Paradis fiscaux et judiciaires
FAIRE RECULER L'OPACITE DES PARADIS FISCAUX
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1° Les paradis fiscaux ont amplifié la crise. Pour la
résoudre, il faudra que les États fassent pression pour que cessent ces
pratiques :
Les paradis fiscaux vont-ils aussi connaître la crise ? Ils sont
en tout cas en ligne de mire des tenants d'une régulation financière. «
Il faut les pourchasser totalement et les
faire disparaître, et cela, c'est un problème de volonté politique », a
martelé lundi 13 octobre sur Europe 1 Dominique Strauss-Kahn, directeur général
du Fonds monétaire international (FMI), au lendemain de l'annonce d'une vaste
boîte à outils européenne pour secourir le système. Il a notamment salué la «
volonté d'agir » de Nicolas Sarkozy.
«
On ne peut pas accepter qu'il y ait des
paradis fiscaux en Europe », répète, depuis le scandale de la fraude
fiscale du Liechtenstein, le ministre français du budget Éric Woerth, qui
organise mardi prochain, avec son homologue allemand, une réunion regroupant
les pays de l'OCDE pour «
relancer le
combat » contre ces centres offshore.
«
Il y a une convergence de vues quasi totale
entre les services d'Éric Woerth et nous », constate Michel Roy, du Secours
catholique, l'un des animateurs de la plate-forme contre les «
paradis fiscaux et judiciaires ». Depuis
1998, ce collectif d'associations bataille pour que cessent les pratiques de
ces
micro - États, sans industrie, qui
attirent maintenant la moitié des flux financiers mondiaux en leur offrant
le
secret bancaire et judiciaire, ainsi
qu'une taxation quasi nulle.
2° 72 paradis fiscaux :
Le FMI recense aujourd'hui 72 paradis fiscaux, dont «
la
moitié relève de la couronne britannique », note Michel Roy. L'ONG Tax
Justice Network évalue le montant des fonds qui y sont
abrités à 11 500 milliards de dollars (
7 500 milliards d'euros). À l'argent de la fraude fiscale (bonus
des traders, émoluments des sportifs de haut niveau, des stars mondiales, des
patrons…), de la grande criminalité et de la corruption, se mêle celui des
banques, des multinationales et des fonds spéculatifs. «
Une bonne partie des "hedge funds"(fonds à vocation
spéculative, investissant à court terme dans les entreprises) est localisée
dans les paradis fiscaux, car il n'y a pas d'autorité de régulation bancaire ou
de marché pour leur poser des questions sur ce qu'ils font », note
Jacques Terray, spécialiste des paradis fiscaux à l'ONG Transparence
International. «
Les transactions
effectuées n'y sont pas toutes illégales. Des filiales de multinationales les
utilisent par exemple pour éviter des formalités qui leur prendraient trop de
temps pour réaliser telle ou telle opération. » Par leur opacité,
les paradis fiscaux ont, selon lui, joué un
rôle d'amplificateur de la crise financière. «
Ils sont un danger, car ils profitent des défauts du système. »
3° Manque de transparence :
«
Ils ont aidé la crise à se propager »,
renchérit Pascal Saint-Amans, en charge de la coopération internationale et de
la compétition fiscale à l'OCDE. Et ils pourraient «
encore l'amplifier » si rien n'est fait. «
Beaucoup de produits toxiques ont
été structurés dans les îles Caïmans.
Les paradis fiscaux se sont fait concurrence pour offrir ce type de produits,
auxquels ils ont permis de pouvoir vite passer d'une place à l'autre. Leur
manque de transparence facilite les effets en cascade, dont les prochaines
victimes pourraient être les "hedge funds" », analyse-t-il,
rappelant que les montages financiers ayant conduit à la faillite de la banque
américaine Lehman Brothers avaient été tissés dans ces centres.
«
On ne peut pas fixer un nouveau système financier en laissant des
paradis fiscaux. Toutes les banques y ont des succursales. Comment peut-on
autoriser ces établissements, qui sont aidés par de l'argent public, à
continuer à faire autant d'argent en permettant aux gens de frauder le fisc ?
», demande-t-il.
«
Les paradis fiscaux sont une bombe à
retardement, renchérit Michel Roy, du Secours catholique.
Pour l'instant, on traite la seule question
bancaire. Et la réforme du système financier reste au stade des paroles. »
Des propositions, les associations et ONGs, n'en manquent pas :
-
Les États pourraient «
demander aux Bourses d'obliger les sociétés
cotées à déclarer, en annexe de leur
rapport annuel, les opérations qu'elles font dans les paradis fiscaux
», suggère Michel Roy.
-
À défaut, ces mêmes États «
pourraient
refuser à ces multinationales l'accès aux marchés publics ou à l'épargne
publique.
-
Par ailleurs, les fondations et trusts, dont l'identité du donneur
d'ordre est dissimulée, pourraient avoir l'obligation de se faire enregistrer sur un registre international, en
mentionnant le nom de leur propriétaire. »
4° Faciliter la levée du secret bancaire :
Au niveau européen, les pourfendeurs des paradis fiscaux demandent que la
directive sur l'épargne, donnant la
possibilité de taxer les bénéficiaires de centres offshore en Europe, soit
étendue aux personnes morales. Et que
les
notions de fraude et d'évasion
fiscale ne soient plus distinguées afin de faciliter la levée du secret
bancaire et l'échange d'informations.
John Christensen, ancien conseiller du gouvernement
de Jersey, devenu l'un des principaux animateurs du réseau pour l'égalité
fiscale (Tax Justice Network), confie être plus régulièrement reçu à Bruxelles
et à Genève. Il se rendra même fin novembre au Vatican, pour parler du cycle de
Doha et du rôle des paradis fiscaux dans le maintien dans la pauvreté des pays
du Sud, une grande part de l'aide au développement atterrissant dans ces
centres offshore. Est-il pour autant optimiste ?
«
Les Français et les
Allemands donnent l'impression de vouloir réformer le système financier actuel.
Mais les administrations américaines et britanniques cherchent davantage à
éteindre l'incendie qu'à changer les choses. Et je n'attends pas de grands
bouleversements d'une possible élection de Barack Obama, malgré ses
déclarations sur le sujet. Nos dirigeants n'ont pas suffisamment pris
conscience que leur modèle est cassé. Et qu'il ne peut être réparé. Peut-être
n'a-t-on pas encore assez touché le fond de la piscine et faudrait-il que la crise
empire pour qu'ils réagissent. »
Aude CARASCO
1-
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2353152&rubId=4079