ANALYSE DE FOND (pour aller plus loin)

DROITS DE L’ENFANT ET CHRISTIANISME (1)


Pour faire comprendre plus facilement et vulgariser la Convention relative aux droits de l’enfant, la CEDHOSSAI (Commission d’Education aux Droits de l’Homme d’Amnesty International), a regroupé les différents droits de l’enfant en 10 droits principaux, en montrant en quoi ces droits rejoignent la religion chrétienne et surtout en quoi la religion chrétienne éclaire ces droits et permet d’en comprendre l’importance et la profondeur.

1° DROIT À L’ÉGALITÉ :

Déjà dans la religion traditionnelle, il est évident que tous les hommes sont égaux devant Dieu : « Nun nep ay doomi Adama lanu »ou encore : « Nous sommes tous fils d’Adam » et les Ouolofs disent : « Borom Allal ak baadoolo tase nanu. Borom bi moo leen bind noom naar » ou encore : « le riche et le pauvre se sont rencontrés, c’est Dieu qui les a créés tous les deux ». Et aussi : « Ku xeeb baadoolo, ton ku ko bond » ou encore : « si tu méprises un pauvre, tu insultes Dieu qui l’a créé ».

Mais en fait, Dieu va plus loin. Tous les hommes sont égaux devant Lui, mais Dieu a des préférences. Qui préfère t’il ? Déjà au temps du prophète Moise, entre les Hébreux qui étaient opprimés et en esclavage, et les Egyptiens qui les écrasaient, Dieu n’a pas hésité. Il s’est mis du coté des Hébreux et c’est pour cela qu’Il a envoyé le prophète Moise pour les délivrer.
Je fais remarquer que Moise est un prophète non seulement pour les Juifs, mais également pour les chrétiens et les musulmans et que l’Ancien Testament rejoint le Coran. C’est là la base essentielle non seulement d’un dialogue et d’une compréhension, mais d’une action en commun, chrétiens et musulmans au Sénégal, non seulement en rapport avec les Droits de l’enfant, mais pour toute la vie du pays.
Et Moise dira, au nom de Dieu, au peuple hébreu : « Tu accueilleras le pauvre, l’étranger, la veuve et l’orphelin ». Pourquoi cela ? Parce que ce sont justement ces personnes qui le plus souvent sont écrasées, rejetées, méprisées. Il est donc important de défendre les pauvres et les petits dont les enfants font partie et chez les enfants, spécialement les orphelins qui ont encore moins de protection et de soutien que les autres. Pourquoi Dieu se conduit il ainsi ? C’est parce que donner « l’égalité des chances à tout le monde », comme on dit, cela aboutit souvent à la loi du plus fort, quand ce n’est pas la loi de la jungle : les doués, les plus intelligents, les plus forts prennent la première place et rejettent les autres en arrière et donc, en particulier les enfants, quand ils ne les écrasent pas comme cela se produit très souvent.
Nous retrouvons cette attitude chez le Christ. Tout au long de sa vie, Il a préféré les pauvres, les petits, tous ceux qui étaient rejetés, méprisés; Il n’a pas choisi comme apôtres des gens bien placés, des gens de la ville, des intellectuels, mais des broussards, des pêcheurs et des paysans, des analphabètes. Et parmi tous ses apôtres, celui qu’Il préférait, c’était le plus jeune, le petit Jean. C’est cela que les pharisiens ont reproché à Jésus-Christ : d’aller avec les prostituées et les pécheurs publics en général. Ce n’était pas par provocation, ni pour approuver leur mauvaise conduite, mais simplement pour leur donner leur vraie chance, alors que dans la société, ils étaient mis à l’écart, ils n’avaient pas droit à la parole, ils étaient rejetés et méprisés. C’est donc cela le minimum. Le droit à l’égalité vient de faire que nous sommes tous égaux devant Dieu, mais cela nous demande de faire des choix, d’avoir des préférences et en particulier de préférer les enfants, et parmi les enfants, de soutenir ceux qui en ont le plus besoin.
 
2° DROIT À UNE FAMILLE, À UN NOM, À UNE NATIONALITÉ :

DROIT À UNE FAMILLE :
Tout enfant a droit à une famille, cela est évident. Bien plus, c’est Dieu qui a créé la famille. Dieu n’a pas créé un homme tout seul, il a créé un homme et une femme : Adama et Awa. Et c’est l’homme et la femme ensemble qui sont image de Dieu, comme le dit la Genèse : « Et dieu créa l’homme, Il le créa à son image, homme et femme Il créa ».
Ce n’est donc pas l’homme tout seul qui est image de Dieu, mais l’homme et la femme ensemble, avec leurs enfants. La famille vient de Dieu, c’est pour cela que tout enfant a droit à une famille.
Mais bien plus que cela, pour les Chrétiens, Dieu est une famille. C’est ce qu’on appelle la Trinité. Bien sûr, Dieu est unique, il n’y a qu’un seul Dieu, mais en lui-même Dieu est Père, Fils et Esprit Saint. Et Dieu est Amour, le droit à la famille, c’est le droit à uns famille où on aime et où on est aimé.
Jésus disait : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». C’est cela qui fait la grandeur et la dignité de la famille ; quand une famille est réunie, à condition bien sûr que ce soit dans la paix et l’amour et que chacun ait sa place et soit reconnu, Dieu est présent.
Je remarque que cela rejoint le texte du Coran qui dit : « Il n’y a pas de rencontre à trois sans que Dieu soit le quatrième, ni de rencontre à cinq sans que Dieu soit le sixième ». C’est cela la grandeur de la famille : quand il y a famille, Dieu est là ; la famille est l’un des signes les plus grands que Dieu a données de son amour, c’est l’un des moyens principaux par lequel Dieu est présent au milieu des hommes. Et quand nous vivons notre vie de famille comme Dieu le veut, nous sommes heureux et l’enfant en particulier y a toute sa place.

