NOUVELLES DE MISSIONNAIRES
Père Armel DUTEIL
Mission
catholique
BP 2016
CONAKRY (Guinée) JUILLET
2008
Tél. : 00224 64 40 92 18
CCP NANTES 3832.64 A
E.MAIL :
armelduteil@yahoo.fr
Site internet :
http://armel.duteil.free.fr
Chers
Amis,
Profitant
de mon passage en France qui me laisse un peu de temps libre, je vous envoie de
mes nouvelles. Pour ceux qui peuvent consulter Internet, vous en trouverez
d’autres plus détaillées sur mon site. À ce sujet, si vous souhaitez être mis
au courant des mises à jour sur mon site, c’est-à-dire être prévenus chaque
fois que mon neveu Jean-Michel y ajoute d’autres documents, il suffit de le
demander en envoyant un message à l’adresse mail de mon site,
c’est-à-dire :
armel.duteil@free.fr Pour m’envoyer des nouvelles directement,
écrire à :
armelduteil@yahoo.fr Vous pouvez aussi noter ma nouvelle adresse
et mon n° de téléphone indiqués ci-dessus.
La situation du pays :
Dans la dernière circulaire,
je vous disais que la situation du pays s’était bien améliorée. En effet, il y
avait eu une entente entre les syndicats qui avaient déclenché une grève générale
et le Président de la République et son camp. Celui-ci avait accepté de prendre
un Premier ministre parmi les quatre proposés par la société civile ; des
accords étaient signés pour un meilleur
fonctionnement du pays ; un comité de
suivi était mis en place regroupant des syndicats, des partis
politiques, des représentants de la société civile, le patronat et des
« sages », anciens des représentants des différentes ethnies du pays,
pour suivre l’évolution du pays. Un comité de veille a été également mis en
place, composé des différents chefs religieux chrétiens et musulmans, pour
veiller à ce que tout se passe bien, dans le respect des accords signés. Tout
cela avait été payé très cher : beaucoup de souffrances et de morts, en
particulier 186 morts civils qui manifestaient pacifiquement en janvier 2001.
Nous espérions que le pays allait pouvoir à
nouveau redémarrer, malheureusement il n’en a rien été. Pourquoi ?
-
D’abord
à cause du
contexte international.
Comme vous le savez, le
prix du pétrole a augmenté d’une façon délirante
et en Guinée quand le prix du pétrole et donc du carburant augmentent, tout
augmente ; non seulement le coût des transports mais tous les produits.
-
D’ailleurs
au niveau international,
le riz et les céréales en général ont également
augmenté. Or la Guinée importe au moins la moitié du riz qu’elle consomme et
qui est la nourriture de base. Cela coûte de plus en plus cher aux gens de
nourrir leurs familles et de nombreuses personnes ne font qu’un seul repas par
jour. Le Gouvernement mis en place a fait de son mieux pour améliorer les
recettes et mieux diriger le pays, l’inflation a baissé, le pays avait retrouvé
la confiance des ONG et des Organisations internationales. Mais cela n’a
pas suffi à compenser les hausses des
différents produits ; les gens sont devenus de plus en plus pauvres et
de plus en plus malheureux. D’autant plus que les nouveaux responsables ont
fait des promesses trop hâtives et trop optimistes qu’ils n’ont pas pu tenir,
par ex. pour installer l’électricité et l’eau courante dans les quartiers.
Cela a beaucoup découragé les
populations ; de plus ce manque d’eau est très grave ; il n’y a
pas d’eau potable, même dans la capitale ; dans de nombreux quartiers, les
caniveaux sont à ciel ouvert, les
égouts sont bouchés et l’on est en pleine saison des pluies. Résultat, l’année
dernière on avait recensé 8.500 cas de choléra et 310 décès annoncés
officiellement ; en fait, il y en a eu beaucoup plus. Cette année, au 18
Juillet, on avait recensé 89 cas et 29 morts signalés ; et il y a beaucoup
de cas qui ne sont pas signalés, en particulier ceux qui meurent dans les
villages et même en ville car les familles ont peur de signaler les décès de
leurs membres par crainte de punition.
