Pour aller plus loin : puiser à la source
JEAN-BAPTISTE
MAILLARD, AUTEUR DE « DIEU EST DE RETOUR »(1)
ZENIT - Cet
ouvrage est le fruit d'une enquête sur le terrain. Vous avez voulu voir de vos
propres yeux comment se portait l'Eglise de France. Quelles sont vos
impressions ?
J.-B. Maillard - J'ai pu constater qu'en France, l'Eglise se porte bien quand elle
évangélise.
Que de richesses
insoupçonnées ! Imaginez-vous en boîte de nuit en train d'évangéliser :
c'est ce que fait toutes les fins de semaines le Père Axel, que j'ai eu la joie
d'accompagner, découvrant ainsi la présence de Dieu dans un lieu pour le moins
inattendu.
Eh oui, Dieu est partout, il est de retour, et nous en sommes les
témoins !
-
Que
diriez-vous aussi si vous preniez en autostop un jeune séminariste qui veut
vous faire rencontrer Jésus et prie pour vous Notre Dame de l'auto-stop ?
-
Si
au cours d'un pèlerinage à Medjugorge avec le Club Medj, un chauffeur de car
vous propose une virée en moto pour emmener des non-croyants ?
-
Croiriez-vous
ce jeune rabbin récemment converti au catholicisme qui lisait la Bible en
cachette dès l'âge de huit ans ?
-
Ou
bien cette religieuse du monastère cistercien Notre Dame de Bonneval, où il n'y
avait pas eu de vocation depuis trente ans, vous parler d'évangélisation.
-
Et
encore, cette nouvelle communauté, la Société des missionnaires de la
Miséricorde Divine, attachée à la forme extraordinaire du rite, et dont
l'évêque vient d'ordonner deux de leurs dix séminaristes proposant le Christ
aux musulmans ?
(2) Ce sont
toutes ces personnes que j'ai interrogées dans
Dieu est de retour.
Le constat est simple : on peut annoncer le Christ à tout le monde, que ce soit aux SDF, aux
couples, aux enfants, à ses collègues de travail, à des passants... et ça
marche ! Il y a des conversions, fulgurantes ou discrètes. Cela dit, «
la moisson est abondante, et les ouvriers
peu nombreux » (
Mt 9,37).
L'église a besoin d'une dynamique de croissance, pour reprendre
l'expression du Père Mario Saint Pierre, docteur en théologie, que j'ai
interrogé sur la question de la formation. Cela s'applique à toute notre
évangélisation : «
Le disciple n'est pas
au-dessus du maître » (
Lc 6,40) :
si Jésus va rechercher les brebis une
par une, nous aussi devons faire de même !
ZENIT - Quel conseil donneriez-vous à un chrétien, à
un prêtre ou même un évêque, découragé, qui a le sentiment que l'Eglise est en
train de disparaître autour de lui ?
J.-B. Maillard - Je suis bien mal placé pour donner des conseils, mais puisque vous me
demandez mon avis, je dirais qu'aujourd'hui tout est donné aux chrétiens pour «
changer le monde ». L'Evangile a ce
magnifique «
pouvoir ».
Dieu est de retour dans le coeur de nos
contemporains qui l'avaient rejeté, de nombreux signes en témoignent chaque
jour. La moisson des âmes est abondante et il ne reste qu'à récolter,
c'est-à-dire annoncer.
Alors, à un Chrétien, je lui rappellerais que seul, il est en danger.
Qu'il rejoigne une paroisse, un mouvement, dont l'évangélisation est la première
priorité, pour recevoir le soutien de ses frères, être encouragé dans sa vie de
prière et son apostolat.
À un prêtre, qu'il redouble
de prière envers celui à qui il a donné sa vie, et trouve de nouveaux moyens
concrets pour évangéliser avec ses fidèles, là où le Seigneur l'a placé.
À un évêque, enfin, j'aurais
envie de lui dire que sa mission, comme successeur des apôtres, fait de lui un
premier de cordée dans l'évangélisation. L'Esprit Saint aidant, il saura ouvrir
de nouveaux chantiers, loin de nos habitudes !
ZENIT - Quels sont les signes les plus positifs de
la vitalité de l'Eglise en France, selon vous ?
