ANALYSE DE FOND (pour aller plus loin)
DROITS DE
L’ENFANT ET CHRISTIANISME (1)
Pour faire comprendre plus
facilement et vulgariser la Convention relative aux droits de l’enfant, la
CEDHOSSAI (Commission d’Education aux Droits de l’Homme d’Amnesty
International), a regroupé les différents droits de l’enfant en 10 droits
principaux, en montrant en quoi ces droits rejoignent la religion chrétienne et
surtout en quoi la religion chrétienne éclaire ces droits et permet d’en
comprendre l’importance et la profondeur.
1° DROIT À
L’ÉGALITÉ :
Déjà dans la religion traditionnelle, il est évident que tous les
hommes sont égaux devant Dieu : «
Nun
nep ay doomi Adama lanu »ou
encore : «
Nous sommes tous
fils d’Adam » et les Ouolofs disent : «
Borom Allal ak baadoolo tase nanu. Borom bi
moo leen bind noom naar » ou encore :
« le riche et le pauvre se sont rencontrés,
c’est Dieu qui les a créés tous les deux ». Et aussi :
« Ku
xeeb baadoolo, ton ku ko bond »
ou encore : «
si tu méprises
un pauvre, tu insultes Dieu qui l’a créé ».
Mais en fait, Dieu va plus
loin.
Tous les hommes sont égaux devant
Lui, mais Dieu a des préférences. Qui préfère t’il ? Déjà au temps du
prophète Moise, entre les Hébreux qui étaient opprimés et en esclavage, et les
Egyptiens qui les écrasaient, Dieu n’a pas hésité.
Il s’est mis du coté des Hébreux et c’est pour cela qu’Il a envoyé le
prophète Moise pour les délivrer.
Je fais remarquer que Moise
est un prophète non seulement pour les Juifs, mais également pour les chrétiens
et les musulmans et que l’Ancien Testament rejoint le Coran. C’est là la base
essentielle non seulement d’un dialogue et d’une compréhension, mais d’une
action en commun, chrétiens et musulmans au Sénégal, non seulement en rapport
avec les Droits de l’enfant, mais pour toute la vie du pays.
Et Moise dira, au nom de
Dieu, au peuple hébreu : «
Tu accueilleras le pauvre, l’étranger, la
veuve et l’orphelin ». Pourquoi cela ? Parce que ce sont
justement ces personnes qui le plus souvent sont écrasées, rejetées, méprisées.
Il est donc important de défendre les pauvres et les petits dont les enfants
font partie et chez les enfants, spécialement les orphelins qui ont encore
moins de protection et de soutien que les autres. Pourquoi Dieu se conduit il
ainsi ? C’est parce que donner «
l’égalité des chances à tout le monde »,
comme on dit, cela aboutit souvent à la loi du plus fort, quand ce n’est pas la
loi de la jungle : les doués, les plus intelligents, les plus forts
prennent la première place et rejettent les autres en arrière et donc, en
particulier les enfants, quand ils ne les écrasent pas comme cela se produit
très souvent.
Nous retrouvons cette attitude chez le Christ.
Tout au long de sa vie, Il a préféré les pauvres, les petits, tous
ceux qui étaient rejetés, méprisés; Il n’a pas choisi comme apôtres des gens
bien placés, des gens de la ville, des intellectuels, mais des broussards, des
pêcheurs et des paysans, des analphabètes. Et parmi tous ses apôtres, celui
qu’Il préférait, c’était le plus jeune, le petit Jean. C’est cela que les
pharisiens ont reproché à Jésus-Christ : d’aller avec les prostituées et
les pécheurs publics en général. Ce n’était pas par provocation, ni pour
approuver leur mauvaise conduite, mais simplement pour leur donner leur vraie
chance, alors que dans la société, ils étaient mis à l’écart, ils n’avaient pas
droit à la parole, ils étaient rejetés et méprisés. C’est donc cela le minimum.
Le droit à l’égalité vient de faire que nous sommes tous égaux devant Dieu,
mais cela nous demande de faire des choix, d’avoir des préférences et en
particulier de préférer les enfants, et parmi les enfants, de soutenir ceux qui
en ont le plus besoin.
2° DROIT À
UNE FAMILLE, À UN NOM, À UNE NATIONALITÉ :
DROIT À UNE FAMILLE :
Tout enfant a droit à une famille, cela est évident. Bien plus, c’est Dieu qui
a créé la famille.
Dieu n’a pas créé un
homme tout seul, il a créé un homme et une femme : Adama et Awa. Et
c’est l’homme et la femme ensemble qui sont image de Dieu, comme le dit la
Genèse : «
Et dieu créa l’homme, Il le créa à son
image, homme et femme Il créa ».
Ce n’est donc pas l’homme tout seul qui est image de Dieu, mais l’homme
et la femme ensemble, avec leurs enfants. La famille vient de Dieu, c’est pour cela
que tout enfant a droit à une famille.
Mais bien plus que cela,
pour les Chrétiens, Dieu est une famille.
C’est ce qu’on appelle la Trinité. Bien sûr, Dieu est unique, il n’y a
qu’un seul Dieu, mais en lui-même Dieu est Père, Fils et Esprit Saint. Et Dieu
est Amour, le droit à la famille, c’est le droit à uns famille où on aime et où
on est aimé.
Jésus disait : «
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom,
je suis au milieu d’eux ». C’est cela qui fait la
grandeur et la dignité de la famille ; quand une famille est
réunie, à condition bien sûr que ce soit dans la paix et l’amour et que
chacun ait sa place et soit reconnu,
Dieu
est présent.