Par
ailleurs, le
Président est gravement malade depuis plusieurs années et donc
incapable de diriger le pays, mais il n’a
pas
accepté de laisser le pouvoir et il est entouré de tout un clan de personnes
qui veulent elles aussi rester au pouvoir, à cause de tous les
avantages qui l’accompagnent et des
gains qu’elles peuvent faire, la plupart du temps d’une façon illicite à coups
de pots de vin ou de corruption.
Comme
la situation ne s’améliorait pas, les syndicalistes ont voulu relancer une
nouvelle grève générale au jour anniversaire, donc un an après la grève
précédente, mais le comité de suivi a réussi à les en dissuader. En effet, il y
a eu trop de morts l’année dernière et les grèves ont été l’occasion de
violences de toutes sortes, et de casses qui coûtent très cher au pays et ont
encore augmenté les problèmes économiques. En arrêtant ce projet de grève
générale, de nombreux morts ont été évités, mais les problèmes, eux, n’ont fait
qu’augmenter. Finalement,
il y a 2 mois,
le Président a renvoyé le Premier Ministre pour mettre à sa place un de ses
anciens ministres. On est donc
revenu
à la case départ. Bien pire, les
problèmes ont à nouveau éclaté, les militaires se sont mutinés en
demandant le paiement immédiat et total de 5 millions de francs guinéens, soit
plus de 800 euros, ce qui est énorme pour le pays. Cette somme leur avait été
promise depuis de nombreuses années, mais n’avait jamais été payée ; ce
sont des retards qui se sont accumulés et qui deviennent maintenant beaucoup
trop lourds. Comme les militaires ont des armes, leur demande a donc été
acceptée, sans tenir compte de la situation dramatique du pays et sans penser à
tous ceux qui dans le pays n’ont aucun salaire ni avantage et doivent se
débrouiller comme ils peuvent pour nourrir leurs enfants en faisant des petits
métiers ou en comptant sur la débrouillardise. Il faut dire que suite à la
dictature de Sékou Touré qui avait complètement désorganisé l’armée et ensuite
à cause de la guerre au Sierra Léone et au Libéria et des invasions rebelles en
Guinée,
l’armée guinéenne est complètement
désorganisée, sans discipline et même sans sens civique ni conscience et
beaucoup de militaires d’ailleurs se droguent, ce qui fait qu’ils ne savent
plus ensuite se maîtriser. Ainsi les mutins ont séquestré l’adjoint du Chef
d’état major, ils ont demandé à monter en grade pour tous, systématiquement, et
en plus ils ont réclamé qu’on leur donne du riz en quantité importante à 10 %
du prix de vente officiel. Souvent ce riz, ils vont le revendre au marché au
prix fort, ce qui entraîne des protestations de la population. Mais beaucoup
plus grave,
au cours de cette
mutinerie les militaires ont demandé
l’impunité et surtout ils ont fait libérer les militaires qui avaient été
arrêtés l’année dernière pour avoir tiré sur la foule. Ceci est très grave,
c’est l’impunité totale qui s’étend ;
la Guinée n’est plus un pays de droit et les gens perdent de plus en plus tout
sens civique et moral. Les soldats mutins sont
sortis en ville en tirant en l’air, en causant ainsi la mort de nombreux
civils dans les quartiers : ils en ont profité pour piller les magasins et
un marché tout entier et pour violer des femmes et des jeunes filles. Tout cela
a évidemment plongé le pays dans un très grand désarroi et entraîné beaucoup de
souffrances et de découragements de la population.
En s
uivant l’exemple des militaires, les
policiers et les pompiers sont partis eux aussi en grève pour demander à
leur tour des augmentations de salaires et une montée en grade pour tous. Cela
n’a pas plu aux militaires qui voulaient garder leurs privilèges pour eux
seuls, et ils se sont battus entre eux.