LE DROIT À UN NOM, À UNE NATIONALITÉ :

Non seulement l’enfant a droit à un nom, mais Dieu nous connaît chacun par notre nom. Jésus disait : « Réjouissez vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux auprès de Dieu » (Luc 10, 19). Avoir un nom, c’est donc plus que de pouvoir avoir une carte d’identité, c’est être quelqu’un d’absolument unique, quelqu’un de connu et aimé de Dieu et c’est parce que l’enfant est connu et aimé de Dieu que nous aussi nous devons le reconnaître et l’aimer, comme Dieu lui-même.
Dieu nous donne un pays. C’est Dieu qui a créé la terre, c’est Dieu qui nous a fait naître au Sénégal) et ce pays nous devons l’aimer à cause de Dieu et le faire grandir comme Dieu le veut, mais à condition de dépasser le nationalisme. Il s’agit donc, dans la vie de la famille comme dans la vie du pays tout entier, de bâtir une famille et un pays où on garde la parole de Dieu et à ce moment là on est heureux. C’est Dieu qui a fait toutes les races et tous les peuples. Le droit à la nationalité existe, mais les différentes nationalités ne doivent pas devenir une cause d’oppositions et de guerres, encore moins de racisme ou de tribalisme, mais bien une occasion de richesse et d’épanouissement réciproque. Les différents peuples sont un signe et une manifestation de la richesse de Dieu. Chaque peuple a reçu une culture qui vient de Dieu, mais aucune culture ne peut exprimer toute la grandeur de Dieu. C’est ensemble que l’on peut manifester les richesses de Dieu lui-même. Ce n’est pas pour rien que cette Convention des droits de l’enfant a été proclamée par l’UNICEF, organisation de l’Onu et signée par la plupart des pays du monde entier. Les Ouolofs disent : « Xeetunit nep, ci geetum Yalla lanu bokk ».

3° DROIT À LA SURVIE ET AU DÉVELOPPEMENT :
Ce mot « Droit à la survie » me gêne un peu. En fait il ne s’agit pas seulement de donner le droit de survivre, mais bien le droit de vivre à plein, de vivre totalement : c'est-à-dire de permettre à l’enfant de développer toute sa personnalité, toutes ses richesses physiques, psychologiques, intellectuelles, morales, sociales… Il ne s’agit donc pas de survivre, mais de vivre pleinement, de vivre totalement, de permettre à l’enfant de vivre comme Dieu le veut.
C’est la condition pour qu’il soit véritablement enfant de Dieu, fils de Dieu, comme on le dit dans la tradition chrétienne. Et je rappelle un point qui n’est pas explicité dans la Convention, c’est que l’enfant a le droit à la vie non seulement après sa naissance, mais déjà avant sa naissance. Il est vivant dans le ventre de sa mère, il a droit non seulement à la protection, ce qui suppose que l’on protège la femme enceinte, mais également au respect, ce qui pose en particulier tout le problème de l’avortement, mais également des manipulations génétiques … Cette question est très importante et très grave.
À cet égard, je rappelle seulement cette parole de Jésus : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance ».

LE DROIT AU DEVELOPPEMENT :

Comme le disait le Pape Paul VI, il s’agit bien d’un développement global et intégral : « développer tout l’homme et tous les hommes », c'est-à-dire permettre à l’enfant de devenir un homme parfait, comme Jésus Christ lui-même. Le droit au développement ne se limite donc absolument pas au développement économique, ni à la santé ou au droit à la nourriture. Bien sûr, ce sont des droits essentiels, mais il s’agit d’un droit à l’épanouissement.
Saint Irénée disait au 1er siècle du Christianisme : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » c'est-à-dire l’homme debout, libre et responsable, libre de toute aliénation et de toute colonisation.
Et la Charte africaine des droits de l’homme et des Peuples a bien raison de dire qu’il existe un droit  au développement. Le développement, c’est un droit. Et donc les peuples sous-développés ont le droit d’exiger qu’on les soutienne pour arriver à un véritable développement. Car c’est Dieu qui a fait la terre et Il a fait la terre pour tous les hommes. Dieu a fait l’homme maitre de la terre. Cela pose le problème de l’environnement.
Il s’agit de développer le monde, mais le développement ne peut pas se limiter à un développement technique. Nous voyons bien quelles sont trop souvent les conséquences de la technique qui écrase l’homme et en particulier les enfants. Il s’agit de développer la terre, c'est-à-dire de faire une terre vivable où il fera bon vivre pour tous, en particulier pour nos enfants. Mais justement quelle terre sommes-nous en train de construire actuellement ? Quelle terre allons-nous laisser à nos enfants ? Est-ce vraiment la terre comme Dieu la veut ? C’est pourquoi l’année dernière à Saint Louis, nous avons réfléchi au droit à un environnement sain.
Par ailleurs, le développement ne va pas sans la paix. Paul VI disait : « le développement est le nouveau nom de la paix ». Il n’y a donc pas de développement sans démocratie, car Dieu veut la paix et c’est pour cela que dans toutes les religions, on se salue en se disant : « shalom », «Assalam aleikum», « la paix soit avec toi » parce que Dieu veut la paix entre tous les hommes. Dieu veut la vie et le développement de l’enfant. Mais qu’est ce que nos religions en ont fait trop souvent ?
Les guerres saintes et les croisades, on a même vu au Moyen Age une croisade des enfants où ils ont été tous tués. Je pense que c’est là une déformation très grave de la religion et que nous avons donc à revenir à nos sources pour une véritable éducation à la paix et au développement, en particulier pour nos enfants.
En effet, comment se saluer en disant : «Assalam aleikum» et écraser les gens, les faire souffrir et leur faire la guerre ?
Comment dire que Dieu est créateur de tous et nous refermer sur notre propre religion et même parfois vouloir l’imposer aux autres par la force ? Dieu ne peut pas accepter de telles choses.