Je remarque que cela rejoint
le texte du Coran qui dit : «
Il n’y a pas de rencontre à trois
sans que Dieu soit le quatrième, ni de rencontre à cinq sans que Dieu soit le sixième ». C’est cela la grandeur
de la famille :
quand il y a
famille, Dieu est là ; la famille est l’un des signes les plus grands que
Dieu a données de son amour, c’est l’un des moyens principaux par lequel
Dieu est présent au milieu des hommes. Et quand nous vivons notre vie de
famille comme Dieu le veut, nous sommes heureux et l’enfant en particulier y a
toute sa place.
LE DROIT À
UN NOM,
À UNE NATIONALITÉ :
Non seulement l’enfant a
droit à un nom, mais Dieu nous connaît chacun par notre nom. Jésus
disait : «
Réjouissez vous
parce que vos noms sont écrits dans les cieux auprès de Dieu » (Luc
10, 19).
Avoir un nom, c’est donc
plus que de pouvoir avoir une carte d’identité, c’est
être quelqu’un d’absolument unique, quelqu’un de connu et aimé de Dieu et
c’est parce que l’enfant est connu et aimé de Dieu que nous aussi nous devons
le reconnaître et l’aimer, comme Dieu lui-même.
Dieu nous donne un pays. C’est Dieu qui a créé la
terre, c’est Dieu qui nous a fait naître au Sénégal) et ce pays nous devons
l’aimer à cause de Dieu et le faire grandir comme Dieu le veut, mais à
condition de dépasser le nationalisme. Il s’agit donc, dans la vie de la
famille comme dans la vie du pays tout entier, de bâtir une famille et un pays
où on garde la parole de Dieu et à ce moment là on est heureux. C’est Dieu qui
a fait toutes les races et tous les peuples. Le droit à la nationalité existe,
mais les différentes nationalités ne doivent pas devenir une cause
d’oppositions et de guerres, encore moins de racisme ou de tribalisme, mais
bien une occasion de richesse et d’épanouissement réciproque. Les
différents peuples sont un signe et une
manifestation de la richesse de Dieu. Chaque peuple a reçu une culture qui
vient de Dieu, mais aucune culture ne peut exprimer toute la grandeur de Dieu.
C’est ensemble que l’on peut manifester les richesses de Dieu lui-même. Ce
n’est pas pour rien que cette Convention des droits de l’enfant a été proclamée
par l’UNICEF, organisation de l’Onu et signée par la plupart des pays du monde
entier. Les Ouolofs disent :
« Xeetunit nep, ci geetum Yalla lanu bokk ».
3° DROIT À LA SURVIE ET AU
DÉVELOPPEMENT :
Ce mot
« Droit à la survie » me gêne un peu. En fait il ne
s’agit pas seulement de donner le droit de survivre, mais bien
le droit de vivre à plein, de vivre
totalement : c'est-à-dire de permettre à l’enfant de développer toute
sa personnalité, toutes ses richesses physiques, psychologiques,
intellectuelles, morales, sociales… Il ne s’agit donc pas de survivre, mais de
vivre pleinement, de vivre totalement, de permettre à l’enfant de vivre comme Dieu
le veut.
C’est la condition pour
qu’il soit véritablement enfant de Dieu, fils de Dieu, comme on le dit dans la
tradition chrétienne. Et je rappelle un point qui n’est pas explicité dans la
Convention, c’est que
l’enfant a le
droit à la vie non seulement après sa naissance, mais déjà avant sa naissance.
Il est vivant dans le ventre de sa mère, il a droit non seulement à la
protection, ce qui suppose que l’on protège la femme enceinte, mais également
au respect, ce qui pose en particulier tout le problème de l’avortement, mais
également des manipulations génétiques … Cette question est très importante et
très grave.
À cet égard, je rappelle
seulement cette parole de Jésus : «
Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance ».
LE DROIT AU
DEVELOPPEMENT :
Comme le disait le Pape Paul
VI, il s’agit bien d’un développement global et intégral :
« développer
tout l’homme et tous les hommes », c'est-à-dire permettre à
l’enfant de devenir un homme parfait, comme Jésus Christ lui-même. Le droit au
développement ne se limite donc absolument pas au développement économique, ni
à la santé ou au droit à la nourriture. Bien sûr, ce sont des droits
essentiels, mais il s’agit d’un
droit à
l’épanouissement.
Saint Irénée disait au 1
er
siècle du Christianisme :
« La gloire de Dieu, c’est l’homme
vivant » c'est-à-dire
l’homme
debout, libre et responsable, libre de toute aliénation et de toute
colonisation.
Et la Charte africaine des
droits de l’homme et des Peuples a bien raison de dire qu’il existe un
droit au développement. Le
développement, c’est un droit. Et donc les peuples sous-développés ont le droit
d’exiger qu’on les soutienne pour arriver à un véritable développement. Car
c’est Dieu qui a fait la terre et Il a fait la terre pour tous les hommes. Dieu
a fait l’homme maitre de la terre. Cela pose le problème de l’environnement.
Il s’agit de développer le
monde, mais le développement ne peut pas se limiter à un développement
technique. Nous voyons bien quelles sont trop souvent les conséquences de la
technique qui écrase l’homme et en particulier les enfants. Il s’agit de
développer la terre, c'est-à-dire de faire une terre vivable où il fera bon
vivre pour tous, en particulier pour nos enfants. Mais justement quelle terre
sommes-nous en train de construire actuellement ? Quelle terre allons-nous
laisser à nos enfants ? Est-ce vraiment la terre comme Dieu la veut ?
C’est pourquoi l’année dernière à Saint Louis, nous avons réfléchi au droit à
un environnement sain.
Par ailleurs, le développement ne va pas sans la paix.
Paul VI disait :
« le développement est le nouveau
nom de la paix ». Il n’y a donc pas de développement sans
démocratie, car Dieu veut la paix et c’est pour cela que dans toutes les
religions, on se salue en se disant :
« shalom », «Assalam aleikum»,
« la paix soit avec toi »
parce que Dieu veut la paix entre tous les hommes. Dieu veut la vie et le
développement de l’enfant. Mais qu’est ce que nos religions en ont fait trop
souvent ?