De
plus les policiers avaient intercepté une livraison importante de drogue,
entrée bien sûr illégalement dans le pays, qui était destinée à ces militaires.
(En effet la Guinée devient de plus en plus une plaque tournante pour la drogue
et un lieu de passage entre l’Amérique du Sud et l’Europe). Les
militaires ont donc attaqué les policiers
et en ont tué une trentaine.
Début Juin, les enseignants ont annoncé eux
aussi une grève générale, demandant à leur tour des augmentations de
salaire et d’autres avantages. Les examens ont dû être reportés et, par la
suite, les résultats ont été annulés à cause de nombreuses fraudes, beaucoup
d’élèves possédaient les sujets avant les examens, ces sujets étant d’ailleurs
vendus sur la place publique. Finalement on a accepté aussi les demandes des
enseignants pour qu’ils acceptent de reprendre les examens.
En voyant cela, les agents de la santé, à
leur tour, ont annoncé un mouvement de grève.
Mais
où le pays va-t-il trouver tout cet argent ? Et si les promesses ne
sont pas tenues, nous allons vivre des tensions, des manifestations encore plus
dramatiques et la situation du pays ne va faire qu’empirer. Voici donc la
situation dans laquelle nous nous débattons actuellement, et bien sûr
ça n’est pas facile de maintenir la paix,
de redonner à la fois espérance et éducation à la population. Et encore une
fois, tous ceux qui manifestent ainsi et partent en grève, ce sont des
fonctionnaires et des salariés. Même si les salaires sont très bas, ils ont
quelque chose pour vivre. Mais que vont faire les paysans qui eux ne sont pas
salariés, ne reçoivent aucune aide ni, bien sûr, aucune augmentation de
salaire. C’est surtout à tous ceux-là et à ceux qui n’ont pas de travail régulier
–ils sont la majorité- que nous pensons avec émotion et que nous essayons
d’aider, en particulier par le travail des deux commissions dont je suis
responsable : « Justice et Paix » et « Pastorale
sociale ». Mais nos moyens sont très limités. (Vous pouvez trouver plus de détails sur l’action de ces deux
commissions sur mon site aux rubriques « Justice et Paix » et
« Pastorale sociale »).
Actuellement
la situation est donc très tendue dans le pays, nous sommes très inquiets pour
l’avenir car les gens sont à bout de nerfs et les syndicats au bout du rouleau.
Nous sommes à la limite de la guerre civile.
L’assassinat du Frère Joseph :
L’un
de nos frères enseignants de Kataco, âgé de 62 ans, Joseph DOUET, des Frères de
St Gabriel, après avoir travaillé longtemps au Sénégal, était venu à KATACO en
2001. Il était spécialement chargé de l’internat des élèves qu’il avait
d’ailleurs lui-même construit et lancé et qu’il animait avec beaucoup de
dévouement. Comme c’était les vacances, il était resté seul. Des jeunes
chrétiens du village, certainement télécommandés par des anciens, en ont
profité pour le tuer en s’acharnant sur lui d’une façon très méchante. Il faut
dire qu’il y avait des
menaces de mort
contre les missionnaires à Kataco depuis 2002, et aussi de nombreux vols,
non pas de choses personnelles mais nos moyens de travail pour casser nos actions d’évangélisation,
par exemple les pompes et les panneaux solaires aux Jardins d’enfants, à
l’internat, à l’école primaire et au dispensaire. La police pourtant prévenue
n’avait jamais rien fait et dans les villages ; c’était la loi du silence.