J.-B. Maillard - Regardez ces enfants qui reçoivent chaque mois leur «
colis-mission » : ils évangélisent leur
entourage, et même leurs copains de classe ! N'est-ce pas un signe de vitalité
? Il y a partout des «
Semeurs d'Espérance
» inconnus qui font avancer le Royaume. C'est ce que j'ai voulu montrer avec
Dieu est de retour.
Une nouvelle génération de catholiques est en train de se lever,
comme nous l'explique bien «
Glorious », dont la formule
paroissiale «
Lyon centre » connaît
un vif succès. Autre exemple, le
Festival
« Anuncio », qui, depuis deux
ans, propose chaque été à plus de trois cents jeunes une première expérience
d'évangélisation de terrain : c'est une initiative très riche de sens. Sans le
oublier le
Festival Marial international,
que l'on peut interpréter comme un «
signe
» de l'accomplissement de la prophétie de Marthe Robin : elle voyait la
France se relever en appelant à l'aide la Sainte Vierge. Mais pour moi, le
signe le plus positif est le nombre
croissant de lieux d'adoration, parallèlement à une
nouvelle prise de conscience de notre mission première : l'annonce du
Christ.
ZENIT - Où sont selon vous les difficultés les plus
grandes, les principaux obstacles à l'évangélisation ?
J.-B. Maillard - Le
principal obstacle de
l'évangélisation, comme pour la sainteté, c'est soi-même. Comment va notre
relation personnelle avec Jésus ? Profitons-nous vraiment des sacrements qu'Il
nous donne à travers ses ministres ? Savons-nous nous laisser regarder par Lui
à travers l'adoration ? Dans son encyclique
Redemptoris
missio sur la mission du Christ rédempteur, très d'actualité avec l'année
sacerdotale,
Jean-Paul II disait que le
plus grand missionnaire, c'est le saint. Il expliquait aussi que la
contemplation est le moteur de l'évangélisation. Il faut que la
Présence réelle et l'adoration soient au
coeur de nos paroisses, de nos dispositifs, de nos rencontres. Chacun - et
moi le premier ! - doit se rappeler que la charité, comme nous le dit Benoît
XVI, est l'âme de la mission.
Aussi devons-nous être plus
aimants au seuil et à l'intérieur de l'Eglise, jusque dans nos familles. Enfin,
peut-être que la grâce de l'époque que nous traversons est de pouvoir retrouver
une meilleure compréhension de la mission que le Christ nous a confiée, comme
le dit Sur Anne-Claire dans mon livre. Nous devons nous «
ouvrir » à tout cela.
ZENIT - En Europe en général, les vocations
diminuent ainsi que la pratique religieuse. Dans certains pays d'Amérique
latine, d'Afrique, d'Asie, la croissance est en revanche étonnante. Pensez-vous
que l'Europe puisse en tirer une leçon ? Ces pays évangélisent-ils davantage ?
J.-B. Maillard - Il est certain que ces pays connaissent une
« nouvelle jeunesse ». Peut-être est-ce dû à leur récente
évangélisation, quand l'Europe est une «
ancienne
» sur le plan spirituel, ce qui veut dire qu'un enrichissement mutuel est
possible. Je connais mal ces pays, mais prenons par exemple le Brésil, où j'ai
accompagné un évêque français en 2007 pour y visiter les communautés nouvelles.
Bien que toutes très différentes, j'ai été impressionné par leur zèle
missionnaire et le nombre de vocations. Dans toutes ces communautés,
l'existence de chapelles vivantes, en permanence habitées par la présence
priante de leurs membres, m'a beaucoup donné à réfléchir. J'ai visité notamment
la chaîne de télévision de la communauté Cançao Nova («
Chant nouveau »), qui bénéficie d'une fréquence sur les ondes
nationales, et qui ne vit que de dons, comme Zenit. Elle a été créée dans un
objectif d'évangélisation par les mass media, après que son fondateur se soit
penché sur l'exhortation apostolique
Evangelii
Nuntiandi de Paul VI, consacrée à l'évangélisation dans le monde moderne
(Benoît XVI la cite d'ailleurs dans sa dernière encyclique et dans son message
pour la Journée mondiale des missions 2009, le 19 octobre prochain).
