Paradis fiscaux et judiciaires
LE BRÉSIL DECLARE L'ETAT DU DELAWARE PARADIS FISCAL
LE NEVADA ET LE WYOMING POURRAIENT ETRE
LES PROCHAINS SUR LA LISTE
(1)
Robert Eugene DiPAOLO
(2)
Le
23 juin 2008, le Congrès du Brésil a promulgué la loi 11, 727/2008, qui entrera
en vigueur le 1er janvier 2009, modifiant les règles d'établissement des coûts
des transferts d'argent et élargissant la définition légale des paradis
fiscaux. Le plus surprenant dans cette annonce est que, comme on le pense
généralement, ces changements ont été faits tout exprès pour que l'État
exotique du Delaware puisse être désigné comme paradis fiscal ou du moins,
qu'il devienne une juridiction en ayant les caractéristiques.
Oui,
vous avez bien lu : le
Delaware,
second plus petit État des USA,
l'État
qui a élu comme sénateur Joe Biden, le colistier et candidat à la
vice-présidence de Barack Obama, va peut-être être
désigné comme paradis fiscal par le Brésil, tout comme les Iles
Cayman, Panama, les Iles Vierges Britanniques et les Bermudes.
À
ce stade, les autorités fiscales du Brésil doivent encore adopter et étendre la
définition de paradis fiscal, réviser leur liste existante de juridictions
mises à l’index et décider si elles veulent ajouter ou retirer de cette liste,
certains pays ou lieux. Ainsi, tant que
l'agence
gouvernementale brésilienne chargée de la collecte de l'impôt n’aura pas
édité une nouvelle liste de paradis fiscaux, ce qui devrait se produire d’ici
la fin de cette année, l’État du Delaware demeurera une sorte de paradis fiscal
en attente ou du moins, le sera dans l’esprit des avocats et des conseillers
fiscaux brésiliens. (…).
Le
Delaware devenant un paradis fiscal ou une juridiction avec les
caractéristiques d’un paradis fiscal, cela aura des conséquences dramatiques
sur le taux fiscal prélevé par le Brésil sur certains paiements faits à des
personnes ou à des sociétés domiciliées au Delaware. Les paiements d’intérêts
et de royalties ainsi que les paiements des frais de service effectués aux
sociétés ou aux personnes domiciliées au Delaware feront l’objet d’un
prélèvement à la source de 25 % au lieu des
15 % habituels.
L’impôt
sur les plus-values pratiqué sur la vente de participations de sociétés
brésiliennes par des résidents du Delaware va également augmenter. Et les
paiements faits à des parties non apparentées situées au Delaware seront
traités comme des paiements à des parties apparentées et feront donc aussi
l’objet d’un taux d’imposition plus élevé.
Ce
sont quelques-unes des conséquences de l’inscription du Delaware sur la liste
noire. Maintenant, voyons comment le
Brésil
a étendu la
définition des paradis
fiscaux :
-
Avant la nouvelle disposition de cette
législation, les paradis fiscaux étaient définis comme des
pays ou des lieux qui ne taxent pas les revenus ou qui les taxent mais
à un taux maximum de 20 %.
-
La loi 11, 727/2008 élargit cette définition
pour inclure les juridictions qui
interdisent
l’accès à l’information sur les actionnaires, membres ou partenaires
d’une entité légale qui y est domiciliée, quel que soit le nombre des
actions qu’ils possèdent ou l’identité des propriétaires bénéficiaires
non-résidents. En gros, si une juridiction n’exige pas et même interdit l’accès
au registre des actionnaires, des membres et des partenaires des entités
légales qui y sont domiciliés, alors une telle juridiction peut être désignée
comme une juridiction fiscalement avantageuse, ou un paradis fiscal.
Et
le Delaware a les caractéristiques d’une telle juridiction. Par exemple, si
vous créez une société à responsabilité limitée ou une SARL au Delaware, vous n’avez
pas à donner la liste des actionnaires dans le document de création de la SARL.
Vous n’avez pas non plus à déposer, déclarer ni révéler l’acte constitutif de
la SARL qui indique les membres et les parts qu’ils détiennent dans la SARL.
