AFRIQUE - Burkina-Faso
PLAIDOYER EN
FAVEUR DU RIZ ÉTUVÉ
. ABC BURKINA N° 349
Pensons à la
santé de nos enfants, consommons du riz étuvé
La couleur blanche
serait-elle une « erreur alimentaire » ? Il est étonnant de
s’apercevoir qu’à Ouagadougou les familles qui consomment du tô le préparent
uniquement (ou presque) avec du maïs blanc. Pourtant, il n’y a pas si
longtemps, ce plat « national » était préparé à base de mil ou de
sorgho. Mais aujourd’hui, pour obtenir une belle couleur blanche, il est
préparé à partir de maïs blanc. Il est donc
moins nourrissant. Et voilà que les Ouagalais semblent faire la même
« erreur » avec le riz. Le riz blanc, bien poli est préféré au riz
étuvé, alors que tous les spécialistes de l’alimentation vous diront que le riz
étuvé est bien meilleur pour la santé
.
Oui, délaisser le riz étuvé au profit de riz blanc, bien poli, bien joli…
c’est se désintéresser de sa santé, et
surtout de celle de ses enfants. En effet, le riz blanc, dépossédé du son,
n’a que très peu de valeur nutritive. Pour vous en convaincre, je vous propose
ce
petit document de M. Didier Pol :
« Christiaan Eijkman (1858-1930) fut de
1888 à 1896 le médecin du pénitencier de Java alors sous tutelle hollandaise.
De nombreux prisonniers étaient atteints de béribéri, une maladie du système
nerveux conduisant à la paralysie et à la mort. Eijkman nourrissait les poules
du pénitencier avec du riz poli, aliment de base des prisonniers. Beaucoup de
poules étaient atteintes d'une polynévrite ressemblant au béribéri. Lorsque le
commandant du pénitencier interdit à Eijkman d'utiliser le riz des cuisines
pour nourrir ses poules, il acheta du riz complet et eut la surprise de
constater que les poules guérissaient de leur paralysie. Comme le riz complet
ne diffère du riz poli que par la présence des enveloppes du grain, le son,
Eijkman eut l'idée de nourrir certaines poules avec un mélange de riz poli et
de son. Les poules guérirent comme avec le riz complet. Il affirma que la
polynévrite des poules est analogue au béribéri et en déduisit, à tort, qu'il
existe une toxine dans le riz et un antidote dans le son. En appliquant le même
traitement aux prisonniers il fit néanmoins disparaître le béribéri. » (extrait de
« La découverte des vitamines »).
Or
le riz étuvé est un compromis entre le riz complet (donc avec le
son, riche en vitamine, mais d’aspect marron, invendable bien que le meilleur
pour la santé)
et le riz blanc : au
moment de la pré-cuisson, quand le riz est passé à la vapeur d’eau, des
éléments du son se retrouve dans la graine.
C’est ce qui lui donne sa valeur
nutritive. Les spécialistes estiment que l’étuvage multiplie par deux le
taux de vitamine B1, et par trois celui des vitamines B2 et PP.
Et ce n’est pas tout.
À partir de 100 kg de riz paddy, vous
obtenez (selon des documents du gouvernement burkinabè)
60 à 62 kg de riz blanc décortiqué (ce riz qui n’a aucune valeur
nutritionnelle) ou
70 à 75 kg (selon
de nombreux constats personnels sur les plaines de Bama et du Sourou)
de riz étuvé (celui qui est bon pour la
santé, qui possède des vitamines en abondance).
Comment peut-on continuer à
préférer le riz blanc, joli, bien poli… au riz étuvé ? Je n’ai pas
vraiment de réponse, si ce n’est celle-ci : la force d’une habitude
alimentaire… désastreuse. Nos enfants, nos familles méritent d’être aussi bien
traités que les poules de la prison de Java !
Si maintenant on s’intéresse
à la situation nationale, on peut se demander aussi pourquoi les responsables
du pays ne s’intéressent pas plus au riz étuvé. Je n’ai pas de réponse. Ce qui
est sûr c’est que négliger le riz étuvé entraîne une perte après récolte
considérable.
Aujourd’hui, le gouvernement
prévoit que la prochaine récolte sera de l’ordre de 300 000 tonnes de
riz paddy. Cela nous donne avec un rendement de 61 % : 183 000 tonnes
de riz blanc, bien joli, bien poli...
Si au contraire, on
s’oriente pour transformer toute la récolte en riz étuvé (en prenant un
rendement moyen de 72,5 %), on obtient 217 500 tonnes de riz étuvé.
Soit un bénéfice de 34 500 tonnes de
riz consommable ! Ce qui n’est pas rien ! Soit un
« bénéfice » de près de 19 % !
Bonne Nouvelle pour les
Ouagalais qui sont prêts à changer leurs habitudes alimentaires au profit de
leurs familles ! Les étuveuses du Sourou viennent d’ouvrir un magasin à
Ouaga. Un magasin facile d’accès. Il se trouve au quartier Pissy en face de la
station Shell située au feu tricolore avant l’ONEA (quand vous venez du centre
ville). Le magasin se trouve donc à droite. En voiture, au feu vous tournez à
droite, vous faites 10 m sur le goudron, puis vous quittez le goudron en
tournant encore à droite ; vous longez alors la dizaine de magasins qui
sont maintenant sur votre gauche. Vous verrez alors l’enseigne
« Riz
étuvé du Sourou – Association Malokadi ».
Pas de problème de
stationnement ! Il y a de la place pour vous accueillir. Le sac de riz de
25 kg vous sera vendu 8 500 F. Le sachet d’un kilo : 400 F.
(
Contact : 70 44 38 57).
Bon appétit !
Koudougou, le 1er octobre 2009
Maurice Oudet Président
du SEDELAN