Auto-suffisance alimentaire
L’ARGENT DE L’UE NE RESOUDRA PAS LA CRISE LAITIERE(1)
Il
est bien entendu nécessaire de soutenir les producteurs laitiers contraints de
vendre leur lait en dessous du coût de production. Mais
la décision du Conseil Agricole de l’UE de leur octroyer 280 millions
d’euros ne va pas résoudre la crise. Malgré
tout le battage médiatique qui l’a entourée, la décision prise le 19 octobre
2009 par le Conseil Agricole de l’Union européenne
n’apporte aucune réponse structurelle à la crise laitière en cours en
Europe.
L’UE n’entend en
effet ni réduire les excédents de production, ni augmenter le prix du lait. Au contraire, la Commission européenne maintient sa
décision d’augmenter les quotas de production et d’abandonner définitivement
cet outil de régulation dès 2015. En clair, l’UE s’obstine à maintenir sa
politique du "
produire toujours plus
pour le prix le plus bas".
"
Tant qu’il n’y aura pas de mesures de
réduction du volume de production, nous ne seront pas satisfaits",
ont annoncé l’European Milk Board et la coordination européenne de
La Via Campesina. Ces organisations dénoncent aussi l’attitude de
l’Europe qui persiste à vouloir
exporter les excédents de produits laitiers(2)
à coup de
subsides à l’exportation
pharaoniques : près de 450 millions d’euros sur la seule année 2009.
Une situation condamnée par de nombreuses organisations paysannes africaines
confrontées à l’afflux de lait en poudre européen sur leurs marchés.
Une voie sans issue Au lieu de poursuivre dans cette voie sans issue, la Commission et
le Conseil seraient bien inspirés de suivre les recommandations de la Cour des
Comptes de l’UE qui, dans son rapport du 16 octobre, conclut que "
les
quotas laitiers ont limité efficacement la production, mais que leur niveau
s’est avéré longtemps trop élevé par rapport aux capacités du marché à absorber
les excédents ». La Cour conforte ainsi la demande de nombreux
partenaires dans le Sud et en Europe de supprimer les aides à l’exportation.
La Cour identifie clairement les gagnants et les perdants
de la politique laitière européenne. La Cour recommande que le processus de
formation des prix dans le domaine alimentaire soit l’objet d’un suivi régulier
par la Commission. Ainsi, note-t-elle, "
la concentration des entreprises de transformation et de distribution
ne doit pas placer les producteurs de lait dans une situation de preneurs de
prix, et ne doit pas limiter la possibilité pour les consommateurs finals de
bénéficier équitablement des baisses de prix. ». Une exigence portée
de longue date par Oxfam et ses partenaires.
Mobilisation en Belgique L’année passée, Oxfam-Solidarité a rassemblé près
de 40.000 signatures exigeant du gouvernement belge qu’il défende, au niveau
européen, une politique laitière qui maitrise la production, évite la
surproduction, garantisse des prix justes aux producteurs et protège
l’environnement.
Suite à
un appel lancé il y a quelques semaines par Oxfam et
une quinzaine d’autres ONG, près de 4.000 signataires ont également
adhéré à ces exigences. Certains responsables politiques sont attentifs à cette
demande. Mais ils restent encore trop peu nombreux. Le combat pour une
politique laitière juste se poursuit donc...
Plus d’infos : Thierry Kesteloot, responsable du plaidoyer
souveraineté alimentaire Tél. 02 501 67 55 — gsm : 0475 543 723 —
thierry.kesteloot (at) oxfamsol.be
APPEL DU 22 septembre
2009 : Stop au gaspillage :
nous sommes tous d’accord !
Suite
au lancement de la grève européenne du lait, les déversements de lait se
multiplient un peu partout en Belgique et en Europe. Honteux ? En réalité,
il s’agit là d’un dernier recours pour des producteurs qui subissent les
conséquences d’une politique européenne désastreuse.
Nos producteurs
refusent de vendre leur lait aux laiteries à un prix qui ne couvre pas leurs
coûts de production et n’ont
d’autre choix que de s’en défaire. Une expérience traumatisante pour ces hommes
et ces femmes contraints d’anéantir eux-mêmes le fruit de leur travail. «
Mais
quel gaspillage honteux d’un produit aussi noble que le lait ! »,
entend-on ça et là. Certes, les images sont choquantes. Mais ne laissons pas le
débat être détourné par ceux qui ont l’indignation sélective : le vrai
scandale dans ce dossier est bel et bien la politique de l’Union européenne
visant délibérément à accroître les quotas et donc les excédents de lait pour
faire baisser le prix.
