RAPPORT DE VISITE A DEUX MEMBRES BELGES DU
PARLEMENT EUROPÉEN, TOUS DEUX MEMBRES SUPPLEANTS DE LA COMMISSION DÉVELOPPEMENT DE CE PARLEMENT 29 AOÛT 2006
Lieu : Parlement Européen (Bâtiment Spinelli)
Membres belges du Parlement Européen rencontrés:
- Raymond Langendries, cdh et
- Alain Hutchinson, ps.
Délégation AEFJN : Maurice Oudet mafr (France) accompagné de Christian pour l’Antenne belge AEFJN.
- Rencontre avec Raymond Langendries, ministre d’Etat
http://www.lecdh.be/langendries/index.htm
La rencontre a eu lieu dans la cafétéria du Bâtiment Spinelli et a duré un peu plus de trente minutes, M. Langendries se disant très occupé notamment par les prochaines élections communales en Belgique comme il est bourgmestre de Tubize.
Christian a introduit la rencontre en présentant brièvement AEFJN puis Maurice.
Maurice a présenté le sujet des APE et de leurs conséquences néfastes en partant de son cheminement personnel dans sa mission au Burkina Faso qui l’a amené à rentrer en contact avec les associations paysannes de ce pays, puis à les défendre et à les soutenir dans leur analyse de la situation.
Maurice a passé en revue les
problèmes générés par les APER dans les Etats de la CEDEAO en utilisant la souveraineté alimentaire comme un fil conducteur et en donnant de nombreux exemples vécus. En bref, il a développé l’idée que les APER ne sont pas des accords de partenariat mais des accords libre-échangistes qui vont
compromettre la souveraineté alimentaire des pays de la CEDAO:
Le dumping de l’Union Européenne et des pays asiatiques : les subsides à usage interne sont des outils macro-économiques utiles, mais les subsides à l’exportation menacent les économies de pays pauvres. L’UE a relevé son agriculture après la guerre en la protégeant ; cela a permis l’émergence de la politique agricole commune ; alors, pourquoi pas une politique agricole commune au sein de la CEDEAO ?
La fragilité des économies des pays de la CEDEAO demande une protection des productions vivrières et du petit élevage de ces pays notamment par les droits de douane. Laisser entrer dans la CEDEAO 80% des marchandises de l’UE sans droits de douane contre 100% des produits de la CEDEAO dans l’UE, ce n’est pas jouable pour l’Afrique de l’Ouest. Une proportion plus avantageuse pour les pays de la CEDEAO est indispensable (par exemple 50% de libéralisés pour les pays de la CEDEAO contre 100% pour l’UE.) De plus, les subsides internes de l’UE qui continueront encore longtemps risquent d’avoir un effet pervers de dumping si ces produits européens sont exportés.
Les pays ACP qui font partis des Pays moins avancés (les PMA) bénéficient déjà de l’accord " tout sauf les armes ". Ils n’ont rien à gagner d’un APER. L’OMC les traite moins durement que l’UE, dont la position se rapproche de la position extrêmement libre-échangiste des USA.
La production agricole du Mexique s’est effondrée depuis que ce pays est rentré dans l’ALENA (accord de libre-échange entre le Mexique, les USA et le Canada) alors qu’auparavant ce pays était autosuffisant sur le plan alimentaire aujourd’hui, il importe plus de 50 % de sa nourriture! Qu’est-ce qui attend les pays de la CEDEAO avec les APER?
Dans les boutiques d’alimentationde Cotonou où il se rendait, Maurice n’a pas trouvé le moindre article produit au Bénin ! C’est l’anti-souveraineté alimentaire !
Les chefs d’Etat de la CEDEAO vont signer les APER sous la contrainte. Ils craignent de perdre les appuis financiers de l’Europe comme ceux provenant du FED (Fonds Européen de Développement) avec le risque de révolution dans ces pays. Certains Ministres ont avoués qu’" ils ont une carrière à gérer ".
La conséquence des APER dans les pays de la CEDEAO sera un exode rural et des flux migratoires incontrôlables. Donc, ce n’est pas d’abord d’aide que les pays de la CEDEAO ont besoin, mais d’un espace sur le plan économique pour pouvoir se développer.