4° Droit à la santé :

Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu, par les Prophètes, guérissait les malades. Mais surtout au nom des prophètes, Dieu demandait à ce que les pauvres et leurs enfants aient tout ce qu’il faut pour vivre en bonne santé : la nourriture, l’environnement …. Je ne peux donc pas dire que Dieu est bon si je ne lutte pas en même temps de toutes mes forces contre toutes les formes de souffrances, de maladies et de mal. Sinon ce serait se moquer de Dieu : « Yalla, Yalla, bey sa tool. Ndimbal, na ca fekk loxool boroom » (aide toi et le ciel t’aidera).
De même, Jésus a passé toute sa vie publique à soigner les malades. Il y a passé le plus clair de son temps. Il ne pouvait pas voir quelqu’un de malade sans faire aussitôt tout ce qui lui était possible pour le soigner et pour le guérir. La lutte pour la santé fait donc partie intégrante non seulement de la religion, mais de la foi elle-même. En effet, dans le christianisme, on dit que Dieu est Père.
C’est donc en premier pour les enfants qu’il nous faudra lutter, que ce soit pour le droit à la santé ou pour les autres droits. En tant que croyant, je ne peux pas dire que c’est Dieu qui fait pousser les plantes, si je ne donne pas à manger à ceux qui ont faim. Et quand les Chrétiens disent : « Dieu, donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », ils s’engagent en même temps à travailler pour nourrir tous ceux qui ont faim, pour que tout homme ait de quoi manger et soit en bonne santé. Je ne peux pas dire que Dieu est le compatissant et le miséricordieux si je ne pardonne pas aux autres. Je pourrais continuer dans le même sens  pour tous les droits.
Cela nous montre qu’il nous faut donc dépasser la simple problématique des droits : « J’y ai droit, c’est mon droit, donc c’est votre devoir de respecter mes droits, faites vos devoirs envers moi ». Il s’agit bien de voir le problème dans toute sa dimension.

Un environnement sain pour que tous les enfants soient en bonne santé, c’est déjà important, car la santé est importante en tant que telle. Mais en tant que croyants, laisser les ordures dans la rue, c’est insulter Dieu, c’est salir le monde que Dieu nous a donné, c’est casser la terre que Dieu a faite. Dieu nous demande de faire l’aumône, mais la vraie aumône ce n’est pas de donner quelques pièces d’argent ou de la nourriture, c’est de planter des arbres, d’arrêter les feux de brousse. Distribuer des sacs de riz ou de mil aux paysans ou à leurs enfants, c’est en faire des mendiants et de toutes façons, on le voit bien dans la région de Saint Louis, avec les enfants des réfugiés, cela ne suffira pas, ils auront faim, ils vont tomber malades, ils ne pourront plus vivre d’une vie humaine. Au contraire, si je plante des arbres avec eux, si je leur en donne les moyens, les pluies vont revenir, ils pourront travailler par eux-mêmes, ce sera leur grandeur et leur dignité. Ils n’auront plus besoin de mendier, eux et leurs enfants seront en bonne santé. Nous connaissons tous ce proverbe : «J’ai faim, ne me donne pas à manger, apprends moi à pêcher». C’est pour cela que la vraie aumône, ce n’est pas donner de l’argent, c’est de donner l’intelligence, c’est d’enseigner. S’il est bien vrai que c’est Dieu qui nous a donné l’intelligence et que la santé est d’abord une question de formation et d’éducation (soins de santé primaires, éducation sanitaire…), Dieu nous a donné un esprit pour cela et c’est cela la volonté de Dieu.
Le droit à la santé ne se limite donc absolument pas à la distribution de médicaments. De même, c’est important de faire des prières pour avoir un bon hivernage, mais prier pour avoir un bon hivernage ne sert à rien si je continue à faire des feux de brousse qui font avancer le désert. Bien plus, demander à Dieu de donner la pluie et continuer à brûler la terre, c’est se moquer de Dieu, c’est agir contre Lui, car c’est casser son travail. Dieu a donné à l’homme un corps, un esprit et un cœur. Cela veut dire que la santé ne se limite pas à la santé du corps, mais comme le dit l’OMS, c’est un état de bien-être global. Cela veut dire qu’il ne suffit pas de travailler pour être en bonne santé, bien se nourrir… et se soigner (le corps), ni d’avoir la paix (l’esprit) ou de prier pour avoir la santé, il s’agit surtout d’aimer (le cœur). Et nous savons combien il est nécessaire pour que l’enfant soit en bonne santé, qu’il se sente aimé par ses parents, qu’il se sente heureux. Un enfant qui est soutenu et qui a le moral, guérit beaucoup plus vite qu’un enfant qui est triste et abandonné. Cela, nous le voyons tous les jours dans les hôpitaux.
Cela nous montre enfin que les droits de l’enfant, c’est une globalité. Cela ne concerne pas seulement le corps (la santé), mais l’esprit (l’éducation sanitaire, pas seulement aller à l’école, mais le droit à la parole …) et aussi le cœur. C’est pour cela que nous parlons également du « droit à l’amour », ce qui, dans un sens, est une contradiction car l’amour ça ne se commande pas, cela vient du cœur (du cœur justement), mais l’amour est absolument essentiel pour que l’enfant soit heureux. Un enfant qui se sait aimé, fait ses devoirs sans qu’il ait besoin d’être forcé. Et quand on aime un enfant, on respecte ses droits.

