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JESUS EST CELUI QU’IL DIT ETRE OU IL EST LE PLUS GRAND FOU
EXALTE DE L’HISTOIRE (1)
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1° Evangile de Jésus-Christ selon saint
Matthieu (Mt 16, 13-20) :
Jésus
était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses
disciples
: « Le Fils de l'homme, qui
est-il, d'après ce que disent les hommes ? »
Ils
répondirent
: « Pour les uns, il est Jean
Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des
prophètes. »
Jésus leur dit
:
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous,
qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du
Dieu vivant ! ».
Prenant
la parole à son tour, Jésus lui déclara :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui
t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la
Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux
: tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que
tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux ». Alors, il
ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.
2° Pour vous, qui
suis-je ?
On
trouve dans la culture et dans la société d'aujourd'hui, un fait qui peut nous
aider à comprendre l'Evangile de ce dimanche : le sondage d'opinion. Il est
utilisé un peu partout, mais surtout dans le domaine politique et le domaine
commercial.
Jésus veut aussi un jour
réaliser un sondage d'opinion, mais,
à des fins - nous le verrons - différentes :
non pas politiques, mais éducatives. Arrivé dans la région de
Césarée – de - Philippe, c'est-à-dire la région la plus au nord d'Israël, lors
d'un moment de tranquillité, alors qu'il était seul avec les apôtres, Jésus
leur pose la question à brûle - pourpoint : «
Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? ».
Il semble que les apôtres n'en attendaient pas plus pour pouvoir finalement
ouvrir la porte à toutes les voix qui circulaient sur son compte. Ils répondent
: «
Pour les uns, il est Jean Baptiste ;
pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes
». Mais Jésus n'était pas intéressé par son degré de popularité ou son niveau
d'appréciation auprès des gens. Son but était bien différent. Il poursuit donc
en demandant : «
Et vous, que dites-vous
? Pour vous, qui suis-je ? ».
Cette deuxième question, inattendue, les
déroute totalement. Silence et regards qui se croisent. Si à
la première question, on lit que les apôtres «
répondirent », tous ensemble, en choeur, cette fois le verbe est au
singulier ;
une seule « réponse »,
Simon-Pierre : «
Tu es le Messie, le
Fils du Dieu vivant ! ». Entre les deux réponses se trouve un saut abyssal,
une « conversion ». Si au début, pour répondre, il avait suffit de regarder
autour de soi, d'avoir écouté les opinions des personnes,
maintenant chacun devait regarder en soi, écouter une voix bien
différente, qui ne vient pas de la chair et du sang, mais du Père qui est
aux cieux. Pierre a été l'objet d'une illumination qui vient «
d'en haut ».
C'est
la première reconnaissance claire, si l'on s'en tient aux Evangiles, de la
véritable identité de Jésus de Nazareth. Le premier acte de foi public de
l'histoire ! Pensons au sillage produit sur la mer par un beau navire. Celui -
ci s'élargit à mesure que le navire avance, jusqu'à se perdre à l'horizon. Mais
il commence par une pointe qui est la pointe même du navire. Ainsi en est-il de
la foi en Jésus - Christ. C'est un sillage qui s'est élargit au cours de
l'histoire, jusqu'à atteindre «
les
extrémités de la terre ». Mais qui commence par un point. Et ce point est
l'acte de foi de Pierre : «
Tu es le
Messie, le Fils du Dieu vivant ! ».
Jésus
utilise une autre image, qui, plus que le mouvement, fait ressortir la
stabilité ; une image verticale plus qu'une image
horizontale : roc, pierre : «
Tu
es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » :
Jésus change le nom de Simon,
comme cela se fait dans la Bible quand
quelqu'un
reçoit une mission nouvelle et importante: il l'appelle Képhas, Pierre. La
véritable pierre, la «
pierre
angulaire » est, et reste, lui, Jésus. Mais une fois ressuscité et
remonté au ciel, cette «
pierre angulaire
», même si elle est présente et active, est invisible. Il faut un signe qui la
représente, qui rende visible et efficace dans l'histoire ce «
fondement inébranlable » qu'est le
Christ. Et ce sera précisément Pierre et, après lui, celui qui le remplacera,
le pape, successeur de Pierre, en tant que chef du collège des apôtres.
Mais
revenons à l'idée du sondage. Le sondage de Jésus, nous l'avons vu, se déroule
en deux temps, et comporte deux points fondamentaux : le premier : «
Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce
que disent les hommes ? » ; le deuxième, «
Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Jésus ne
semble pas accorder beaucoup d'importance à ce que les gens pensent de lui ;
ce qui l'intéresse c'est de savoir ce que
ses disciples pensent de lui. Il les presse avec ce : «
Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui
suis-je ? ». Il ne leur permet pas de se retrancher derrière les opinions
des autres, il veut qu'ils donnent leur opinion.
La
situation se répète aujourd'hui, pratiquement à l'identique.
Aujourd'hui aussi « les gens »,
l'opinion publique, a ses idées sur Jésus.
Jésus est à la mode. Voyons ce qu'il en est dans le monde de la littérature et
du spectacle. Il ne se passe pas une année sans que soit publié un roman ou
paraisse un film avec sa vision propre déformée et désacralisée du Christ. Le
cas du
Da Vinci Code de Dan Brown est
le plus célèbre et suscite tant d'émules.
Puis
l'on trouve ceux qui sont à mi-chemin, comme les gens de son temps, et qui
considèrent Jésus comme «
un des
prophètes ».
Une personne
fascinante, que l'on place au niveau de Socrate, Gandhi, Tolstoï. Je suis
sûr que Jésus ne méprise pas ces réponses, parce que de lui on dit que «
le roseau froissé, il ne le brisera pas, et
la mèche fumante, il ne l'éteindra pas », c'est-à-dire qu'il sait apprécier
chaque effort honnête de la part de l'homme. Mais c'est une réponse qui ne
tient pas, pas même dans la logique humaine. Gandhi ou Tolstoï n'ont jamais dit
: «
Je suis le chemin, la vérité et la
vie », ou même «
qui aime son père et
sa mère et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ».
Avec
Jésus on ne peut pas s'arrêter à mi-chemin : ou bien il est celui qu'il dit
être, ou il n'est pas un grand homme, mais le plus grand fou exalté de
l'histoire. Il n'y a pas de voie intermédiaire. Il existe des édifices et des
structures métalliques (je crois que la Tour Eiffel à Paris en est une) ainsi
faits que si l'on touche un certain point, ou si l'on ôte un élément, tout
s'écroule. Ainsi en est-il de l'édifice de la foi chrétienne, et ce point
névralgique est la divinité de Jésus - Christ.
Mais
laissons les réponses des personnes et venons en à nous, chrétiens.
Il ne suffit pas de croire dans la divinité
du Christ, il faut également en témoigner. Qui le connaît et ne témoigne
pas de cette foi, et même la cache, est plus responsable devant Dieu que celui
qui n'a pas cette même foi. Dans une scène de l'oeuvre dramatique de Paul
Claudel : «
Le père humilié », une
enfant juive, très belle mais aveugle, faisant référence au double sens de la
lumière, demande à son ami chrétien : «
Vous
qui voyez, quelle utilisation avez - vous fait de la lumière ? ». C'est une
question adressée à chacun de nous qui nous disons croyants.
1-
ROME, Vendredi 22 août
2008 (ZENIT.org <
http://www.zenit.org/>
) - Nous publions ci-dessous le commentaire de l'Evangile du dimanche 24 août,
proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison
pontificale.