Les guerres saintes et les
croisades, on a même vu au Moyen Age une croisade des enfants où ils ont été
tous tués. Je pense que c’est là une déformation très grave de la religion et
que nous avons donc à revenir à nos sources pour une véritable éducation à la
paix et au développement, en particulier pour nos enfants.
En effet, comment se saluer
en disant : «
Assalam aleikum»
et écraser les gens, les faire souffrir et leur faire la guerre ?
Comment dire que Dieu est
créateur de tous et nous refermer sur notre propre religion et même parfois
vouloir l’imposer aux autres par la force ? Dieu ne peut pas accepter de
telles choses.
4° Droit à la santé :
Déjà
dans l’Ancien Testament, Dieu, par les Prophètes, guérissait les
malades. Mais surtout au nom des
prophètes, Dieu demandait à ce que les pauvres et leurs enfants aient tout
ce qu’il faut pour vivre en bonne santé : la nourriture, l’environnement
…. Je ne peux donc pas dire que Dieu est bon si je ne lutte pas en même temps
de toutes mes forces contre toutes les formes de souffrances, de maladies et de
mal. Sinon ce serait se moquer de Dieu : «
Yalla, Yalla, bey sa tool. Ndimbal, na ca fekk loxool boroom »
(aide toi et le ciel t’aidera).
De même, Jésus a passé toute sa vie publique à soigner les malades. Il y a passé le plus clair
de son temps. Il ne pouvait pas voir quelqu’un de malade sans faire aussitôt
tout ce qui lui était possible pour le soigner et pour le guérir. La lutte pour
la santé fait donc partie intégrante non seulement de la religion, mais de la
foi elle-même. En effet, dans le christianisme, on dit que Dieu est Père.
C’est donc en premier pour
les enfants qu’il nous faudra lutter, que ce soit pour le droit à la santé ou
pour les autres droits. En tant que croyant, je ne peux pas dire que c’est Dieu
qui fait pousser les plantes, si je ne donne pas à manger à ceux qui ont faim.
Et quand les Chrétiens disent : «
Dieu, donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », ils
s’engagent en même temps à travailler pour nourrir tous ceux qui ont faim, pour
que tout homme ait de quoi manger et soit en bonne santé. Je ne peux pas dire
que Dieu est le compatissant et le miséricordieux si je ne pardonne pas aux
autres. Je pourrais continuer dans le même sens pour tous les droits.
Cela nous montre qu’il nous
faut donc dépasser la simple problématique des droits : «
J’y ai droit, c’est mon droit, donc c’est
votre devoir de respecter mes droits, faites vos devoirs envers moi ». Il s’agit bien de
voir
le problème dans toute sa
dimension.
Un environnement sain pour que tous les enfants soient en bonne santé,
c’est déjà important, car la santé est importante en tant que telle. Mais en
tant que croyants, laisser les ordures dans la rue, c’est insulter Dieu, c’est
salir le monde que Dieu nous a donné, c’est casser la terre que Dieu a faite.
Dieu nous demande de faire l’aumône, mais la vraie aumône ce n’est pas de
donner quelques pièces d’argent ou de la nourriture, c’est de planter des
arbres, d’arrêter les feux de brousse. Distribuer des sacs de riz ou de mil aux
paysans ou à leurs enfants, c’est en faire des mendiants et de toutes façons,
on le voit bien dans la région de Saint Louis, avec les enfants des réfugiés,
cela ne suffira pas, ils auront faim, ils vont tomber malades, ils ne pourront
plus vivre d’une vie humaine. Au contraire, si je plante des arbres avec eux,
si je leur en donne les moyens, les pluies vont revenir, ils pourront
travailler par eux-mêmes, ce sera leur grandeur et leur dignité. Ils n’auront
plus besoin de mendier, eux et leurs enfants seront en bonne santé. Nous
connaissons tous ce proverbe : «
J’ai
faim, ne me donne pas à manger, apprends moi à pêcher». C’est pour cela que la vraie aumône, ce
n’est pas donner de l’argent, c’est de donner l’intelligence, c’est d’enseigner.
S’il est bien vrai que c’est Dieu qui nous a donné l’intelligence et que la
santé est d’abord une question de formation et d’éducation (soins de santé
primaires, éducation sanitaire…), Dieu nous a donné un esprit pour cela et
c’est cela la volonté de Dieu.
Le droit à la santé ne se limite donc absolument pas à la distribution
de médicaments. De même, c’est important de faire des prières pour avoir un bon
hivernage, mais prier pour avoir un bon hivernage ne sert à rien si je continue
à faire des feux de brousse qui font avancer le désert. Bien plus, demander à
Dieu de donner la pluie et continuer à brûler la terre, c’est se moquer de
Dieu, c’est agir contre Lui, car c’est casser son travail. Dieu a donné à
l’homme un corps, un esprit et un cœur. Cela veut dire que
la santé ne se limite pas à la santé du corps, mais comme le dit
l’OMS,
c’est un état de bien-être global.
Cela veut dire qu’il ne suffit pas de travailler pour être en bonne santé, bien
se nourrir… et se soigner (le corps), ni d’avoir la paix (l’esprit) ou de prier
pour avoir la santé, il s’agit surtout d’aimer (le cœur). Et nous savons combien
il est nécessaire pour que l’enfant soit en bonne santé, qu’il se sente aimé
par ses parents, qu’il se sente heureux. Un enfant qui est soutenu et qui a le
moral, guérit beaucoup plus vite qu’un enfant qui est triste et abandonné.
Cela, nous le voyons tous les jours dans les hôpitaux.
