A
PROPOS DE L’ANALPHABÉTISME 17 Sept 07
ABC BURKINA 247
Combien
d’analphabètes parmi les 350 participants à la Conférence régionale
panafricaine sur l’alphabétisation dans le monde qui s’est tenue du 10 au 12
septembre à Bamako ? Combien d’analphabètes parmi les signataires de
l’appel de Bamako qui a marqué la fin de cette grande célébration ?
Bien
entendu, je prends ici le mot « analphabète » dans un sens peu
académique. Si je vous dis que je suis « analphabète en chinois »,
vous comprendrez facilement que je veux dire que je ne sais ni lire, ni écrire
le chinois. Ce qui ne me gène pas trop dans mon travail.
En posant la question : « Combien
d’analphabètes à la Conférence de Bamako... ? », je veux attirer
l’attention sur un phénomène qui freine considérablement l’alphabétisation des
adultes au Burkina Faso (mais aussi, très certainement, dans d’autres pays de
la région). La plupart des hommes
politiques, des administrateurs et des responsables de l’Eduction Nationale
sont incapables de lire, d’écrire et de calculer correctement dans leur langue
maternelle. Dans ce sens restreint, mais d’importance, on peut dire qu’ils
sont « analphabètes dans leur langue maternelle ».
Les conséquences sont
innombrables. En voici quelques-unes :
v Vous
pouvez vous rendre à la poste, à la préfecture, ou dans une autre structure
administrative, vous ne trouverez aucune
note rédigée dans la langue locale. Les actes de naissance, les cartes
d’identité nationale... sont rédigés uniquement en français.
v Si
dans une famille un grand frère « a réussi », s’il a eu la chance de
fréquenter l’école, puis le collège, s’il envoie un courrier au village, ce courrier sera rédigé en français.
v Au
collège ou au lycée, il est rare que les
jeunes soient incités à approfondir leur langue maternelle. La plupart ne
sont jamais invités à apprendre à lire et à écrire la langue qu’ils utilisent
pour échanger entre eux ! Les jeunes des lycées et collèges se
désintéressent des langues parlées dans leur pays. À leurs yeux, seule la
langue officielle (ou les langues d’examen) mérite un effort de leur part.
Dans
ces conditions, il est difficile pour un
adulte qui vit au village de découvrir l’intérêt de faire l’effort d’apprendre
à lire, écrire et compter dans sa langue.
À
Bamako, il a été dit et répété que l'objectif le plus important est de parvenir
à inclure l'alphabétisation dans un agenda politique fort qui fait que les
Etats africains la reconnaissent comme une priorité et un droit inaliénable.
Toute la question est de savoir comment doit se traduire cette volonté
politique forte. Je ne pense pas que le
blocage soit d’abord financier.
Si l’Afrique veut sortir de
l’analphabétisme, elle doit revaloriser ses langues.
Les « élites » doivent changer de comportement et arrêter de mépriser
leurs propres langues. Comment se fait-il que celles qui se risquent à écrire
dans leur langue maternelle acceptent de faire 3 fautes dans un seul mot, alors
qu’ils n’acceptent pas une faute d’orthographe dans toute une page en
français ?
D’autre
part, rien ne sert de former des alphabétisés analphabètes ! C’est
pourquoi il est nécessaire que les nouveaux alphabétisés puissent disposer de
lecture dans leur langue. C’est pourquoi il est triste de voir des paysans, qui
viennent de faire l’effort de consacrer deux mois pour s’alphabétiser dans leur
langue, quitter le stage pour retourner dans leurs champs sans documents
attrayants écrits dans leur langue.
En son temps,
nous avions fait quelques propositions :
1) Il faut absolument
qu’à la fin d’un stage, les nouveaux alphabétisés partent à la maison avec
de nouveaux documents. Chaque moniteur doit donc proposer des livres à ses
stagiaires à la fin du stage.
2) Ceux qui organisent
ces stages devrait offrir un abonnement d’un an à un journal écrit dans la
langue des élèves. Etre déclaré « alphabétisé » devrait donner
droit à un tel abonnement.
3) Dans chaque cour où
se trouve un ou plusieurs alphabétisés, il faudrait fabriquer un tableau
noir (ou vert) en ciment. Tous ceux qui ont appris à écrire pourrait écrire
sur ce tableau, comme le font souvent les élèves en ville.
4) Dans le village
(près du marché, de l’église, de la mosquée...) on pourrait construire de
petits murs de deux mètres de haut, et deux mètres de large. Chaque côté de
ces murs servirait de tableau. Tous ceux qui auraient des informations à
donner pourrait écrire sur ces tableaux.
5) Après la formation
initiale et la formation complémentaire de base, il faut absolument offrir
de petites sessions de 3 à 5 jours à tous les alphabétisés, adaptées aux
besoins des nouveaux alphabétisés. Des documents existent pour aider les
formateurs.
6) Il faut absolument
que chaque association, chaque O.N.G., chaque paroisse redouble d’efforts
pour offrir aux nouveaux alphabétisés des documents écrits pour eux, et
dans leur langue. C’est à ce prix qu’il sera possible de faire reculer
l’analphabétisme. Aidez-nous à diffuser les journaux en langue...
7) Tout projet de
développement qui s’adresse à une population en partie analphabète devrait
contenir un volet alphabétisation.
Je termine par une note plus
réjouissante. Il y a quelques jours, j’ai rendu visite aux femmes qui
travaillent dans la nouvelle laiterie de Pâ. Elles venaient d’achever un cycle
de formation en fulfulde (alphabétisation en fulfulde + diverses formations techniques).
Deux d’entre elles m’ont montré le cahier de caisse dont elles étaient
responsables. La comptabilité y est
faite en fulfulde. Le cahier était très bien tenu. À l’aide d’une
calculette, j’en ai vérifié les comptes. Je n’ai trouvé aucune erreur. Je les
ai félicitées. Elles m’ont répondu par un large sourire qui exprimait bien leur
joie et leur fierté !
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