DROITS DE L'HOMME

Position et propositions de la Coalition Eau sur le thème de
l'accès à l'assainissement
dans les pays devant atteindre les OMD Eau et Assainissement


Message prioritaire :
L’assainissement est un impératif pour les droits de l’homme (1) mais la mise en œuvre de ce droit, le droit à l’assainissement, n’est pas effective aujourd’hui pour 40 % de la population mondiale qui ne dispose pas d’un accès à un assainissement de base.
L’accès à l’assainissement des populations actuellement non desservies, au travers notamment de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) pour l’assainissement, ne se fera pas sans :
-         Une volonté politique forte, locale et nationale, à prendre en main les questions d’assainissement ;
-         Une augmentation significative et effective des fonds mobilisables pour l’accès à l’assainissement
-         Une mobilisation de tous les acteurs de terrain pour des projets intégrés « eau-assainissement-hygiène »

I. La situation actuelle de l’assainissement : principaux enjeux

Par assainissement, dans ce présent document, on entend la possibilité pour les populations d’avoir accès à :

1 Un équipement de base permettant la gestion des rejets domestiques que sont les excréments et les eaux usées ménagères (eaux de cuisine, de lavage et d’hygiène corporelle) :
Ces équipements peuvent être des dispositifs d’assainissement :
-         Autonomes (latrines, fosse septique) utilisés et entretenus à une échelle familiale ou communautaire (école, quartier…) ;
-         Collectifs (réseaux d’égout, station d’épuration) dont la responsabilité incombe à la puissance publique

2 Une information de base pour la promotion de l’hygiène (hygiène corporelle vis-à-vis des rejets domestiques et hygiène du milieu) :
Bien que le terme assainissement puisse recouvrir la problématique du drainage des eaux pluviales, du traitement des eaux usées issues de l’industrie, de l’artisanat ou de l’agriculture, de la collecte des déchets ménagers, nous faisons le choix délibéré de restreindre ici la définition de l’assainissement au seul traitement des excreta humains et des eaux usées domestiques, et aux comportements hygiéniques qui y sont liés.
En 2008, près de 2,6 milliards de personnes à travers le monde (40% de la population mondiale) sont toujours privées des installations d’assainissement les plus élémentaires. En 2002, un des Objectifs du Millénaire pour le Développement fixé par les Nations - Unies était de permettre, avant l’année 2015, un accès à l’assainissement à au moins la moitié de ceux qui en étaient privés en 1990. Mais la progression vers cet Objectif Assainissement est beaucoup trop lente et au vu des tendances actuelles, on risque encore de compter 2,4 milliards de personnes sans services d’assainissement de base en 2015.
Ce constat insupportable concerne aujourd’hui majoritairement les populations rurales (80 % des populations non desservies en assainissement vivent en zone rurale, dont environ 1,3 milliards en Chine et en Inde).
La situation en milieu urbain et péri - urbain est également dramatique pour des populations vivant dans des environnements surpeuplés et confrontés quotidiennement aux conditions sordides de leur milieu de vie : déjections humaines, eaux souillées stagnantes, tas d’ordures, mouches, moustiques, parasites vecteurs de maladies... L’exode massif de populations en périphérie des villes dans des zones d’habitat non contrôlé va accroître le risque sanitaire lié à la concentration de la pollution.

Ce scandale, trop souvent passé sous silence jusqu’à présent, constitue un affront d’envergure planétaire pour la dignité humaine dont les conséquences les plus immédiates se rencontrent dans 4 domaines :

- 1° Dans le domaine de la santé, le manque d’infrastructures d’assainissement, associé à un manque d’hygiène, entraîne de graves atteintes à la santé humaine et à la survie infantile.
Les maladies diarrhéiques (dont le choléra et la typhoïde), dont la transmission est directement liée à l’existence de contacts entre les personnes et les agents pathogènes présents dans les excréments humains, sont responsables de 1,8 millions de décès par an, dont 90% des cas sont des enfants de moins de 5 ans (seconde cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans) :
L’eau est la principale voie de transmission des maladies d’origine fécale (Ingestion d’eau contaminée par des excréments ou d’aliments lavés avec de l’eau contaminée).
L’absence d’infrastructure d’assainissement entraîne la dissémination des excréments (et par conséquent des agents pathogènes) dans l’environnement avec un risque inévitable de pollution des eaux de surface et des eaux souterraines.
Dans de nombreux villages reculés, la manière traditionnelle de se soulager est la défécation en plein air au niveau de zones communes à l’écart des habitations. À l’opposé, dans les bidonvilles aux abords des grandes villes, des millions de résidents urbains n’ont d’autres choix que de se soulager dans des sacs plastiques qui sont ensuite abandonnés sur des tas d’ordures. Dans les deux cas, ces pratiques entraînent de graves risques sanitaires.