Cela nous montre
enfin que les droits de l’enfant, c’est une
globalité. Cela ne concerne pas seulement le corps (la santé), mais
l’esprit (l’éducation sanitaire, pas seulement aller à l’école, mais le droit à
la parole …) et aussi le cœur. C’est pour cela que nous parlons également du
« droit
à l’amour », ce qui, dans un sens, est une contradiction car
l’amour ça ne se commande pas, cela vient du cœur (du cœur justement), mais
l’amour est absolument essentiel pour que l’enfant soit heureux. Un enfant qui
se sait aimé, fait ses devoirs sans qu’il ait besoin d’être forcé. Et quand on
aime un enfant, on respecte ses droits.
5° DROIT A L’EDUCATION ET
AUX LOISIRS :
DROIT À
L’ÉDUCATION :
Je note tout de suite qu’il
s’agit bien du droit à l’éducation, et
pas
seulement à l’instruction.
Par exemple, on s’aperçoit
que l’école est parfois (de plus en plus) un lieu d’instruction, un lieu où
l’on donne des connaissances plus qu’un lieu d’éducation et c’est tout le
problème du passage dans le monde moderne. Autrefois, il y avait une éducation
traditionnelle qui était basée sur la foi en Dieu et qui actuellement n’existe
plus. Par exemple, on parle d’instruction civique, mais
instruction civique et éducation du citoyen, ce n’est pas la même
chose.
De même, enseigner
l’économie familiale et faire une éducation à la vie familiale (E.V.F) c’est
tout à fait différent. C’est aussi le problème des programmes de 4
ème
de sciences naturelles où l’on étudie les appareils génitaux, mais on n’éduque
pas les jeunes à vivre leur sexualité d’une façon heureuse et épanouissante.
Une information biologique ne pourra jamais
être une véritable éducation sexuelle et les enfants ont droit à
l’éducation, donc droit à l’éducation sexuelle. Mais distribuer des préservatifs
ou des pilules à des jeunes, ou même simplement leur expliquer les rythmes de
fécondité et de fonctionnement du cycle sans aucune formation ni réflexion,
est-ce les respecter ou au contraire les pousser au vagabondage ? Et donc
les pousser vers le malheur, les MST, la prostitution, les déceptions
amoureuses et toutes les conséquences que nous ne connaissons que trop. Dans ce
domaine, il s’agit donc bien de revenir à la sexualité telle que Dieu le veut.
Encore une fois, c’est Dieu qui a créé l’homme et la femme. L’enfant a droit à
une famille. Il a le droit d’avoir non seulement une mère, mais aussi un père,
une mère et un père qui sont unis, qui s’aiment et qui l’aiment ensemble.
On ne peut pas parler de droit à l’éducation pour les enfants sans se
demander quel est le sens de la vie et de l’amour qu’on leur donne. Je dis bien «
qu’on leur donne » car l’enfant n’a
pas besoin d’abord de discours. Il a besoin de parents éduqués et responsables,
unis et heureux, qui puissent lui montrer le chemin. C’est tout le problème de
nombreux parents qui disent : «
Je suis analphabète, je n’ai pas appris tout ça, comment pourrais-je l’enseigner aux
enfants ? ». Ce n’est pas
une question d’enseignement, c’est une question d’exemple et une question
d’amour. Il s’agit de vivre les Droits de l’enfant pour en faire bénéficier
nos enfants simplement si on les envoie à l’école.
L’école, c’est important,
mais l’éducation va beaucoup plus loin. Il s’agit de
développer les capacités intellectuelles et morales de l’enfant,
encore une fois pour en faire un fils de Dieu.
Les Anciens
disaient : «
un fils
d’Adam », les musulmans disent plutôt un reflet de Dieu. Mais tout
cela revient au même. Ce que je viens de dire par rapport à l’éducation
sexuelle, car c’est un point qui pose particulièrement problème, est vrai
également pour tous les autres secteurs de l’éducation.
LE DROIT
AUX LOISIRS :
Les enfants s’impliquent
totalement dans le jeu. Cela veut dire que les loisirs des enfants sont aussi
importants que le travail chez l’adulte. Il faut donc les respecter tout
autant. Le loisir, ce n’est pas seulement un amusement, encore moins un
passe-temps, c’est important. Dans le Livre de la Sagesse (Ancien Testament),
Dieu dit :
« Je trouvais
ma joie à jouer avec les enfants des hommes ». Le droit aux loisirs vient de Dieu car le loisir est la porte ouverte à
la joie, à la vraie joie, à la joie de Dieu à laquelle nos enfants ont
droit. Il est lié au droit au bonheur et au droit à l’épanouissement. Ce n’est
donc pas normal d’arrêter un enfant qui joue pour l’envoyer faire des
commissions ou pour lui demander de venir nous rendre service, à moins bien sûr
que cela soit urgent ou important. L’enfant doit rendre service et travailler,
mais il faut au moins le prévenir à l’avance, en parler avec lui et organiser
son temps pour respecter son droit aux loisirs.
Je ferai remarquer d’ailleurs que normalement c’est le plus grand qui
doit se mettre au service du petit et non pas l’inverse, car
le grand est le plus fort. Or, en s’appuyant sur un prétendu droit d’aînesse
très souvent, n’est ce pas l’inverse que nous voyons : des grands qui se
font servir par des petits et qui les exploitent. Jésus disait :
« Que le plus grand se mette au service
de ses frères » et juste avant de mourir, Il a tenu à laver les pieds
de ses apôtres en leur donnant le sens de son geste. Il leur disait :
Vous
m’appelez Seigneur et Maitre et vous avez raison. Je me tiens au milieu de vous
comme celui qui sert. Vous aussi
vous devez vous laver les pieds les uns les autres. Ne faites pas comme les
chefs dans le monde qui se font servir par leurs sujets ».