5° DROIT A L’EDUCATION ET AUX LOISIRS :

DROIT À L’ÉDUCATION :
Je note tout de suite qu’il s’agit bien du droit à l’éducation, et pas seulement à l’instruction.
Par exemple, on s’aperçoit que l’école est parfois (de plus en plus) un lieu d’instruction, un lieu où l’on donne des connaissances plus qu’un lieu d’éducation et c’est tout le problème du passage dans le monde moderne. Autrefois, il y avait une éducation traditionnelle qui était basée sur la foi en Dieu et qui actuellement n’existe plus. Par exemple, on parle d’instruction civique, mais instruction civique et éducation du citoyen, ce n’est pas la même chose.
De même, enseigner l’économie familiale et faire une éducation à la vie familiale (E.V.F) c’est tout à fait différent. C’est aussi le problème des programmes de 4ème de sciences naturelles où l’on étudie les appareils génitaux, mais on n’éduque pas les jeunes à vivre leur sexualité d’une façon heureuse et épanouissante. Une information biologique ne pourra jamais être une véritable éducation sexuelle et les enfants ont droit à l’éducation, donc droit à l’éducation sexuelle. Mais distribuer des préservatifs ou des pilules à des jeunes, ou même simplement leur expliquer les rythmes de fécondité et de fonctionnement du cycle sans aucune formation ni réflexion, est-ce les respecter ou au contraire les pousser au vagabondage ? Et donc les pousser vers le malheur, les MST, la prostitution, les déceptions amoureuses et toutes les conséquences que nous ne connaissons que trop. Dans ce domaine, il s’agit donc bien de revenir à la sexualité telle que Dieu le veut. Encore une fois, c’est Dieu qui a créé l’homme et la femme. L’enfant a droit à une famille. Il a le droit d’avoir non seulement une mère, mais aussi un père, une mère et un père qui sont unis, qui s’aiment et qui l’aiment ensemble.
On ne peut pas parler de droit à l’éducation pour les enfants sans se demander quel est le sens de la vie et de l’amour qu’on leur donne. Je dis bien « qu’on leur donne » car l’enfant n’a pas besoin d’abord de discours. Il a besoin de parents éduqués et responsables, unis et heureux, qui puissent lui montrer le chemin. C’est tout le problème de nombreux parents qui disent : « Je suis analphabète, je n’ai pas appris tout ça, comment  pourrais-je l’enseigner aux enfants ? ». Ce n’est pas une question d’enseignement, c’est une question d’exemple et une question d’amour. Il s’agit de vivre les Droits de l’enfant pour en faire bénéficier nos enfants simplement si on les envoie à l’école.
L’école, c’est important, mais l’éducation va beaucoup plus loin. Il s’agit de développer les capacités intellectuelles et morales de l’enfant, encore une fois pour en faire un fils de Dieu.

Les Anciens disaient : « un fils d’Adam », les musulmans disent plutôt un reflet de Dieu. Mais tout cela revient au même. Ce que je viens de dire par rapport à l’éducation sexuelle, car c’est un point qui pose particulièrement problème, est vrai également pour tous les autres secteurs de l’éducation.

LE DROIT AUX LOISIRS :
Les enfants s’impliquent totalement dans le jeu. Cela veut dire que les loisirs des enfants sont aussi importants que le travail chez l’adulte. Il faut donc les respecter tout autant. Le loisir, ce n’est pas seulement un amusement, encore moins un passe-temps, c’est important. Dans le Livre de la Sagesse (Ancien Testament), Dieu dit : « Je trouvais ma joie à jouer avec les enfants des hommes ». Le droit aux loisirs vient de Dieu car le loisir est la porte ouverte à la joie, à la vraie joie, à la joie de Dieu à laquelle nos enfants ont droit. Il est lié au droit au bonheur et au droit à l’épanouissement. Ce n’est donc pas normal d’arrêter un enfant qui joue pour l’envoyer faire des commissions ou pour lui demander de venir nous rendre service, à moins bien sûr que cela soit urgent ou important. L’enfant doit rendre service et travailler, mais il faut au moins le prévenir à l’avance, en parler avec lui et organiser son temps pour respecter son droit aux loisirs.
Je ferai remarquer d’ailleurs que normalement c’est le plus grand qui doit se mettre  au service du petit et non pas l’inverse, car le grand est le plus fort. Or, en s’appuyant sur un prétendu droit d’aînesse très souvent, n’est ce pas l’inverse que nous voyons : des grands qui se font servir par des petits et qui les exploitent. Jésus disait : « Que le plus grand se mette au service de ses frères » et juste avant de mourir, Il a tenu à laver les pieds de ses apôtres en leur donnant le sens de son geste. Il leur disait : Vous m’appelez Seigneur et Maitre et vous avez raison. Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert. Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres. Ne faites pas comme les chefs dans le monde qui se font servir par leurs sujets ».
Par rapport à tout cela, il ne s’agit donc pas simplement de respecter les différents articles de la Convention relative aux droits de l’enfant, mais d’opérer une véritable révolution mentale et culturelle pour regarder l’enfant comme Dieu lui-même le regarde. Lorsque le Prophète Samuel va choisir un roi pour le peuple hébreu, il cherche à prendre les enfants les plus forts et les plus développés. Mais Dieu dit à Samuel : « Non, choisis le petit David, le dernier de la famille, celui qui garde le troupeau, car mes pensées ne sont pas vos pensées ». Dans cette Convention relative aux droits de l’enfant, il s’agit bien de changer nos pensées pour avoir les pensées de Dieu. Il s’agit bien de se mettre au service de nos enfants et non seulement de nous faire servir par eux. Et je fais remarquer que l’enfant a le droit de vivre sa vie d’enfant. Souvent on dit aux jeunes : « Vous les jeunes, vous êtes les adultes de demain ; c’est à vous que nous confions le monde ». Cela me semble très équivoque. D’abord quand on dit cela, n’est-ce pas pour nous excuser de nos manques et de nos limites ? Nous n’avons pas été capables de construire un monde de paix, un monde où les enfants puissent s’épanouir, un monde où tous les hommes soient heureux. Alors nous disons : « Vous les jeunes, vous prendrez la relève, vous ferez mieux que nous ».
Au lieu de nous rabattre sur nos enfants, ne faudrait-il pas au contraire que nous-mêmes nous changions et que nous fassions tous les efforts qui sont possibles pour transformer le monde aujourd’hui ? En tout cas, l’enfant n’est pas l’adulte de demain. C’est l’enfant d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de l’éduquer seulement pour demain, mais de lui permettre de vivre aujourd’hui, de vivre sa vie d’enfant qui a sa valeur en elle-même, de vivre pleinement, totalement, heureux et épanoui. Que les adultes prennent donc leurs responsabilités et qu’ils fassent leur devoir et les enfants seront heureux dès aujourd’hui.