Gaspillage d’exploitations agricoles durables Cette politique du «
produire plus pour moins cher » mène à l’impasse. En
refusant de réguler la production en fonction de la consommation interne,
l’Europe pousse les producteurs laitiers à la faillite, tant chez nous que dans
les pays du Sud. En effet,
cette
surproduction fait non seulement chuter les prix à des niveaux ridicules, mais
oblige également l’Europe à subventionner l’exportation de nos excédents de
lait en poudre pour les écouler dans les pays du Sud, fragilisant leur économie
pourtant déjà si vulnérables.
Et de gaspillage, il en est aussi question quand
disparaissent jour après jour les exploitations paysannes dont nous aurons tant
besoin demain pour nourrir la planète, préserver l’environnement et lutter
contre le réchauffement climatique. Un gaspillage qui ne favorisera au final
que quelques exploitations agro-industrielles pouvant produire massivement et à
bas prix au bénéfice de grands groupes de l’agro-alimentaire et de la grande
distribution.
Campée sur son projet de libéralisation totale du marché
du lait et de l’agriculture, l’Europe reste sourde aux appels de détresse de
nos producteurs et se rend ainsi responsable de ce gaspillage de lait. Les
producteurs seraient en effet très heureux de pouvoir à nouveau écouler leur
produit. Mais à un prix juste.
Appel aux consommateurs Ne nous trompons donc pas de cible : c’est bien à l’UE de faire
cesser le gaspillage en cours. C’est elle qui dispose des moyens nécessaires
pour que les choses changent. C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens
responsables à montrer leur solidarité avec les agriculteurs qui défendent leur
avenir, l’approvisionnement à des prix justes pour les consommateurs, et la
qualité de notre environnement.
Concrètement
ils peuvent :
- S’associer à notre démarche en signant
notre pétition en ligne sur
http://www.omdm.be/lait/index.html.
Ce soutien sera relayé pour :
* Interpeller nos mandataires politiques ainsi que nos
Ministres aux parlements fédéral et wallon ainsi que les Ministres de
l’agriculture monsieur Lutgen et madame Laruelle l’agriculture pour qu’ils
défendent, au niveau européen, une politique laitière qui maitrise la
production, évite la surproduction, garantit des prix justes aux producteurs et
protège l’environnement.
* Renforcer le pouvoir de négociation de producteurs et
de consommateurs avec les laiteries et la grande distribution pour garantir un
accès de lait de qualité à un juste prix
-
S’approvisionner dans différents
points de vente et chez les producteurs à un prix juste négocié avec eux.
Se montrer solidaires des revendications des producteurs.
Pour plus de
détails :
www.omdm.be/lait
Contact presse : Thierry Kesteloot
(Oxfam) : 0475/543.723 ou 0475/76.90.61
Cet appel est soutenu par : Stefaan Declercq, Secrétaire
général d’
Oxfam-Solidarité Arnaud Zacharie, Secrétaire général
CNCD-11.11.11 Christophe
Schoune, Secrétaire générale d’
Inter Environnement Wallonie Freddy
Destrait, Secrétaire général de
SOS Faim Renaud Baiwir,
Coordinateur d’
Aide au Développement Gembloux Carmélina
Carracillo, Responsable politique d’
Entraide et Fraternité Marc
Dascotte, Directeur général d’
Oxfam-Magasins du monde Marie
Teller, Présidente de
Fian Belgium Brigitte Laurent, Secrétaire
générale l’
ACRF Daisy Herman, Secretaire Générale de la
FIMARC Luc
Vankrunkelsven, initiateur de
Wervel Johan De Ceuster, Directeur
de
Vétérinaires Sans Frontières Marc-Olivier Herman, Directeur de
Greenpeace Jean-François
Dewitte, Secrétaire générale
Louvain-développement Luuk
Zonneveld, Algemeen directeur
Vredeseilanden Koen Van Bockstal,
Directeur Oxfam
Wereldwinkels
CP
OXFAM : 21 octobre 2009 : De fausses solutions pour
une vraie crise du lait
En pleine crise du
lait, le Ministre Charles Michel a proposé que la Belgique et d’autres pays
européens transforment en poudre le lait que les agriculteurs refusent de
vendre à perte, pour l’envoyer ensuite dans des pays frappés par une grande
famine.