Par rapport à tout cela, il
ne s’agit donc pas simplement de respecter les différents articles de la
Convention relative aux droits de l’enfant, mais
d’opérer une véritable révolution mentale et culturelle pour regarder
l’enfant comme Dieu lui-même le regarde. Lorsque le Prophète Samuel va
choisir un roi pour le peuple hébreu, il cherche à prendre les enfants les plus
forts et les plus développés. Mais Dieu dit à Samuel :
« Non, choisis le petit David, le dernier de la famille,
celui qui garde le troupeau, car mes pensées ne sont pas vos pensées ». Dans
cette Convention relative aux droits de l’enfant, il s’agit bien de
changer nos pensées pour avoir les pensées
de Dieu. Il s’agit bien de se mettre au service de nos enfants et non
seulement de nous faire servir par eux. Et je fais remarquer que l’enfant a le
droit de vivre sa vie d’enfant. Souvent on dit aux jeunes : «
Vous les jeunes, vous êtes les adultes
de demain ; c’est à vous que nous confions le monde ». Cela me
semble très équivoque. D’abord quand on dit cela, n’est-ce pas pour nous
excuser de nos manques et de nos limites ? Nous n’avons pas été capables
de construire un monde de paix, un monde où les enfants puissent s’épanouir, un
monde où tous les hommes soient heureux. Alors nous disons : «
Vous les jeunes, vous prendrez la relève,
vous ferez mieux que nous ».
Au lieu de nous rabattre sur
nos enfants, ne faudrait-il pas au contraire que nous-mêmes nous changions et que
nous fassions tous les efforts qui sont possibles pour transformer le monde
aujourd’hui ?
En tout cas, l’enfant
n’est pas l’adulte de demain. C’est l’enfant d’aujourd’hui. Il ne s’agit
pas de l’éduquer seulement pour demain, mais de lui permettre de vivre
aujourd’hui, de vivre sa vie d’enfant qui a sa valeur en elle-même, de vivre
pleinement, totalement, heureux et épanoui.
Que les adultes prennent donc leurs responsabilités et qu’ils fassent
leur devoir et les enfants seront heureux dès aujourd’hui.
6° DROIT À
UN ENVIRONNEMENT SAIN :
Nos enfants ont droit à un
air pur, à une
terre propre, à une
eau
potable. J’en ai parlé plus haut à propos du droit à la santé. Encore une
fois, c’est cela que Dieu veut. Comme le montre cette citation du prophète
Isaïe (35,6 et 7 – voir aussi Isaïe 41, 17 à 20) : «
Le désert va devenir un jardin, la terre
brûlée deviendra un marécage et le pays de la soif fera sortir des eaux
jaillissantes. Les miséreux et les pauvres cherchent de l’eau, mais ils n’en
trouvent pas ; leur langue est desséchée par la soif, mais moi Dieu je les
exaucerai, moi le Dieu d’Israël je ne les abandonnerai pas ; sur les
montagnes desséchées, je ferai jaillir des fleuves et je ferai jaillir des
sources au niveau des vallées ; je ferai pousser dans les déserts le
cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier ainsi on verra et on comprendra que
c’est la main de Dieu qui a fait cela».
Voilà ce que Dieu veut, voilà ce que nous devons faire si nous voulons
suivre le chemin de Dieu.
Les Anciens disaient :
«
Xale bu loxom set mën na bokk ndap
ak mag yi » (
L’enfant qui a les
mains propres peut manger avec les adultes). Mais c’est beaucoup plus que
cela. Il s’agit d’un environnement humain ; que nos enfants puissent
devenir pleinement hommes dans le monde où ils habitent e je retrouve cela en
particulier chez un certain nombre de chanteurs. En effet, je crois que Dieu parle aussi à travers les
chanteurs et pas seulement dans les livres saints. Dans l’Evangile on dit à
Dieu :«
Ton esprit travaille au cœur des hommes. » Je pense par
exemple, à ce chant de Youssou Ndour «
Set ».
Il s’agit
non seulement d’avoir un corps propre, mais
un cœur propre et un esprit propre pour vivre dans un monde propre. Kiné
Lam chante aussi «
Doomu adama bul
ko foe » (Donc de ton prochain, ne fais pas un jouet). Youssou Ndour
chante aussi : «
Qu’est-ce que
tu veux ? Je veux vivre, rester libre, je veux m’envoler vers le
ciel. ». C’est cela le droit de l’enfant : vivre Comme le dit
l’affiche de l’UNICEF :
« Que
veux-tu être demain ? Vivant». Mais
vivre pleinement, totalement, vivre en étant libre pour aller vers le ciel,
c’est-à-dire aller vers Dieu.
Nous écoutons tous ces
chants, mais est-ce que nous pensons à ce que nous disons ? Et pourtant
c’est bien à cela que Dieu nous appelle. La punition d’Adam et d’Eve dans la
Bible nous rappelle que la pollution de la terre est la conséquence du péché,
aussi faut-il bien comprendre ce qu’est le péché. Ce n’est pas seulement un
manquement à un règlement ou à un rite, mais un manque d’amour de Dieu et des
autres. Est-ce que je peux dire que j’aime Dieu si je salis la terre qu’il m’a
donnée ? Est-ce que je peux dire que j’aime mes frères si je salis la
terre sur laquelle ils vivent, ce qui va les entraîner, en particulier les
enfants, dans la pauvreté et la maladie.
C’est cela le péché et c’est
pour cela que je dis que ne pas respecter les droits de l’enfant, c’est
profondément un péché et un péché très grave.
Si je salis l’homme, je salis Dieu qui l’a créé. Jésus
disait :
« Malheur à celui
qui entraîne l’enfant dans le malheur Il vaudrait mieux qu’on lui attache
une grosse pierre au cou et qu’on le jette dans la mer».
7° DROIT À
LA LIBERTE D’EXPRESSION, D’ASSOCIATION ET D’ACCÈS À L’INFORMATION :
Une première remarque :
la liberté d’expression, c’est celle qui pose le plus de problèmes aux parents.