6° DROIT À UN ENVIRONNEMENT SAIN :

Nos enfants ont droit à un air pur, à une terre propre, à une eau potable. J’en ai parlé plus haut à propos du droit à la santé. Encore une fois, c’est cela que Dieu veut. Comme le montre cette citation du prophète Isaïe (35,6 et 7 – voir aussi Isaïe 41, 17 à 20) : « Le désert va devenir un jardin, la terre brûlée deviendra un marécage et le pays de la soif fera sortir des eaux jaillissantes. Les miséreux et les pauvres cherchent de l’eau, mais ils n’en trouvent pas ; leur langue est desséchée par la soif, mais moi Dieu je les exaucerai, moi le Dieu d’Israël je ne les abandonnerai pas ; sur les montagnes desséchées, je ferai jaillir des fleuves et je ferai jaillir des sources au niveau des vallées ; je ferai pousser dans les déserts le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier ainsi on verra et on comprendra que c’est la main de Dieu qui a fait cela». Voilà ce que Dieu veut, voilà ce que nous devons faire si nous voulons suivre le chemin de Dieu.
Les Anciens disaient : « Xale bu loxom set mën na bokk ndap ak mag yi » (L’enfant qui a les mains propres peut manger avec les adultes). Mais c’est beaucoup plus que cela. Il s’agit d’un environnement humain ; que nos enfants puissent devenir pleinement hommes dans le monde où ils habitent e je retrouve cela en particulier chez un certain nombre de chanteurs. En effet,  je crois que Dieu parle aussi à travers les chanteurs et pas seulement dans les livres saints. Dans l’Evangile on dit à Dieu :« Ton esprit travaille au cœur des hommes. » Je pense par exemple, à ce chant de Youssou Ndour « Set ».
Il s’agit non seulement d’avoir un corps propre, mais un cœur propre et un esprit propre pour vivre dans un monde propre. Kiné Lam chante aussi « Doomu adama bul ko foe » (Donc de ton prochain, ne fais pas un jouet). Youssou Ndour chante aussi : « Qu’est-ce que tu veux ? Je veux vivre, rester libre, je veux m’envoler vers le ciel. ». C’est cela le droit de l’enfant : vivre Comme le dit l’affiche de l’UNICEF : « Que veux-tu être demain ? Vivant». Mais vivre pleinement, totalement, vivre en étant libre pour aller vers le ciel, c’est-à-dire aller vers Dieu.
Nous écoutons tous ces chants, mais est-ce que nous pensons à ce que nous disons ? Et pourtant c’est bien à cela que Dieu nous appelle. La punition d’Adam et d’Eve dans la Bible nous rappelle que la pollution de la terre est la conséquence du péché, aussi faut-il bien comprendre ce qu’est le péché. Ce n’est pas seulement un manquement à un règlement ou à un rite, mais un manque d’amour de Dieu et des autres. Est-ce que je peux dire que j’aime Dieu si je salis la terre qu’il m’a donnée ? Est-ce que je peux dire que j’aime mes frères si je salis la terre sur laquelle ils vivent, ce qui va les entraîner, en particulier les enfants, dans la pauvreté et la maladie.
C’est cela le péché et c’est pour cela que je dis que ne pas respecter les droits de l’enfant, c’est profondément un péché et un péché très grave. Si je salis l’homme, je salis Dieu qui l’a créé. Jésus disait : «  Malheur à celui qui entraîne l’enfant dans le malheur  Il vaudrait mieux qu’on lui attache une grosse pierre au cou et qu’on le jette dans la mer».
 
