OLEODUC TCHAD-CAMEROUN (1):
La societe civile demande des comptes à la
B.E.I. (1)
Les Amis de la Terre et la coalition Counter Balance demandent aujourd’hui
à la Banque européenne d’investissement (BEI) de commissionner une enquête indépendante sur le soutien de la
banque de l’Union européenne au projet désastreux d’oléoduc Tchad-Cameroun.
En 2000, la BEI a en effet accordé un prêt de
144
millions d’euros à ce projet très controversé, en dépit des avertissement
répétés de la société civile sur ses risques majeurs.
Fuites de pétrole, conflits au Tchad et au Darfour,
appauvrissement des communautés locales : le bilan du projet et l’utilisation
des pétrodollars qu’il a générés sont scandaleux, au point que la Banque
mondiale s’en est retirée le 16 septembre dernier. La BEI assumera-t-elle ses responsabilités ?
Présenté pendant cinq ans comme le projet de développement « modèle », l’oléoduc devait permettre le
développement du Tchad en affectant une proportion importante des revenus
pétroliers à des activités directes de lutte contre la pauvreté dans ce pays
classé parmi les plus pauvres de la planète. En réalité, après un coup d’Etat sanglant en 1990, la manne pétrolière tchadienne a
servi à la construction d’une pétro-dictature de plus sur le continent,
cette fois avec l’appui de fonds publics, et sous le couvert cynique de la « lutte pour la réduction de la pauvreté
».
Averties dès 1997 par les ONG des risques du projet, la Banque
mondiale et la BEI se sont obstinées à la financer. En janvier 2006 le Président Idriss Deby modifie unilatéralement la loi
pour pouvoir utiliser les revenus du pétrole à sa guise, et notamment pour
des dépenses de défense, c’est-à-dire l’achat d’armes. Sur le terrain, les
violations des droits humains se multiplient, et la confiscation des terres des
paysans aggrave la crise alimentaire dans cette région parmi les plus fertiles
du pays.
« Nous avons écrit de
nombreux courriers à la BEI, en la prévenant clairement, sur la base de faits
et de témoignages solides, des risques du projet : elle ne pouvait les ignorer.
Dans une résolution de janvier 2000, le
Parlement européen lui-même conseillait à la banque de ne pas financer le
projet tant que les problèmes environnementaux et sociaux n’étaient pas réglés.
La BEI est passée outre. Une telle
erreur d’appréciation est inadmissible. C’est une négligence telle qu’elle
devrait avoir des répercussions juridiques.» condamne Sébastien Godinot,
coordinateur des campagnes des Amis de la Terre.
Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne des Amis de la Terre,
continue : « La situation actuelle
du projet prouve que les processus d’évaluation et de contrôle de la BEI sont
totalement défaillants : il est urgent de se
pencher sur les dysfonctionnements qui l’ont conduit à soutenir ce projet
désastreux, alors qu’elle était informée des risques et de la situation au
Tchad. Il est urgent de prendre les mesures nécessaires pour éviter qu’à
l’avenir, la BEI n’utilise des fonds européens pour des projets aussi
scandaleux. La crédibilité de la BEI et
de l’Union européenne sont en jeu. »
Les Amis de la Terre, avec la coalition Counter
Balance, ont écrit au Président de la BEI, Philippe Maystadt, afin de lui
demander la mise en place d’une commission indépendante pour enquêter
sur :
-
Les défaillances de la banque dans
le cas de l’oléoduc Tchad-Cameroun,
-
Les raisons de l’échec du projet
malgré les conditions qui y étaient attachées, et
-
Les mesures et réformes que doivent
engager la BEI et les gouvernements européens pour éviter à l’avenir un revers
aussi cuisant dans un projet « modèle
». Contact presse :
Caroline Prak Les Amis de la
Terre 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
Anne-Sophie
Simpere
Chargée de
campagne
Responsabilité
des acteurs financiers
Les Amis
de la Terre
www.amisdelaterre.org
Tel: +33
(0)1 48 51 18 98