Tout cela était
commandé par les anciens
pour casser notre travail, car beaucoup sont encore enfoncés dans les
coutumes traditionnelles qui les poussent à refuser toute évolution, même au
point de vue économique ou social, étant encore très enracinés dans le
fétichisme et la sorcellerie. Ils
veulent
à tout prix garder leur pouvoir traditionnel et acceptent donc très mal notre
travail d’éducation des jeunes et de libération des femmes. C’est pour cela
que la Mission avait été fermée pendant une année et que l’on m’a demandé d’y
aller en 2006 pour essayer d’arranger les choses. Mais en fait, malgré tous nos
efforts, la situation ne s’est pas améliorée
et au contraire les choses ont atteint leur paroxysme avec l’assassinat de
notre frère.
Cela a été un choc terrible
pour nous et a causé une grande émotion non seulement à Kataco, mais dans tout
le pays. Heureusement, nous avons été très soutenus par les Chrétiens et aussi
par les nombreux musulmans qui vivent avec nous, en particulier les parents des
enfants de l’internat qui, à son enterrement, ont loué le Frère Joseph pour son
travail et pour le respect qu’il portait aux enfants musulmans en faisant
assurer en particulier leur formation religieuse dans le respect de leur foi.
Après cet assassinat, nous avons tout fait
pour éviter tout sentiment de vengeance, pour vivre ce deuil dans la
réconciliation afin de ramener la paix, en demandant simplement que justice
soit faite. Les deux jeunes assassins ont été arrêtés grâce au courage d’un
Chrétien qui les a dénoncés malgré tous les risques que cela comporte pour lui.
Nous attendons maintenant leur jugement. Mais pour nous il s’agit surtout de
tirer les conclusions de tout cela et de relever la Mission de Kataco. Nous
avons décidé que le Frère Joseph serait enterré à Kataco, là où il travaillait.
Frères, sœurs et prêtres, nous avons également décidé de rester sur place et de
continuer nos activités. Notre Evêque est venu trois fois de suite pour parler
avec les gens de Kataco - centre et aussi ceux des autres villages de la
région.
Ensemble nous avons cherché
comment
dépasser cette épreuve,
comment
faire avancer les villages,
les
libérer du fétichisme, de la
sorcellerie et aussi
mieux assurer notre
travail d’évangélisation, d’éducation et de développement. Cela va
certainement demander beaucoup de temps, de réflexions et d’efforts, mais nous
sommes décidés à continuer malgré tout.
Vous
pourrez avoir d’autres renseignements sur le Frère Joseph dans mon site, à la
rubrique « Kataco », page « Frère Joseph Douet ».
Pour ma part je vais rentrer en France cet
été pour deux célébrations, d’abord une en souvenir de ma mère décédée en Mars,
que j’assurerai avec nos parents et nos amis dans notre Ile d’origine de HOUAT,
le 9 Août, et le 23 Août je serai dans la famille du Frère Joseph avec tous ses
parents. Notre Evêque tient à venir lui-même depuis Conakry pour y participer,
afin d’encourager sa famille qui bien sûr n’a pas pu venir à l’enterrement en
Guinée. Je confie tous ces événements et tous ces problèmes à votre amitié et à
votre prière.
Le pèlerinage de BOFFA :
Autre
fait important, le
premier dimanche de
Mai le pèlerinage diocésain de Boffa, à 150 km de Conakry. Comme chaque
année, et malgré les difficultés financières, les gens sont venus nombreux,
plusieurs milliers. Nous avons prié à cette occasion pour le frère Joseph, et
aussi tiré des conclusions pour la vie de nos communautés chrétiennes dans tout
le diocèse. Nous avons réfléchi pendant deux jours en groupes et en assemblée
générale à la situation du pays pour voir comment y mettre plus de justice et
de paix. Le pèlerinage était précédé comme d’habitude par une marche des
jeunes, avec un questionnaire de réflexion sur le thème de la communion
(l’entente). Les jeunes de Kataco y ont participé en marchant pendant 700 km
avec ceux des paroisses voisines de Kamsar et Boké, dans une très bonne
ambiance. Je vais mettre des photos de ce pèlerinage dès que je le pourrai sur
mon site pour vous en donner une idée.
Réorganiser la paroisse de BOFFA.