7° DROIT À LA LIBERTE D’EXPRESSION, D’ASSOCIATION ET D’ACCÈS À L’INFORMATION :

Une première remarque : la liberté d’expression, c’est celle qui pose le plus de problèmes aux parents. Et pourtant c’est d’abord dans la famille qu’elle devrait être vécue. C’est pourquoi, en plus des droits de l’enfant, il serait absolument essentiel de parler des droits de la famille, surtout en cette année qui est l’Année Internationale de la Famille. Je signale que le Vatican a fait à cet égard une déclaration chrétienne des droits de la famille qui me semble très importante et absolument fondamentale.
Je noterai simplement que le droit à l’expression est absolument normal et naturel et que si nous empêchons nos enfants de s’exprimer, nous sommes les premiers à y perdre, car les enfants ont un regard neuf. Ils ont des idées originales, ils peuvent nous apprendre énormément de choses.
Déjà les anciens disaient : « Xel, puso bu reer la, mag meën na ko for, xale mën na ko for » (L’intelligence c’est comme une aiguille perdue. L’adulte peut la trouver tout comme l’enfant peut la trouver).
Et je remarque que dans la Bible, Dieu parle très souvent par la bouche des enfants. Par exemple, il appelle l’enfant Samuel dans le temple pour adresser un message à son peuple. C’est également un enfant, Daniel, qui va défendre la chaste femme Suzanne accusée faussement par de vieux adultères qui voulaient s’amuser avec elle. Dans les Psaumes, on nous dit que Dieu prépare sa louange par la bouche des enfants.
Jésus lui-même n’est pas venu sur terre à l’âge adulte, il a voulu être un enfant et déjà alors qu’il n’avait que 12 ans au temple de Jérusalem, il parlait avec les docteurs de la loi et faisait leur émerveillement.
Les enfants ont donc beaucoup à nous apprendre, non seulement pour nous donner des idées nouvelles, mais également pour nous transmettre la sagesse et l’esprit de Dieu, ce qui est encore plus important. Et au sujet de ce passage de Jésus au temple de Jérusalem à l’âge de 12 ans, Luc ajoute (Luc 2, 52) : « Jésus progressait en sagesse et en âge devant Dieu et devant les hommes ; et sa mère gardait tout cela précieusement dans son cœur».
C’est bien de cela qu’il s’agit : écouter dans notre cœur la parole de Dieu pour faire de nos enfants ce que Dieu veut pour eux (et non pas ce que nous, nous voulons pour eux) pour que nos enfants grandissent non seulement en taille et en âge, mais également en sagesse, non seulement devant les hommes mais aussi devant Dieu. Et lorsque Jésus entre solennellement dans Jérusalem, ce sont les enfants en premier qui l’acclament. Les pharisiens demandent à Jésus de les faire taire, mais Jésus répond : « Même si je les fais taire, ce sont les cailloux qui crieront à leur place ». On ne peut pas empêcher les enfants de chanter la gloire de Dieu.

Par rapport à la liberté d’association, je rappelle simplement ce que je disais : il est important que les enfants puissent se rencontrer, pas seulement pour échanger des idées, pas seulement parce que l’union fait la force, mais parce que lorsque nous sommes ensemble, Dieu est au milieu de nous.
Mais il reste vrai que quand les enfants sont ensemble, Dieu est au milieu d’eux. Il reste vrai que quand les enfants sont ensemble, ils peuvent faire des choses extraordinaires. Je pense par exemple au mouvement Cœurs Vaillants –Ames Vaillantes.

Il faudrait aussi réfléchir à l’information que l’on donne à l’enfant. Cette information inclut également le droit de connaître la parole de Dieu. Nous, adultes, avons le devoir de transmettre la parole de Dieu dans toute sa vérité et sa pureté, et non pas nos idées à nous, en nous appuyant sur une prétendue autorité de Dieu et en affirmant que nous sommes les représentants de Dieu. Les parents ne sont pas obligatoirement les représentants de Dieu. Est-ce que trop souvent nous n’avons pas déformé la parole de Dieu à notre avantage et au détriment des enfants ?

8° DROIT À LA PROTECTION :

« Tout enfant a droit à l’amour et à la compréhension : il a droit à la protection contre la violence, la négligence, l’abandon, les mauvais traitements, l’exploitation économique et sociale ; il ne doit pas être soumis à la torture, à la traite ni à un emploi qui nuise à sa santé, à son éducation, à son développement. Il a le droit de bénéficier d’une assistance juridique et de rester en contact avec sa famille. »
Je me contente de citer cet article, mais nous nous rendons compte que cela va très loin. Je pourrais donner des milliers d’exemples, en particulier des enfants de la rue dont je m’occupe à Saint-Louis. Pendant la journée, le petit cireur est un travailleur parce qu’on a besoin de lui ; on le respecte et on le paie (plus ou moins). Mais la nuit, le même enfant est un délinquant ; c’est un enfant de la rue, il faut le « ramasser » et le tabasser.
Quelle idée de l’enfant avons-nous ?
Quelles sont les conditions de vie de la plupart de nos enfants ?
Combien d’enfants sont exploités dans le travail et dans leur vie sans que cela soit même motivé par des raisons économiques ou par la pauvreté ?
Pour un croyant, il s’agira donc de protéger les enfants comme Dieu lui-même les protège. Jésus disait : « Laissez venir à moi les petits enfants », il les embrassait alors que les apôtres voulaient les chasser.