Depuis l’appel à la grève européenne du lait lancé le 10 septembre, les
épandages de lait et les actions pour dénoncer la crise d’un secteur en
surproduction se sont multipliés, à Bruxelles, en France, en Suisse ou en
Italie. Une réunion extraordinaire des ministres européens de l’Agriculture
aura lieu le 5 octobre à Bruxelles.
Entretemps, chacun y va de sa proposition : Charles Michel, Ministre
belge de la Coopération au développement, a ainsi suggéré ce 22 septembre de
transformer en poudre le lait que les agriculteurs refusent de vendre à perte,
pour l’envoyer dans des pays frappés par une grande famine, comme la Somalie,
l’Ethiopie et le Kenya. Le problème, c’est que plusieurs pays concernés ne sont
pas demandeur.
"Nous n’avons pas
besoin de lait en poudre venu d’Europe," affirme
John Mutunga,
Secrétaire général de l’organisation de producteurs agricoles du Kenya KENFAP,
suite à la proposition du Ministre Charles Michel. "
Nous produisons assez de lait au Kenya, nous en exportons même dans
notre sous-région. Plutôt que d’envoyer de la poudre de lait, que nous produisons
en suffisance, le Ministre devrait envoyer des moyens financiers pour organiser
l’acheminement de l’aide et à plus long terme aider les populations vulnérables
à avoir les revenus nécessaires afin qu’elles puissent se procurer
l’alimentation nécessaire. Cette aide
alimentaire risque d’avoir un impact négatif sur la viabilité de nos produits
sur nos marchés ».
Etrange initiative du
Ministre Michel :
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Charles Michel à faire cette
proposition alors qu’il sait bien, comme il l’a montré dans ses orientations de
politiques de coopération, que l’on ne résout pas la faim par de l’aide
alimentaire ? Au contraire,
la
priorité est de résoudre la dépendance alimentaire par une aide aux producteurs
locaux et par la défense du droit de chaque pays de protéger son agriculture
pour permettre son développement.
Le Ministre reconnaît que son initiative «
ne résoudra pas les problèmes que vivent au quotidien les producteurs
laitiers du Nord »… Mais elle est également en contradiction avec les
politiques de la Belgique en matière de coopération au développement. La
Belgique a défendu au niveau international un changement de pratiques en cas de
famine. Plutôt que d’acheminer à grands frais des produits venus des pays du
Nord, la priorité doit aller à l’achat de produits locaux en cas de crise
alimentaire. C’est d’ailleurs une approche qui est d’application au
niveau de l’Union européenne, qui a renoncé à exporter ses surplus en les
remplaçant, en cas de crise, par de l’aide financière permettant l’achat de
produits dans la région affectée, stimulant dans le même temps l’agriculture de
celle-ci.
La proposition du Ministre d’exporter du lait
revient à exporter au Sud l’impasse créée par la politique de l’Union
européenne, une politique qui veut
produire toujours plus pour un prix toujours plus bas. S’agit-il de se
donner une image de solidarité à bon compte ? La vraie solidarité serait
de résoudre le problème des agriculteurs du Nord et de maintenir les
orientations importantes prises par la Belgique pour soutenir l’agriculture
familiale des pays du Sud.
Les paysans du Sud développent la même analyse.
Madame Gariko,
productrice au Burkina Faso, (photo) réaffirme sa solidarité avec les
producteurs laitiers en Europe : "
Cela
fait mal de voir couler ce lait. Tant de travail, de soins, de moyens financiers
pour en arriver là. C’est le signe que leur situation est dramatique et qu’il
est urgent que les politiciens prennent leurs responsabilités en concertation
avec les producteurs. Exporter vos problèmes de surproduction, c’est exporter
votre crise. Trouvez une vraie solution à la crise, plutôt que de nous empêcher
de vendre nos produits chez nous".
Il est temps que ceux qui veulent résoudre la crise laitière en Europe se
mobilisent pour défendre, au niveau européen, la
mise en place d’une politique laitière régulée. Une politique qui
maîtrise la production, afin d’éviter l’exportation à prix bradés, qui garantit
des prix justes aux producteurs et protège l’environnement. Si le
Ministre Michel refuse, comme nous, le gaspillage, nous l’appelons à plaider
cette cause auprès de ses collègues européens.
Stefaan Declercq, secrétaire général d’
Oxfam-Solidarité Arnaud
Zacharie, secrétaire général
CNCD-11.11.11 Freddy Destrait, secrétaire
général de
SOS Faim Marc Dascotte, directeur d’
Oxfam-Magasins
du monde
Contacts presse : Thierry
Kesteloot 0475/54.37.23 Stéphane Desgain 0475/76.90.61