Boffa, c’est la paroisse voisine de
Kataco. Là aussi les problèmes ne manquent pas. Le prêtre responsable, un
confrère sénégalais, a dû rentrer au pays, et il n’y a personne pour le remplacer
en ce moment. C’est pourquoi on m’a demandé, tout en gardant la responsabilité
de Kataco et des deux commissions, de m’établir à Boffa. Là aussi il y aura
bien du travail à faire. Nous avons fait la tournée de toutes les communautés
avec l’Evêque pendant une semaine. Il faut vraiment redynamiser ces communautés
chrétiennes.
Les Chrétiens sont très peu
nombreux au milieu d’une grande majorité de musulmans ; ils ont donc
tendance à se replier sur eux-mêmes et à limiter leurs activités à la prière et
aux sacrements. Il va falloir leur redonner confiance et organiser les
communautés pour qu’ils assument leurs responsabilités pour l’éducation, l’aide
aux pauvres, le développement et l’avancée du pays. Cela va faire beaucoup de
travail, mais comme c’est très important, j’ai accepté et vous assure qu’il me
faudra beaucoup de temps, de patience pour arriver à des premiers résultats, et
ce ne sera pas facile d’assurer ce travail en plus de mes responsabilités
précédentes. Au passage, voici un petit texte que nous aimons bien utiliser
dans nos communautés :
Un jour
en marchant j’ai vu une bête. Je me suis approché et j’ai vu que c’était un
homme. Je me suis encore approché et,
en arrivant près de lui, j’ai vu que c’était mon frère.
L’école et l’internat de BOFFA.
Avec
un jeune confrère, (Hermann), venu du Sénégal pour travailler à Boffa et le
Conseil paroissial, nous avons réfléchi
au fonctionnement de l’école et de l’internat. À Boffa, il y a une communauté
de religieuses qui a un Jardin d’enfants et un internat pour les filles qui
fonctionnent normalement. À la paroisse, il y a une école primaire mais qui
n’arrive pas à se prendre en charge pour le moment au point de vue financier.
Et pourtant cette école est très importante pour l’avenir des enfants et de la région !
Mais l’enseignement est en pleine déconfiture depuis de très nombreuses années
et c’est pour cela que nous avons décidé de nous y lancer. Nous avons reçu de
très nombreuses demandes des parents
pour que nous prenions leurs enfants, mais nous ne pouvons pas
satisfaire toutes ces demandes faute de moyens. Il y a aussi un internat pour
les garçons. D’abord les
bâtiments sont
très anciens et insalubres. Il va falloir les réaménager et si possible
tout cela avant la rentrée scolaire, si nous trouvons les moyens financiers
pour cela.
Ensuite, dans cet internat,
ce sont surtout des enfants de la capitale, Conakry, ou des enfants de cadres
qui viennent,
car il faut payer la
pension : nourriture, logement, etc..
Or notre volonté c’est d’accueillir surtout des enfants du monde rural
(des paysans des villages autour de Boffa) et aussi des
enfants des familles pauvres dont les parents n’ont pas les moyens
d’assurer la scolarisation. Cela nous semble vraiment essentiel et nous en
faisons notre priorité. C’est pourquoi nous
pensons mettre en place un système de parrainage pour pouvoir
accueillir ces enfants, les prendre en charge et assurer une bonne
éducation. Si vous connaissez autour de vous des personnes qui pourraient nous
aider dans ce sens et qui seraient intéressées de soutenir cette action, elles
pourraient faire, comme pour nos autres activités, un versement soit à mon nom
à mon CCP à Nantes, soit par chèque bancaire (à l’ordre de la Congrégation du
St Esprit)qui serait à envoyer à la Congrégation du St Esprit, 30 rue Lhomond,
75005 Paris. Dans les deux cas, nous pourrons leur fournir une attestation de
versement pour déduction d’impôt
. La
prise en charge d’un élève en internat revient à environ 25 euros par mois.
