En Afrique, l'évasion des capitaux représente deux fois la
dette
LE MONDE 27
septembre 07
La
fuite des capitaux continue de priver les
pays africains de ressources indispensables à une croissance économique plus
forte, estiment les experts de la Conférence des Nations unies sur le
commerce et le développement (Cnuced) dans leur dernier rapport publié,
mercredi 26 septembre, sur le développement économique en Afrique.
Selon les
calculs de l'organisation onusienne,
l'hémorragie
financière cumulée depuis les années d'indépendance représente près du double
de la dette du continent. En trente ans, les pays africains ont vu 400
milliards de dollars quitter le continent, alors que la dette globale de
l'Afrique est de 215 milliards de dollars. Plus de 13 milliards de dollars par
an ont fui, soit
"un pourcentage
vertigineux" de 7,6 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, entre
1991 et 2004, ce qui fait de l'Afrique
"un
créancier net vis-à-vis du reste du monde" , précise Janvier
Nkurunziza, économiste à la Cnuced.
Difficile de
définir et d'estimer les montants de ces détournements de fonds qui sont le
fait de régimes corrompus, mais également de l'instabilité politique et
macroéconomique de certains pays africains. La seule certitude est que ces
transferts inexpliqués, qui ne transitent pas par l'économie formelle, ne
bénéficient pas aux économies locales.
"Si
ces ressources étaient allouées à des investissements productifs, elles
permettraient de créer des emplois et de fournir des revenus à de larges segments
de la population" , estime la Cnuced.
"FORMALISER"
LE SECTEUR INFORMEL
De son côté, la
Banque mondiale a estimé qu'entre 20 et 40
milliards de dollars, placés sur des comptes en Suisse ou au Royaume-Uni,
proviennent de pots-de-vin payés à des dirigeants corrompus dans des pays
pauvres, principalement africains, ce qui représente
jusqu'à 40 % de l'Aide publique au développement (APD).
Sur le continent
africain, la question de la mobilisation des ressources financières existantes
est donc cruciale. Le
taux d'épargne en
Afrique subsaharienne, qui avait atteint un niveau de près de 26 % en 1980,
soit le niveau actuel de l'Amérique latine,
plafonne aujourd'hui à 17,6 % du PIB.
Plutôt que
d'axer les débats sur les moyens de combler ce déficit par l'APD ou
l'investissement direct étranger (IDE), la
Cnuced
préconise d'améliorer les finances publiques et d'encourager l'épargne privée.
Selon des fiscalistes africains, le simple fait d'améliorer la collecte de
l'impôt permettrait de doubler les recettes fiscales dans certains pays.
"Les variations importantes du ratio
recettes fiscales sur PIB de 38 % en Algérie ou en Angola, contre moins de 10 %
au Niger, au Soudan ou au Tchad, montrent que les pays ayant de très faibles
ratios peuvent accroître sensiblement leurs recettes" , remarque la
Cnuced.
Quant aux
envois de fonds des travailleurs émigrés,
ils sont passés de 15 milliards de dollars en 1980 à
80 milliards de dollars en 2002, soit 2,5 % du produit national brut
(PNB) de l'Afrique. Dans la mesure où ils ne représentent pas des sources
d'endettement et sont moins risqués en termes de corruption et de transfert
défaillant, il convient de les faire transiter par un système bancaire
officiel.
"La plupart des envois de
fonds stimulent la consommation, mais les pays pourraient veiller à ce qu'ils
soient davantage consacrés à l'investissement" , souligne le rapport.
Dans le but
d'augmenter les recettes publiques et pour élargir l'assiette fiscale, la
Cnuced suggère également
de "formaliser" le secteur informel,
dont la part dans l'économie du continent africain atteint 45 % en moyenne.
Maguy Day