Les problèmes liés à l’assainissement sont paradoxalement souvent exacerbés lorsque les communautés bénéficient enfin d’un accès à l’eau dans chaque foyer, mais qu’aucuns travaux d’assainissement ne sont entrepris en parallèle. Sans un système de drainage approprié, les flaques et les mares d’eaux souillées constituent de nouveaux lieux de développement des insectes vecteurs de maladies et les situations sanitaires peuvent souvent être plus critiques qu’avant les travaux d’accès à l’eau.

- 2° Dans le domaine social, le manque d’infrastructures d’assainissement entraîne une grande misère sociale, particulièrement éprouvée par les groupes de population les plus vulnérables (notamment les femmes, les enfants en bas âge, les personnes âgées et les infirmes).
Dans les villages sans installations sanitaires propres à chaque foyer, la proximité des habitations ainsi que l’absence de couverture végétale obligent souvent les femmes à parcourir de longues distances, de nuit le plus souvent pour des questions de pudeur, à la recherche d’un lieu de soulagement ou de toilettes publiques. Elles sont ainsi exposées à tous les risques liés aux animaux sauvages, à la violence urbaine ou aux risques de harcèlements sexuels.
Dans les écoles, lorsqu’il n’existe pas d’installation de toilettes séparée pour les filles, les parents sont souvent réticents à autoriser leurs filles à se rendre à l’école. C’est encore davantage le cas lorsqu’elles commencent à avoir leurs menstruations. Il s’agit là d’une des raisons de la disparité des taux de remplissage dans les écoles primaires : une fille sur quatre ne termine pas l’école primaire, contre seulement un garçon sur sept. Lorsque les filles sont écartées des écoles, les progrès en matière d’alphabétisation des femmes sont retardés. Ce dernier point a des répercussions sur la gestion des foyers, sur les soins apportés aux enfants et sur les questions relatives à la contraception.
Par ailleurs, les personnes âgées ou handicapées font face à de grandes difficultés et situations d’inconfort lorsqu’elles ont besoin de se soulager et qu’il n’existe pas d’infrastructures sanitaires adéquates à proximité des foyers.

- 3° Dans le domaine économique, le manque d’infrastructures en matière d’assainissement entraîne d’importantes pertes en termes de productivité économique et de développement humain.
Les personnes atteintes de maladies, diarrhéiques et autres, sont coûteuses pour les familles et pour l’économie des Etats. Le bilan se fait conjointement ressentir en terme de manque à gagner par la perte du nombre de journées effectives de travail, et également par les dépenses des foyers et de l’Etat en soins médicaux.
L’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’atteindre l’Objectif Assainissement permettrait d’économiser 66 milliards de $US en temps, en productivité, en maladies évitées, en dépenses médicales et en frais d’enterrement. Des économistes ont calculé que pour les pays les moins développés, les bénéfices obtenus en atteignant la cible OMD en matière d’assainissement, permettraient une économie de 9$US pour chaque dollar dépensé pour la résolution du problème.

- 4° Dans le domaine de l’environnement, le manque d’infrastructures d’assainissement entraîne la pollution du milieu naturel et notamment la contamination des eaux, qu’elles soient de surface ou souterraines.
Dans les pays en développement, plus de 90% des eaux usées sont évacuées non - traitées dans les eaux de surface (rivières, fleuves, lacs…) ou souterraines (nappes phréatiques).
Ces rejets provoquent l’asphyxie des eaux de surface : la pollution entraîne une réduction de la teneur en oxygène dans l’eau liée à la dégradation de la matière organique et à la prolifération d’algues, ce qui nuit gravement à l’équilibre de la vie aquatique.
Malgré une certaine capacité naturelle d’autoépuration des milieux aquatiques, les cours d’eau ne peuvent plus aujourd’hui faire face à l’augmentation de la pression liée à l’activité humaine : concentrations trop fortes de pollution liées à l’urbanisation, conséquences du dérèglement climatique (étiages plus longs et plus importants par exemple)…
Lorsque le sol naturel est utilisé comme lieu de stockage (latrines à fosses non étanche) ou lieu d’évacuation des excreta (rejets des fosses septiques), les risques de contamination bactériologique des nappes phréatiques sont importants.
L’absence d’assainissement a donc des répercussions désastreuses pour les milieux aquatiques et par conséquent pour la qualité des eaux destinées ensuite aux usages domestiques.


1- COHRE, WaterAid, SDC and UN-HABITAT, Sanitation : a human rights imperative (Geneva 2008)