Pour appuyer ses explications, Maurice s’est servi du Rapport d’information présenté à l’Assemblée Nationale Française le 5 juillet dernier par la délégation de l’Assemblée Nationale pour l’Union Européenne. Ce rapport est intitulé "Les Accords de Partenariat Economique" (APE) avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ", dit " Rapport Lefort. "
http://www.abcburkina.net/ape/resume_lefort_fr.htm
M. Langendries s’est montré très intéressé par la présentation de Maurice, surtout par le Rapport Lefort, notamment par la phrase " si la Commission persiste, l'Europe commettra une erreur politique, tactique, économique et géostratégique. "
Il a proposé d’impliquer au niveau belge le Comité d’avis fédéral chargé des Questions Européennes, qui se compose de 10 sénateurs, de 10 députés et de 10 membres belges du Parlement européen. En effet, chaque Etat européen, donc la Belgique, doit donner son aval aux APER.
http://www.senate.be/internationaal/advies/index_fr.html
http://www.senate.be/www/?MIval=/WieIsWie/LedenVanCommissie&P_COMMISSION=358&LANG=fr
Mieux, M. Langendries s’est dit déterminé à provoquer une rencontre entre Maurice et le commissaire au développement Louis Michel, même s’il est d’une autre famille politique !
Maurice s’est dit prêt à venir spécialement du Burkina Faso pour participer à cette éventuelle rencontre. Christian a demandé à M. Langendries d’assister le cas échéant à cette rencontre.
- Rencontre avec Alain Hutchinson :
http://www.alainhutchinson.be/
Nous avons été accueillis par le chef de protocole des membres socialistes belges du Parlement Européen, Madame Véronique Deschamps, qui nous a conduits au bureau de M. Hutchinson ; il nous a reçus environ une heure.
M. Hutchinson a commencé par parler de son tout récent rapport à la Commission Développement du Parlement Européen " Coopérer plus, coopérer mieux : le paquet 2006 sur l’efficacité de l’aide de l’UE." Dans ce rapport, il est fait mention que 8% de l’argent de l’aide passe en procédures inutiles et que l’aide européenne rejoignait difficilement les bénéficiaires ciblés par cette aide.
http://www.alainhutchinson.be/img/cms/rapportaide.pdf
Maurice a développé les mêmes idées que le matin avec M. Langendries, toujours en donnant beaucoup d’exemples, et a remis une solide documentation à M. Hutchinson. M. Hutchinson a apprécié le caractère concret de l’exposé de Maurice ainsi que le fait qu’il est un homme de terrain.
Il a déclaré que la Commission Européenne était à droite (Ms. J.M. Barroso,
P. Mandelson…) mais que Louis Michel était du centre droit (lui-même s’est défini comme étant du centre gauche.) Il a parlé du bras de fer entre la Commission Européenne et la Commission Développement du Parlement Européen au sujet de la politique actuelle de développement qui est menée. Selon lui, Louis Michel, qui a inventé l’expression " libéralisme social " joue néanmoins un rôle globalement positif et peut être un allié car il a une vision assez humaniste et un programme assez progressiste en matière de développement.
M. Hutchinson a souhaité parler de l’entretien avec son collègue français, le fameux Harlem Désir.
M. Hutchinson a expliqué que la Commission Développement du Parlement Européen est pour un déliement de l’aide (2005.) Il a vécu le bras de fer entre la République Islamique de Mauritanie et l’Union Européenne en ce qui concerne les accords de pêche.
M. Hutchinson a plaidé pour que les populations locales se prennent en main.
En conclusion il a fait trois propositions à Maurice:
- Que Maurice rencontre M. Harlem Désir, député socialiste européen et co-animateur de la campagne "Touche pas à mon pote" de l’ONG S.O.S. Racisme, dès la semaine prochaine.
- Que Maurice invite les associations de paysans du Burkina Faso à écrire directement au commissaire au développement Louis Michel, voire au commissaire au commerce, Peter Mandelson pour leur exposer leur point de vue.
- Que Maurice prépare avec lui une interpellation parlementaire qu’il adressera au commissaire Louis Michel.
Pour AEFJN Belgique,
Christian.
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