Et pourtant c’est d’abord dans la famille qu’elle devrait être vécue. C’est
pourquoi, en plus des droits de l’enfant, il serait absolument essentiel de
parler des droits de la famille, surtout en cette année qui est l’Année
Internationale de la Famille. Je signale que le Vatican a fait à cet égard une
déclaration chrétienne des droits de la famille qui me semble très importante
et absolument fondamentale.
Je noterai simplement que le
droit à l’expression est absolument normal et naturel et que
si nous empêchons nos enfants de
s’exprimer, nous sommes les premiers à y perdre, car les enfants ont un regard
neuf. Ils ont des idées originales, ils peuvent nous apprendre énormément
de choses.
Déjà les anciens disaient :
« Xel, puso bu reer la, mag meën na
ko for, xale mën na ko for » (
L’intelligence
c’est comme une aiguille perdue. L’adulte peut la trouver tout comme l’enfant
peut la trouver).
Et je remarque que dans la
Bible, Dieu parle très souvent par la bouche des enfants. Par exemple, il
appelle l’enfant Samuel dans le temple pour adresser un message à son peuple.
C’est également un enfant, Daniel, qui va défendre la chaste femme Suzanne
accusée faussement par de vieux adultères qui voulaient s’amuser avec elle.
Dans les Psaumes, on nous dit que Dieu prépare sa louange par la bouche des
enfants.
Jésus lui-même n’est pas
venu sur terre à l’âge adulte, il a voulu être un enfant et déjà alors qu’il
n’avait que 12 ans au temple de Jérusalem, il parlait avec les docteurs de la
loi et faisait leur émerveillement.
Les enfants ont donc beaucoup à nous apprendre, non seulement pour nous
donner des idées nouvelles, mais également pour nous transmettre la sagesse et
l’esprit de Dieu, ce qui est encore plus important. Et au sujet de ce passage
de Jésus au temple de Jérusalem à l’âge de 12 ans, Luc ajoute (Luc 2,
52) : «
Jésus progressait en
sagesse et en âge devant Dieu et devant les hommes ; et sa mère gardait
tout cela précieusement dans son cœur».
C’est bien de cela qu’il
s’agit :
écouter dans notre cœur la
parole de Dieu pour faire de nos enfants ce que Dieu veut pour eux (et non
pas ce que nous, nous voulons pour eux) pour que nos enfants grandissent non
seulement en taille et en âge, mais également en sagesse, non seulement devant
les hommes mais aussi devant Dieu. Et lorsque Jésus entre solennellement dans
Jérusalem, ce sont les enfants en premier qui l’acclament. Les pharisiens
demandent à Jésus de les faire taire, mais Jésus répond :
« Même si je les fais taire, ce sont les
cailloux qui crieront à leur place ». On ne peut pas empêcher les
enfants de chanter la gloire de Dieu.
Par rapport à la
liberté d’association, je rappelle
simplement ce que je disais : il est important que les enfants puissent se
rencontrer, pas seulement pour échanger des idées,
pas seulement parce que l’union fait la force, mais parce que lorsque
nous sommes ensemble, Dieu est au milieu de nous.
Mais il reste vrai que quand
les enfants sont ensemble, Dieu est au milieu d’eux. Il reste vrai que quand
les enfants sont ensemble, ils peuvent faire des choses extraordinaires. Je
pense par exemple au mouvement Cœurs Vaillants –Ames Vaillantes.
Il faudrait aussi réfléchir
à l
’information que l’on donne à l’enfant. Cette information inclut également le
droit de connaître la parole de Dieu. Nous, adultes, avons le devoir de
transmettre la parole de Dieu dans toute sa vérité et sa pureté, et non pas nos
idées à nous, en nous appuyant sur une prétendue autorité de Dieu et en
affirmant que nous sommes les représentants de Dieu. Les parents ne sont pas
obligatoirement les représentants de Dieu. Est-ce que trop souvent nous n’avons
pas déformé la parole de Dieu à notre avantage et au détriment des
enfants ?
8° DROIT À
LA PROTECTION :
« Tout enfant a droit à l’amour et à la compréhension : il a droit à
la protection contre la violence, la négligence, l’abandon, les mauvais
traitements, l’exploitation économique et sociale ; il ne doit pas être
soumis à la torture, à la traite ni à un emploi qui nuise à sa santé, à son
éducation, à son développement. Il a le droit de bénéficier d’une assistance
juridique et de rester en contact avec sa famille. »
Je me contente de citer cet
article, mais nous nous rendons compte que cela va très loin. Je pourrais
donner des milliers d’exemples, en particulier des enfants de la rue dont je
m’occupe à Saint-Louis. Pendant la journée, le petit cireur est un travailleur
parce qu’on a besoin de lui ; on le respecte et on le paie (plus ou
moins). Mais la nuit, le même enfant est un délinquant ; c’est un enfant
de la rue, il faut le «
ramasser »
et le tabasser.
Quelle idée de l’enfant
avons-nous ?
Quelles sont les conditions
de vie de la plupart de nos enfants ?
Combien d’enfants sont
exploités dans le travail et dans leur vie sans que cela soit même motivé par
des raisons économiques ou par la pauvreté ?
Pour un croyant, il s’agira donc de protéger les enfants comme Dieu
lui-même les protège. Jésus disait : «
Laissez
venir à moi les petits enfants », il les embrassait alors que les apôtres
voulaient les chasser.
9° DROIT À
LA PAIX :
Dieu veut la paix. C’est bien évident car Il est le Dieu de la paix. Chaque fois que Jésus
rencontrait des hommes, il leur disait «
La paix soit avec vous » (Jean 20,19). De même Il dit :
«
Heureux ceux qui construisent la
paix, ils seront fils de Dieu » (Matthieu 5,9).