Bien sûr nous voulons faire de cet internat un véritable lieu d’éducation et de
formation à tous les niveaux, sans nous contenter d’avoir de bons résultats
scolaires ce qui est bien sûr important également. Nous voudrions en
particulier y assurer une éducation aux droits de l’homme et aux droits de
l’enfant, grâce aux jeux éducatifs que nous avions composés à MONGO, mon
premier poste en Guinée. Nous avons demandé à un jeune Ghanéen spiritain en
stage de formation, Patrick BULUS (
lire :
Boulousse), particulièrement compétent pour ce type d’éducation, de venir
avec nous à Boffa l’année prochaine pour assurer le suivi de l’école et
l’animation de l’internat. Nous pensons donc que grâce à cela les activités se
passeront pour le mieux.
Les tournées dans les villages.
À
Boffa comme à Kataco il nous faudra continuer à assurer les tournées dans les
villages. Je vous en ai souvent parlé, mais cela aussi nous coûte très cher.
Voici, à titre d’information, la lettre que nous avons envoyée à une
Organisation en espérant qu’elle pourra nous aider :
1° Demande
de soutien pour les déplacements dans les Paroisses de Boffa et Kataco.
Ces
deux Paroisses se trouvent au nord de Conakry, dans la région appelée le
Bagataye, en secteur rural. La paroisse de Kataco comprend 9 communautés
chrétiennes de village, et celle de Boffa 5 communautés situées entre 30 et 70
km du centre sur des routes très difficiles qui fatiguent beaucoup les
voitures. De plus le carburant a énormément augmenté ces derniers temps.
Pourtant, il est absolument nécessaire de visiter régulièrement ces communautés
chrétiennes de l’intérieur pour les soutenir et pour continuer le travail
d’évangélisation. Nous passons au moins une journée dans chaque communauté au
cours de nos tournées. L’après – midi, nous travaillons avec les catéchistes et
les responsables ; le soir, la veillée avec toute la communauté. Le
lendemain matin, Eucharistie et réunion de la communauté pour évaluer le
travail du mois passé et préparer les actions futures.
De plus, nous organisons des
formations régulières pour toute la paroisse, notamment pour les catéchistes,
les responsables de communautés, les jeunes, les mouvements et différentes
associations, les femmes, etc. Mais
tout cela demande du carburant et un entretien suivi des voitures. Nous
essayons de visiter chaque communauté chaque mois à raison de deux communautés
par semaine. Nous demandons à chaque paroisse de contribuer à nos dépenses.
Pour cela, nous leur demandons 3 litres de carburant, soit 3 x 7000 Fg = 21.000
Fg. C’est déjà un gros effort de leur part, car leurs moyens sont très limités.
Mais nous y tenons.
Voici
l’aide que nous sollicitons auprès de vous pour les déplacements et les
entretiens des voitures.
1. Mission catholique de KATACO :
a) Déplacement : moyenne 50 km, aller-retour
100 km. Consommation 15 l aux 100 km x
prix actuel (il va sans doute continuer à augmenter) = 7 000 Fg/litre.
Une
visite par mois pour 9 communautés.
Carburant :
15
litres x 7000 Fg x 9 communautés x 12 mois =
11 340 000 Fg
Participation locale : 3
litres x 9 x 12
x 7000 =
2 268 000 Fg
Montant
demandé ……………………………………. 9 072 000 Fg
b)
entretien de voiture : 750 000 Fg/mois
x 12 …... =
9 000 000 Fg
TOTAL
………. 18 072 000 FG
NB : Les paroisses prennent en charge le Prêtre
(logement, nourriture) lors de son séjour.
2. Mission catholique de BOFFA :
Cinq paroisses en plus de celle du centre, dans les
mêmes conditions. Demande de 12 litres d’essence par voyage, 3 étant fournis
par la communauté.
12
l x
7000 FG x 5 jours
x 12 mois =
5 040 000 Fg
Entretien voiture
: 700 000 Fg
x 12 mois =
8 200 000 Fg
TOTAL …….
