DETTE ET DEVELOPPEMENT
Paris, le 6 août 2009
Objet: Réforme
de la gouvernance de la Banque mondiale
Madame le
Ministre,
Mme Christine
Lagarde
Ministre de
l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi
139 rue de
Bercy
75572 Paris
cedex 12
Avec le soutien d’une large alliance d’organisations de la société civile
européenne, les associations et syndicats de la plate-forme Dette &
Développement s’adressent à vous pour vous
recommander
vivement de soutenir une reforme ambitieuse de la gouvernance de la Banque
mondiale en faveur des pays en développement.
Comme vous le savez, ce sera un enjeu clé de l’assemblée annuelle qui se
tiendra cette année en Turquie, et des négociations préparatoires ont lieu à ce
sujet durant tout l’été. Les gouvernements européens joueront un rôle critique
pour que puisse émerger une nouvelle gouvernance de la Banque avec plus
d’efficacité et de légitimité.
Il est temps qu’une profonde réforme redresse le déficit démocratique de la
Banque mondiale et que cette dernière accorde de réels pouvoirs aux pays en développement,
qu’elle est censée soutenir.
Nous vous recommandons de
soutenir
cette réforme dans trois domaines clefs :
-
En premier lieu, il
est très important que les
pays en
développement aient leurs intérêts représentés au sein de la Banque. Ils
représentent en effet plus de 80% de la population mondiale et des membres, ce
sont les pays avec lesquels la Banque travaille le plus et ils sont des
contributeurs financiers de plus en plus importants, en finançant notamment la
Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) et la
Société financière internationale (SFI) par des remboursements de prêts.
Parvenir à une situation où les emprunteurs
et les prêteurs disposent de droits de votes égaux est, selon nous, un
objectif raisonnable à court terme.
…/... Le G24, groupe de plusieurs pays
en développement, a mis au point une formule de répartition des droits de vote
qui contient les éléments clefs permettant d’aller de l’avant. Cette dernière
intègre la nécessité pour la Banque d’avoir un actionnariat plus représentatif,
en
accroissant les droits de vote de
base et en prenant en considération l’importance de la population. Elle
reconnaît le mandat de la Banque en faveur du développement, en prenant
notamment en compte l'incidence de la pauvreté et les contributions financières
faites par les pays membres à la Banque. Il est clair que la réforme des quotas
du FMI n’est pas un bon modèle pour la Banque, qui a un but très différent de
celui suivi par la Banque mondiale.
-
En second lieu, il
conviendra de
réallouer les sièges du
Conseil d’administration suivant le nouveau partage des droits de vote, en
mettant notamment fin à la pratique dépassée des sièges permanents. Les
gouvernements européens, qui ont huit sièges et plus de 30% des votes au sein
de la Banque mondiale, ont une responsabilité toute particulière dans la mise
en place de cette réforme. Vous aurez peut-être noté l’appréciation sévère du
journal Le Monde, le 9 juillet dernier, quant à l’absence de réforme véritable
au FMI :
« Voici que [les pays riches]
prônent une meilleure légitimité des organisations internationales, mais sans
accepter le partage du pouvoir que celle-ci suppose, compte tenu des sacrifices
d'amour propre à consentir au profit du multilatéralisme ». Pour la Banque
mondiale, l’équation est semblable.
Pour
que cette institution clé devienne plus représentative, les Etats européens
devront concéder une réduction globale de leurs droits de vote et de leurs
sièges, et potentiellement une réattribution des droits de vote entre les
pays de l’Union européenne.
-
Enfin, l’examen en
cours de la
politique de transparence de
la Banque Mondiale est d’une importance centrale. Nous espérons que vous
soutiendrez les recommandations émises par l'Initiative mondiale pour la
transparence
, notamment
le
principe de divulgation systématique
des informations avec un régime d'exceptions strictement limité. En
appuyant un tel ensemble de réformes, concrètes et réalisables, les
gouvernements européens ont l’occasion de démontrer leur engagement pour une
architecture financière internationale plus démocratique, responsable et
légitime. Ces réformes sont un préalable fondamental pour que la Banque
mondiale puisse jouer un rôle efficace dans le combat contre la pauvreté au
niveau mondial.
Nous nous tenons à votre disposition pour discuter plus avant de ces
propositions et vous prions d’agréer, Madame le Ministre, l’expression de notre
haute considération.
Jean Merckaert
Coordinateur Plate-forme Dette & Développement
E
n copie :
· Ambroise
Fayolle, Administrateur de la France à la Banque mondiale
· Delphine d’Amarzit, Chef du Service Affaires
multilatérales à la DGTPE
Organisations membres de la Plateforme
Dette et Développement:
AFVP (Association française des volontaires du progrès)
AITEC (Association internationale des techniciens, experts et
chercheurs)
ATTAC France
CADTM France (Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde)
CCFD-Terre solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le
Développement)
CFDT (Confédération Française et Démocratique du Travail)
CGT (Confédération Générale du Travail)
CORREF (Conférences des Religieuses et Religieux en France)
CRID (Centre de Recherche et d'Information pour le
Développement)
DCC (Délégation catholique pour la coopération)
Justice et Paix
Oxfam France - Agir
ici
Réseau Foi et Justice Afrique-Europe
Secours Catholique – Caritas France
Sherpa
SEL (Service d’entraide et de liaison)
Service Protestant de
Mission -
DEFAP
Survie
Vision du Monde France
Soutiens :
ASPAL (Association de solidarité avec les peuples d’Amérique
latine)
ATD Quart monde
CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens)
France libertés (Fondation Danielle Mitterrand)
Les Amis de la Terre
MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des
peuples)
RENAPAS (Rencontre nationale avec le peuple d’Afrique du Sud)
RITIMO
Secrétariat général de
l’enseignement catholique
Terre des hommes
1- La Charte de transparence pour les institutions
financières internationales est disponible sur le site suivant :
http://www.ifitransparency.org/doc/charter_fr.pdf