Mais
cela ne veut pas dire pour autant
que l’on doive accepter n’importe quoi au nom de la paix. La paix, ce
n’est pas se taire en toute occasion, ce n’est pas supporter les
injustices ; au nom de la paix, on ne pourra donc pas accepter que les
enfants soient écrasés, exploités ou simplement qu’ils ne soient pas respectés.
La véritable paix suppose parfois que l’on s’oppose aux gens, que l’on change
les habitudes et les structures.
De même Jésus n’a pas
hésité à chasser les marchands du
temple, car
même s’il faut garder la
paix, il faut d’abord respecter les droits de Dieu et également les droits de
l’enfant.
À ce niveau, je ferai
remarquer que les enfants veulent naturellement la paix. Plus que l’adulte,
l’enfant est capable d’oublier, de pardonner ; il ne garde pas rancune, il est
prêt à changer facilement ses idées.
La question qui se pose est
donc celle-ci : «
Qu’avons-nous
fait de nos enfants et de ce désir de paix qu’ils ont dans le cœur ?
Est-ce que nous les éduquons dans ce sens, ou au contraire ne les poussons-nous
pas à la bagarre, à l’exclusion et à l’intolérance ?
Jésus disait : «
Je vous donne la paix, mais je ne vous la donne pas comme le monde la
donne».
La paix de Jésus, ça n’est
pas la paix du cimetière où il n’y a pas de problème parce que tout le monde
est mort. Ce n’est pas simplement
la majorité, car la majorité peut avoir tout et elle peut écraser les
minorités. De toute façon,
la paix que
Dieu veut, c’est la paix du cœur, c’est l’entente et la réconciliation, c’est
l’acceptation de chacun avec ses différences et son originalité et cela
correspond tout à fait aux valeurs de notre culture africaine. Et à ce titre,
respecter le droit de l’enfant à la paix, c’est apprendre à respecter le droit
de toutes les minorités à la paix, c’est rendre service à la société toute
entière pour qu’elle vive dans une vraie paix.
10° DEVOIRS
DE L’ENFANT À L’ENDROIT DE SES PARENTS :
Souvent on oppose les droits
de l’enfant à ses devoirs. À mon avis, c’est un faux problème car les droits de
toute façon ne vont pas sans les devoirs et un enfant qui est aimé et respecté
fait tout de lui-même pour remplir ses devoirs sans qu’on ait besoin de le
forcer. Mais
si l’on insiste tant sur
les devoirs des enfants, n’est-ce pas en fait le signe que nous ne sommes pas
tellement décidés à respecter leurs droits ? Le problème ne se pose
donc pas au niveau des enfants, mais au niveau des adultes
CONCLUSION
Dieu est
pour les droits des enfants : Donc bien loin de s’y
opposer, la religion bien comprise doit non seulement pousser à défendre ces
droits, mais même aller plus loin et les dépasser.
1.
La religion nous apporte une
autre motivation :
À la fin du monde,
Jésus dira :
« J’avais faim, tu m’as
donné à manger ; j’étais nu, tu m’as habillé ; j’étais étranger, tu
m’as accueilli, tout ce que tu as fait
au plus petit de ceux-ci qui sont mes frères, c’est à moi que tu l’as
fait » (Matthieu 25). Cela
recoupe le droit à la nourriture, le droit à la santé, le droit à la
protection, le droit pour tous, pour les plus petits (les enfants) et en
particulier pour les étrangers et ceux qui ont le plus de problèmes, mais bien
plus, Dieu se met du côté de ces enfants. Il va jusqu’à dire que tout ce que
l’on fait aux enfants, c’est à Dieu lui-même qu’on le fait. Et à ce moment là,
respecter les droits de l’enfant, ce n’est pas seulement une question de
charité, cela devient une question de foi
.
Je ne peux pas dire que je crois en Dieu qui est le père de tous les hommes et
devant qui nous sommes tous des enfants si je méprise un seul de ses enfants.
Jésus disait :
« C’est obligé
que le scandale arrive, mais malheur à celui qui scandalise un enfant ; il
vaudrait mieux qu’on lui attache une grosse pierre au cou et qu’on le noie dans
la mer » (
Matthieu 28, 6).
Jésus va jusqu’à dire :
Celui qui accueille un enfant en mon Nom,
c’est moi qu’il accueille et celui qui m’accueille accueille Dieu qui m’a
envoyé » (Mathieu 18, 5). À ce sujet, nous pouvons faire appel à
nouveau à l’expérience du peuple hébreu en Egypte. Les Egyptiens tuaient les
enfants mâles des Hébreux ; ils mariaient leurs filles de force, les
enfants étaient soumis au travail forcé, ils étaient en esclavage. Dieu ne peut
pas accepter cela : Il envoie Moise pour les sauver.
Aujourd’hui, c’est à nous de continuer ce travail de Moise. Comme
le disent les Anciens :
« Yalla,
yalla, bey sa tool ». (Il ne suffit pas de dire : «
Dieu, mon Dieu, il faut aussi cultiver ton
champ »). Je ne peux donc pas dire que Dieu sauve les hommes si
moi-même je ne fais pas tout ce qui m’est possible avec la force de Dieu pour
sauver les enfants qui souffrent aujourd’hui. .
2.
La religion nous apporte une
force et une espérance :
Non seulement j’affirme le
droit des enfants, mais je pense qu’avec Dieu c’est possible de libérer les
enfants et de les faire vivre. Dieu est le maître du monde et de la vie. C’est
Dieu qui donne la vie aux enfants.