13 240 000 Fg
Soit, TOTAL
GENERAL : 31 312 000 Fg (environ
4 800 euros). »
Formation à la non-violence active. (De retour en France, je
continue cette lettre fin Juillet)
Dès
mon arrivée en France, j’ai tenu à participer à une formation sur la « non
violence active », dans la ligne des actions menées autrefois par GANDHI
pour obtenir l’indépendance de l’Inde, ou Martin Luther KING (Etats-Unis) pour
la défense des droits des Noirs, et également aux Philippines pour renverser le
dictateur MARCOS, par des actions pacifiques et non violentes. Cette
session était organisée par le MIR
(Mouvement international pour la réconciliation) que je connais depuis
longtemps. Je travaille depuis de nombreuses années leur revue, mais avec tout
ce que nous avons vécu en Guinée, j’ai
senti
le besoin profond de réfléchir et de me former davantage dans ce domaine.
D’abord parce que vivant dans un climat de violence, c’est difficile de ne pas
se laisser prendre par l’ambiance ; j’avais donc besoin de pouvoir prendre
du recul et de revoir mes façons de faire de manière à échapper à ce climat de
violence. Ensuite, j’ai le souci d’organiser des formations et
de mettre en place des groupes pour mener
des actions non - violentes qui me semblent la seule réponse valable pour
résoudre les problèmes du pays, les actions violentes ne pouvant qu’amener morts et souffrances supplémentaires,
accroître les problèmes du pays et durcir encore le régime actuel. Il nous
faudra donc chercher d’autres types d’actions, des actions symboliques, des
moyens de réagir qui soient moins dangereux pour la population mais tout aussi
efficaces, et même plus finalement.
La
session avait lieu près de SOISSONS dans un Centre très accueillant et un très
beau site où nous étions pris, discrètement mais efficacement, en charge, ce
qui nous a permis de travailler dans les meilleures conditions possible. J’y ai
retrouvé un prêtre sénégalais de la Casamance que je n’avais pas vu depuis de
très nombreuses années et qui est confronté aux problèmes d’une rébellion armée
dans sa région. J’ai travaillé aussi avec trois jeunes engagés dans l’ACAT
(Action des Chrétiens contre la Torture). Avec les participants, nous nous
sommes retrouvés sur la même longueur d’onde dès le début, ce qui nous a permis
des échanges amicaux et très profonds. L’animatrice, Maria, a déjà assuré de
nombreuses formations de ce type, et suivi plusieurs groupes en Afrique Noire
ce qui lui a permis de bien comprendre nos problèmes, nos façons de réagir et
de travailler. En plus de la réflexion sur l’importance et la valeur de la
non-violence active, nous avons eu toute une formation sur les moyens que l’on
peut utiliser pour cela et qui me sera d’une grande aide pour mon travail dans
le cadre de notre Commission « Justice et Paix » en Guinée. Elle m’a
permis aussi avec l’aide des autres participants d’analyser en profondeur aussi
bien ce qui se passe dans le pays que ce qui s’est passé à KATACO depuis 2001
jusqu’à maintenant, et de voir comment continuer à agir pour faire évoluer la
situation.
Il me reste à mieux vivre
cela, d’abord moi-même, puis à le partager avec ceux avec qui je travaille
et enfin à mettre en place des formations et à mener des actions non -
violentes. J’aurai l’occasion de vous en reparler dans le futur.
Je
vais vous laisser pour aujourd’hui en vous redisant toute mon amitié. Je
regrette beaucoup de ne pas pouvoir vous rencontrer tous malgré mon désir, mais
il faut que je me repose un peu et ensuite que je retourne en Guinée sans trop
tarder. J’espère que je pourrai au moins vous parler par téléphone et que cette
lettre vous trouvera dans la paix avec toute votre famille. Je vous remercie
pour votre soutien et vous assure de ma prière et de toute ma sympathie.
ARMEL