Aujourd'hui, Cançao Nova touche 50 millions de téléspectateurs et 2,5 millions
d'internautes par semaine. Quand ils organisent un événement pour les jeunes,
ceux-ci viennent depuis tout le Brésil, et ils remplissent leur hall de 70.000
places. Sur cet exemple, nous avons beaucoup de leçons à tirer : bien sûr qu'il
faudrait adapter le contenu des émissions brésiliennes au public européen : une
inculturation est toujours nécessaire. Mais ce ne doit pas être un prétexte
pour nous contenter, avec nos médias actuels, de simplement revigorer la foi
des catholiques «
existants ». Dans
ce domaine, il faudrait au minimum que chaque pays ait une chaîne
d'évangélisation sur les ondes nationales, une radio et un site Internet pour
évangéliser les masses.
Un autre exemple : fin
septembre, à Brasilia, a eu lieu un événement diocésain d'évangélisation des
foules, le 14ème
« Hallel »
(Alléluia), premier rassemblement musical chrétien d'Amérique latine. C'est un
séminariste français étudiant là-bas qui nous le raconte sur
Anuncioblog (3)« A grands renforts d'artistes catholiques
brésiliens et de nombreux orateurs, ce sont plus de 200.000 personnes qui sont
passées sur le site tout au long de la journée, inaugurée par la messe présidée
par l'archevêque de Brasilia. Une grande chapelle montée pour l'occasion
accueillait le Saint Sacrement exposé durant toute la durée de l'événement. À
côté de l'exposition se tenait le lieu dévolu aux confessions, où entre 2000 et
3000 personnes ont pu se réconcilier avec Dieu. Tous les mouvements,
pastorales, congrégations religieuses, communautés nouvelles et paroisses du
diocèse étaient présents, pour témoigner de leur foi et annoncer l'Evangile au
tout-venant. » Ce concept est pourtant venu de France, mais les Brésiliens
ont su le développer avec une ardeur nouvelle.
D'une manière générale, l'Europe doit apprendre, comme eux, à parler à
tous. Et elle doit surtout apprendre à se dégager de son intellectualisme.
La France est restée très cartésienne : il faut tout expliquer, y compris les
plus grands mystères de Dieu. Or la foi ne s'explique pas ! La foi est un don
de Dieu qui répond au oui de chacun. Et voilà ce que nous apprennent ces
communautés :
il faut se laisser saisir
par l'amour de Dieu.
C'est pourquoi,
en France comme en Europe, l'évangélisation
nécessite un changement de paradigme au niveau des méthodes : il faut une
annonce explicite, kérygmatique, de la
Bonne Nouvelle du salut, à tous nos contemporains éloignés de Dieu, sans
exception. Nous ne pouvons pas rester repliés sur nous-mêmes, sur nos
paroisses, nos mouvements, nos associations, et nous devons sans cesse garder à
l'esprit toutes les âmes qui attendent, à deux pas - de porte-à-porte ? - de
chez nous, qu'on vienne leur parler du Christ.
Evangéliser, ce n'est pas une affaire de sensibilité ou même d'émotion.
Evangéliser, c'est avant tout aimer. Proposer une rencontre née d'une autre
rencontre. Et c'est répondre à l'appel du Christ : «
Allez par toutes les nations, faites des disciples, et baptisez-les, au
nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit » (
Mt 28, 19).
Références :
- Dieu est de
retour, la nouvelle évangélisation de la France, éditions de l'Oeuvre, juin
2009, 280 pages, 20 . Le blog :
http://www.dieuestderetour.com <http://www.dieuestderetour.com/>
Propos recueillis par Gisèle Plantec
1-
ROME, Lundi 12 octobre 2009
(ZENIT.org
http://www.zenit.org/ ) - « En France,
l'Eglise se porte bien quand elle évangélise ». C'est ce qu'a constaté
Jean-Baptiste Maillard, auteur de « Dieu est de retour », un ouvrage qu'il a
écrit après une véritable enquête sur le terrain, à la découverte de l'Eglise
en France, aujourd'hui. Il a répondu aux questions de ZENIT. Je souhaite
envoyer cette information á un ami <
http://www.zenit.org/article-22282?l=french>