Je
suis donc sûr que si je m’appuie sur la
force de Dieu, je peux rendre les enfants heureux et leurs droits seront
respectés. La question est simplement celle-ci : est-ce que j’agis
selon mes idées ou selon les idées de Dieu ? Est-ce que je m’appuie sur la
force de Dieu ou uniquement sur mes propres forces ? Le Prophète Isaïe,
repris par Saint Pierre, affirme au nom de Dieu :
« Je vais faire une terre nouvelle et
des cieux nouveaux où la justice règnera ». C’est cela que Dieu
veut : une terre où la justice règne pour tous et en particulier pour les
enfants.
3.
Dépasser la problématique
des droits et des devoirs :
Dans la religion chrétienne,
ce qui est essentiel, c’est d’aimer. Et il est vrai que
si on aime l’enfant, par le fait même, on respecte ses droits. Et si
l’enfant se sent aimé, par le fait même, il fera son devoir. Il ne le fera
pas parce qu’il est forcé, mais de lui-même. De même nous respecterons ses
droits non pas seulement parce que nous sommes convaincus de leur importance,
mais si nous sommes croyants, à cause de Dieu Lui-même. Par exemple, c’est vrai
qu’il est important que l’enfant soit poli.
Les Wolofs disaient :
«Sukkal mag terewul nga yobale sa
oom » (
Se mettre à genoux devant
un adulte ne t’empêchera pas de partir avec ton genou). Mais si l’enfant se
sent aimé, de toute façon, il va tout faire pour faire plaisir à ses parents et
aux autres adultes ; et il en fera encore plus. Il est important que
l’enfant aide ses parents, mais pas parce qu’il est forcé, par peur de la
sorcellerie ou du maraboutage, par pression, mais simplement parce qu’il se sent aimé et que quand on est
aimé, on a envie d’aimer à son tour.
Le
problème est donc de donner à nos enfants la quantité d’amour dont ils ont
besoin et à laquelle ils ont droit.
4.
Devoirs de l’enfant :
D’ailleurs, si un enfant ne
remplit pas ses devoirs et n’aime pas ses parents, n’est-ce pas la preuve qu’il
n’a pas été vraiment éduqué et qu’il n’a pas été suffisamment aimé ? Le
forcer à aimer ses parents ne servirait à rien
. L’amour doit venir du cœur. On ne peut pas le forcer.
La Convention relative aux
droits de l’enfant qui s’exprime en
termes de droits et de devoirs est donc importante pour être acceptée par tous
les hommes. Mais il faudrait faire
attention
à ne pas réduire cette Convention simplement à des interdits ou à des
commandements, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Il s’agit
d’en faire un véritable idéal, un esprit, une façon de vivre. Et je pense que
cela doit être compris facilement surtout par des gens qui font partie de
l’UNICEF. La religion peut beaucoup aider à atteindre ce niveau-là, pour aider
à dépasser le simple point de vue des droits et des devoirs et pour donner un
véritable sens à cette Convention :
le
sens que Dieu Lui-même veut que nous lui donnions.
5.
L’intérêt supérieur de
l’enfant :
Dans la Convention, on parle
des intérêts supérieurs de l’enfant. C’est très important. C’est un progrès
énorme et même une véritable révolution par rapport à ce que l’on disait
autrefois. Mais je pense que là encore, la Foi chrétienne va plus loin. Elle va
jusqu’à dire que l’enfant, en lui–même, est supérieur. En effet, Jésus disait :
« Si vous ne devenez pas comme des
petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux »
(Mathieu 18,2). Et en effet, devant Dieu, nous sommes tous comme des enfants.
Réussir sa vie, c’est donc se tenir comme
un enfant, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les autres hommes.
C’est cela qui nous permettra de nous mettre à l’écoute les uns des autres, de
vivre en paix et de construire un monde heureux.
Pourquoi devenir comme des
enfants ? Parce que les enfants ont souvent des qualités que nous adultes,
avons perdues.
L’enfant sait garder la
joie. Il est simple. L’enfant est rarement raciste. Il sait pardonner. Il
oublie facilement le mal qu’on lui a fait. Il aime partager. C’est pour
cela que j’ai écrit un livre intitulé «
Nos enfants nous font grandir ».
La Convention nous appelle
donc, non seulement à respecter les droits des enfants, mais à nous mettre à
l’écoute et à l’école de nos enfants pour construire un monde où chacun aura sa
place et où chacun pourra être heureux.
En
résumé :
1.
Il y a des
problèmes très graves pour les enfants au Sénégal. Et ces problèmes ne
viennent pas seulement du sous-développement, mais aussi de la façon dont nous
avons construit la société. La société a été construite par les adultes et pour
les adultes. Autrefois, on aimait avoir des enfants. Mais est-ce qu’on aimait
les enfants pour eux-mêmes ou pour nous ? Est-ce qu’on voulait avoir des
enfants pour qu’ils soient heureux ou bien pour qu’ils puissent nous aider,
nous rendre service ? C’est là la question fondamentale.
Encore une fois,
il ne s’agit pas de respecter l’enfant
seulement parce qu’il est l’adulte de demain, mais il faut respecter l’enfant
d’aujourd’hui parce qu’il est un enfant et parce qu’il a une grande valeur
aujourd’hui. Il faut l’aimer pour lui-même et non pas pour l’intérêt que
l’on peut en tirer.
2.
Par
conséquent, ceux qui sont contre les droits des enfants ne sont pas sérieux.
Non seulement ils font le malheur des enfants, mais ils préparent leur propre
malheur. En tout cas, un vrai Sénégalais ne peut pas être contre les droits des
enfants (voir les différents proverbes que j’ai cités), et un chrétien encore
moins.
3. Au
contraire, si tu es croyant, il faut aller encore plus loin. Ainsi la Convention relative
aux droits de l’enfant, ce n’est pas un but, c’est un point de départ. Alors, à
nous de nous engager, tous ensemble, adultes et enfants, pour continuer à
avancer avec la force et la bénédiction de Dieu.
Père Armel Duteil, éducateur
Saint Louis, 1994
1- Conférence du Père Armel
Duteil