DROITS DE L'HOMME

COLLECTIF ROMEUROPE 94

La situation des familles  roms migrantes dans le Val de Marne,

 10 ans après l’arrivée des premières familles sur des friches industrielles.


Petit rappel historique :

C’est en 1998 que nous avons rencontré les premières familles rroms (roumaines pour la plupart) dans le Val - de - Marne. C’était à Orly sur un grand terrain. Une première grande expulsion policière a eu lieu en 2000, mettant alors en errance des dizaines de familles. Des premières aides ont été apportées avec une priorité pour les questions de santé et de scolarisation. Le comité de soutien s’est constitué peu à peu et plus officiellement  au début de l’an 2000, avec l’appui du Comité de Fontenay – sous - Bois (94 aussi) qui a soutenu plusieurs familles installées dans un ancien lycée « réquisitionné » . Ce comité s’est d’abord  installé à Choisy – le - Roi, constitué des nombreuses organisations associatives (droits de l’homme et caritatives), syndicales et politiques. Puis il  a suivi, peu à peu les familles rroms dans leurs errances qui ont fait suite aux expulsions souvent violentes et destructrices sur le plan des biens, des personnes et des débuts d’insertion. Il a constitué des comités sur plusieurs communes (Choisy le Roi, Orly, Vitry sur Seine, puis Créteil, Saint Maur, Limeil/Bonneuil et à nouveau Créteil…
Des réunions régulières des rroms et des soutiens ont permis d’organiser la lutte selon plusieurs axes :
-         Défenses et actions pour l’obtention des droits fondamentaux (école, santé, hébergements,…)
-         Aides d’urgences (alimentaires, hébergements,…)
-         Organisations des comités avec commissions
-         Demande de séjour et aides juridiques contre les expulsions
-         Recherches et mises en place de solutions politiques avec des collectivités territoriales et des associations d’insertion
-         Informer et communiquer : réunions publiques, journées festives, projections de films, manifestations, conférences de presse, diffusions de tracts et pétitions,…

Il faut attendre 2003 et les grandes expulsions de Choisy le Roi fin 2002, orchestrées par un certain N Sarkozy (alors ministre de l’intérieur) à la demande des communes pour que s’amorce des débuts de contacts avec des communes (Choisy le Roi, Limeil Brévannes, ..) et le conseil général du Val de Marne. Jusque - là toutes les communes « confrontées » à la présence de bidonvilles habités par des rroms avaient choisi le pourrissement de la situation et l’expulsion sans aucune solution alternative.

Mais rien ne se mettra en place avant 2004 où un  partenariat a pu voir le jour entre le comité de soutien aux rroms du Val de Marne (fédérant les comités locaux) avec en particulier le Conseil général du Val de Marne et quelques communes. Il s’agit au début de la mise à disposition de bâtiments n’appartenant pas au parc social (destiné à être démoli plus tard ou locaux acquis par le CG)
Ces actions ont fait l’objet de documents écrits, dont les rapports des comités de Saint Maur et de Limeil Brévannes, des Assises de la Ville en 2004 à Créteil et dans les différents rapports du Collectif National ROMEUROPE.
Des films dont Saint Maur « terre d’accueil » qui retrace l’histoire des rroms et du comité de Sain Maur entre 2004 et 2006.
Enfin, un travail de mémoire et d’analyse est en cours par un sociologue intégré dans le projet du Conseil Général avec Pour Loger.

La situation en  Août 2008
En 2008, le Comité de Soutien aux rroms du Val de Marne est devenu l’association Romeurope 94 en lien avec le collectif Romeurope national.
-         Un certain nombre de familles ont pu trouver une solution qui leur permet de construire des projets d’insertion,
-         D’autres bénéficient d’hébergements en hôtel dans le cadre de l’ASE et
-         D’autres poursuivent une errance sur de petits terrains qui à ce jour on tous été évacués dans le cadre  la nouvelle stratégie d’expulsions du gouvernement : menaces ou délivrance d’OQTF, avec en parallèle des propositions de l’ANAEM d’une aide au retour accompagnée de pressions policière et peu ou pas de résistance des communes qui au minimum se satisfont de leur départ au pire s’en félicitent.

Plus de 1500 personnes ont ainsi erré dans le Val de Marne entre 1998 et 2008. Le nombre de personnes présentes est plus réduit à ce jour, nombre de familles ayant été découragées par les limites des projets qui n’ont pas pu les prendre en compte ou ayant cherché une situation moins pénible ailleurs, souvent en vain (autres départements, Espagne, Italie,…) et quelques rares retours en Roumanie.

