Paradis fiscaux et judiciaires
Renforcer le comité fiscal des Nations unies
Note
préparatoire à la conférence de Doha sur le financement du développement
Les pays du Sud seuls face à l’hémorragie
fiscale :
La
fiscalité
est, dans la
grande majorité des Etats,
la
première source de financement des
politiques publiques. Les pays en développement ont à faire face à de
nombreux problèmes, dont
-
La
faiblesse de l’administration fiscale et des mécanismes de contrôle,
-
La
faiblesse de la coopération fiscale internationale,
-
La
fraude fiscale massive, l’effondrement des recettes douanières ou encore
-
La
concurrence fiscale entre Etats, exacerbée par le chantage à l’installation
exercé par certains investisseurs internationaux et l’impôt zéro pratiqué par
les paradis fiscaux.
Le manque à
gagner est colossal : à elle seule, la
fraude fiscale coûterait plus de 300 milliards d’euros par an aux Etats
du Sud,
ce qui suffirait à financer les objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD).
Aucun Etat ne peut, isolément, relever ces défis. Leur ampleur
exige une réponse coordonnée au niveau
international. L’Union Européenne et l’OCDE se sont dotées d’instruments
pour combattre la fraude fiscale et les pratiques fiscales dommageables. À
défaut d’avoir mis un terme aux maux qu’elles devaient combattre, elles ont
bâti une expertise et une expérience solides en la matière. Reste que ces
organisations travaillent d’abord pour leurs membres, essentiellement des pays
riches. Malgré de louables initiatives de renforcement des administrations
fiscales, notamment en Afrique, les pays en développement restent les parents
pauvres de la lutte contre la fraude fiscale et la concurrence fiscale
dommageable.
Le Comité fiscal des Nations unies :
Histoire. Le Conseil économique et social (ECOSOC) des
Nations unies a
créé, il y a 40 ans un
groupe d’experts
ad hoc sur la
coopération internationale en matière fiscale, composé de 25 membres et chargé
de développer des traités internationaux de coopération fiscale. Loin d’adopter
la proposition de créer une organisation fiscale internationale, comme le
préconisait le rapport Zedillo
,
la conférence internationale de Monterrey (2002) sur le financement du
développement se borne à constater le besoin de
« renforcer la coopération fiscale internationale ». Sur la recommandation de Kofi Annan,
l’Assemblée générale des Nations unies a décidé en 2003 de faire de ce groupe
ad hoc un Comité d’experts sur les
questions fiscales, qui se réunit une fois par an à Genève
.
Composition : Ce comité comprend
25 experts, dont les membres sont
nommés par le Secrétaire général de l’ONU. Il rend compte de ses travaux à
l’ECOSOC. Certains estiment que les paradis fiscaux y sont surreprésentés (voir
tableau). La principale faiblesse du comité tient au fait que ses membres n’ont
pas de mandat politique de leur Etat d’origine.
Tableau : Les nationalités présentes au
comité d’experts
Afrique du Sud
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Bahamas
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Barbade
|
Chili
|
Chine
|
Corée du Sud
|
Espagne
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France
|
Indonésie
|
Irlande
|
Italie
|
Mexique
|
Maroc
|
Nouvelle Zélande
|
Norvège
|
Pérou
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Philippines
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Qatar
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Royaume-Uni
|
Russie
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Suisse
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Tanzanie
|
Tunisie
|
Uruguay
|
Zambie
|
Source :
http://www.un.org/esa/ffd/tax
Mandat. Son mandat est relativement
large :
-
Suivre
et adapter le modèle ONU de traité sur la double imposition et le manuel de
négociation des conventions fiscales ;
-
Fournir
un espace de dialogue pour la coopération internationale entre autorités
fiscales nationales ;
-
Aborder
les sujets émergents et leurs implications fiscales et émettre des recommandations ;
-
Émettre
des recommandations concernant le renforcement de capacités et l’assistance
technique aux administrations fiscales ;
-
Porter
une attention particulière aux pays en développement.
Dans la
réalité, le comité réalise un travail excessivement technique
qui se résume à la question des
traités de coopération fiscale.
Moyens. Les
moyens
ne suivent pas : ses travaux ne sont appuyés que par deux personnes du
bureau « Financement du développement » rattaché au Secrétaire
général de l’ONU, dont l’une à mi-temps.
Doha doit envoyer un signal fort :
La conférence
de Doha sur le financement du développement doit marquer, par un ensemble de
mesures, l’engagement déterminé de la communauté internationale contre la
fraude fiscale, les paradis fiscaux et judiciaires et leur impact dans les pays
en développement. L’une des mesures clés doit consister à faire de ce comité
d’experts
un organe intergouvernemental, avec les caractéristiques
suivantes :
Ø
Le
comité doit se voir octroyé un
mandat
politique par les Etats membres des Nations unies. Le mandat doit être
d’une durée limitée afin d’assurer une rotation entre les pays représentés. Les
organisations internationales compétentes, le secteur privé et la société
civile devront pouvoir participer.
Ø Sans être profondément
modifié, le mandat du comité devra donner la
priorité à :
ð La production de rapports,
en particulier sur des sujets émergents et en portant une attention
particulière aux PED
;
ð La poursuite du travail sur
le modèle onusien de convention fiscale ;
ð L’élaboration, la promotion
et le suivi d’un code de conduite contre la fraude fiscale et la fuite illicite
des capitaux. Le suivi prendra la forme d’une revue par les experts et par les
pairs, qui associera étroitement l’OCDE et veille notamment à l’application
des standards internationaux en matière d’échange de renseignement et de
transparence ;
ð
La
production de recommandations en matière d’assistance technique et de
renforcement des capacités des administrations fiscales dans les pays du Sud.
Ø Le comité doit disposer de
moyens financiers et humains accrus afin
de permettre au comité de remplir son mandat. L’équipe du bureau
« Financement du développement » de l’ONU devra être étoffée dans ce
sens. L’Union européenne doit s’engager à apporter les moyens nécessaires. Le
comité devra aussi s’appuyer sur l’expertise existante, en particulier celle
développée par l’OCDE.
1-
Raymond Baker,
Le Talon d’Achille du
capitalisme, Ed. Alterre, 2007. Les chiffres de cet universitaire américain
sont repris à leur compte par la Banque mondiale et l’Office des Nations unies
contre la drogue et le crime.
2-
Du nom d’Ernesto Zedillo (Mexique), auquel le Secrétaire général des Nations
unies avait confié la tâche d’animer un groupe d’experts en préparation de
Monterrey. Ce rapport, paru en juin 2001, est disponible sur le lien
suivant :
http://www.un.org/french/reports/financing/zedillo.pdf.
4-
Par exemple : l’impact économique des prix de transferts, le rôle des
intermédiaires financiers, la concurrence fiscale, l’échange effectif
d’information, la possibilité d’étendre ou non certains dispositifs de
restitution des avoirs détournés à la fraude fiscale, etc.