, le cœur de l’homme (motifs,
intentions, comportements)
est en amont
et en aval de la finance moderne. Celle-ci, loin d’être désincarnée et
impersonnelle, porte l’empreinte du cœur de l’homme. Le système financier n’est
qu’un artefact, un instrument forgé par les hommes pour obtenir tel ou tel
résultat, conforme aux intentions, motifs et pensées du cœur humain. Il a été
mis en place par l’homme et, loin d’être inerte, évolue au gré des forces qui
sont issues du cœur de l’homme et qui s’exercent sur lui. Ces forces, tantôt
consolident les institutions en place, tantôt les affaiblissent, voire font
surgir de nouvelles formes d’institutions.
4° Il faut œuvrer à l’émergence d’institutions nouvelles,
dans lesquelles la finance n’est plus asservissante mais sert l’homme, tout
homme et tout l’homme !
De ce point de
vue, il ressort que l’inclination spéculative :
-
De la
finance moderne,
-
De la
finance autonomisée et comme fin en soi,
-
De la
finance qui se rit des risques encourus au détriment de la masse populaire,
-
De la
finance qui, au nom du profit, fraude en octroyant des crédits douteux, et qui
se pare de termes savants, de technicité et d’ingénierie,
n’est rien
d’autre que
l’incarnation de l’avidité,
de la cupidité et de l’égoïsme dont est chargé le cœur humain. Jacques
Attali, qualifiant la finance moderne, ira jusqu’à parler «
d’économie de la cupidité ». Ceci étant,
il semble logique de
fonder toute
réforme de la finance moderne sur le changement du cœur de l’homme, pour
ensuite mieux envisager l’aspect plus technique et organisationnel du système
financier.
Le
changement de cœur dont il est question
va plus loin que l’idée de moralisation
du capitalisme financier et l’idée de la finance solidaire :
-
La
première tend à
réformer le capitalisme
en réconciliant capitalisme et éthique d’une part, par
l’inscription dans la finance moderne de la recherche de rendement
éthique, en plus de la recherche du rendement financier, comme déterminants
de l’investissement financier ; Et d’autre part, en faisant la
guerre aux pratiques douteuses dans le
monde de la finance (participations croisées, collusion, fraude sur les
comptes, etc.).
-
La
seconde vise plutôt une critique systématique du capitalisme financier et son
remplacement par un
système alternatif
où la solidarité devient le but de la finance.
Le programme de
changement de cœur dont nous parlons ne vise ni la réforme du capitalisme, ni
sa critique radicale, car nous pensons qu’aucun système économique n’est bon ou
mauvais en lui-même, c’est le
cœur de
l’homme qui le rend soit bon soit mauvais. Alors, il est temps de se
départir du sentiment de fatalisme et d’impuissance que l’inertie des
institutions financières en place inspire souvent. Il faut plutôt œuvrer à
l’émergence d’institutions nouvelles dans lesquelles la finance n’est plus
asservissante mais sert l’homme, tout homme et tout l’homme
(8).
Pour y parvenir, quoi de plus essentiel et complet que le programme fondateur
défendu par le Parti républicain chrétien ?
Ensemble,
changeons les cœurs pour changer la nation !
Omer KOUAKOU Doctorant en Economie Conseiller PRC en Midi-Pyrénées
1-
Un prêt est risqué lorsqu’il est octroyé à un emprunteur qui
n’est pas très solvable et dont on sent qu’il pourrait avoir des difficultés à
rembourser. Ce type de prêts se multiplie dans un environnement où les agents
des banques chargés de « vendre » ces prêts sont rémunérés au nombre
de prêts vendus.
2- Réserve fédérale américaine, l’équivalent de la banque
centrale pour les Etats-Unis.
3- Titres adossés à des créances hypothécaires (un type de
crédit dérivé).
4- Celle de Fannie Mae et Freddy Mac, de l’assureur AIG, entre
autres.
5- Fonds monétaire
international
6- L’argent traduit en araméen par mammon se personnifie,
devient idole, devient Mammon.
7-
Cela conduit les Etats-Unis à vivre par endettement,
au-dessus de leurs moyens, à se comporter de façon assez laxiste en matière de
gestion des risques financiers et à faire d’une crise survenant aux Etats-Unis
une crise mondiale aux effets très dévastateurs.
8-
Une telle idée ne suggère pas que l’homme soit au centre de
tout (selon la conception humaniste de l’homme) ; elle est aussi
compatible avec la conception chrétienne d’un homme soumis à la souveraineté de
Dieu, son créateur.