Le compte - rendu ci-dessous prend en compte les différentes situations  à ce jour dans le 94, l’avancée des projets et les éléments de discussions mis en avant lors de la dernière rencontre avec le Conseil Général du val de Marne, le 8  juillet 2008.
- Hébergement dans des locaux appartenant au CG 94, à Saint Maur, à Vitry – sur - Seine, Villejuif et Joinville (une ancienne gendarmerie et des pavillons de voierie ) avec  projets d’insertion pour 25 familles dans le cadre d’une convention :
-         Jusqu’en 2007 convention entre le CG 94 et  des associations des comités de soutien (St Maur, Vitry, Choisy le Roi,…)
-         Puis à partir de 2007, avec l’Association Pour Loger pour une convention de trois années, financée par le CG 94, le Collectif Romeurope 94 restant en appui. Le financement est prévu à la hauteur de 200 000 euros par an, sur 3 années.(délibération du CG 94)

>       Actuellement, le travail avec ces familles s’organise autour des recherches d’emploi et de validation d’emplois déjà trouvés et la poursuite de la scolarité, l’alphabétisation, l’insertion sociale. Un autre objectif est que chacun puisse entrer dans des dispositifs classiques  d’accès au logement. Un compte- rendu plus détaillé sera fourni prochainement.
Des réunions régulières entre les partenaires, bi ou tri parties, (CG 94, Pour Loger et Romeurope)  permettent de réguler et de dynamiser ces actions visant à l’insertion de toutes les familles. La convention pour ces familles est signée pour 3 ans ; il reste donc deux années.

- Hébergements dans des hôtels d’une dizaine de familles dans le cadre de l’Aide Sociale à l’enfance. Un travail régulier a lieu avec les services de l’ASE, au niveau du département et dans les circonscriptions. De plus les conditions de vie en hôtel ne permettent pas une vie familiale normale. Par manque de place, l’ASE utilise des chambres dans l’Essonne et la Seine et Marne ! La charge financière que représente l’hébergement en hôtel dans le département de familles précaires est très importante. Aussi des solutions intermédiaires sont recherchées (et pas que pour les familles rroms).
Parmi ces familles, deux sont issues des familles de l’ex terrain de Bonneuil Limeil Brévannes, évacué en 2006. Cette commune a été relancée pour mettre en place un projet (rappel : en 2006, la municipalité de Limeil Brévannes avait proposé la construction de maisons castors en lien avec la subvention du conseil régional «d’éradication des bidonvilles »…). Ce projet n’a jamais vu le jour.
Les projets du même type que celui-ci dessus pourraient être transférables, avec d’autres partenaires (communes, associations intermédiaires, …)

- Afin d’étendre le dispositif d’hébergement et d’insertions avec d’autres partenaires (autres collectivités territoriales du Val de Marne), le Collectif ROMEUROPE 94 a contacté plusieurs communes et certaines sont d’accord pour nous recevoir, avec des volontés différentes affichées. A ce jour Orly, Ivry sur Seine, Limeil Brévannes sont prêts a nous recevoir, tout en rappelant que c’est à l’état d’agir dans ce domaine. Cachan ne nous recevra pas, indiquant que seul l’état peut agir et que la municipalité  a fait déjà preuve de solidarité au moment de l’expulsion du squat de Cachan.
D’autres communes n’ont pas encore répondu : Villejuif, Alfortville, Créteil, Vitry sur Seine..
Nous allons contacter d’autres communes, par exemple Sucy en Brie qui organise en octobre une soirée avec Amnesty International sur le hème « La violence faite aux rroms ». Joindre la parole aux actes ? Romeurope 94 est invité comme intervenant.

- À Choisy le Roi, 4 familles ont pu depuis 2004 s’insérer (travail, demande de logement pour quitter les pavillons de voirie prêtés par la municipalité en convention avec le secours catholique), soutenu par le comité de soutien de Choisy le Roi.

- À Vitry sur Seine : 2 familles ont aussi trouvé le chemin de l’insertion en convention avec la municipalité et une association d’insertion par le logement.

- À Limeil Brévannes, en plus des familles à l’hôtel, une famille est en voie d’insertion avec le soutien du Comité de Limeil, de la municipalité de Limeil (emploi) et de la Diaconie (bail glissant)

- D’autres familles essayent de trouver des coins « cachés » en petits groupes, ou par famille. Mais les dernières évacuations qui ont eu lieu depuis plusieurs mois  à Créteil(novembre 07) , à Villabé dans l’Essonne (févreir 08) puis à Vitry sur Seine (janvier puis juin 2008) sur les quais de Seine, ont fait partir plusieurs dizaines de familles, avec  la remise d’OQTF, la menace de l’évacuation policière et en appui, les propositions pièges de l’ANAEM. (Aide « volontaire » au retour …!). Une surveillance policière et de  certaines municipalités, la construction de bordures hautes en béton et le dépôt de blocs de pierres ferment peu à peu les accès des terrains et friches industrielles qui pourraient devenir des terrains d’installation précaire.

ROMEUROPE 94 est soutenu à ce jour par :
LDH 94, MRAP 94, Mosaïque, Médecins du Monde, ASSOUEVAM, Droit au Logement, GISTI,CCFD 94, Sections 94 de la FSU, de la CGT Educ’Action, de Sud Education, section CFDT Choisy Orly Thiais, LCR 94, Les Verts 94,… (à compléter …)