PARTENAIRES : Réseau Solidarité
APPEL URGENT
N° 331
BURKINA - TOTAL DOIT RESPECTER SES ENGAGEMENTS
(du 2
novembre au 31 décembre 2009)
«
Notre croissance et notre pérennité ne
peuvent se concevoir sans le partage d’un patrimoine de valeurs éthiques et de
principes qui doivent inspirer et guider au quotidien l’action de toutes les
femmes et de tous les hommes du Groupe ». Tels sont les mots employés
par Christophe de Margerie, PDG de l’une des plus grosses entreprises du monde,
et de la première entreprise en France: Total.
Il est vrai
qu’avec près de
180 milliards de chiffre
d’affaires en 2008, une présence dans plus de 130 pays, et près de 100 000
collaborateurs dans le monde, le Groupe peut se prévaloir d’être un acteur
social de tout premier plan. Un privilège et une responsabilité que la firme
française assume, au moins en principe, en adoptant des principes «
éthiques », à travers un code
de conduite, supposé s’appliquer à tous ses collaborateurs, partout dans le
monde. Parmi ces engagements, figure notamment celui de respecter et garantir
le dialogue social, parce que, selon Total, «
les salariés et leurs représentants doivent avoir une place et un rôle
privilégié dans l’entreprise ».
Mais voilà, au
Burkina Faso, pays dans lequel
Total est
implanté, par le biais d’une filiale qui emploie une centaine de personnes, un
syndicat dénonce depuis avril dernier la violation de sa liberté syndicale
par la direction de la branche burkinabé. Et Total tarde à réagir…
«
J’ai été licencié parce que j’ai lancé un
sit-in de 5 heures pour protester contre le refus de Total-Burkina d’entendre
nos revendications. Je ne faisais pourtant qu’agir en ma qualité de délégué du
personnel de Total, et c’est à ce titre que je portais la voix de mes
collègues » explique Yacouba Ouedraogo, porte-parole des délégués du
personnel de Total au Burkina.
De
meilleures conditions de travail et de rémunération :
C’est dans le simple objectif de pouvoir
négocier de meilleures conditions de
travail que le comité syndical CGT-B a soumis en mai 2008 une série de revendications
à la direction de la filiale burkinabé du Groupe. «
Nous voulions demander l’adoption d’une nouvelle grille salariale et la
mise en place d’un accord d’entreprise » explique Saidou DABO, délégué
du personnel.
En
effet, l’absence de tels accords pose un certains nombre de problèmes aux
employés de Total Burkina.
D’abord, les
heures supplémentaires, très nombreuses, ne sont pas rémunérées. Ensuite, les
salaires sont très bas. «
Le
salaire d’un cadre local est à peine supérieur à ce que touche le directeur
général de la filiale comme dotation hebdomadaire en vins (375 000 FCA, soit
environ 458 €) ! » expliquent les employés de Total Burkina.
«
Le personnel ne demandait que l’amélioration de ses conditions de vie et de travail,
qui sont sans pareille mesure avec celles des expatriés »
poursuivent des représentants des salariés de Total-Burkina. Mais les
différentes rencontres avec la direction ne permettent pas de trouver un
accord. Les négociations étant bloquées, le syndicat décide donc d’organiser,
le 27 mars 2009, un sit-in de 5 heures sur l’ensemble du territoire en signe de
protestation. 95% du personnel y participe.
Liberté
syndicale bafouée :
Mais
voilà,
ce mouvement de protestation
n’est pas du goût de l’entreprise qui décide alors de licencier tous les
délégués du personnel, soit six personnes. Face à la désapprobation
générale de cette mesure par les employés, la direction revient finalement sur
sa décision, mais maintient le licenciement de Yacouba Ouédraogo, porte parole
des délégués du personnel, «
pour
l’exemple » explique le syndicat. Les travailleurs se mettent alors en
grève, le 24 avril, et demandent sa réintégration sans condition avant de
regagner leurs postes. Mais la direction reste sur sa position: "
Nous sommes prêts à des discussions. Mais on
ne réintégrera pas le porte-parole des travailleurs", déclare alors le
directeur commercial de Total Burkina SA, Thibault Flichy (aujourd’hui nommé
directeur général de Total Burkina).
Les difficultés
commencent alors à poindre: les longues files d’attente dans les stations
service de la capitale, les difficultés d’approvisionnement en carburant pour
la population (avec 75 stations service fermées dans le pays)… Total accepte
alors d’entamer des négociations, sous l’égide de la Direction Générale du
Travail. Le 18 mai, la CGT-B lève alors, en signe de bonne volonté, le
mot d’ordre de grève en contrepartie de quoi la direction de Total Burkina
s’engage à abandonner toutes sanctions administratives à l’encontre des travailleurs
ayant observé le mot d’ordre de grève ; donne son accord sur le principe
de l’adoption d’une nouvelle grille salariale et sur la création d’un cadre de
dialogue social.
Mais Total continue de refuser de réintégrer Yacouba
Ouédraogo…
Pour la CGT-B,
cette attitude est inacceptable. «
Ouédraogo
a été licencié uniquement en raison de son activité syndicale, ce qui viole
clairement sa liberté syndicale, et celle des employés qu’il représente. Accepter son licenciement, ce serait
accepter qu’on se débarrasse de la contestation sociale » explique
Bassolma Bazie, 2ème Secrétaire général adjoint de la CGT-B.
Le 17 juillet, le ministère du Travail burkinabé lui-même
annule la décision d'autorisation de licenciement qui avait été donnée par la
directrice régionale du Travail de Ouagadougou,
précisant que cette autorisation violait la loi du pays. Deux semaines
plus tard, la justice en référé ordonne à Total Burkina la réintégration
de Yacouba Ouedraogo, mais rien n’y fait, Total refuse toujours, trois mois
plus tard, de se soumettre, et fait appel de cette décision.
Le syndicat en appelle donc aujourd’hui à la solidarité de
tous, pour demander au Groupe Total en France, de faire respecter la liberté
syndicale dans sa filiale burkinabé, comme il s’y engage dans son code de
conduite et comme le lui demande les autorités nationales.
Pour en
savoir plus :
-
La CGT Total en France soutient depuis le début de cette
affaire la CGT-Burkina dans ses revendications et notamment demande la
réintégration immédiate de Yacouba Ouedraogo. Elle a interpellé la direction du
Groupe Total en France à plusieurs reprises et continue de le faire.
-
Les Amis de la Terre ont lancé en mai 2008 la campagne "Total
aggrave son cas" ciblant le groupe Total, première entreprise française,
géant du secteur pétrolier privé, et l'une des 15 plus puissantes
multinationales au monde. Sur la base du rapport "Total, la mise en
examen", qui passe en revue les activités du groupe dans sept domaines
environnementaux et sociaux du développement durable, cette campagne vise à
pousser le groupe à modifier ses pratiques pour diminuer ses impacts
extrêmement lourds au Nord comme au Sud, et les pouvoirs publics à mieux les
encadrer. www.amisdelaterre.org
Plus
d’informations sur la liberté syndicale au Burkina Faso :
-
La Confédération syndicale internationale (CSI) a publié en
juin dernier son « Rapport annuel violations des droits
syndicaux 2009 », lequel fait l’inventaire des violations à la
liberté syndicale qui ont eu lieu dans le monde pendant l’année 2008. Le
Burkina Faso y est évoqué, en même temps que la détérioration du climat social
dans ce pays. http://survey09.ituc-csi.org
Contact : Peuples
Solidaires 01 48 58 21 85