«Les carburants de
la mort»
Le théologien de
la libération Frei Betto: Les grands propriétaires terriens se ruent sur le
nouvel «or»
São Paulo. Le célèbre dominicain et
théologien de la libération brésilien Frei Betto juge
la production de carburants agricoles irresponsable et inhumaine vu la
faim dans le monde. Dans un communiqué de l’agence de presse catholique
adital, Frei Betto a écrit à São Paulo sous le titre «Les carburants de la
mort» que le
boom des produits
faussement désignés comme biocarburants provoque déjà mondialement une
augmentation des prix des aliments, entre autres en Europe, en Chine, en
Inde et aux Etats-Unis. Au Brésil même, du fait qu’ils avancent le plus
possible la production d’éthanol à partir de la canne à sucre, la population a
dépensé pour l’alimentation trois fois plus au premier semestre que durant la
même période de l’année passée. Les grands exploitants agricoles brésiliens,
poursuit Frei Betto, se jettent littéralement sur ce nouvel «or» nommé canne à
sucre et laissent de côté la culture de produits agricoles traditionnels. Cela
se répercute naturellement – comme aux Etats-Unis – sur les prix de
l’alimentation.
Dans le monde,
il y a environ 800 millions de voitures – le même nombre de personnes souffre
de sous-alimentation chronique. Pourtant, c’est inquiétant
qu’aucun des gouvernements actuellement fascinés par les carburants
agricoles ne mettent en question le transport individuel. «Comme si les
profits de l’industrie automobile étaient tabous, intouchables.»
Le théologien,
auteur de best-seller et éditorialiste, rappelle cependant que la
culture de canne à sucre au Brésil,
depuis la période coloniale, consiste en une
extrême exploitation, une destruction de l’environnement et en
détournements de fonds publics. Cette année, le gouvernement du chef d’Etat
Luis Inacio Lula da Silva a sanctionné des grandes fermes pour esclavage, un
problème qui continue pourtant d’apparaître souvent. En 1850, un esclave
travaillait pendant quinze à vingt ans dans les plantations de canne à sucre,
aujourd’hui, en fonction de l’excessif volume de travail, cela n’est plus que
12 ans en moyenne. De plus, le boom de la culture de canne à sucre provoque
selon Frei Betto une énorme migration intérieure, l’agrandissement des
bidonvilles, l’augmentation de meurtres et du trafic de drogues ainsi que la
prostitution infantile. Comme la culture du soja dans le sud-est du Brésil
diminue au profit de la production d’éthanol, cela provoque un fort
agrandissement des plantations de soja en Amazonie. Et cela signifie la
destruction sans retenue des forêts vierges.
Frei Betto exige
du gouvernement Lula de s’occuper des affamés de la zone tropicale au lieu
d’enrichir les entrepreneurs de canne à sucre. •
Source: Reinhard Behrend, Rettet den
Regenwald e.V. (Sauvez la forêt vierge), www.regenwald.org
(Traduction Horizons et débats)