Ainsi,
à moins que les membres de la SARL eux-mêmes décident de faire connaître cette
information ou qu’une agence gouvernementale telle que l’Internal Revenue
Service (le fisc) ou la Commission des titres financiers et des bourses (la
SEC) décide d’amener la SARL ou ses membres à la révéler, vous n’y aurez pas
accès.
Le Delaware correspond donc parfaitement à
cette définition élargie d’un paradis fiscal par le Brésil. Maintenant
examinons pourquoi ou en quoi le Delaware intéresse tant le Brésil. Il
semble que beaucoup de choses les rapprochent. Il se trouve que
des SARL du Delaware sont en train de
surgir partout au Brésil en tant que partenaires et actionnaires de
sociétés brésiliennes. Et il semble que les investisseurs brésiliens et les
fonds d’investissement brésiliens soient très souvent des membres de ces SARL
du Delaware. Ainsi, vraisemblablement, les autorités brésiliennes ont conclu
que les investisseurs et les fonds d’investissement brésiliens utilisent les
SARL du Delaware dans le cadre de leur stratégie fiscale, destinée à cacher
leur identité et à éviter de payer des taxes.
Effectivement,
au Brésil, vous pouvez avoir accès aux
informations concernant les actionnaires des sociétés brésiliennes. En
fait, si vous créez une
sociedade
limitada, la forme de société la plus commune au Brésil, vous devez donner
la liste des actionnaires, appelés détenteurs quotes-parts, dans le
document que vous remplissez au registre du commerce pour créer la limitada. Et
vous devez modifier ce document à chaque fois que des nouvelles actions sont
émises ou à chaque fois qu’un actionnaire transfère ses quotes-parts à un autre
actionnaire ou à un tiers.
Chaque
modification doit également être notifiée au registre du commerce. Et une fois
déposé, ce document avec chaque amendement devient un document public. Ainsi
tout le monde, et donc aussi le fisc brésilien, peut obtenir des informations
sur les actionnaires de la limitada et sur le nombre d’actions qu’ils
possèdent.
Mais si vous investissez dans
une limitada à travers une SARL du Delaware, c’est la SARL qui détient les
quotes-parts et non les membres de la SARL, dont l’identité, comme nous l’avons
vu, est
difficile, voire impossible à
connaître.
Maintenant, bien qu’il y ait de multiples
raisons pour que quelqu’un, par exemple un investisseur brésilien, veuille
utiliser une SARL du Delaware comme moyen d’investissement
(3),
il ne semble pourtant pas que la
principale
raison soit l’interdiction d’accès aux informations concernant les membres de
la SARL ou l’identité des membres non-résidents.
C’est pourtant pour inclure le Delaware que le
Brésil a étendu sa définition des paradis fiscaux. De façon ironique, ceci
pourrait causer sa perte car, tandis que l’utilisation des SARL du Delaware est
à la mode actuellement, tout comme de conduire des SUV (véhicule utilitaire
sportif) blindés et d’utiliser des iPhones non - verrouillés, achetés aux USA,
les investisseurs et les fonds d’investissement brésiliens pourraient tout
aussi bien utiliser les SARL de l’État du Nevada ou du Wyoming. Ces deux États
bien connus pour leurs fiscalités avantageuses et qui eux aussi, interdisent
l’accès aux informations concernant les actionnaires, les membres et
partenaires des entités légales qui y sont domiciliées.
Bien que, je l’avoue, je n’aie pas étudié 50
États, je ne crois pas me tromper en déclarant qu’aucun autre État des USA
n’exige que les membres de la SARL soient énumérés dans le certificat de
constitution lors de la création de la société, ni la déclaration, le fichier
ou la divulgation de son acte de constitution, qu’on appelle parfois accord de
fonctionnement dans lequel les membres de la SARL et leur participation sont
indiqués.

Autant que nous sachions, le Wyoming, un État
dont la plupart des Brésiliens n’ont probablement jamais entendu parler,
pourrait être le prochain sur la liste. Le Vice-Président Dick Cheney pourrait
en être fier, lui qui a grandi dans cet État.
2- Traduit par Isabelle Rousselot, révisé par
Fausto Giudice . Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala
http://www.tlaxcala.es , le réseau de
traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de
reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner
l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.
3-
Par exemple pour la capacité d’adaptation du droit du
Delaware, la possibilité d’éviter les taxes et pour la protection de la
responsabilité limitée pour ses membres,