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HEUREUX LES PAUVRES EN ESPRIT
1° Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
19,16-22 :
Quelqu'un s'approcha de Jésus et lui dit : «
Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? ».
Jésus lui dit : «
Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon
? Il n'y a qu'un seul être qui soit bon ! Si tu veux entrer dans la vie,
observe les commandements. - Lesquels ? » lui dit-il. Jésus reprit : «
Tu ne commettras pas de meurtre. Tu ne
commettras pas d'adultère. Tu ne commettras pas de vol. Tu ne porteras pas de
faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Et aussi : Tu aimeras ton prochain
comme toi-même. »
Le jeune homme lui dit : «
Tout
cela, je l'ai observé : que me manque-t-il encore ? ».
Jésus lui répondit : «
Si tu
veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu
auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis - moi. ». À ces mots, le
jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
2° Commentaire du jour : Clément d'Alexandrie (150-vers
215), théologien : « Quel riche peut être sauvé ? « Heureux les pauvres en
esprit » (Mt 5,3) :
Il ne faut pas rejeter
les biens susceptibles d'aider notre prochain. La nature des possessions est
d'être possédées ; celle des biens est de répandre le bien ; Dieu les a
destinés au bien-être des hommes. Les biens sont entre nos mains comme des
outils, des instruments dont on tire un bon emploi si on sait les manier... La
nature a fait de la richesse une servante, non une maîtresse. Il ne faut donc
pas la décrier, puisqu'elle n'est en soi ni bonne ni mauvaise, mais
parfaitement innocente. De nous seuls dépend l'usage, bon ou mauvais, que nous
en ferons : notre esprit, notre conscience sont entièrement libérés de disposer
à leur guise des biens qui leur ont été confiés. Détruisons donc, non pas nos
biens, mais les convoitises qui en pervertissent l'usage. Lorsque nous serons
devenus honnêtes, alors nous saurons en user honnêtement. Ces biens dont on
nous dit de nous défaire, comprenons bien que ce sont les désirs déréglés de
l'âme... Vous ne gagnez rien à vous appauvrir de votre argent, si vous demeurez
riches de désirs déréglés...
Voilà
comment le Seigneur conçoit l'usage des biens extérieurs : nous devons nous
défaire non pas d'un argent qui nous fait vivre, mais des forces qui nous en
font mal user, c'est-à-dire les maladies de l'âme... Il faut purifier notre âme
c'est-à-dire la rendre pauvre et nue et écouter en cet état l'appel du Sauveur
: « Viens, suis-moi ». Il est la voie où marche celui qui a le coeur pur...
Celui-ci considère sa fortune, son or, son argent, ses maisons comme des grâces
de Dieu, et lui témoigne sa reconnaissance en secourant les pauvres de ses
propres fonds. Il sait qu'il possède ces biens plus pour ses frères que pour
lui-même; il reste plus fort que ses richesses, bien loin d'en devenir
l'esclave ; il ne les enferme pas en son âme... Et si un jour son argent vient
à disparaître, il accepte sa ruine d'un coeur aussi joyeux qu'aux plus beaux
jours. Cet homme, dis-je, Dieu le déclare bienheureux et l'appelle « pauvre en
esprit » (Mt 5,3), héritier assuré du Royaume des cieux qui sera fermé à ceux
qui n'auront pas pu se passer de leur opulence.