9° DROIT À LA PAIX :

Dieu veut la paix. C’est bien évident car Il est le Dieu de la paix. Chaque fois que Jésus rencontrait des hommes, il leur disait « La paix soit avec vous » (Jean 20,19). De même Il dit : « Heureux ceux qui construisent la paix, ils seront fils de Dieu » (Matthieu 5,9).
Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on doive accepter n’importe quoi au nom de la paix. La paix, ce n’est pas se taire en toute occasion, ce n’est pas supporter les injustices ; au nom de la paix, on ne pourra donc pas accepter que les enfants soient écrasés, exploités ou simplement qu’ils ne soient pas respectés. La véritable paix suppose parfois que l’on s’oppose aux gens, que l’on change les habitudes et les structures.
De même Jésus n’a pas hésité  à chasser les marchands du temple, car même s’il faut garder la paix, il faut d’abord respecter les droits de Dieu et également les droits de l’enfant.
À ce niveau, je ferai remarquer que les enfants veulent naturellement la paix. Plus que l’adulte, l’enfant est capable d’oublier, de pardonner ; il ne garde pas rancune, il est prêt à changer facilement ses idées.
La question qui se pose est donc celle-ci : « Qu’avons-nous fait de nos enfants et de ce désir de paix qu’ils ont dans le cœur ? Est-ce que nous les éduquons dans ce sens, ou au contraire ne les poussons-nous pas à la bagarre, à l’exclusion et à l’intolérance ?
Jésus disait : « Je vous donne la paix, mais je ne vous la donne pas comme le monde la donne». La paix de Jésus, ça n’est pas la paix du cimetière où il n’y a pas de problème parce que tout le monde est mort.  Ce n’est pas simplement la majorité, car la majorité peut avoir tout et elle peut écraser les minorités. De toute façon, la paix que Dieu veut, c’est la paix du cœur, c’est l’entente et la réconciliation, c’est l’acceptation de chacun avec ses différences et son originalité et cela correspond tout à fait aux valeurs de notre culture africaine. Et à ce titre, respecter le droit de l’enfant à la paix, c’est apprendre à respecter le droit de toutes les minorités à la paix, c’est rendre service à la société toute entière pour qu’elle vive dans une vraie paix.

10° DEVOIRS DE L’ENFANT À L’ENDROIT DE SES PARENTS :

Souvent on oppose les droits de l’enfant à ses devoirs. À mon avis, c’est un faux problème car les droits de toute façon ne vont pas sans les devoirs et un enfant qui est aimé et respecté fait tout de lui-même pour remplir ses devoirs sans qu’on ait besoin de le forcer. Mais si l’on insiste tant sur les devoirs des enfants, n’est-ce pas en fait le signe que nous ne sommes pas tellement décidés à respecter leurs droits ? Le problème ne se pose donc pas au niveau des enfants, mais au niveau des adultes

CONCLUSION

Dieu est pour les droits des enfants : Donc bien loin de s’y opposer, la religion bien comprise doit non seulement pousser à défendre ces droits, mais même aller plus loin et les dépasser.

1.     La religion nous apporte une autre motivation :
À la fin du monde, Jésus dira : « J’avais faim, tu m’as donné à manger ; j’étais nu, tu m’as habillé ; j’étais étranger, tu m’as accueilli, tout  ce que tu as fait au plus petit de ceux-ci qui sont mes frères, c’est à moi que tu l’as fait » (Matthieu 25). Cela recoupe le droit à la nourriture, le droit à la santé, le droit à la protection, le droit pour tous, pour les plus petits (les enfants) et en particulier pour les étrangers et ceux qui ont le plus de problèmes, mais bien plus, Dieu se met du côté de ces enfants. Il va jusqu’à dire que tout ce que l’on fait aux enfants, c’est à Dieu lui-même qu’on le fait. Et à ce moment là, respecter les droits de l’enfant, ce n’est pas seulement une question de charité, cela devient une question de foi. Je ne peux pas dire que je crois en Dieu qui est le père de tous les hommes et devant qui nous sommes tous des enfants si je méprise un seul de ses enfants. Jésus disait : « C’est obligé que le scandale arrive, mais malheur à celui qui scandalise un enfant ; il vaudrait mieux qu’on lui attache une grosse pierre au cou et qu’on le noie dans la mer » (Matthieu 28, 6).
Jésus va jusqu’à dire : Celui qui accueille un enfant en mon Nom, c’est moi qu’il accueille et celui qui m’accueille accueille Dieu qui m’a envoyé » (Mathieu 18, 5). À ce sujet, nous pouvons faire appel à nouveau à l’expérience du peuple hébreu en Egypte. Les Egyptiens tuaient les enfants mâles des Hébreux ; ils mariaient leurs filles de force, les enfants étaient soumis au travail forcé, ils étaient en esclavage. Dieu ne peut pas accepter cela : Il envoie Moise pour les sauver. Aujourd’hui, c’est à nous de continuer ce travail de Moise. Comme le disent les Anciens : « Yalla, yalla, bey sa tool ». (Il ne suffit pas de dire : « Dieu, mon Dieu, il faut aussi cultiver ton champ »). Je ne peux donc pas dire que Dieu sauve les hommes si moi-même je ne fais pas tout ce qui m’est possible avec la force de Dieu pour sauver les enfants qui souffrent aujourd’hui. .

2.     La religion nous apporte une force et une espérance :
Non seulement j’affirme le droit des enfants, mais je pense qu’avec Dieu c’est possible de libérer les enfants et de les faire vivre. Dieu est le maître du monde et de la vie. C’est Dieu qui donne la vie aux enfants. Je suis donc sûr  que si je m’appuie sur la force de Dieu, je peux rendre les enfants heureux et leurs droits seront respectés. La question est simplement celle-ci : est-ce que j’agis selon mes idées ou selon les idées de Dieu ? Est-ce que je m’appuie sur la force de Dieu ou uniquement sur mes propres forces ? Le Prophète Isaïe, repris par Saint Pierre, affirme au nom de Dieu : « Je vais faire une terre nouvelle et des cieux nouveaux où la justice règnera ». C’est cela que Dieu veut : une terre où la justice règne pour tous et en particulier pour les enfants.

3.     Dépasser la problématique des droits et des devoirs :
Dans la religion chrétienne, ce qui est essentiel, c’est d’aimer. Et il est vrai que si on aime l’enfant, par le fait même, on respecte ses droits. Et si l’enfant se sent aimé, par le fait même, il fera son devoir. Il ne le fera pas parce qu’il est forcé, mais de lui-même. De même nous respecterons ses droits non pas seulement parce que nous sommes convaincus de leur importance, mais si nous sommes croyants, à cause de Dieu Lui-même. Par exemple, c’est vrai qu’il est important que l’enfant soit poli.
Les Wolofs disaient : «Sukkal mag terewul nga yobale sa oom » (Se mettre à genoux devant un adulte ne t’empêchera pas de partir avec ton genou). Mais si l’enfant se sent aimé, de toute façon, il va tout faire pour faire plaisir à ses parents et aux autres adultes ; et il en fera encore plus. Il est important que l’enfant aide ses parents, mais pas parce qu’il est forcé, par peur de la sorcellerie ou du maraboutage, par pression, mais simplement  parce qu’il se sent aimé et que quand on est aimé, on a envie d’aimer à son tour. Le problème est donc de donner à nos enfants la quantité d’amour dont ils ont besoin et à laquelle ils ont droit.

4.     Devoirs de l’enfant :
D’ailleurs, si un enfant ne remplit pas ses devoirs et n’aime pas ses parents, n’est-ce pas la preuve qu’il n’a pas été vraiment éduqué et qu’il n’a pas été suffisamment aimé ? Le forcer à aimer ses parents ne servirait à rien. L’amour doit venir du cœur. On ne peut pas le forcer.
La Convention relative aux droits de l’enfant  qui s’exprime en termes de droits et de devoirs est donc importante pour être acceptée par tous les hommes. Mais il faudrait faire attention à ne pas réduire cette Convention simplement à des interdits ou à des commandements, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Il s’agit d’en faire un véritable idéal, un esprit, une façon de vivre. Et je pense que cela doit être compris facilement surtout par des gens qui font partie de l’UNICEF. La religion peut beaucoup aider à atteindre ce niveau-là, pour aider à dépasser le simple point de vue des droits et des devoirs et pour donner un véritable sens à cette Convention : le sens que Dieu Lui-même veut que nous lui donnions.

5.     L’intérêt supérieur de l’enfant :
Dans la Convention, on parle des intérêts supérieurs de l’enfant. C’est très important. C’est un progrès énorme et même une véritable révolution par rapport à ce que l’on disait autrefois. Mais je pense que là encore, la Foi chrétienne va plus loin. Elle va jusqu’à dire que l’enfant, en lui–même, est supérieur. En effet, Jésus disait : « Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mathieu 18,2). Et en effet, devant Dieu, nous sommes tous comme des enfants. Réussir sa vie, c’est donc se tenir comme un enfant, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les autres hommes. C’est cela qui nous permettra de nous mettre à l’écoute les uns des autres, de vivre en paix et de construire un monde heureux.
Pourquoi devenir comme des enfants ? Parce que les enfants ont souvent des qualités que nous adultes, avons perdues. L’enfant sait garder la joie. Il est simple. L’enfant est rarement raciste. Il sait pardonner. Il oublie facilement le mal qu’on lui a fait. Il aime partager. C’est pour cela que j’ai écrit un livre intitulé « Nos enfants nous font grandir ».
La Convention nous appelle donc, non seulement à respecter les droits des enfants, mais à nous mettre à l’écoute et à l’école de nos enfants pour construire un monde où chacun aura sa place et où chacun pourra être heureux.

En résumé :

1. Il y a des problèmes très graves pour les enfants au Sénégal. Et ces problèmes ne viennent pas seulement du sous-développement, mais aussi de la façon dont nous avons construit la société. La société a été construite par les adultes et pour les adultes. Autrefois, on aimait avoir des enfants. Mais est-ce qu’on aimait les enfants pour eux-mêmes ou pour nous ? Est-ce qu’on voulait avoir des enfants pour qu’ils soient heureux ou bien pour qu’ils puissent nous aider, nous rendre service ? C’est là la question fondamentale.
Encore une fois, il ne s’agit pas de respecter l’enfant seulement parce qu’il est l’adulte de demain, mais il faut respecter l’enfant d’aujourd’hui parce qu’il est un enfant et parce qu’il a une grande valeur aujourd’hui. Il faut l’aimer pour lui-même et non pas pour l’intérêt que l’on peut en tirer.

2. Par conséquent, ceux qui sont contre les droits des enfants ne sont pas sérieux. Non seulement ils font le malheur des enfants, mais ils préparent leur propre malheur. En tout cas, un vrai Sénégalais ne peut pas être contre les droits des enfants (voir les différents proverbes que j’ai cités), et un chrétien encore moins.

3. Au contraire, si tu es croyant, il faut aller encore plus loin. Ainsi la Convention relative aux droits de l’enfant, ce n’est pas un but, c’est un point de départ. Alors, à nous de nous engager, tous ensemble, adultes et enfants, pour continuer à avancer avec la force et la bénédiction de Dieu.
Père Armel Duteil, éducateur
          Saint Louis, 1994



1- Conférence du Père Armel Duteil